« Alors, confirmation finale. Les qualifications commencent à midi, le départ de la guilde des cuisiniers est à dix heures. Vous avez deux heures pour choisir l'emplacement de votre échoppe. N'importe où dans le quartier portuaire, le quartier commercial ou le quartier résidentiel général convient. Toutefois, si le propriétaire du terrain ou qui de droit refuse, vous devrez changer de place. De plus, il est interdit de commencer à vendre avant midi. En cas de violation, vous serez disqualifiés, soyez vigilants. »
Et les participants de la deuxième manche se dispersèrent en ville, tirant chacun leur échoppe. La nôtre est tractée par Colbert. Je me dis qu'on a bien fait de l'embaucher. Au départ, je comptais faire tirer par Urushi, mais il risquait d'attirer un peu trop l'attention.
Au passage, les trois vendeuses et Fran portent des tenues de servantes assorties. C'est aussi Colbert qui les a fournies.
« Le curry-pan d'hier était délicieux ! Vraiment ! Mais on ne sait pas si ça suffira pour passer les qualifications. »
Apparemment, les autres participants ont aussi aligné de jolies filles comme vendeuses. Qu'une belle gamine vende et les ventes montent, c'est pareil dans tous les mondes.
Leur défense est nulle, mais elles sont mignonnes donc on pardonne !
« En plus, Colbert-san et moi réfléchissons à plein de façons de vendre. Fran-san, vous n'avez qu'à rester tranquillement à bord du grand navire. »
« Moi aussi je vais faire de mon mieux comme vendeuse~ »
« J'attirerai les hommes avec mon sex-appeal. »
Bah, tant mieux si elles sont motivées. Apparemment, le curry-pan et le curry-rice d'hier, ainsi que les autres repas, les ont bouleversées. Quand j'ai dit qu'elles auraient des repas encore plus luxueux si on passait les qualifications, elles ont affiché une motivation démente.
Sur le chemin vers les emplacements candidats, des types nous suivaient. Je me suis demandé s'ils venaient nous harceler, mais ce sont visiblement de simples clients. Ils suivent l'échoppe qui les intéresse pour faire la queue et acheter dès le début des qualifications.
Leur nombre a progressivement augmenté, et la foule qui nous colle aux basques dépasse maintenant cinquante personnes. Nous, nouveaux participants, on s'en tire avec ça, mais les participants célèbres en traînent environ deux cents.
Putain, j'ai peut-être sous-estimé ce concours.
« C'est une sacrée foule. »
« Hahaha, le festival de mars de Barbola est l'un des trois grands festivals du royaume de Kranzel ! Parmi les divers événements qui s'y déroulent, le concours de cuisine est un événement célèbre aux côtés du rituel d'offrande et du concours de ménestrels. Si tu t'étonnes déjà pour ça, tu n'en mèneras pas large. »
« Les trois grands festivals, les autres c'est quoi ? »
« Le festival du Nouvel An à la capitale royale, et le festival du donjon à Urmut. »
« Le festival du Nouvel An ressemble au festival lunaire de Barbola. »
Le rituel d'offrande, les échoppes alignées. Les différences se limitent aux détails des petits événements et au discours du roi, paraît-il. Mais le festival du donjon, j'arrive pas à l'imaginer.
« Le festival du donjon, c'est la fête des aventuriers où le sang bout, la chair tressaille et les os se brisent. »
Hein ? C'est quoi ce festival flippant.
« Bah, comme dit Lydia, c'est effectivement un festival assez violent. »
« On y fait quoi ? »
« Ça s'appelle festival du donjon, mais en réalité c'est un tournoi martial. »
« À Kranzel, c'est la ville avec le plus d'aventuriers, Urmut, qui l'organise, un tournoi martial. »
« Il y a trois catégories : la catégorie rookies pour les niveaux 20 et moins. La catégorie par équipes pour les groupes de trois ou plus. Et la catégorie libre ouverte à tous. »
Un tournoi martial, hein. Ça a l'air drôle. Que je participe ou pas, ça vaut le coup d'aller voir, non ?
« C'est quand ? »
« Fin avril. Dans un mois. C'est pour commémorer le jour où le donjon d'Urmut a été conquis. »
La période tombe bien. Bonne info. De toute façon, je compte aller à Urmut après.
Pendant qu'on causait, on est arrivés à destination.
« Bon, on est arrivés. »
Bah, concentrons-nous sur le concours pour l'instant.
On est sur la grande place où s'alignent la guilde des cuisiniers et tout. J'ai choisi un endroit bien passant, où on peut faire la queue.
Il y a déjà une file d'une centaine de personnes. Les habitants semblent connaître les règles, pas un seul client n'est venu réclamer d'acheter avant midi.
On s'est postés devant la tour de l'horloge au nord de la place. Puis j'ai sorti les curry-pans du stockage dimensionnel de Fran et on les a exposés. Panneau « 1 pièce 10 gold » affiché, marmite d'huile posée sur le réchaud.
« C'est impressionnant~. C'est Fran-san qui a eu l'idée~ ? »
« Maître. »
« Oh,さすがお師匠様。こんな物にまで精通しているとは »
« Les marchands ont des trucs similaires. Mais un aussi grand, qui accepte toutes les pièces, c'est la première fois que j'en vois. Vous l'avez fait exprès pour l'échoppe ? »
« Ouais. C'est ça. »
« Le maître de la fille à l'épée magique est vraiment polyvalent. »
« Ouais. Maître est fort. »
Ce que les vendeuses complimentent à l'envi, c'est le compteur de pièces en bois qui me sert de caisse. J'ai juste reproduit en bois les compteurs de pièces qu'on trouve sur Terre, mais ça a l'air assez rare. J'ai ajusté la taille des rainures selon les pièces et ajouté des graduations. Judith, fille de marchand, a littéralement fondu dessus.
L'ergonomie a l'air bonne, on peut espérer un gain de vitesse supplémentaire. Ma stratégie, c'est de faire du volume avec trois caisses, donc c'est parfait.
Une fois les préparatifs à peu près finis, Fran et les filles sont allées s'asseoir un peu plus loin pour manger. Après, elles n'auront peut-être plus le temps de se reposer.
« Bon, voilà le déjeuner. »
« J'attendais ça ! »
« On a accepté la demande juste pour ça, c'est pas exagéré. »
« Le petit-déj était déjà génial~. »
« Ce sandwich aux œufs… *bave* »
Le sandwich aux œufs spécial fait à la va-vite ayant eu du succès, j'ai remis ça pour le midi. En plus du sandwich aux œufs, j'avais préparé du porc grillé, du poulet teriyaki et du katsu de thon mais…
« Délicieuuux ! »
« Hey, piquer ça pas, Lydia ! Fran-san aussi ! »
« Fufunfu. »
« Loi du plus fort. »
« Bon, ben je prends celui-là. »
« Ah ! Maïa toi aussi ! »
« Ce jus est costaud aussi ! »
C'était un champ de bataille sous le nom de déjeuner. Les cinquante sandwiches ont disparu en un clin d'œil dans les cinq estomacs. Plutôt pas assez.
J'espère qu'elles ne vont pas se fâcher entre elles et rater leur service après.
Au passage, l'échoppe est surveillée par un agent de la guilde des cuisiniers. Un surveillant par échoppe pour vérifier qu'il n'y a pas de fraude. Ils comptent aussi les ventes et vérifient qu'on ne truque pas les ingrédients déclarés. Tentative de corruption ou de tricherie = disqualification immédiate. J'ai proposé un sandwich au surveillant, il a refusé.
« C'est bon ! Mais le produit de l'échoppe est encore meilleur ! »
« On en achèterait bien tout le stock. »
Colbert et Lydia le claironnent exprès. Quelques badauds qui ont entendu ça ont filé rejoindre la file. On doit déjà dépasser les cent. Ça va être le rush.