La sanction infligée aux volontaires qui avaient pointé leurs armes et leur intentoin meurtrière vers Fran fut expédiée en un rien de temps. Tous s'effondrèrent d'un seul coup, puis Fran les tabassa jusqu'à ce qu'ils pleurent. Ceux qui n'avaient pas perdu leur esprit de rébellion après s'être fait un peu taper subirent un reconditionnement après avoir été soignés.
Le spectacle de dix hommes mis à moitié mort sans pouvoir presque riposter semblait avoir complètement ôté aux volontaires toute envie de résister. Cette fois, on leur a bien fait voir comment on sectionne et recoud les membres.
Il y en a bien qui ont tenté de s'enfuir dans la confusion, mais Urushi les en a empêchés.
Entendant les hurlements effroyables de l'homme soulevé par la gueule, le sang se retira un peu plus du visage des volontaires.
L'homme ne saignait pas, mais les dents lui avaient un peu trop compressé le dos. Urushi était en forme géante pour l'intimidation, du coup il a mal dosé sa force.
Fran comme Urushi n'avaient fait que rater légèrement leur dosage, mais les volontaires l'ont pris pour une absence totale de pitié. Et comme cette impitoyabilité risquait de se retourner contre eux, ils ne pouvaient pas ne pas avoir peur.
Ils étaient devenus très calmes, parfaitement dociles.
Seulement, Fran avait un tout petit changement.
« Maître »
« Quoi ? »
« Même si on les fait courir comme ça, le même risque se reproduira. »
« Ah, ouais, c'est possible. »
« Il faut bien leur expliquer pourquoi on les fait courir. »
« Oh ! C'est une bonne idée ! »
En voyant les volontaires exploser de mécontentement, elle a dû penser que les faire courir sans plus ne servirait à rien. Elle a décidé de leur expliquer correctement le sens de cette course.
Essayer de transmettre clairement sa pensée aux autres, elle a grandi, celle-là !
Pendant que j'étais ému, Fran dépassa les hommes pour se placer en tête du peloton. La poursuite par l'arrière était confiée à Urushi.
« Vous, vous n'écoutez pas, vous puez, vous êtes bruyants, vous volez, vous puez, et vous avez l'air bêtes. »
Elle a dit "pue" deux fois ? Bon, Fran a le nez fin, ça devait être important. Face à Fran qui les descendait d'emblée, les volontaires affichaient une indéfinissable expression.
« Vous emmener au front comme ça ne sert à rien. Pire, vous êtes une gêne. Dans l'état, vous êtes au niveau gobelins. Non, les gobelins ont au moins une pierre magique, vous n'en avez même pas. Donc vous êtes inférieurs aux gobelins. »
« … »
C'est quand même violent ? Mais les volontaires ne pouvaient rien opposer à Fran et continuaient de courir.
« Si grâce à cet entraînement vous arrivez au moins à courir correctement, vous passerez peut-être de "inférieurs aux gobelins" à "niveau gobelins". Alors forcez-vous. »
« … »
Plus que l'impossibilité de répliquer, ils ne savaient probablement pas comment réagir. Ils ont au moins compris qu'on les estimait au plancher.
La suite fut une mise au pas à faire pitié. En plus de la course, les insultes de Fran pleuvaient : « Bande d'inférieurs aux gobelins ! Forcez plus ! Si vous forcez pas, vous resterez inférieurs aux gobelins ! » « C'est pour ça que vous êtes inférieurs aux gobelins ! À ce rythme, vous ne deviendrez même pas de beaux gobelins ! »
Fran voulait sans doute les remotiver, mais elle leur a surtout brisé le cœur. Enfin, l'objectif initial, le dressage des têtes brûlées, avance, non ?
Au bout d'une demi-journée de course silencieuse, les volontaires s'effondrèrent d'épuisement au bivouac.
La fatigue mentale s'ajoutant, personne ne bougeait. Face à eux, Fran faisait preuve d'une douceur inimaginable vu la journée.
« Bande d'inférieurs aux gobelins. Vous avez bien bossé. Vous êtes encore loin du compte, mais comme récompense, vous avez le droit de manger ça. Alignez-vous ! »
Ce qu'elle offrit aux volontaires d'une docilité surprenante, c'était du curry. Elle leur tendit un bol chacun.
C'était sa façon à elle de les récompenser. Un brin auto-satisfait, mais certains hommes avaient les larmes aux yeux devant sa gentillesse. Faciles. Comme ça, ils accepteront l'entraînement de demain sans broncher.
Elle n'oublia pas le coup de pression final.
« Si vous tentez de vous barrer la nuit, Urushi vous poursuivra jusqu'au bout du monde. »
« Grou ! »
« Si vous voulez pas finir dans le ventre d'Urushi, vous dormez sagement. »
« « « Oui ! C'est noté, chef ! » » »
« Mhm. »
Plus de risque de fuite, par contre la garde de nuit est dispensée pour tous. Fran et Urushi la feraient à tour de rôle.
Quand les volontaires eurent englouti leur curry et commencé à dormir comme des morts, Maléfique et les siens s'approchèrent.
« Yo. Vous aviez l'air de manger quelque chose de bon. »
« Mhm. Curry. La meilleure bouffe. »
« Ça a l'air délicieux. »
« … »
Persona acquiesça vigoureusement aux mots de Maléfique. Voyant la gamine, Fran ressortit du curry.
« Tu en veux ? »
« … »
Persona tendit la main, puis s'arrêta. Elle leva les yeux vers Maléfique. Le masque cachait son visage, mais elle suppliait, c'était certain.
« C'est bon. Mais tache pas tes vêtements. »
« … »
Persona hocha la tête, brandit son bol au-dessus de sa tête et partit en courant. Tombe pas, hein.
« Ha ha, merci bien. »
« C'est triste de laisser quelqu'un de côté. »
« C'est comme ça. »
Maléfique et les siens n'avaient pas l'intention d'enlever leurs masques. D'où l'ouverture au niveau de la bouche, sans doute.
Ils s'assirent côte à côte et mangèrent.
« C'est bon ! Le top ! »
« … »
Persona ne dit rien, mais la vitesse de sa cuillère ne laissait aucun doute sur son approbation.
Une fois le repas fini, Maléfique et les siens revinrent. Pas seulement pour rendre les bols. Ils avaient une carte.
« Pour la suite du trajet, on a un truc à vous proposer. »