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Records of the Human Emperor

Chapitre 99 : Les commandants régionaux !

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Chapitre 99

Chapitre 99 : Les commandants régionaux !

Chapitre 99/10892%~12 min de lecture2 371 mots

Il y a toujours une limite à ne pas franchir. Wang Chong était certain qu'après sa prestation, quand bien même il n'aurait rien fait de plus, son grand-père le tiendrait en haute estime et le formerait comme ses frères aînés.

Mais ce qui suivit dépassa toutes ses attentes.

« Gen-er, de quoi la cour débat-elle ces temps-ci ? »

Alors que le vieux maître conversait avec ses subordonnés, il se tourna soudain vers le grand oncle Wang Gen.

Haut placés à la cour, ils s'inquiètent du peuple ; retirés loin du monde, ils s'inquiètent de leur souverain. Ces vieux dignitaires avaient beau avoir passé le flambeau, les affaires de la cour les préoccupaient encore.

Les lèvres de Wang Gen remuèrent un instant, comme s'il allait dire quelque chose. Puis, après une hésitation, il changea d'avis.

« Rien de bien notable ces derniers temps. La cour débat de la transformation des protectorats en circuits, et de la nomination de dix commandants régionaux pour en prendre la charge ! »

Weng !

À ces mots, « commandants régionaux », le corps de Wang Chong fut secoué d'un frisson. Comme si une tempête immense balayait son esprit, il fut jeté dans le trouble.

'Les commandants régionaux !'

Wang Chong ne s'attendait pas à entendre ces mots ici. C'était la source du malheur de l'empire. Il l'avait toujours su, sans jamais savoir quand tout avait commencé.

Quand il en avait eu connaissance, il était déjà trop tard et le mal était fait. Comme tant d'autres, Wang Chong n'en connaissait que le résultat, non le déroulement.

Il ne s'attendait pas à entendre ces mots dans cette salle du conseil. Et à en croire le grand oncle Wang Gen, l'affaire était déjà en cours.

'Les commandants régionaux, les commandants régionaux…'

Dans son esprit en tempête, ces mots tournaient sans fin.

L'affaire de la concubine Taizhen avait accaparé l'attention de toute la cour, et Wang Chong était certain que c'était elle qui avait fait hésiter son grand oncle.

Mais ce tumulte détournait tous les regards du véritable danger. Pendant que l'attention se portait sur la concubine Taizhen, personne ne voyait la fleur du malheur éclore sous les yeux de tous.

Wang Chong en était l'exemple : si son grand oncle n'en avait pas parlé ici, il n'aurait jamais remarqué cette affaire d'apparence anodine qui causerait la chute de l'empire.

Il savait que l'affaire de la concubine Taizhen pèserait lourd sur l'empire, mais ce n'était rien à côté de la nomination des commandants régionaux.

L'affaire Taizhen ne touchait, au fond, que le sort du roi de Song et du clan Wang ; celle des commandants régionaux engageait le destin de l'empire tout entier !

Le regard de Wang Chong balaya la pièce : ni le grand oncle, ni grand-père, ni le duc de Ye, ni le duc de Hu, ni l'ancien Ma… pas un seul n'avait mesuré la gravité de la chose.

Le grand oncle Wang Gen lui-même, haut fonctionnaire au fait du dossier, en parlait à la légère. Lui non plus n'en voyait ni la gravité ni les risques !

« Gongzi aîné, qu'entendez-vous par commandant régional ? »

demanda le duc de Ye en fronçant légèrement les sourcils.

« C'est la dernière motion à la cour. Au nord-est, il y a les Khitan, les Kumo Xi et le Goguryeo. Au nord, les Khaganats turcs de l'Est et de l'Ouest. À l'ouest, l'Ü-Tsang. Au sud, les Six Tribus de l'Erhai et Suyab. Et plus à l'ouest encore, au-delà de Kona Sheher, le califat abbasside et Charax Spasinou. Ces dernières années, ces pays se sont développés rapidement et leur puissance n'a cessé de croître. Ils en deviennent peu à peu plus agressifs, et ces régions connaissent des troubles. »

À la question du duc de Ye, Wang Gen exposa l'affaire des commandants régionaux sans rien dissimuler.

« L'empire est cerné d'ennemis, et la pression augmente de jour en jour. L'empereur envisage donc de supprimer les protectorats et de nommer des commandants régionaux à la place. Outre les attributions des anciens protectorats, chacun recevrait deux préfectures, afin de pouvoir mobiliser aisément la force et les ressources de sa région pour repousser l'ennemi ! »

« En ce moment, le Premier ministre met tout son poids à faire avancer l'affaire. Il plaide en outre pour que l'on rompe avec les usages et que l'on promeuve tous les talents, y compris les Hu, afin de repousser les agresseurs étrangers ! »

Boum !

À ces mots, Wang Chong eut l'impression qu'un séisme de magnitude douze se déclenchait en lui. Le vrai danger se cache toujours sous une surface calme.

Le grand oncle avait toujours eu du flair en politique, et pourtant lui non plus n'avait pas vu le véritable mobile derrière les recommandations du Premier ministre.

Rompre avec les usages et promouvoir tous les talents, y compris les Hu, pour repousser les agresseurs étrangers.

Ces quelques mots portaient un autre nom dans l'histoire : la Stratégie pour barrer aux talents la route des généraux et des ministres !

Le bonheur ne vient jamais par deux, mais le malheur ne vient jamais seul. Le système des commandants régionaux, joint à la promotion des Hu, formait le socle de cette stratégie du Premier ministre, et ces deux mesures deviendraient deux lames acérées plantées au cœur de l'empire.

Elles seraient aussi le principal déclencheur de son effondrement !

« Ces mesures ne me paraissent pas convenables. Même sous les dynasties précédentes, on n'a jamais fait de Hu des généraux de frontière, ni laissé des généraux de frontière devenir gouverneurs. »

dit l'ancien Zhao à côté. Il avait été chargé de la logistique de l'armée et sentait d'instinct que quelque chose clochait. Mais il ne voyait d'inconvenant que le fait d'accorder aux Hu le pouvoir de gouverner ; pour le reste, rien ne lui semblait anormal.

« C'est la volonté de l'Empereur Sage. »

dit le grand oncle Wang Gen, désarmé.

« On m'a rapporté que le Premier ministre avait dit à Sa Majesté que les lettrés étaient trop pusillanimes pour commander, et incapables de la décision et du courage de vrais soldats éprouvés par la guerre. Mieux vaudrait donc employer les Hu sans fortune, endurcis par la misère depuis l'enfance. Non seulement ils sont braves et rompus au combat, mais ils sont de basse extraction, ce qui leur interdit de former des factions entre eux. Il suffit que Sa Majesté les couvre de ses bienfaits pour qu'ils lui rendent cette bonté par leur loyauté et par leur vie. Ces propos ont paru raisonnables à Sa Majesté, qui examine sérieusement la question. »

Tous se regardèrent. Si la volonté de l'empereur était vraiment engagée, l'affaire devenait délicate. S'opposer aux mesures, c'était s'opposer à la volonté de l'Empereur Sage.

Et puis, ces mesures n'étaient pas nécessairement mauvaises.

« Remplacer les protectorats par des commandants régionaux ne paraît pas irréalisable. Et les Hu savent se battre. Le Grand Tang est établi depuis des siècles, et les Hu de nos territoires se sont déjà fondus dans notre société. Sous l'empereur Taizong, il y a eu Qibi Heli et Ashina Shier, puis, plus tard, Zhishi Sili et Fumeng Lingcha. Tous ont été de loyaux serviteurs de la cour. Comme le dit le Premier ministre, il suffit de bien traiter les Hu pour qu'ils consentent à donner leur vie pour la cour. »

approuva le duc de Hu.

En vieux dignitaires, ils savaient qu'il vaut mieux ne pas s'opposer à l'empereur sur des questions secondaires. C'est ainsi qu'un sujet doit se conduire, et c'est ainsi que l'on survit en politique.

Employer la force des Hu pouvait poser quelques problèmes, mais le duc de Hu n'y voyait rien de bien grave.

« En effet, si ces mesures sont bien conduites, elles sont applicables. »

« En effet, les six grands protectorats assument leur charge depuis près d'un siècle : il est temps de changer quelque chose ! »

« Établir des commandants régionaux faciliterait la défense. On éviterait ainsi les lenteurs administratives qui font parfois manquer le bon moment. Ces mesures ne sont donc pas sans avantages. »

Les autres aînés hochèrent la tête à leur tour.

Le Grand Tang existait depuis plusieurs siècles, et la population hu de ses territoires n'avait cessé de croître.

Sous l'empereur Taizong, Qibi Heli avait tué bien plus de Hu qu'il n'y avait d'hommes dans sa propre tribu.

Et sous l'influence de la culture des Plaines Centrales, les Hu se fondaient peu à peu parmi les Han, certains allant jusqu'à prendre des noms han. Ainsi, à entendre le seul nom de Li Xiaode, nul n'aurait imaginé qu'il s'agissait du prince héritier de Kucha, que l'empereur convoquait souvent à la cour pour s'entretenir de mille sujets.

Comparés à leurs tribus d'origine, les Hu établis sur les terres des Tang avaient beaucoup changé.

Beaucoup s'engageaient d'ailleurs volontairement dans l'armée des frontières et, quand ils affrontaient les Khaganats turcs de l'Est et de l'Ouest, ils ne se ménageaient pas.

Aussi les aînés n'avaient-ils aucun préjugé contre l'idée.

De plus, les guerres de factions avaient toujours été le grand interdit de la cour. À la génération précédente, Zhou Chang avait été mis à mort pour avoir fait faction, et il avait entraîné dans sa chute l'ancien roi de Song, emprisonné et torturé trois mois durant.

Chacun le savait.

Vouloir briser les factions et employer les talents hu n'avait donc rien d'inacceptable de la part de Sa Majesté.

Plus Wang Chong écoutait, plus son visage s'assombrissait. À la fin, il était complètement fermé.

Passe encore pour d'autres ; mais ceux qui siégeaient ici étaient tous d'anciens dignitaires de la cour, doués d'une clairvoyance remarquable sur les affaires de l'État.

Ils percevaient la menace des Khaganats turcs au nord, mais aucun d'eux ne voyait le danger que les commandants régionaux et l'emploi des talents hu faisaient peser sur l'empire.

Si les anciens subordonnés de grand-père eux-mêmes n'y voyaient rien, comment les fonctionnaires de la cour l'auraient-ils remarqué ?

Wang Chong comprenait enfin comment ces mesures avaient pu passer, en son temps.

« Non ! Ces mesures ne doivent pas passer ! »

Wang Chong ne put se retenir davantage. Si personne, dans cette salle, ne voyait le danger de cette politique, alors personne à la cour ni dans le monde entier ne le verrait.

Une fois les mesures adoptées, il serait trop tard pour rien y changer !

Qui parle beaucoup se trompe souvent. Wang Chong avait résolu de rester muet jusqu'à la fin de la séance ; mais s'il ne s'élevait pas contre cette affaire, il ne se le pardonnerait pas de toute sa vie.

Weng !

Son intervention plongea la salle entière dans le silence. Tous les regards se portèrent aussitôt sur la silhouette assise auprès du duc de Ye.

« Jeune Maître Chong ? »

Les aînés étaient stupéfaits.

Son éclat soudain les avait tous saisis. Le duc de Ye lui-même, tout proche, tourna la tête vers lui, sidéré.

L'impression qu'il leur avait laissée jusque-là n'était pas mauvaise : respectueux de ses aînés, et capable d'initiative. Sa réaction rompait avec tout ce qu'ils s'étaient figuré de lui.

Les aînés délibéraient, et nul ne lui avait demandé son avis. De surcroît, ils étaient déjà tombés d'accord sur les commandants régionaux. Son éclat était un manquement aux convenances, et pouvait passer pour une marque d'irrespect caractérisée.

« Wang Chong, que fais-tu ? Ce n'est pas à toi de parler quand les aînés délibèrent, assieds-toi ! »

Le visage de Wang Gen s'assombrit.

Wang Chong avait eu tant de mal à se faire une bonne réputation auprès d'eux. N'était-il pas en train de ruiner tous ses efforts ?

Le vieux maître ne dit rien, mais ses sourcils blancs se froncèrent légèrement malgré lui.

Le fils de son troisième fils, Wang Yan, lui avait fait bonne impression ; mais oser contredire ses aînés en une telle occasion, il avait intérêt à avoir une bonne explication !

« Hahaha, inutile de prendre cet air solennel. Jeune Maître Chong, dites-nous librement ce que vous pensez ! »

Ce fut finalement le très militaire duc de Ye qui détendit l'atmosphère avec un rire.

Le duc de Ye avait beaucoup d'affection pour Wang Chong et, tout ébahi qu'il fût par son éclat, il était profondément convaincu que cet enfant avait une bonne raison d'agir ainsi.

Un rejeton du Duc Jiu ne pouvait pas être impétueux et impertinent !

(NdT : les commandants régionaux, en chinois jiedushi, relèvent d'un système militaire établi en 711 pour parer aux menaces extérieures. Le principe est de constituer un district militaire dans certaines régions et d'en confier la charge à un commandant régional, lequel reçoit en outre le gouvernement de deux provinces voisines du district. Il a le droit d'y lever sa propre armée, d'y percevoir l'impôt, et ainsi de suite. Autrement dit, un système de seigneurs de la guerre. La recommandation du Premier ministre, à savoir la promotion au mérite sans considération d'origine, permettait à tout Hu de devenir commandant régional. Comme ces commandants gardent les marches, on les appelle aussi généraux de frontière.)

(NdT : le Premier ministre en question est Li Linfu. Il a été question plus haut de la concubine Taizhen et de son cousin, Yang Guozhong, aussi appelé Yang Zhao. Celui-ci entra en conflit avec un commandant régional hu, An Lushan, qui finit par se soulever contre le Grand Tang. La révolte fut matée, mais l'empire en sortit très affaibli. Ce sont ces mesures-là qui permirent l'ascension d'An Lushan.)

(NdT : quelques repères sur les noms cités. L'empereur Taizong est Li Shimin, deuxième empereur des Tang, qui aida son père, le premier empereur, à monter sur le trône ; il vécut de 598 à 649. Qibi Heli était le khan de la tribu Qibi, mort en 677. Ashina Shier était un Turc, fils du khan Chuluo, de 604 à 655 ; tous deux furent généraux sous Taizong. Zhishi Sili, Turc et prince consort du Grand Tang, mort en 663, fut général sous l'empereur Zhongzong. Fumeng Lingcha, de l'ethnie qiang, mort en 756, fut général sous Xuanzong, l'empereur de l'époque où se déroule le récit. Les Hu désignent les peuples étrangers établis sur les terres annexées par l'empire, et les Han la population autochtone du Grand Tang.)

Traduit par Wuxia France — soutenez leur travail en les suivant.

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