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Records of the Human Emperor

Chapitre 94 : La situation de l'empire (1)

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Chapitre 94

Chapitre 94 : La situation de l'empire (1)

Chapitre 94/10887%~10 min de lecture1 949 mots

« Messieurs, voici le troisième fils de mon troisième fils, Wang Chong ! »

À cet instant, le vieux maître, assis en haut bout, prit la parole en désignant Wang Chong qui venait d'entrer.

« Ah ! »

« Chong gongzi ! »

« Chong gongzi, entrez donc. »

Les vieillards aux cheveux blancs saluèrent Wang Chong, mais sans lui prêter grande attention. Ils ne parlaient ainsi que par égard pour le vieux maître. Ils en avaient trop vu passer, dans cette salle.

Wang Li, Wang Fu, Wang Bei : ils les avaient tous vus. C'était déjà le quatrième, et ils ne jugeaient pas nécessaire de s'attarder sur celui-ci.

« Wang Chong présente ses respects aux aînés ! »

Wang Chong s'inclina respectueusement, sans se soucier de leur attitude.

Ceux qui siégeaient là auprès du vieux maître étaient ses anciens subordonnés. Ces hommes avaient traversé tous les bouleversements politiques de la cour, et l'avaient suivi pour porter l'empereur actuel sur le trône en des temps de chaos. Jeunes, ils avaient fréquenté la cour et occupé de puissantes charges… Ils avaient beau avoir dépassé la soixantaine, leur capacité à rassembler et leur influence restaient remarquables.

Chacun d'eux était chef d'un clan puissant ou figure dominante d'une province. La plupart avaient plus de soixante ans, mais l'âge n'avait guère entamé leur influence.

Vu leur rang, ils n'avaient nul besoin de faire des courbettes à un gamin de quinze ans. À vrai dire, sans l'aura du vieux maître, ils n'auraient sans doute pas gaspillé leur souffle en politesses.

« Assieds-toi. Gardes, apportez-lui un siège ! »

ordonna le vieux maître.

Les hommes présents dans la salle du conseil étaient tous des vétérans. Wang Chong avait beau être le petit-fils du vieux maître, son rang ne l'autorisait à s'asseoir qu'à la toute dernière place. On ne lui donna d'ailleurs qu'un petit siège dans un coin de la pièce.

Si le vieux maître l'avait fait venir, c'était surtout pour qu'il écoutât et se fît quelque expérience. Cela lui serait utile plus tard.

Une fois Wang Chong installé, l'assemblée reprit ses débats.

Assis dans son coin, Wang Chong balaya la pièce du regard. Outre le vieux maître et ses subordonnés, le grand oncle Wang Gen était là, assis à ses côtés.

Le grand oncle était le fils aîné du clan et un haut fonctionnaire de la cour. Qu'il parvînt ou non à gagner la reconnaissance de ces anciens subordonnés, il y aurait toujours une place pour lui auprès du vieux maître.

Outre le grand oncle, le cousin Wang Li était présent lui aussi. En arrivant au Pavillon des Quatre Directions, il paraissait agacé et impatient. À cet instant, on eût dit un tout autre homme. Il écoutait attentivement les échanges entre le vieux maître et ses subordonnés, et son visage trahissait son vif désir de briller.

Cela ne ressemblait guère à l'idée que Wang Chong s'était faite de lui.

'Le cousin Wang Li veut lui aussi gagner l'estime de ces anciens subordonnés !'

Une pensée traversa l'esprit de Wang Chong.

Grand-père n'avait pas voix au chapitre dans le jugement de ces anciens subordonnés ; il ne pouvait que présenter des candidats. Après tout, on ne force personne à vous « respecter » ni à vous « reconnaître ». Ces choses-là n'ont de valeur que venues du fond du cœur.

Le cousin Wang Li avait beau se démener chaque fois, Wang Chong savait qu'il ne gagnerait jamais les élèves et les anciennes relations du vieux maître, quelque effort qu'il y mît.

Ce n'était pas qu'il en fût incapable. Mais ces anciens subordonnés étaient des vétérans chevronnés, qui avaient traversé bien des épreuves. Quelque talent qu'on leur montrât, ils n'y verraient qu'un « tour de passe-passe ».

Les « conquérir » était une tâche quasi impossible. Sans quoi le grand oncle, le père, l'oncle, le jeune oncle, le grand frère, le deuxième frère et le cousin n'auraient pas tous échoué.

Au mieux, ils avaient gagné l'estime d'un ou deux de ces anciens subordonnés. À ce jour, aucun d'eux n'avait su emporter la reconnaissance de tous ceux qui siégeaient ici.

En parcourant la salle du regard, Wang Chong s'arrêta bientôt sur le vieux maître. Une lueur de tristesse traversa ses yeux.

'Le vieux maître ne verra pas le cataclysme !'

Un souvenir remontait dans l'esprit de Wang Chong. Dans quatre ans, son grand-père mourrait. Le mal caché contracté dans sa jeunesse, la grave blessure reçue au combat et la charge de travail qu'il continuait d'assumer malgré sa retraite avaient eu raison de son corps. Bien qu'ayant déjà atteint la soixante-dizaine, il se tuait encore à la tâche pour l'empereur, lui présentant stratégies et manœuvres. Grand-père vivait ainsi sous une tension constante.

Dans quelques années, le vieux maître finirait par céder et retournerait à la terre.

Mais personne, dans le clan Wang, ne semblait s'en être avisé, ni le grand oncle, ni le père.

Grand-père dissimulait si bien sa fragilité que tous le tenaient pour un immortel, un être qui ne s'effondrerait jamais.

Or nul en ce monde ne survit éternellement, et grand-père ne faisait pas exception.

Sa chute fut donc un coup terrible. Le clan Wang tout entier céda à la panique, et jusqu'au grand oncle, si calme et si solide, en perdit ses moyens.

Wang Chong se rappellerait toujours l'expression terrifiée de son visage ce jour-là.

Wang Chong savait qu'il ne restait pas beaucoup d'occasions au clan Wang de reprendre le manteau de grand-père. Puisqu'il lui restait quatre ans, cela signifiait quatre tentatives, pas une de plus.

Sans figure centrale pour unir tout le monde, les élèves et les anciennes relations du vieux maître se disperseraient rapidement.

En un instant, l'influence et le rang qu'il avait mis toute une vie à bâtir s'effondreraient. Même si quelques-uns restaient fidèles au clan Wang, son poids resterait sans commune mesure avec ce qu'il avait été.

La transmission dans les clans prestigieux n'a jamais rien de simple, et c'était là le plus grand souci de grand-père !

'Quoi qu'il arrive, je dois trouver le moyen de gagner l'estime de ces anciens subordonnés !'

Assis dans son coin, Wang Chong serrait les poings.

Dans la pièce, outre les membres du clan Wang et les anciens subordonnés de grand-père, il y avait aussi un groupe de jeunes gens. Tandis que grand-père se servait de son anniversaire pour présenter son successeur à ses anciens subordonnés, les autres amenaient les jeunes de leur clan dans la même intention.

Les débats de la salle du conseil en vinrent bientôt à la situation présente de l'empire.

« … Les Khaganats turcs de l'Est et de l'Ouest, dans les steppes du nord, gagnent en puissance, et l'on voit des signes de rapprochement entre eux. J'ai entendu dire que les khans des deux tribus étaient déjà en pourparlers. Il faut nous tenir sur nos gardes ! »

C'était un vieillard aux cheveux blancs, d'allure puissante, qui dégageait une forte aura militaire. Wang Chong le reconnut : on l'appelait le duc de Ye, et il était un ancien subordonné de grand-père. Il avait pris part avec lui à ce périlleux bouleversement politique de la cour, et tous deux avaient œuvré ensemble pour porter l'empereur actuel sur le trône.

Chacun savait que le nom du duc de Ye était Ye, mais personne ne semblait se rappeler son prénom, et nul dans la jeune génération n'osait le demander. Wang Chong savait seulement qu'il était l'un des plus fidèles subordonnés de grand-père et qu'il avait l'œil sûr pour les affaires militaires.

Quand tout le monde s'embarrassait encore des guerres de factions à l'intérieur de l'empire, les anciens subordonnés de grand-père tournaient déjà les yeux vers les lointaines steppes du nord.

« Ces temps-ci, le monde est en paix. Suivant l'édit impérial de l'Empereur Sage, nous commerçons avec la terre entière. Les Turcs de l'Est et de l'Ouest n'entendaient rien au travail de l'acier ; mais avec la levée des entraves au commerce, ils ont acheté quantité d'alliages d'acier à notre Grand Tang. Aujourd'hui, jusqu'à la pointe de leurs flèches est faite d'alliage ! »

« Ces Turcs de l'Est et de l'Ouest disposaient déjà d'une puissante cavalerie et d'excellents archers. S'ils se renforcent encore grâce à nos alliages, cela peut mener l'empire au désastre ! »

Malgré ses cheveux et sa barbe d'argent, les yeux du duc de Ye brillaient d'une vivacité qui n'était pas de son âge. À évoquer les Khaganats turcs de l'Est et de l'Ouest, l'inquiétude gagnait son visage.

« Ce n'est pas tout. J'ai lu le document officiel du Bureau du Personnel militaire, et les cavaleries légères des Khaganats turcs de l'Est et de l'Ouest violent nos frontières de plus en plus souvent. Autrefois, deux de nos escadrons en défaisaient trois des leurs. Aujourd'hui, le rapport des pertes est déjà de un pour un. »

« Il arrive même que, sous leurs attaques-surprises, nos pertes dépassent les leurs. Duc Jiu, la situation est vraiment préoccupante. Leur puissance de combat monte trop vite ! »

C'était un autre vieillard, solidement bâti. De tous ceux qui étaient là, c'était le plus grand, d'une bonne tête. Avec ses bras et ses jambes épais et robustes, il tenait plus de l'homme dans la force de l'âge que du vieillard.

Wang Chong se rappela qu'il était l'un des subordonnés des premières années de grand-père, et qu'on le connaissait surtout sous le nom de « Grande Barbe ». Jeune, il portait une barbe fournie qu'il ne rasait jamais et dont il tirait au contraire sa fierté.

L'âge venu, il n'avait pas changé, sinon que sa barbe avait blanchi et que plus personne n'osait l'appeler « Grande Barbe ». On l'appelait désormais respectueusement « l'ancien Barbe ».

Autrefois, il était le premier des généraux placés sous les ordres de grand-père.

« Duc Jiu, vous êtes le plus proche de Sa Majesté, et il serait bon que vous l'en informiez. Il faut nous prémunir contre de telles choses ! Nos frontières ne sont plus tranquilles depuis quelques années ! »

Un autre ancien subordonné aux cheveux blancs prit la parole avec inquiétude.

Wang Chong le reconnut. Il s'appelait Qiao, et on le nommait le doyen Qiao. C'était l'un des rares hommes de la salle à être plus âgé que grand-père. Que trois d'entre eux évoquassent en même temps les Khaganats turcs de l'Est et de l'Ouest laissait penser qu'ils en avaient débattu à l'avance et avaient décidé de profiter du banquet d'anniversaire du Duc Jiu pour soulever la question.

« Le Protectorat du Nord a la charge de garder les territoires septentrionaux, et protéger le Grand Tang des Khaganats turcs de l'Est et de l'Ouest devrait être son affaire. En ont-ils dit quelque chose ? »

En entendant ses trois anciens subordonnés soulever la question des Khaganats turcs du nord, le vieux maître s'alarma.

Des Qin aux Han, puis des Sui aux Tang, les nomades des terres du nord avaient toujours menacé les Plaines Centrales. Sous les Qin, il avait fallu bâtir la Grande Muraille et y dépêcher une armée de cent mille hommes d'élite. Sous les Han, il y eut la bataille de Baideng, et les Sui subirent d'innombrables raids et pillages.

Aussi le Grand Tang se méfiait-il des Khaganats turcs de l'Est et de l'Ouest. Le vieux maître avait jadis mené une armée vers le nord pour abattre l'armée alliée des deux khaganats. Mais le Grand Tang y avait lui aussi subi de lourdes pertes.

Le vieux maître connaissait bien la force des Khaganats de l'Est et de l'Ouest. Il prenait donc cette question très au sérieux.

(NdT : le Protectorat du Nord, de son nom complet le Protectorat général pour la Pacification du Nord, est l'administration militaire chargée des marches septentrionales de l'empire.)

Traduit par Wuxia France — soutenez leur travail en les suivant.

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