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Records of the Human Emperor

Chapitre 85 : La concubine Taizhen

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Chapitre 85

Chapitre 85 : La concubine Taizhen

Chapitre 85/10879%~12 min de lecture2 250 mots

C'était la première fois que Wang Chong éprouvait la puissance de la Contrainte du Monde, ou plutôt le rejet du monde. C'était comme si le monde entier lui était hostile.

Devant une telle force, Wang Chong s'était senti insignifiant, impuissant et terrifié.

Et il n'était sans doute pas le seul. Wang Chong estimait que, qui que l'on fût, devant ce torrent du monde qui vous domine, tout cultivateur se serait senti aussi négligeable qu'une fourmi.

Adossé au cadre de son lit, Wang Chong haletait. À cette heure encore, la sueur ruisselait librement sur son corps.

'Voilà donc le prix de ma réincarnation : je suis devenu l'ennemi du monde entier. Sans la Pierre du Destin, j'aurais été réduit en miettes depuis longtemps.'

Les yeux clos, Wang Chong réfléchissait en silence. Un sourire amer lui vint lentement aux lèvres.

Wang Chong comprenait enfin quelle épreuve attend ceux qui reviennent à la vie. Son seul espoir, désormais, était la Pierre du Destin.

Ce torrent du monde était incessant, et il s'abattrait sur lui encore et encore. Mais la faible lueur qu'exhalait la Pierre du Destin lui offrait un abri au cœur de la tempête et lui permettait de survivre au cataclysme.

'Les 20 points d'Énergie du Destin doivent être épuisés à présent. Et ce n'était que la première vague !'

À cette pensée, la Pierre du Destin se manifesta de nouveau dans son esprit.

[Alerte]

[Il ne reste que 5 points d'Énergie du Destin !]

[Compte à rebours avant la prochaine Contrainte du Monde : 3 mois !]

[Énergie du Destin requise : 30 points !]

En lisant ces mots dans son esprit, Wang Chong eut un sourire amer. C'était exactement ce qu'il avait prévu. L'Énergie du Destin nécessaire pour repousser la Contrainte du Monde était passée de 25 à 30 points.

Assis à terre, Wang Chong sentait son endurance revenir lentement. Peu à peu, une sensation mystérieuse se répandit dans tout son corps. Vague après vague, une énergie qui lui était étrangère jaillit par petites bouffées de ses pores, de ses muscles et de dessous sa peau.

Il sentait sa force physique croître en même temps que son endurance revenait. Et cette énergie semblait douée d'une capacité de pénétration prodigieuse. Traversant la peau et les muscles jusqu'aux os et à la moelle, elle entreprit de renforcer les os, les méridiens et les muscles de Wang Chong.

'Ah ? Mais c'est…'

Wang Chong se redressa, en alerte. Puis il comprit. La Pierre du Destin avait dit un jour qu'à chaque Contrainte du Monde repoussée avec succès, son corps physique s'en trouverait renforcé.

À cette pensée, Wang Chong se réjouit. Il se leva d'un bond et se mit à exécuter les Pas des Constellations, en cultivant selon la formule du Poing du Colosse. Peng ! Peng ! Peng ! Des ondes de choc éclatèrent dans la pièce, et il s'y forma des courants d'air qui rappelaient des raz de marée.

C'était bien ce qu'il pensait ! Quand il exécutait le Poing du Colosse, la vitesse à laquelle cette énergie déclinante s'infiltrait dans son corps augmentait considérablement. Wang Chong sentait ses os puiser dans son sang de quoi se nourrir et se fortifier rapidement.

'Cette énergie serait-elle ce qui reste de la Puissance du Monde ?'

Wang Chong exultait. En repensant à l'ampleur de cette Puissance du Monde, il se demanda si la barrière de lumière jaune pâle formée par l'Énergie du Destin n'en avait pas capté une part au moment où elle se dissipait, pour la lui reverser.

'Si c'est le cas, la Contrainte du Monde n'est pas aussi terrible que je le croyais !'

Wang Chong sourit. Plongeant tout son esprit dans ses arts martiaux, il accéléra sa pratique du Poing du Colosse.

Le temps semblait s'écouler avec lenteur dans la pièce.

Katcha !

Wang Chong entendit une série de craquements dans ses os, comme des grains qui éclatent. Il sentait, sans savoir comment, qu'il venait de franchir un palier, et sa force s'accrut instantanément dans des proportions considérables.

'Os de Panthère, 2e dan !'

Exalté et revigoré, non seulement Wang Chong avait retrouvé sa force, mais la blessure interne infligée par l'assassin des Îles de l'Est était guérie, et sa cultivation avait notablement progressé.

Maintenant qu'il avait atteint l'Os de Panthère, 2e dan, ce n'était plus qu'une question de temps avant de percer jusqu'au palier 6 d'énergie originelle !

Aux anges, Wang Chong ne s'endormit qu'aux approches de l'aube.

« Mère, je suis rentrée ! »

Le lendemain, alors que Wang Chong et Dame Wang étaient à table, une voix pleine d'entrain retentit soudain. Les portes s'ouvrirent et la petite sœur de Wang Chong fit irruption, ses deux couettes dressées vers le ciel. Tout en entrant, elle mordait dans une cuisse de poulet parfumée, sans doute obtenue de sa cousine.

« Grand frère, j'ai entendu dire que des méchants étaient venus chez nous hier soir. Où sont-ils ? Où sont-ils ? Je vais les rosser ! »

La petite sœur de la famille Wang balayait furieusement les alentours du regard en agitant ses petits poings blancs, comme pour faire étalage de sa force.

« Tu es devenue bien occupée depuis que tu traînes avec notre cousine. Ils auraient eu le temps de s'enfuir mille fois si nous t'avions attendue ! »

Wang Chong jeta un regard à sa petite sœur et la rabroua.

En quelques jours d'absence, elle semblait avoir complètement changé. Elle portait un tambourin à grelots à la ceinture, et ses chaussures étaient désormais brodées de fleurs et de serins, avec une clochette d'argent sur chacune. Elle avait même un cerf-volant dans le dos.

Manifestement, elle n'était pas restée oisive depuis qu'il lui avait donné ses deux cents taels d'or. Elle s'en était servie pour mener quelque temps la belle vie.

À ces mots, Wang Xiao Yao tira la langue et courut s'asseoir près de sa mère. Ses yeux balayèrent la table, elle saisit prestement ses baguettes, piqua une oie rôtie et se mit à la dévorer avec délices.

« Gourmande et dissipée ! Tu n'as pas changé d'un pouce ! »

Wang Chong secoua la tête. En regardant sa petite sœur, il se sentait désarmé.

Avec les dons qu'elle avait, si elle avait consacré un peu d'effort à sa cultivation, presque personne dans la capitale n'aurait fait le poids contre elle.

Mais sa petite sœur n'avait que dix ans. Le goût du jeu et de la table était dans sa nature, et Wang Chong n'y pouvait rien.

Elle n'était pas rentrée seule. Derrière elle suivaient les experts envoyés par la cousine Wang Zhu Yan. Ils formaient le gros de la force défensive de la résidence du grand oncle.

Wang Chong les affecta aux abords des appartements de sa mère et les chargea d'y monter la garde jour et nuit.

« Au fait, grand frère ! »

Le repas fini, sa petite sœur se tourna soudain vers lui avec un sourire espiègle.

« J'ai entendu Shen Hai et Meng Long dire que tu avais gagné 600 000 taels d'or. Fais voir, fais voir… »

Elle le tirait par le bras en le suppliant.

« Je savais bien que tu ferais cela. »

Wang Chong éclata de rire. Loin de refuser, il la regarda avec tendresse.

« Viens, je te montre. »

Une petite montagne d'or s'élevait dans un coin de la chambre au trésor des Wang. Les yeux de Wang Xiao Yao s'emplirent aussitôt d'étoiles.

« Ouahhh, grand frère, nous sommes riches ! »

Wang Xiao Yao plongea sur-le-champ dans le tas d'or et s'y roula. Tout excitée, elle criait.

« Tant d'or ! Tant d'or… Je me demande combien de bonnes choses on pourrait acheter avec tout ça ! »

Au bout du compte, elle n'avait que la nourriture en tête !

Tandis que l'intrusion chez les Wang faisait grand bruit dans la capitale, une autre affaire, autrement retentissante, se jouait à la cour impériale.

L'affaire de la concubine Taizhen !

Le souverain régnant, l'Empereur Sage, était résolu à faire entrer la concubine Taizhen dans son palais intérieur, et la cour tout entière, le roi de Song, le roi de Qi, le clan Yao, le clan Wang, le duc de Su, le duc de Wei, le duc de Zhao… tous les officiers et tous les ministres se trouvaient pris dans cette affaire.

Et le grand oncle de Wang Chong, Wang Gen, en était.

La cour entière se déchirait en deux : une faction soutenait vigoureusement la décision de l'empereur, l'autre s'y opposait avec violence ! C'était devenu la plus grande affaire du Grand Tang depuis plusieurs décennies.

Quel que fût leur camp, tous s'y échauffaient à l'extrême.

L'atmosphère de la cour se tendit brusquement. Deux lettrés en vinrent même aux mains en pleine cour et se blessèrent gravement l'un l'autre. Ils finirent tous deux enfermés dans la Geôle Impériale de la Cour de Révision Judiciaire.

Les Plaines Centrales tout entières en furent ébranlées. Tous les regards étaient tournés vers la cour impériale.

Wang Chong apprit la nouvelle alors qu'il cultivait dans sa demeure, et il resta longtemps silencieux.

'Dire que cela est arrivé malgré tout !'

Wang Chong leva la tête vers le ciel sombre. Les nuages menaçants semblaient s'assombrir au-dessus du Grand Tang.

Une lueur d'inquiétude traversa ses yeux.

Bien des choses s'étaient déroulées autrement que dans ses souvenirs. Mais quel que fût le continuum d'espace et de temps, la mort de la concubine impériale Wu en l'an 740, l'éloignement de la princesse consort de Shou et l'entrée de la concubine Taizhen pesaient lourdement sur l'avenir.

Personne ne comprenait pourquoi cet empereur avisé et sage, célébré comme le plus grand Empereur Sage des Plaines Centrales, allait soudain contre la morale et la tradition en faisant entrer la concubine Taizhen dans son palais intérieur.

Aujourd'hui encore, Wang Chong ne saisissait pas la logique de cette décision. Ce n'était pas là le fait d'un Empereur Sage, mais l'épisode eut sans conteste des conséquences durables.

Le soutien du clan Wang, l'influent roi de Song, s'attira la colère de l'Empereur Sage par son opposition farouche et perdit sa faveur. Il finit par être écarté du centre du pouvoir.

Perdre le roi de Song fut un coup terrible pour le clan Wang, et, pis encore, le clan Wang s'était rangé du mauvais côté dans cette tempête politique.

Tous avaient sous-estimé la détermination de l'Empereur Sage !

Et le clan Wang paya cette erreur d'appréciation par sa disgrâce. Autorité, rang, influence : tout tomba au plus bas, et le clan Wang fut chassé du sommet du Grand Tang.

Dans les luttes politiques, un seul faux pas peut avoir des effets dévastateurs !

Ce fut là un immense malheur pour le clan Wang.

Hormis Wang Chong, personne dans le clan ne connaissait l'avenir !

Wang Chong avait beau le savoir, il n'ignorait pas non plus qu'il ne pouvait intervenir dans cette affaire pour l'instant.

L'ampleur et la portée de cette tempête de cour étaient sans précédent. Une affaire d'une telle importance ne se tranchait pas sur l'avis d'un garçon de quinze ans.

'Je ne peux qu'attendre l'anniversaire de grand-père. Le roi de Song viendra assurément le trouver pour lui demander son soutien.'

À la cour du Grand Tang, le vieux maître Yao et le grand-père de Wang Chong étaient deux montagnes qu'on ne pouvait contourner. Sur toute affaire d'importance, leur avis pesait lourd.

Wang Chong était convaincu que le roi de Song solliciterait celui de son grand-père lors du banquet d'anniversaire.

Sachant qu'il ne pouvait rien faire dans l'immédiat, Wang Chong s'éclaircit l'esprit et poursuivit son entraînement.

Que ce fût pendant la catastrophe ou dans le monde politique, sa force propre se révélerait de la plus haute importance.

(NdT : la concubine Taizhen, de son nom taoïste, est plus connue sous le nom de Yang Yuhuan, concubine impériale et l'une des Quatre Grandes Beautés de la Chine. Avant d'épouser l'empereur Xuanzong, elle était mariée au prince de Shou, Li Mao, et on l'appelait alors la princesse consort de Shou. Épris d'elle, Xuanzong la retira à son fils, l'envoya dans un couvent taoïste où elle reçut le nom de Taizhen, puis la fit entrer au palais.)

(NdT : quelques repères. Xuanzong fit entrer Yang Yuhuan malgré l'opposition des fonctionnaires, puis éleva son cousin Yang Guozhong à une charge éminente, celle de chancelier, bien qu'il fût d'une incompétence notoire ; il n'en resta pas moins l'un de ses hommes de confiance. Hostile à An Lushan, autre familier de l'empereur et général de grand prestige, Yang Guozhong le provoqua sans relâche. Leur conflit poussa An Lushan à déclencher la révolte d'An Lushan, de 755 à 763, et à fonder l'État de Yan en 756. L'État de Yan tomba en 763, mais la dynastie des Tang en sortit très affaiblie. Dans la première moitié de son règne, Xuanzong passe pourtant pour un empereur avisé et travailleur, qui porta les Tang à l'apogée de leur puissance et de leur culture. Ces repères sont très sommaires et ne couvrent pas toutes les causes en jeu ; par ailleurs, si le récit reprend des personnages historiques, il ne suit pas strictement leur histoire.)

(NdT : sur les geôles. La Geôle Impériale, 天牢, accueille les personnages puissants et relève directement de la cour impériale, c'est-à-dire de l'empereur ; jamais un homme du peuple n'y est enfermé, et elle n'est pas souterraine. La geôle souterraine, 地牢, est la prison ordinaire où l'on enferme les criminels de droit commun, et dont les fonctionnaires responsables peuvent en général prononcer eux-mêmes le verdict.)

Traduit par Wuxia France — soutenez leur travail en les suivant.

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