Sou !
Les coutelas décrivirent un immense cercle dans le ciel nocturne avant de revenir dans les mains des hommes masqués.
Alors seulement ceux-ci se remirent de leur stupeur.
« Tuez-le ! »
Parlant une langue inconnue de , ils foncèrent droit sur lui, chacun son coutelas à la main.
« Protégez le jeune maître ! »
Sans un mot, et bondirent en avant et se postèrent à ses côtés.
« ! Attrape ! »
D'un mouvement leste de la jambe, expédia à l'épée tombée à terre. Celui-ci la saisit au vol et engagea le combat contre les hommes masqués.
L'affrontement fut extrêmement violent. n'y prit pas part, sa cultivation étant trop faible. Dans son état, il ne faisait pas le poids contre ces hommes en noir.
et , eux, étaient d'anciens commandants redoutables qui avaient quitté l'armée. Leurs blessures avaient beau avoir entamé leur puissance de combat, leur expérience et leur entente restaient sans faille.
Et les gardes de la demeure des Wang continuaient d'affluer dans le secteur. Quelques-uns d'entre eux, voyant le jeune maître en danger, se dirigeaient déjà vers lui.
'Dire que les lames de Charax Spasinou peuvent aussi s'employer de cette façon.'
observait les coutelas dans les mains des hommes masqués. Ils fonctionnaient comme des boomerangs, revenant à la main après avoir tournoyé au-dessus du champ de bataille. Bien employés, ils pouvaient prendre un adversaire au dépourvu.
C'était la première fois que voyait manier un coutelas de la sorte. Il devinait que ce maniement exigeait beaucoup de son utilisateur. Sans quoi, non seulement on manquait sa cible, mais on risquait de se faire tuer par sa propre lame au retour.
'Ce doit être l'effet papillon.'
pensa .
Dans sa vie antérieure, il n'avait jamais eu affaire au minerai d'Hyderabad. Cette fois, il était intervenu et avait changé le destin du monde en achetant le droit de distribution du minerai et en forgeant l'épée en acier wootz : c'est ainsi qu'il attirait à lui ces assassins de Charax Spasinou.
« , le Récif qui contemple la lune ! »
« , le Singe Blanc tourne la tête ! »
lança soudain .
leva son épée, qui se planta dans la poitrine de l'homme masqué au moment précis où celui-ci s'élançait. , lui, inclina la tête et esquiva d'un cheveu un coutelas tournoyant.
n'en fut guère troublé, mais une sueur froide coula dans le dos de . Sans l'avertissement de , la lame lui aurait tranché la tête.
« Ce type n'est pas ordinaire, débarrassez-vous de lui ! »
Le regard des hommes masqués se glaça. Leur attention se porta aussitôt sur . Sans son intervention, l'un des deux gardes serait déjà mort.
« Hmph ! »
ricana. Il ne comprenait pas la langue de Charax Spasinou, mais en les voyant chercher à se défaire de et de pour l'atteindre, il devina sur-le-champ leurs intentions.
Aussi, avant qu'ils pussent agir, ce fut lui qui bougea.
Sou !
L'épée dans la main droite, il chargea vers et .
« Jeune maître, non ! »
« Attention ! »
Les deux gardes en restèrent saisis. Ceux qu'ils affrontaient étaient au moins au palier 8 d'énergie originelle, et rompus à l'assassinat. ne pouvait venir à bout d'un seul d'entre eux, et ils étaient plusieurs, avec une entente remarquable.
se jetait dans la gueule du loup.
« Morveux, tu cherches la mort ! »
Un homme masqué placé entre et remarqua qui chargeait. Avec un sourire cruel, il abattit vivement son coutelas sur lui.
L'éclat froid du métal se refléta dans les yeux de . Ce seul coup était si puissant que l'air lui-même s'en trouva fendu, soulevant une immense bourrasque.
Weng !
avança d'un pas souple et rapide, esquivant le coutelas qui filait droit sur lui. L'instant d'après, il bondit en avant et frappa l'assassin. Les yeux écarquillés de stupeur, l'homme masqué fut fendu en deux.
« C'est cette épée ! »
« Attention, tous ! »
À cette vue, les hommes masqués vêtus de noir furent frappés de stupeur. Ils avaient reconnu du premier coup l'épée en acier wootz dans les mains de . À Charax Spasinou comme au califat abbasside, on tenait le travail des lames en très haute estime. Les forgerons y consacraient à chaque arme un soin immense, et chaque lame produite était une pièce de tout premier ordre.
Leurs armes ne valaient certes pas le sabre de Mosaide, mais elles comptaient parmi les meilleures. Seule l'épée du Pavillon du Papillon Bleu avait pu la trancher comme si de rien n'était.
Les hommes masqués cédèrent aussitôt à la panique.
Ils n'avaient d'abord fait aucun cas de . Mais en le sachant armé de cette lame redoutable, la terreur les saisit et les fit hésiter.
« Tuez-les ! »
Sentant le trouble de l'adversaire, réagit vite. C'était le moment idéal pour attaquer. À ces mots, et , qui lui faisaient désormais une confiance absolue, fondirent sur le groupe masqué.
La panique s'accrut. En un clin d'œil, ils en avaient blessé deux.
Mais alors que les deux gardes s'apprêtaient à les tailler en pièces, tout bascula. Peng ! Peng ! Les hommes masqués lancèrent plusieurs boules noires.
En se brisant au sol, elles libérèrent aussitôt une fumée épaisse.
« Attention ! C'est du gaz soporifique ! »
fut saisi. Il ne s'attendait pas à ce que les hommes masqués eussent apporté ce genre d'arme dissimulée. Il eut à peine le temps de les avertir avant que la fumée n'enveloppe tout alentour et ne lui brouille la vue.
Sans prendre le temps de réfléchir, se couvrit le nez et recula.
« Voilà notre chance ! »
« Tuez ce gamin et prenez son épée ! Il suffit que nous accomplissions notre mission ! »
Les hommes masqués exultaient. Ils s'élancèrent à travers la fumée, apparemment insensibles à ses effets.
'Voilà qui est mauvais !'
Les capacités de n'avaient pas encore mûri, et son entente avec et présentait encore des failles. Il pouvait exploiter de temps à autre les points faibles de l'adversaire pour frapper, mais il lui était impossible d'affronter trois artistes martiaux d'au moins le palier 8 d'énergie originelle.
Peng !
Sans réfléchir, tenta aussitôt de fuir.
« Tu crois vraiment y arriver ? »
« Petite canaille, tu penses t'en tirer après avoir tué notre camarade ? »
Le visage féroce, les trois hommes masqués de Charax Spasinou le prirent en chasse, coutelas au poing. L'un d'eux visa la nuque de et lança sa lame.
« Gongzi, fuyez vite ! Canailles de Charax Spasinou, comment osez-vous vous conduire ainsi devant moi ! »
Un hurlement furieux retentit soudain, grave et impérieux. À l'instant même où les hommes masqués lançaient leur coutelas sur , une fenêtre située à une centaine de zhang s'ouvrit brusquement. Dans un sifflement, une épaisse flèche d'acier surgit au milieu d'une fumée noire. Déchirant l'espace, elle frappa en un clin d'œil le coutelas qui poursuivait .
Dang !
Percuté par la lourde flèche, le coutelas fut réduit en poudre sous l'énormité du choc. Avant que les assassins eussent pu réagir, peng ! Une autre flèche épaisse traversa l'air et atteignit l'un des hommes masqués.
Prise de flanc, elle lui transperça le cœur avec une précision effrayante. L'homme n'eut pas même le temps de dire un mot : il s'effondra et rendit son dernier souffle.
« Mauvais ! C'est un maître archer ! »
Les deux hommes masqués restants furent saisis d'effroi. Comme devant une apparition terrifiante, ils s'enfuirent aussitôt dans deux directions opposées, l'un à gauche, l'autre à droite. Le premier fila le long des murs, le second grimpa sur le toit.
Peng ! Peng !
Mais la pièce, à une centaine de zhang de là, était comme un gouffre noir et redoutable. Ils avaient beau courir, il semblait impossible d'y échapper. Le premier n'avait pas fait grand chemin le long du mur qu'une épaisse flèche de métal noir lui cloua la tête contre la paroi.
Pendant ce temps, celui qui avait escaladé le toit avait déjà parcouru plus d'une dizaine de zhang. La moitié de sa silhouette était déjà masquée par le faîte, et un instant plus tard il aurait complètement disparu du champ de vision de son poursuivant.
Mais au moment même où il bondissait vers un autre toit, une épaisse flèche d'acier siffla dans le ciel et lui perça le cou. Le sang jaillit en plein vol, et la force écrasante du trait projeta l'homme à une dizaine de zhang. Il finit par heurter le mur d'enceinte de la demeure des Wang et glissa jusqu'au sol.
C'est ainsi que trois hommes masqués du palier 8 d'énergie originelle furent abattus.
'Tuoba Guiyuan ?'
s'arrêta net. Se retournant, il remonta jusqu'à la chambre obscure d'où partaient les flèches, à une centaine de zhang, et resta stupéfait. Les hommes masqués de Charax Spasinou l'ignoraient peut-être, mais savait que c'était là que logeait le forgeron à la barbe fournie, Tuoba Guiyuan.
'C'est un maître de l'arc !'
n'en revenait pas.
Dans le Grand Tang, trois types de soldats jouaient un rôle décisif sur les champs de bataille : l'infanterie lourde, l'archer et la cavalerie.
Jamais il ne lui était venu à l'esprit que Tuoba Guiyuan pût être archer. Et à ce qu'il voyait, il semblait même y exceller.
« Gongzi, soyez tranquille. Je ne laisserai pas s'échapper un seul de ces assassins ! »
La voix claire de Tuoba Guiyuan résonna depuis la fenêtre obscure. Tandis qu'il parlait, d'épaisses flèches de métal jaillissaient l'une après l'autre au milieu de la fumée noire, avec une puissance stupéfiante.
Comme la faux du faucheur, partout où se posaient les flèches de Tuoba Guiyuan, un homme masqué tombait. Ils avaient beau lancer des boulettes de gaz soporifique et courir de toutes leurs forces, rien n'y faisait.
'J'ai vraiment mis la main sur un maître, cette fois !'
était émerveillé par son art de l'arc. Il le savait habile à la forge, mais ne l'imaginait pas expert à ce point. Avec lui et les deux puissants moines sindhis, Arloja et Ablonodan, la demeure de la famille Wang était désormais un véritable sanctuaire.
'Voilà un gain tout à fait inattendu !'
En songeant à l'effrayante maîtrise de l'arc de Tuoba Guiyuan, et à la manière dont il avait survécu dans sa vie antérieure à l'oppression des clans Zhang, Li, Huang, Cheng et des autres maisons de forgerons pour se faire un nom, la surprise de se dissipa d'un coup.
Rengainant son épée en acier wootz, s'approcha de et de . Tous deux gisaient à terre, immobiles.
En y regardant de plus près, ils étaient blessés, mais heureusement sans gravité. La puissance du gaz soporifique les avait toutefois laissés inconscients.
(NdT : cent zhang valent environ 333 mètres, et une dizaine de zhang environ 33 mètres.)