Aller au contenu principal

Records of the Human Emperor

Chapitre 80 : Des assassins de Charax Spasinou !

Records of the Human EmperorRecords of the Human Emperor
Chapitre 80

Chapitre 80 : Des assassins de Charax Spasinou !

Chapitre 80/10874%~11 min de lecture2 062 mots

Ffft !

Dans la pièce, Wang Chong déroula une feuille de papier xuan longue de trois chi. Trempant son pinceau dans l'encre, il se mit à réfléchir au dessin de la deuxième épée en acier wootz qu'il forgerait pour les enchères.

Les commandants de l'Armée impériale n'étaient pas des sots. Ceux qui parvenaient à gravir les échelons possédaient de véritables capacités. Ils avaient beau lui avoir donné leur argent sans compter, ils attendaient énormément de la lame.

Les épées que Wang Chong forgeait devaient répondre à leurs exigences.

'Heureusement que le dessin des armes, en ce monde, reste bien pauvre : il me laisse un choix immense !'

pensa Wang Chong.

En cette époque, malgré le grand nombre de forgerons dans la capitale, on se souciait tant du tranchant qu'on négligeait l'apparence de la lame. Aussi la plupart des épées forgées se ressemblaient-elles toutes.

En comparaison, Wang Chong faisait figure de grand maître en la matière !

Comme le dit l'adage, le bon vin ne craint pas la ruelle profonde ; il n'empêche qu'un bel emballage compte dans toute activité commerciale. Ainsi, un alcool conservé dans un flacon de porcelaine attire bien plus le regard que le même alcool dans une jarre ordinaire.

Une épée à la belle apparence n'a rien à voir avec une lame quelconque.

'Puisque j'ai déjà forgé une épée, autant faire un sabre pour les enchères.'

pensa Wang Chong.

Le sabre a toujours été l'un des Deux Rois des armes. Les gens des Plaines Centrales préféraient l'épée, mais le rang du sabre demeurait au-dessus de celui des autres armes.

Comme il est bien plus difficile à manier, seul un expert de tout premier ordre pouvait en tirer la pleine puissance. Wang Chong savait néanmoins que l'Armée impériale comptait un bon nombre de maîtres du sabre.

S'il voulait asseoir sa position de premier forgeron du monde, il ne suffisait pas qu'il excellât à forger des épées. Il lui fallait aussi prouver qu'il était sans rival dans l'art du sabre.

Pas un commandant de l'Armée impériale qui ne fût difficile. Un sabre ordinaire ne les satisferait pas.

Comme Wang Chong tournait la question dans sa tête, une idée lui vint.

Parmi les Trois Grandes Armes du monde, aux côtés de l'épée en acier wootz, figurait aussi le katana du Japon.

Le katana japonais descendait du modao du Grand Tang, mais il convenait bien mieux que lui aux coups de taille. Seulement, en ce monde, le Japon n'existait pas.

Wang Chong n'entendait pas se contenter de recopier le katana : il voulait concevoir une arme nouvelle en le prenant pour épure.

Après un moment de réflexion, le pinceau se mit à courir sur le papier xuan.

Un instant plus tard, une lame entièrement nouvelle, sans équivalent en ce monde, apparaissait sur la feuille. Sa forme rappelait celle du katana japonais, mais elle était plus longue de moitié et davantage, atteignant six à sept chi !

La lame était extrêmement fine et longue, et la poignée à l'avenant.

Un homme ordinaire n'aurait jamais pu se servir d'une telle arme, aussi haute que lui. Mais Wang Chong n'en avait cure.

Ces six chi pesaient une soixantaine de jin, ce qui les rendait impossibles à manier pour le commun. En revanche, entre les mains d'artistes martiaux d'une force sans pareille, ce dessin fait pour tailler libérerait toute la puissance destructrice de l'acier wootz.

Wang Chong était certain que cette arme ensorcellerait les maîtres du sabre de l'Armée impériale.

'… Il me faudra cependant plus de matière pour la forger. Deux jun au minimum !'

pensa Wang Chong.

Il n'avait dépensé qu'un seul jun de minerai d'Hyderabad pour la première épée en acier wootz. Celle-ci en exigerait au moins deux. Le coût augmentait considérablement, mais Wang Chong estimait que le prix suivrait dans les mêmes proportions.

Il n'en tirerait qu'un profit plus grand encore.

Houuu !

Wang Chong ruminait la chose quand un léger sifflement de vent lui parvint aux oreilles. Il fronça les sourcils et interrompit net tout mouvement.

'Des intrus !'

Wang Chong comprit aussitôt. Il avait perdu la prodigieuse cultivation de sa vie antérieure, mais son expérience et la finesse de ses sens lui restaient.

C'était le bruit d'une robe fouettée par un vent violent.

Quelqu'un s'était introduit dans la résidence de la famille Wang !

'Hmph, si vous croyez pouvoir entrer et sortir de la demeure des Wang à votre guise, vous vous trompez lourdement !'

Les lèvres de Wang Chong se retroussèrent froidement.

Qu'il s'agît des 600 000 taels d'or entreposés dans la résidence ou de l'épée en acier wootz, bien des gens s'en trouveraient aveuglés par la convoitise. Comme le dit l'adage, détenir un trésor est en soi un crime : si Wang Chong ne s'était pas prémuni contre de tels voleurs, il n'aurait vraiment pas été digne d'un ancien Grand Maréchal.

Pouf !

Ayant soufflé la flamme de la bougie, Wang Chong saisit aussitôt l'épée en acier wootz accrochée au mur. Criiic ! Il poussa discrètement la fenêtre et se glissa dehors.

À la forge du clan Wei, Wang Chong avait façonné quatre lames en tout. Mais il n'en avait orné qu'une seule, sertissant la poignée d'agates et de pierreries et plaquant le fourreau d'or, ce qui lui donnait un air à la fois somptueux et élégant.

Les trois autres, il ne les avait pas décorées. Il n'avait d'ailleurs pas l'intention de les vendre. Aussi les gardait-il depuis toujours à la résidence.

Sous la lune glacée, Wang Chong distinguait nettement les mouvements agiles des silhouettes noires sur les toits, au sol et le long des murs, tandis qu'elles filaient droit vers la chambre au trésor de la demeure.

'On dirait qu'ils connaissent parfaitement les lieux ! Ils ont dû venir en repérage dans la journée.'

pensa Wang Chong.

Chaque demeure possède sa chambre au trésor, où l'on garde l'or, l'argent et les objets précieux. Ceux qui s'étaient introduits chez les Wang semblaient savoir exactement où aller. Leurs déplacements étaient précis, mesurés : de toute évidence, ils avaient reconnu l'enceinte de la résidence dans la journée et en avaient relevé le plan et la structure.

Toute la demeure était silencieuse, comme si les hommes en noir avaient pénétré dans un manoir abandonné. Pas une servante, pas un garde, pas une nourrice ne s'était alarmé de leur présence.

Debout dans l'ombre, Wang Chong les observait en silence avec un ricanement glacé.

La taille des troupes privées qu'une maison de général ou de ministre pouvait entretenir était strictement limitée, mais il y avait bien assez de monde dans la résidence pour en venir à bout.

'Il est temps !'

Alors qu'ils touchaient presque à la chambre au trésor de la famille Wang, une lueur traversa le regard de Wang Chong et une idée lui vint.

Rraaah !

Tout alla très vite. Au moment même où le groupe allait pénétrer dans la chambre au trésor, un rugissement furieux déchira le silence de la nuit. Pareil au roulement du tonnerre, il retentit dans tout le ciel de la demeure des Wang.

« Qui va là ! »

Avec ce rugissement, l'air alentour se mit à trembler, et des ondulations noires nées d'une puissante déflagration jaillirent de la chambre au trésor. Les hommes en noir furent pris au dépourvu. Comme des cerfs-volants dont on coupe le fil, ils furent projetés en arrière.

« Qui ose semer le trouble dans la demeure de Wang gongzi ! »

Au milieu de ce rugissement de lion, deux silhouettes sèches et puissantes jaillirent.

Ces mots n'étaient pas prononcés dans la langue des Plaines Centrales, mais en sanskrit. Malheureusement, personne ne les comprit.

'Les voilà enfin !'

En voyant surgir Arloja et Ablonodan, Wang Chong eut un petit rire. Voilà ce qu'on appelle une vraie association. Il n'avait pas dépensé pour rien les 80 000 taels d'or de la veille.

Wang Chong leur avait exposé son souhait : qu'ils aidassent à protéger la demeure des Wang pour que ni le minerai d'Hyderabad ni les quelques centaines de milliers de taels d'or ne fussent dérobés. Sans une plainte, les deux moines avaient accepté sur-le-champ.

À cette heure, Wang Chong était l'associé du Sindhu. Comment auraient-ils laissé quiconque voler l'argent tiré de la vente du minerai ? Sans qu'il eût à insister, tous deux avaient pris la charge à leur compte.

Boum !

Vus de loin, Arloja et Ablonodan avaient l'air de tigres féroces. Fondant sur les hommes en noir, ils détruisaient tout ce qui se trouvait à leur portée. Ils étaient très largement en infériorité numérique et parvenaient pourtant à parer toutes les attaques. Les vagues noires qui émanaient d'eux projetaient les intrus comme des feuilles de papier et les écrasaient contre les murs ou contre le sol.

« Sortez ! On nous attaque ! »

Dans le même temps, la voix des deux moines sindhis alerta les gardes du clan Wang. Des appartements de la mère de Wang Chong, du salon, du quartier des servantes, des nourrices et des domestiques, d'innombrables gardes de la demeure se ruèrent dehors.

Comme le dit l'adage, qui prévoit réussit, qui ne prévoit pas échoue : puisque Wang Chong s'attendait à ce qu'on tentât quelque chose contre les 600 000 taels d'or, l'épée en acier wootz et le minerai d'Hyderabad, comment n'aurait-il pas pris ses dispositions à l'avance ?

De la chambre de sa mère au quartier des servantes, Wang Chong avait posté des gardes à tous les endroits sensibles. Sans quoi, comment aurait-il pu rester tranquillement assis à regarder des intrus envahir sa demeure ?

« Tuez-les ! »

Les gardes de la famille Wang chargèrent le long des galeries vers les hommes en noir. Les lames de leurs épées luisaient sous la lune. En un instant, les deux groupes se heurtèrent dans le jardin.

Les gardes du clan Wang étaient parmi les moins nombreux des maisons de généraux et de ministres. Ils dépassaient néanmoins les hommes en noir de plusieurs fois en nombre.

Cling ! Cling ! Le bruit du métal résonnait aux oreilles. L'éclat froid des lames se voyait aux quatre coins de la cour.

'Ah ? Quelqu'un se dirige vers moi ?'

Soudain, l'oreille de Wang Chong frémit. Il perçut de nouveau ce froissement d'étoffe : la chambre au trésor n'était visiblement pas leur seul objectif. Son propre cabinet de travail en était un aussi.

Xiou !

Tout alla plus vite qu'on ne saurait le dire. À l'instant même où Wang Chong comprenait que l'on venait vers lui, l'éclat froid du métal brilla dans l'obscurité et plusieurs coutelas tournoyèrent furieusement dans sa direction.

« Jeune maître, attention ! »

À cette vue, Shen Hai et Meng Long, qui gardaient le cabinet de Wang Chong, blêmirent et bondirent en avant.

Weng !

Clang ! L'épée de Meng Long dévia l'un des coutelas de Charax Spasinou dans un retentissement métallique. Il en restait pourtant plusieurs autres qui fonçaient sur Wang Chong à une vitesse prodigieuse.

'Mauvais !'

En un instant, les coutelas furent sur lui. Les lames acérées semblaient devoir lui séparer la tête du cou. Les deux gardes pâlirent et une sueur froide leur coula dans le dos.

Weng !

La cultivation de Wang Chong avait beau être faible, ses réflexes n'avaient rien perdu de leur vivacité. À l'instant précis où les coutelas l'atteignaient, son corps s'envola en arrière et exécuta un saut périlleux. D'une simple « Tortue au soleil », il esquiva les coups l'un après l'autre.

L'aisance et la simplicité du mouvement laissèrent les deux assassins masqués de Charax Spasinou stupéfaits !

À leurs yeux, les arts martiaux de Wang Chong étaient si faibles qu'ils en devenaient négligeables. Jamais ils n'auraient imaginé qu'il pût esquiver aussi aisément leur attaque mortelle par un geste aussi simple.

(NdT : le papier xuan est le papier traditionnel de la calligraphie et de la peinture chinoises. Six chi valent environ deux mètres, et soixante jin environ trente kilos.)

(NdT : sur les Trois Grandes Armes du monde, évoquées au chapitre 15. L'épée en acier wootz est ce qu'on appelle aussi l'épée de Damas. Le nihonto est le terme général qui désigne les sabres japonais, dont le katana fait partie. Le modao est une très longue arme à deux mains, proche du katana et du sabre de kendo ; le changdao lui ressemble beaucoup, à ceci près qu'il est à un seul tranchant là où le modao est à double tranchant, sans dos émoussé.)

Traduit par Wuxia France — soutenez leur travail en les suivant.

Swipez pour naviguer