Aller au contenu principal

Records of the Human Emperor

Chapitre 75 : Le premier forgeron d'épées du monde

Records of the Human EmperorRecords of the Human Emperor
Chapitre 75

Chapitre 75 : Le premier forgeron d'épées du monde

Chapitre 75/10869%~11 min de lecture2 078 mots

« Mère, ne vous inquiétez pas. Laissez-moi cette affaire. »

Wang Chong serrait fermement les mains de sa mère en parlant. Ce censeur Fu, d'autres pouvaient bien le craindre : comment Wang Chong l'aurait-il redouté ? Après avoir essuyé tant de tempêtes dans sa vie antérieure, aurait-il tremblé devant un simple censeur ?

Wang Chong connaissait un peu ce Fu He. Il était en mauvais termes avec le grand oncle Wang Gen, et il semblait supporter mal le prestige dont jouissait dans le pays le grand-père de Wang Chong, le Duc Jiu. Aussi cherchait-il souvent querelle au clan Wang.

Et de tous les censeurs, c'était lui qui était le plus proche du duc de Su. Sans quoi, si audacieux que fût Su Bai, il n'aurait jamais osé le convier.

« Censeur Fu, vous avez décidément du temps de reste. Depuis quand contrôler les fonctionnaires et maintenir l'ordre revient-il à inspecter la vie des simples particuliers ? Il est vrai que les traitements de notre clan Wang ne permettent pas d'économiser un millier de taels d'or. Mais cela signifie-t-il que je n'en sois pas capable, moi ? »

Sachant à qui il avait affaire, Wang Chong ne se donna pas la peine de faire des politesses.

À ces mots, tous restèrent médusés. De crainte que les censeurs ne les dénoncent à la cour impériale, on se montrait d'ordinaire prudent en leur présence et l'on parlait le moins possible. Après tout, plus on parle, plus on risque de mal parler. Et voilà que Wang Chong contredisait le censeur en face.

« Gongzi, il faudrait baisser le ton. »

« Un censeur, ce n'est pas une plaisanterie. »

Shen Hai et Meng Long tiraient sur les manches de Wang Chong, tête baissée. Ils venaient de l'armée, mais après plusieurs années passées dans la capitale, ils savaient de qui il ne fallait pas se moquer.

« Wang gongzi, vous prétendez donc avoir gagné cette somme vous-même ? »

Le censeur Fu plissa les yeux. Pour la première fois, il regarda sérieusement Wang Chong dans les yeux.

« Oui ! »

répondit Wang Chong sans la moindre hésitation. En cherchant à prendre barre sur lui par l'entremise du censeur Fu, Su Bai avait commis une erreur dès le départ. De l'obtention du minerai d'Hyderabad à la forge et à la vente de son épée, tout était légal et facilement vérifiable. Un censeur aurait beau se pencher sur l'affaire, il n'y trouverait pas le moindre défaut.

« Hahaha, quelle bonne plaisanterie. Wang Chong, tu aurais gagné pareille somme ? »

Avant même que le censeur Fu pût parler, Su Bai éclata de rire.

Jamais il ne croirait Wang Chong capable d'une telle chose. Inventer un prétexte aussi ridicule, c'était les prendre tous pour des imbéciles. Si Wang Chong avait eu de telles capacités, le clan Wang aurait prospéré depuis longtemps. Et l'on n'aurait pas parlé d'incorruptibilité à son sujet.

Que signifie être incorruptible ? Être pauvre !

Oser débiter des sornettes devant un censeur : Wang Chong ne manquait pas d'aplomb.

« Wang gongzi, mieux vaut pour vous dire la vérité. Cette affaire n'est pas une plaisanterie. »

Le censeur Fu parlait lentement, d'une voix sévère. Que Wang Chong débitât des inepties devant lui le mettait mal à l'aise.

Il défiait son prestige de censeur !

« Hmph ! Libre à vous de me croire ou non. Si je dis que c'est moi qui l'ai gagné, c'est que je l'ai gagné. Aurais-je besoin de mentir là-dessus ? Un censeur détient peut-être une grande autorité, mais je ne crois pas qu'elle aille jusqu'à m'obliger à vous rendre compte de mes finances. »

dit froidement Wang Chong.

« Insolent ! »

À ces mots, Fu He entra dans une colère noire.

« Dame Wang, comment donc élevez-vous votre enfant ? Les censeurs représentent Sa Majesté en personne, et puisque ces fonds proviennent d'une source inconnue, croyez-vous qu'il soit convenable que je n'enquête pas ? Le clan Wang est-il devenu si puissant qu'il traite Sa Majesté avec un tel mépris ? »

Fu He fixait Dame Wang, Zhao Shu Hua, d'un regard d'une froideur sans pareille.

À ces mots, le visage de Dame Wang pâlit. Manquer de respect à l'empereur était un crime grave !

« Chong-er, ne dis plus rien. »

Dame Wang tira précipitamment Wang Chong par la main.

« Censeur Fu ! »

Furieux, Wang Chong s'apprêtait à révéler l'affaire du Pavillon du Papillon Bleu quand une voix retentissante résonna soudain dans l'air.

« Wang gongzi ne l'a-t-il pas déjà dit ? J'affronterai quiconque osera prétendre que Wang gongzi ment ! »

Honglonglong ! Le sol trembla. Avant que quiconque eût compris ce qui se passait, à l'autre bout de la rue, de nombreuses voitures s'élancèrent au galop vers la résidence de la famille Wang, et la poussière se mit à danser dans l'air.

« L'Armée impériale ? »

En apercevant les insignes sur les voitures, les fils de famille blêmirent. Les emblèmes qui ornaient ces attelages luxueux et raffinés appartenaient sans conteste à l'Armée impériale.

Mais le problème était de savoir ce que l'Armée impériale venait faire ici.

« Dégagez ! Morveux, dégagez de là ! »

« Ne bloquez pas le passage ! Oser barrer la route à la voiture d'un membre de l'Armée impériale, vos yeux vous poussent-ils derrière la tête ? »

« L'Armée impériale a affaire ici, que le menu fretin de devant s'écarte ! »

Des cris impérieux et sans réplique montaient des voitures.

Les fils de famille rassemblés là venaient tous de maisons riches ou prestigieuses. Mais leur qualité ne pesait rien devant l'Armée impériale.

« Sur le côté, ne bloquez pas le passage ! »

« Dépêchez-vous d'écarter vos voitures ! »

« Ces canailles n'ont donc pas d'oreilles ? »

Voyant les hommes de l'Armée impériale foncer avec furie sans le moindre signe de ralentissement, les fils de famille cédèrent aussitôt à la panique et ordonnèrent en hâte à leurs cochers de dégager les attelages.

Le censeur Fu He lui-même ne put s'empêcher d'être frappé par cette apparition et s'écarta prestement. Les lettrés et les militaires relevaient de deux systèmes distincts. Il y avait bien quelques recoupements çà et là, mais l'influence de l'un sur l'autre en sortait fort diminuée.

Il pouvait mettre en accusation les ministres de la cour impériale avec des preuves suffisantes, et même critiquer l'empereur régnant si les circonstances l'exigeaient. Mais il était impuissant face à ces hommes de l'Armée impériale, qui étaient les gardes de l'empereur.

Honglonglong ! Les voitures de l'Armée impériale s'immobilisèrent au milieu de la foule. Tandis que leurs occupants marchaient vers les fils de famille, ceux-ci s'écartèrent en hâte comme on fuit la peste.

« Regardez ! »

Soudain, quelqu'un remarqua quelque chose. Puis ceux qui l'entouraient le remarquèrent à leur tour.

« Des commandants ! Ce sont des commandants de l'Armée impériale ! »

En voyant les panthères, les dragons, les tigres et les qilin gravés sur les différentes voitures, les fils de famille furent stupéfaits. Ils avaient déjà reculé de trois ou quatre zhang ; à la vue de ces motifs, ils reculèrent encore.

Chacun ici connaissait un peu l'Armée impériale. La panthère, le dragon, le tigre et le qilin gravés n'étaient pas des emblèmes que n'importe qui pouvait porter.

Ils désignaient les plus hauts commandants de l'Armée impériale !

« Que viennent faire tous ces gens ici ? »

Sachant à qui ils avaient affaire, tous étaient abasourdis. Ces hommes de l'Armée impériale étaient comme des scorpions et des tigres, quand eux n'étaient que des poulets sans défense entre leurs mains. Ils n'auraient même pas suffi à les divertir.

« Hmph ! Vous voilà donc ! »

Le censeur Fu He s'était d'abord écarté lui aussi. Mais en voyant qu'il s'agissait des commandants de l'Armée impériale, non seulement il ne recula pas davantage, mais il fit un pas en avant.

« Au lieu de protéger Sa Majesté au palais impérial, que faites-vous tous ici ? Ne craignez-vous pas que je vous dénonce pour manquement à vos devoirs ? »

« Hé, seigneur censeur, l'Armée impériale a la charge de protéger Sa Majesté, mais je ne crois pas qu'aucun article nous interdise de quitter le palais. Et puis, devons-nous vous rendre compte pour acheter quelques épées ? »

Ces commandants portaient tous une barbe fournie, des sourcils épais et des lèvres charnues. Au premier coup d'œil, on voyait qu'ils étaient du genre farouche et impérieux, de ceux avec qui l'on ne raisonne pas.

« Acheter des épées ? »

Le cœur de Su Bai manqua un battement et une idée lui traversa l'esprit.

« Que voulez-vous dire ? Acheter des épées ? »

demanda le censeur Fu, le visage sombre.

« Hé, je n'ai pas la patience de vous l'expliquer. »

D'autres pouvaient craindre le Censorat, mais pas l'Armée impériale. L'Armée impériale était la garde de l'empereur. Autrement dit, elle n'avait d'autre supérieur que lui, et lui seul avait le pouvoir de la punir.

Le Censorat lui-même n'en avait pas l'autorité.

« Héhéhé, gongzi, inutile de vous quereller avec des rustres pareils. Zhang Song, capitaine du Serpent Volant de l'Armée impériale, salue le gongzi ! »

« Ce ne sont que quelques milliers de taels d'or, non ? Pourquoi calomnier le gongzi pour une somme si modeste ? J'ai 50 000 taels d'or dans ma voiture ; gongzi, servez-vous ! »

« Il faut être aveugle pour ne pas reconnaître le premier forgeron d'épées du monde. Gongzi, votre épée est vraiment magnifique. Je vous supplie d'en forger une pour moi aussi. L'argent n'est pas un problème ! »

« Canaille ! Je n'ai encore rien dit ! Gongzi, je vous en prie, forgez-en une pour moi aussi ! »

« Gongzi, j'ai foi en votre art. Seulement, je ne trouve pas les pierreries de l'épée bien belles, alors j'en ai apporté quelques-unes moi-même. Gongzi, choisissez librement celles que vous voudrez employer. Le reste sera pour vous ! Ma seule demande, c'est que mon épée soit belle ! »

« Tss. Que d'exigences ! Gongzi, je ne suis pas comme eux. Je prendrai tout ce que vous forgerez ; forgez-moi donc une épée, je vous prie ! »

Sous les regards éberlués de l'assemblée, les arrogants commandants de l'Armée impériale se muèrent soudain en agneaux dociles devant Wang Chong et se firent tout obséquieux.

Leur air flatteur et servile parut ridicule à la foule. Étaient-ce bien là les commandants de l'Armée impériale qui venaient de leur crier dessus avec superbe et de leur foncer droit dessus ?

« Que… que se passe-t-il ? »

Tous restaient stupéfaits. Depuis quand Wang Chong possédait-il une sorcellerie capable de rendre ces commandants si humbles ?

Dame Wang était bouche bée elle aussi. Les nourrices, les servantes et les domestiques se regardaient les uns les autres. Bientôt, tous les regards convergèrent vers Wang Chong.

Ce spectacle était trop invraisemblable pour eux. Seul Wang Chong pouvait désormais le leur expliquer.

Wang Chong, lui, était tout aussi désorienté. Ces commandants étaient arrivés si soudainement qu'il ne comprenait pas encore la situation. À leurs paroles, cela semblait pourtant lié à l'épée en acier wootz qu'il avait forgée.

Mais pourquoi maintenant ? La question laissait Wang Chong perplexe.

« Un instant ! Êtes-vous bien sûrs de ne pas vous tromper ? L'homme que vous cherchez est vraiment Wang Chong ? »

Une voix s'éleva brusquement sur le côté. Su Bai sortit de la foule, le visage si calme qu'il en devenait effrayant. Jamais il ne croirait que Wang Chong fût le premier forgeron du monde. Aussi, en voyant arriver cette troupe, sa première réaction fut-elle de penser qu'ils s'étaient trompés de porte, ou peut-être d'homme.

« Qui es-tu, toi, pour aboyer ici ? »

« Il faut être aveugle pour ne pas reconnaître le premier forgeron d'épées du monde ! »

« Héhé, nous n'osons même pas appeler le gongzi par son nom, et voilà que ce morveux se permet de crier celui du maître ! Dégage ! »

« Maître, ne vous mettez pas en colère. Un morveux de cette espèce ne mérite pas votre courroux. Voulez-vous que je lui donne une leçon à votre place ? »

Les paroles de Su Bai avaient déclenché les insultes des hommes de l'Armée impériale. À les entendre, le visage de Su Bai se décomposa.

(NdT : le qilin est une bête fabuleuse du folklore chinois, assez proche du kirin japonais.)

Traduit par Wuxia France — soutenez leur travail en les suivant.

Swipez pour naviguer