Dans la résidence du clan Wang, dans une pièce au coin nord-ouest, tout était calme. Un jeune homme de seize ou dix-sept ans était assis en tailleur sur un lit, les yeux fermés en cultivation. Bien que cet homme fût extérieurement jeune et beau, le calme qu'il dégageait était anormalement stable, trempé, ferme, comme celui d'une montagne.
Ssssss !
De blancs filets de fumée commencèrent à s'élever du sommet de la tête du jeune homme, se diffusant peu à peu dans la pièce.
De retour de la cérémonie de récompense, Wang Chong était resté chez lui, cultivant tranquillement. À y songer, cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas cultivé ainsi en silence.
Au fil du temps, des courants d'énergie spirituelle affluèrent des environs et pénétrèrent son corps, renforçant graduellement sa cultivation.
Au bout d'un moment, un changement survenu soudain. Weng ! Un filet d'énergie rougeâtre se mêla aux blancs filets de fumée qui s'élevaient de la tête de Wang Chong.
L'atmosphère de la pièce se transforma.
Sou !
Des veines grosses comme le doigt semblèrent prendre vie et se mirent à bombérer, s'extirpant sous son col. Ces veines saillantes, telles des racines d'arbre, se propagèrent rapidement de son col à son cou, puis au reste de son visage.
Des gouttes de sueur cramoisies commencèrent à perler sur son visage. Le visage de Wang Chong se contracta et se tordit, formant une expression des plus horribles.
« Ah ! »
Les yeux de Wang Chong s'ouvrirent brutalement tandis qu'il poussait un hurlement de douleur. Son corps bascula vers l'avant, une main s'étendant pour se retenir sur le lit tandis que sa poitrine haletait. En un clin d'œil, la robe de Wang Chong fut trempée, quelques taches de sang à peine visibles.
Le corps de Wang Chong tremblait, mais il ne dit pas un mot, ne poussa pas d'autre hurlement.
La pièce était silencieuse tandis que ces gouttes de sueur teintées de sang se rejoignaient sur le lit, formant lentement une flaque. Au bout d'un moment, la douleur dans son corps s'étant un peu apaisée, Wang Chong finit par descendre du lit et retira sa robe tachée de sang. Il prit alors une serviette dans le coin de la pièce, la trempa dans une bassine en métal remplie d'eau préparée à l'avance, et commença à s'essuyer lentement le corps.
« Laisse-moi faire. »
Une voix vint de derrière lui : froide, pourtant dotée d'une cadence envoûtante. Wang Chong secoua la tête, mais avant qu'il ne puisse refuser, la main fine d'une femme s'avança, lui prit la serviette des mains, et se mit à lui essuyer le corps.
Wang Chong resta figé quelques instants, mais il décida de ne rien dire et de laisser la femme présente dans la pièce continuer à l'essuyer.
La serviette trempa dans la bassine encore et encore, teignant bien vite l'eau claire d'un rouge sanglant.
« Que se passe-t-il ici ? Je me souviens que quand tu es parti au sud-ouest, tu n'avais pas ce genre de maladie. En seulement sept jours, cela s'est produit trois fois. Qu'est-ce qui t'est arrivé au juste ? » demanda Miyasame Ayaka avec inquiétude tout en essuyant le corps de Wang Chong. Elle était vêtue de sa tenue d'espionnage sombre.
Pendant que Wang Chong était au sud-ouest, Miyasame Ayaka avait monté la garde à la maison. À présent, elle était devenue l'ombre du clan Wang, et peu de secrets du clan pouvaient lui être cachés.
« Haha, tu n'as pas besoin de le savoir. En plus, tu ne pourrais pas m'aider », dit Wang Chong indifféremment.
« Tu ne veux pas le dire ? »
La main de Miyasame Ayaka marqua une pause avant de continuer à l'essuyer.
« Tu t'inquiètes que la Mère s'inquiète ? »
« C'est bon si tu le sais, mais tu ne dois pas le dire à Mère », dit Wang Chong indifféremment.
Au moment le plus intense des combats de la guerre du sud-ouest, Wang Chong avait tué de sa main plus de dix mille hommes, tenant la ligne défensive. Tout cela n'avait pas été gratuit.
Mais Wang Chong n'avait parlé à personne du prix qu'il avait payé.
Tap ! Tap !
Pendant qu'il réfléchissait, il entendit soudain frapper à la porte.
« Gongzi, la voiture est prête. Nous pouvons partir pour le Pavillon de l'Immortel Taibai à tout moment. »
« Mm, je sais. »
Wang Chong acquiesça.
« Occupe-toi des serviettes, des vêtements et de la bassine. Ne laisse personne d'autre le savoir, surtout pas Mère ! »
« Oui ! »
…
Sur ces mots, Wang Chong'ouvrit la porte de sa chambre et sortit. Montant dans la voiture qui l'attendait, il se mit en route pour le Pavillon de l'Immortel Taibai.
Le Pavillon de l'Immortel Taibai était un restaurant que Wang Chong avait ouvert. Bâti dans un style imposant, il avait réuni sous son toit de nombreux chefs maîtres. Grâce à la réputation des trois « Chants de la Paix » de Wang Chong, le Pavillon de l'Immortel Taibai était devenu l'une des étoiles montantes de la capitale.
Joint aux exploits glorieux de Wang Chong au sud-ouest, le Pavillon de l'Immortel Taibai était désormais l'un des lieux les plus prisés de la capitale. « Si tu ne bois pas le vin de Taibai, tu ne mérites pas de te dire citoyen de la capitale » : cette phrase s'était largement répandue dans la capitale. Par conséquent, le Pavillon de l'Immortel Taibai de Wang Chong était devenu un excellent endroit pour que lettrés et puissants marchands tiennent réunions et banquets.
Sa renommée dans la capitale avait même surpassé le Pavillon de la Grue Immense du clan Yao. Chaque mois, il rapportait une somme princière à Wang Chong et au clan Wang, une richesse que Wang Chong n'avait pas escomptée à l'ouverture du restaurant.
Toutefois, un restaurant ouvert pour la commodité de Wang Chong différait naturellement des autres restaurants.
La plus grande différence était que l'étage entier du Pavillon de l'Immortel Taibai était réservé à l'usage exclusif de Wang Chong. De plus, si Wang Chong l'exigeait, la totalité du Pavillon de l'Immortel Taibai pouvait fermer ses portes et congédier ses hôtes pour que Wang Chong seul puisse en user.
Pourtant, cette condition n'attirait non seulement aucun mécontentement de la clientèle, mais faisait affluer les foules autour du restaurant. Après tout, Wang Chong lui-même était la plus grande attraction du Pavillon de l'Immortel Taibai. Tous voulaient apercevoir le héros du sud-ouest, le plus jeune marquis de l'histoire de l'empire du Grand Tang.
Honglonglong !
La voiture de Wang Chong venait à peine de s'approcher du Pavillon de l'Immortel Taibai qu'elle provoqua immédiatement une agitation dans la foule rassemblée.
« Regardez là-bas ! Le Jeune Marquis ! »
« Wah ! C'est vraiment la voiture du Jeune Marquis ! »
« Écartez-vous, écartez-vous ! Laissez-moi voir ! J'attends ici depuis sept jours déjà ! »
« J'ai entendu dire que le Jeune Marquis n'a que dix-sept ans et n'a toujours pas de promise. S'il me voit, je pourrais peut-être entrer dans le clan Wang et devenir sa partenaire d'amour ! »
« Dégage ! Tu as plus de vingt ans, tu es même plus vieille que le Jeune Marquis, cette tante ! Wang Chong, regarde-moi, regarde-moi ! »
…
La foule se pressait autour de la porte du Pavillon de l'Immortel Taibai, hommes, femmes, vieux et jeunes serrant de près la voiture de Wang Chong. Et les jeunes femmes non mariées formaient le groupe le plus important dans cette foule.
Wang Chong n'avait que dix-sept ans, issu d'un clan de ministres et de généraux, héros de l'empire, étoile montante du monde. Bien qu'il ne fût pas encore général, beaucoup dans la capitale le proclamaient déjà « Huitième Grand Général » de l'empire.
Un jeune homme non marié comme lui était devenu l'amant de rêve d'innombrables jeunes filles de la capitale.
Partout où allait Wang Chong, une nuée de filles apparaissait.
C'était l'une des raisons importantes pour lesquelles Wang Chong cultivait longuement dans sa résidence.
« Gongzi, nous ne pouvons pas avancer », dit le cocher. Les filles dans la rue étaient trop frénétiques, des adolescentes saisissant les rênes de la voiture et bloquant son passage.
« Je sais. »
Wang Chong fronça légèrement les sourcils. La gloire a ses ennuis, et il n'avait vraiment aucun moyen de gérer ce problème.
« C'est tout ce que je peux faire. »
Wang Chong poussa la portière de la voiture. Clac ! La portière s'ouvrit et sa silhouette jaillit. Sa main droite pressa légèrement le toit de la voiture et poussa. Sous les exclamations de la foule, il s'envola comme un épervier, bondissant droit jusqu'à l'étage supérieur du Pavillon de l'Immortel Taibai.
« Hé hé, le grand Jeune Marquis du Grand Tang, le disciple du Fils du Ciel, est en fait obligé de sortir par la fenêtre de la voiture. Si cela se répand, cela fera mourir de rire tout le monde. »
Des rires étouffés vinrent de près. Zhao Yatong, sa lance à gland rouge caractéristique en main, s'appuyait sur un pilier de cinabre, le visage rayonnant.
« Humph, qui lui a dit d'être si accueillant avec les filles. Bien fait pour lui ! » dit une voix chargée d'envie. Huang Qian-er, vêtue de jaune, son épée d'argent caractéristique pendue au fourreau dans son dos, lança un regard venimeux à Wang Chong.
Wang Chong était profondément embarrassé. Depuis quelque temps, ces filles en avaient fait la cible de bon nombre de leurs plaisanteries.
« Yatong, Qian-er, arrêtez de plaisanter sur mon compte », dit Wang Chong avec un sourire amer.
« Ça suffit. Voir le Jeune Marquis qui commande les troupes sur le front comme un dieu avoir l'air si battu valait le déplacement. Sœurs, n'allons pas lui compliquer davantage la tâche. Wang Chong, dépêche-toi. Tout le monde est déjà là ; on n'attend plus que toi. »
Non loin, une grande table ronde en bois de santal avait été dressée au sommet du Pavillon de l'Immortel Taibai. Des silhouettes familières étaient assises tout autour : Guo Feng, Chai Zhiyi, Zhuang Zhengping, Chi Weisi, Zhao Jingdian, Xu Gan, Fang Xuanling, ainsi que la Marquise Yi, Bai Siling et Xu Qiqin.
Bai Siling était installée dans un large fauteuil et regardait droit vers Wang Chong avec un sourire en coin.
À cet instant, tous les autres à table avaient la tête tournée de l'autre côté, feignant peut-être de boire du thé ou de méditer sur quelque sujet profond. Chacun avait sagement feint de ne rien voir.
Bai Siling, Zhao Yatong, Huang Qian-er et Xu Qiqin… ces quatre filles avaient toutes une relation plutôt ambiguë avec Wang Chong. Seul un sot tenterait de s'interposer entre elles à un moment comme celui-ci.
Ces quatre étaient des beautés renommées de la capitale, et quand des filles d'un tel talent se mettaient en colère, nul ne pouvait supporter leur rage. En fait, il arrivait que tous à table éprouvent de la sympathie pour les quatre.
« Mesdames, Messieurs, je vous ai fait attendre. »
Après avoir joué cette comédie pour l'assemblée, Wang Chong n'eut qu'à sourire et agiter légèrement ses manches pour retrouver son calme. D'un pas décidé, il s'avança et s'assit entre Guo Feng et Chai Zhiyi.
En voyant la place qu'avait choisie Wang Chong, les yeux des filles brillèrent et l'atmosphère se détendit instantanément.
« Formidable ! »
Guo Feng et Chai Zhiyi adressèrent à Wang Chong des regards d'approbation.
« Frère Wang, pourquoi nous as-tu tous convoqués aujourd'hui ? »
Ce fut finalement Fang Xuanling qui rompit le silence.
Ce n'était que ce matin qu'ils avaient tous reçu l'invitation de Wang Chong et s'étaient précipités au Pavillon de l'Immortel Taibai. Bien qu'ils eussent d'abord cru à une simple réunion, dès qu'ils virent Guo Feng et Chai Zhiyi présents, ils surent immédiatement que cette réunion n'était pas aussi simple qu'ils l'imaginaient.
Wang Chong agissait toujours avec un but en tête, mais la guerre finie, nul ne savait ce que Wang Chong projetait de faire ensuite.
(NdT : Taibai, 太白, « Grande Blancheur », est le nom chinois de la planète Vénus.)