« On dirait que vous ne cherchez pas à acheter mon épée ! Vous espérez seulement acheter une épée qui vaille 8 000 taels ! »
Wang Chong secoua la tête.
« Le gongzi ne pense-t-il pas que sa propre épée vaille 8 000 taels d'or ? »
Zhao Fengchen laissa échapper un petit rire.
Wang Chong se contenta de secouer la tête en souriant, sans discuter.
« Je le répète. Vous n'avez le droit ni de la voir ni de la toucher. Si vous voulez l'acheter, vous pouvez la prendre pour 4 800 taels d'or. Demain, le prix ne sera plus le même ! … »
Sur ces mots, Wang Chong rejeta ses manches et partit sans hésiter. En un clin d'œil, il avait quitté la pièce.
« Seigneur, que faisons-nous ? Ce garçon ne semble pas disposé à négocier le moins du monde ! »
Après le départ de Wang Chong, le membre dégingandé de l'Armée impériale qui se tenait auprès de Zhao Fengchen ne put retenir ses plaintes plus longtemps.
« Laisse-moi réfléchir. »
Zhao Fengchen fronça les sourcils et médita en silence.
8 000 taels d'or, c'était plus de dix fois le prix initialement demandé par Wang Chong. Et Wang Chong avait refusé son offre sans la moindre hésitation. Sa promptitude à décider dépassait vraiment l'imagination de Zhao Fengchen !
C'était une chose qu'il n'avait pas prévue avant de venir.
« Seigneur, pourquoi tant discuter avec ce bonhomme ? S'il refuse d'accepter, nous pouvons simplement aller prendre par la force l'épée suspendue au Pavillon du Papillon Bleu ! »
proposa l'homme dégingandé. L'attitude de Wang Chong l'avait laissé mécontent. Ils étaient de l'Armée impériale, et ce bonhomme se montrait beaucoup trop arrogant.
« Non ! Le Pavillon du Papillon Bleu appartient au duc de Wei. D'autres l'ignorent peut-être, mais toi, tu ne le sais pas ? Après tous ces jours, as-tu vu quiconque tenter de voler les épées d'ici ? »
Zhao Fengchen repoussa sa proposition sans la moindre hésitation, le regard sévère.
« Et puis, ne te soucies-tu pas de la réputation de l'Armée impériale ? Si pareille chose arrivait, comment nos frères garderaient-ils leur dignité ? »
« Mais pour ce qui est du seigneur Huang… »
L'homme dégingandé protesta mais, à peine les mots sortis de sa bouche, il comprit qu'il avait parlé de travers. Il se couvrit vite la bouche, trop tard. En tournant la tête vers Zhao Fengchen, il vit que le teint de celui-ci était déjà devenu affreux.
« Tu n'as pas à te préoccuper du seigneur Huang. Je m'en occuperai moi-même ! »
À ces mots de « seigneur Huang », Zhao Fengchen s'irrita visiblement. Son intérêt pour l'affaire venait de retomber d'un coup.
« Je te laisse mon épée. Quand ils reviendront, fais-la suspendre au pavillon ! Puisque je ne peux pas acheter la lame, je participerai au pari du duel, moi aussi. »
Zhao Fengchen détacha de sa taille l'antique épée d'argent et la lui lança. Puis il quitta le Pavillon du Papillon Bleu à grands pas.
…
Au même moment, à l'extérieur du Pavillon du Papillon Bleu, Wang Chong et Wei Hao marchaient côte à côte.
« Ce misérable ! Je le croyais généreux. Songer qu'il est comme tous les autres ! »
Depuis qu'ils étaient sortis du pavillon, Wei Hao ne cessait de pester.
Sans la question de Wang Chong, il n'aurait jamais su que Zhao Fengchen posait une telle condition à son achat de 8 000 taels d'or.
« Il n'y a pas lieu de le blâmer. Il serait au contraire étrange d'acheter une épée aussi coûteuse sans avoir la possibilité d'en juger la qualité par soi-même. »
Wang Chong haussa les épaules, sans y prêter attention.
Dans sa vie antérieure, Zhao Fengchen traitait son argent comme de la poussière. Il avait offert plus de cent mille taels d'or pour une seule arme en acier wootz, ce qui avait fait croire à beaucoup que la richesse lui était montée à la tête et qu'il ne faisait qu'étaler sa fortune.
Mais la vérité était exactement inverse. Par cette rencontre avec Zhao Fengchen, Wang Chong voyait bien que, s'il ne faisait pas grand cas de l'argent, il n'achetait que les objets auxquels il trouvait de la valeur.
Quant aux objets « sans valeur », Zhao Fengchen les fuyait plus que quiconque.
À la réflexion, comment le futur maréchal de l'Armée impériale aurait-il pu être un imbécile ?
« Cela dit, n'es-tu pas parti trop vite ? Tu n'as laissé aucune marge. Quoi qu'il en soit, c'étaient 8 000 taels d'or ! Capable d'offrir un tel prix, c'était un acheteur possible. »
Marchant à ses côtés, Wei Hao le déplorait. Il trouvait dommage de laisser filer un si gros poisson.
« Ne t'inquiète pas, il est toujours au bout de l'hameçon. Il reviendra vite. »
Wang Chong sourit.
Le lien de Zhao Fengchen avec l'acier wootz pouvait presque passer pour un destin. Il était impossible de rompre la relation entre les deux. Wang Chong était convaincu que, lorsqu'il ôterait la toile noire et montrerait pour la première fois l'arme en acier wootz, Zhao Fengchen sentirait à coup sûr l'appel de cette lame.
'Zhao Fengchen… Zhao Fengchen…'
murmura Wang Chong. Soudain, une pensée lui traversa l'esprit et il se souvint de quelque chose.
Dans sa vie antérieure, Zhao Fengchen était une légende. Que ce soit par son histoire avec l'acier wootz, par sa cultivation ou par la façon dont il s'était battu jusqu'à la mort contre les envahisseurs étrangers, le monde entier se rappelait clairement son nom.
Mais comparé à la position remarquable qu'il occuperait plus tard, le Zhao Fengchen d'aujourd'hui restait un inconnu. Il était certes l'un des chefs de l'Armée impériale, mais il y avait beaucoup de ses égaux dans ses rangs.
D'après les souvenirs de la vie antérieure de Wang Chong, Zhao Fengchen resterait au même grade pendant six ou sept ans, et cela à cause d'un rival.
'Huang Xiaotian !'
Un nom traversa l'esprit de Wang Chong.
Que Zhao Fengchen soit devenu l'une des trois plus grandes légendes reconnues de l'histoire de l'Armée impériale prouvait quel talent et quelle force prodigieux il possédait. Et pourtant, qu'un homme aussi remarquable ne soit devenu maréchal qu'à la quarantaine était inconcevable.
Il ne s'était fait un nom que dans la seconde partie de sa vie.
Et la raison en était un autre commandant de l'Armée impériale, remarquable et talentueux.
Cet homme s'appelait Huang Xiaotian.
Il n'avait finalement pas égalé les accomplissements de Zhao Fengchen, mais Huang Xiaotian ne lui était assurément pas très inférieur.
Dans l'Armée impériale, hormis le maréchal en poste, il aurait à coup sûr figuré dans les tout premiers en matière de force.
Comme dit l'adage, une montagne ne souffre pas deux tigres : deux hommes de goûts semblables peuvent devenir amis, mais deux hommes de caractère identique ne peuvent devenir qu'ennemis.
Il était impossible que Zhao Fengchen et Huang Xiaotian devinssent jamais amis !
C'est à cause de Huang Xiaotian que Zhao Fengchen resta bloqué au grade de général pendant six ou sept ans. Puis, grâce à ses services remarquables et aux talents dont il fit preuve, Zhao Fengchen s'envola et creusa l'écart avec Huang Xiaotian. C'est de là qu'il forgea sa propre légende !
L'origine de leur rancune remontait à une importante sélection au grade de maréchal de l'Armée impériale. À l'époque, Huang Xiaotian et Zhao Fengchen en étaient les deux concurrents les plus sérieux.
Mais au duel, Zhao Fengchen perdit contre Huang Xiaotian et cette précieuse occasion lui glissa entre les doigts. Ensuite, Huang Xiaotian se servit de sa position de supérieur pour maintenir Zhao Fengchen à son poste et bloquer son avancement.
À en juger par la date, la sélection de l'Armée impériale devait avoir lieu à peu près maintenant.
Weng !
Quand cette pensée le traversa, Wang Chong resta un instant hébété. Il venait de comprendre pourquoi Zhao Fengchen était venu le trouver.
« Wang Chong, qu'y a-t-il ? »
Une voix résonna à son oreille. Wei Hao le regardait, saisi, sans comprendre pourquoi son ami s'était arrêté en pleine rue.
« Ah ! Ce n'est rien. »
Wang Chong sortit de sa rêverie et secoua la tête. Ouvrant la portière de la voiture au bord de la rue, il y monta avec Wei Hao. Le fouet claqua et la voiture s'ébranla vers le lointain.
« Gongzi, un instant ! »
Soudain, des pas précipités se firent entendre derrière eux.
Wang Chong et Wei Hao se retournèrent et virent un membre de l'Armée impériale accourir, tout affolé.
Quand on parle du loup… Wei Hao se tourna vers Wang Chong, la bouche grande ouverte, comme s'il venait de croiser un fantôme. Ils venaient à peine d'en parler que l'autre camp accourait. Les paroles de Wang Chong leur auraient-elles fait changer d'avis aussi vite ? Si c'était le cas, Wang Chong était tout bonnement prodigieux.
Mais contre l'attente des deux garçons, l'homme de l'Armée impériale venait pour tout autre chose.
« Gongzi, puis-je vous interroger sur la montagne de métal devant le Pavillon du Papillon Bleu ? Est-elle à vendre ? »
L'homme posait la question en désignant cette montagne de métal presque aussi haute qu'un homme.
Le Pavillon du Papillon Bleu n'était pas très loin du palais impérial. Ce qui s'y passait avait depuis longtemps provoqué un tumulte dans l'Armée impériale. Personne n'aimait les épées plus que l'Armée impériale.
Le pari du duel organisé par le pavillon avait depuis longtemps attiré son attention ; sans quoi ils ne se seraient pas présentés aujourd'hui.
Que personne ne connaisse l'épée suspendue au pavillon était une chose. Mais l'usage de cette énorme « tour de métal » devant la porte, ou plutôt de cette « montagne de métal », demeurait un mystère.
À l'intérieur du palais impérial, les hommes de l'Armée impériale avançaient toutes sortes de conjectures, et certains allaient jusqu'à parier dessus.
Cet homme-là était lui aussi dévoré de curiosité. Profitant de l'occasion, il s'empressa de poser la question.
« Héhé ! »
Wang Chong comprit ce qui se passait et laissa échapper un petit rire.
« Pourquoi n'essayez-vous pas de le deviner ! »
Sur ces mots, la voiture s'éloigna du Pavillon du Papillon Bleu.
…
De retour du pavillon, Wang Chong se remit vite à consacrer ses efforts à sa pratique des arts martiaux. À en juger par la date, la sélection des Trois Grands Camps d'Entraînement devait déjà être ouverte.
Depuis le début, les critères d'admission aux Trois Grands Camps d'Entraînement étaient élevés. Et ils ne feraient que monter. Sans les compétences suffisantes et le niveau de cultivation requis, il était impossible d'y entrer.
Wang Chong devait aussi réfléchir à la question de l'anniversaire de son grand-père.
Le cœur du clan Wang tout entier, et l'homme le plus puissant de la maison, n'avait jamais été son père, Wang Yan, ni son grand oncle, Wang Gen, et encore moins sa grande tante et son oncle.
Le clan Wang n'avait jamais eu qu'un seul cœur, et c'était son grand-père !
Clan prestigieux de généraux et de lettrés, le clan Wang possédait une masse énorme de ressources. Mais d'ordinaire, il était impossible aux autres membres du clan de les apercevoir.
Pour la fortune, le clan Wang ne pouvait pas rivaliser avec des maisons plus modestes comme le clan Zhang de la capitale. Pour l'autorité, il ne pouvait pas se mesurer au clan Yao. De fait, les ressources auxquelles Yao Feng avait accès dépassaient de loin celles dont Wang Chong disposait.
Et pourtant, le clan Wang passait pour un clan prestigieux de tout premier ordre de l'empire du Grand Tang !
La raison de ce spectacle étrange était que seuls les membres du clan reconnus par le grand-père de Wang Chong recevaient une large part des ressources.
C'est pour cela que le grand oncle Wang Gen avait pu entrer à la cour impériale, et que son père Wang Yan avait pu devenir général. Il en allait de même pour sa grande tante et son oncle !
Aussi, dans sa vie antérieure, quand le grand-père mourut et que le grand oncle choisit le mauvais camp, le clan Wang tomba en disgrâce à toute vitesse !
Le clan Wang ne tolère pas les talents médiocres : telle était la doctrine de son grand-père.
Ainsi, tant qu'un membre du clan Wang n'avait pas montré des capacités suffisantes et obtenu l'approbation du grand-père, il n'était en réalité pas différent du fils d'un clan ordinaire.
Si Wang Chong voulait que les ressources du clan soient détournées vers lui pour changer le destin, il devait d'abord obtenir la reconnaissance de son grand-père !
De plus, le Pavillon des Quatre Directions était un bâtiment que Sa Majesté avait fait construire pour le grand-père de Wang Chong et ses pairs. Lieu de conférences et de gouvernement, il était gardé par l'Armée impériale. Même les membres du clan Wang n'avaient qu'une seule occasion par an d'y pénétrer !
Et c'était le jour de l'anniversaire du grand-père !
C'était sa seule chance de l'année !
Wang Chong devait réfléchir avec le plus grand soin à la manière d'obtenir la reconnaissance de son grand-père !
…