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Records of the Human Emperor

Chapitre 537

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Chapitre 537

Chapitre 537

Chapitre 537/66880%~12 min de lecture2 362 mots

La voix de Wang Chong semblait avoir réveillé les officiers. L'atmosphère devint instantanément plus oppressante.

Il était tout simplement impossible de s'enfuir du sud-ouest. Tous les officiers présents le comprenaient confusément depuis un certain temps, mais aucun ne l'avait jamais dit franchement. Tous s'étaient accrochés à cette mince lueur d'espoir jusqu'à ce que Wang Chong ne vienne briser leurs illusions. On imagina aisément la sombre réalité que ces gens devaient désormais s'efforcer d'accepter.

Il n'y avait rien d'autre à faire. En mettant fin à leurs illusions dès maintenant, ils pourraient tous s'unir plus vite. Autrement, s'ils continuaient de rêver à la survie, tout le monde finirait peut-être par y laisser la vie, se dit Wang Chong en lui-même.

L'armée venait de remporter une grande victoire, ce qui avait ranimé son moral, aussi Wang Chong n'aurait pas dû agir ainsi. Mais les conflits internes au sein de l'armée du Protectorat d'Annan avaient rendu cette campagne fort périlleuse. Ce n'était qu'en brisant leurs espoirs irréalistes que Wang Chong pourrait refouler ces conflits sous la surface et unifier l'armée.

Et seulement ainsi l'armée du Protectorat d'Annan pourrait être efficace.

Quelqu'un devait le faire !

Puisque nul autre ne s'y était résolu, Wang Chong dut le faire.

« Mais même si nous restons, avec l'état d'esprit que la mort vaut mieux que la honte, nous ne faisons toujours pas le poids face à l'armée combinée Mengshe–Ü-Tsang. Ils ont bien trop d'hommes. Cent mille soldats contre plus de cinq cent mille, dont une bonne partie de cavalerie d'élite ? Nous serons écrasés », dit l'un des commandants, l'air sombre.

« Si l'on ne tente pas, comment le savoir ? En outre, notre but n'est pas de les mettre complètement en déroute, mais de les retarder jusqu'à l'arrivée des renforts de la cour impériale. Les mettre en déroute et se défendre contre leurs attaques sont deux concepts totalement différents », dit Wang Chong d'un ton sévère, les yeux brillants.

« Qui plus est, avez-vous oublié quelle est la mission de l'armée du Protectorat d'Annan ? Si nous fuyons, qu'adviendra-t-il des civils du sud-ouest ? La seule raison pour laquelle aucun malheur n'a encore frappé le sud-ouest, c'est que nous tenons en respect l'armée Mengshe–Ü-Tsang. S'ils n'ont pas à s'occuper de nous, Geluofeng et Huoshu Huicang ne se sentiront pas assez en confiance pour attaquer d'autres lieux. Si nous battons en retraite, que penseront de nous les civils du sud-ouest ? Que pensera de nous la cour impériale ? Croyez-vous vraiment que préserver les forces principales de l'armée du Protectorat d'Annan vous permettra de protéger le Protectorat d'Annan ?

« Une armée de protectorat incapable de protéger la frontière du sud-ouest peut-elle encore être considérée comme une armée de protectorat ? A-t-elle encore une raison d'exister ? Qui plus est, si je ne me trompe, un bon nombre d'entre vous sont originaires du sud-ouest, non ? »

Les paroles de Wang Chong glacèrent instantanément le cœur des officiers.

« Une armée de protectorat incapable de protéger la frontière du sud-ouest peut-elle encore être considérée comme une armée de protectorat ? » Jamais personne ne leur avait posé cette question, et aucun d'entre eux ne s'y était jamais arrêté. Mais à cet instant, même le plus obtus d'entre eux sut que Wang Chong avait raison.

Une armée du Protectorat d'Annan incapable de protéger la frontière du sud-ouest n'avait pas lieu d'être, même si elle parvenait à survivre. Qui plus est, s'ils livraient vraiment les près d'un million de civils du sud-ouest aux sabots de l'armée Mengshe–Ü-Tsang, l'armée du Protectorat d'Annan deviendrait la risée et l'opprobre du monde entier.

Quelle honte immense !

En un instant, tous les officiers de l'armée du Protectorat d'Annan furent saisis d'une sueur froide.

« Le rappel du jeune maître est juste. Nous ne pensions pas clairement. Au vu de l'état de cette guerre, il n'y a nulle part où reculer. Si l'ennemi ne meurt pas, ce sera nous ! »

Tous les officiers furent extraordinairement reconnaissants.

Le Grand Tang était réputé pour son culte de la voie martiale. En tant que soldats, ils avaient chacun leur fierté. Cela valait tout particulièrement pour les soldats de l'armée du Protectorat d'Annan, dont le nom s'était élevé dans le sud-ouest par ses nombreuses années à intimider le Mengshe Zhao et l'Ü-Tsang. S'ils finissaient vraiment par être maudits par le monde entier, ils eussent mieux fait de mourir.

« Mais même si nous sommes prêts à rester, comment résolvons-nous le problème des vivres ? Les solides remparts de la Cité du Lion étaient à l'origine la meilleure fortification de la plaine de l'Erhai, et nous n'aurions jamais choisi de percer si nous avions encore des vivres. La quantité de fourrage et de rations consommée par des dizaines de milliers de soldats n'est pas négligeable. Comment résoudre ce problème ?

L'Empereur n'emploie pas de soldats affamés. Sans vivres suffisants, les Tibétains n'auront même pas besoin de nous combattre, il leur suffira de nous encercler. Si nous finissons par mourir ainsi, n'aurons-nous pas sacrifié nos vies en vain ? » dit un commandant au visage basané et à la barbe fournie, l'air grave.

Bien qu'il ne voulût pas le dire, les vivres étaient bel et bien le plus grand problème de l'armée du Protectorat d'Annan. Les vivres de la Cité du Lion avaient été entièrement consommés, et s'ils ne réglaient pas ce problème maintenant, leur victoire si durement acquise serait complètement gâchée.

« Hahaha, pas la peine de vous en faire pour ce problème. J'ai un moyen de m'en occuper. »

Wang Chong rit à cette question.

« Avant que troupes et chevaux ne soient mobilisés, fourrage et rations doivent être prêts. » Si Wang Chong n'avait même pas fait ce devoir, il ne serait jamais venu dans le sud-ouest.

Les officiers se regardèrent avec surprise, même Chen Shusun parut stupéfait. Il était clair qu'il n'était pas non plus au courant des arrangements de Wang Chong.

« Puisque telle est la situation, et que le jeune maître possède le jeton du Protecteur général, nous obéirons naturellement aux ordres de Milord », dirent les officiers du sud-ouest avec des mines soumises.

Wang Chong avait le jeton de Zhangchou Jianqiong, ce qui signifiait qu'il le représentait, aussi personne naturellement ne s'opposerait à lui. Ils n'avaient été inquiets que pour les vivres, mais puisque cela était réglé, tout le reste allait bien.

Galop !

Tandis qu'ils parlaient, le lourd battement de sabots et une puissante aura s'approchèrent rapidement d'eux. Wang Yan montait un énorme étalon noir, sa cape claquant au vent, une expression sévère sur le visage.

Bien que la pluie tombât à verse, aucune eau ne pouvait approcher à moins de trois zhang (NdT : environ 10 m) de lui.

« Milord ! »

À la vue de Wang Yan, tous affichèrent des expressions respectueuses.

« Père ! »

Le cœur de Wang Chong tressaillit et il baissa prestement la tête.

Bien qu'il ne fût plus le bon à rien d'autrefois, et qu'il eût également accompli des exploits incroyables sur le champ de bataille, Wang Chong ressentait encore instinctivement de la crainte face à son père.

« Ta prestation cette fois-ci était plutôt bonne. »

Alors que le regard de Wang Yan balayait Wang Chong, il fit un léger hochement de tête et adressa un rare commentaire élogieux.

« Père ! »

L'esprit de Wang Chong tressaillit. Bien que ce ne fût qu'une phrase indifférente en apparence, Wang Chong savait combien de reconnaissance elle contenait. Ce n'était pas une mince affaire comme manger docilement à la table familiale, ni une querelle avec Yao Feng au Pavillon de la Grue Immense.

« L'art de la guerre est d'une importance vitale pour l'État, une question de vie et de mort, la voie de la survie ou de la ruine. C'est une matière qu'on ne saurait négliger. » La guerre n'avait jamais été un lieu où l'on pouvait badiner ou plaisanter. Ainsi, le champ de bataille immense, cruel et sanglant avait toujours été interdit aux descendants du clan Wang. C'était une règle que le grand-père de Wang Chong, son grand oncle et son père appliquaient tous avec sévérité.

Même quelqu'un d'aussi doué que son grand frère Wang Fu avait été sévèrement réprimandé par son père lors de sa première entrée sur le champ de bataille.

Que Wang Yan dise « plutôt bonne » était une marque immense de reconnaissance des capacités de Wang Chong. Il était évident que son père ne réprouvait plus qu'il soit parti dans le sud-ouest pour s'immiscer dans cette guerre.

« J'ai entendu toute votre conversation tout à l'heure. »

Wang Yan ne savait pas ce que pensait Wang Chong, et son regard ne s'attarda sur lui que quelques instants avant de se porter sur les officiers du sud-ouest.

« Milord… »

Les officiers affichèrent des expressions extrêmement respectueuses, prêts à écouter les paroles de Wang Yan.

Sur ce champ de bataille, la personne de rang juste après Xianyu Zhongtong était le père de Wang Chong, Wang Yan. Et contrairement à Xianyu Zhongtong, Wang Yan, bien qu'issu du clan Wang, avait gravi les échelons en ne comptant que sur sa propre force. Tout le monde le savait.

Qui plus est, le duo père-fils du clan Wang s'était mis en danger pour sauver l'armée du Protectorat d'Annan. Pour cette raison, l'état-major du sud-ouest portait au clan Wang le plus grand respect et était disposé à recevoir leurs ordres sur le champ de bataille.

« Il y a une chose sur laquelle Chong-er a raison : il faut sauver le seigneur Xianyu ! Et nous devons sauver le reste de l'armée du Protectorat d'Annan également. Faites simplement comme il a dit ! »

Le ton de Wang Yan était concis et décidé, ses paroles semblant clore ce débat.

« Oui, Milord ! »

Les officiers grondèrent leur accord.

Après quelques instants de silence, l'un des officiers du Protectorat d'Annan dit soudain avec hésitation : « Mais Milord, le ciel est sombre et la pluie sans fin. Il est impossible de découvrir où se trouve le seigneur Xianyu à présent ! »

« Haha, pas la peine de vous en faire pour cela. »

D'un franc rire, Wang Chong mit soudain pied à terre. Les autres ignoraient peut-être où se trouvaient Xianyu Zhongtong et ses troupes, mais comment lui aurait-il pu l'ignorer ?

« Vieux Aigle !! »

Cricri !

Sur l'ordre de Wang Chong, un immense aigle s'envola de l'épaule du Vieux Aigle. Sous le regard ébahi des officiers, il décrivit un arc dans les airs et se mit à voler vers le sud-est.

Au même moment, ailleurs sous la pluie torrentielle, l'armée menée par Xianyu Zhongtong était en grand péril.

Boumboumboum !

Les tambours de guerre tonnèrent à un rythme rapide. Sur une chaîne de montagnes vert-noir, d'innombrables soldats de l'armée du Protectorat d'Annan étaient engagés dans un combat acharné contre la cavalerie tibétaine. Contrairement aux forces de Fengjiayi et Jiaosiluo, cette cavalerie tibétaine menait une offensive ordonnée, s'écrasant en vagues sans fin contre les soldats des Tang.

La pression qui s'abattait sur l'armée du Protectorat d'Annan à cet instant était inimaginable.

« Merdre, merdre, merdre… ! »

Au sommet d'une montagne, les yeux de Xianyu Zhongtong à la barbe noire étaient injectés de sang, tandis que son poing frappait sans cesse ses genoux. Il portait la plus grande responsabilité dans l'état actuel de la guerre du sud-ouest. La seule raison pour laquelle il ne s'était pas suicidé pour expier ses fautes, c'est que l'armée du Protectorat d'Annan n'avait pas été complètement anéantie.

Bien que cela ne saurait tarder.

Comment en était-on arrivé là ? Huoshu Huicang, Geluofeng, vous êtes devenus trop audacieux ! Même si moi, Xianyu Zhongtong, je ne suis pas de taille à vous affronter, vous en paierez le prix un jour !

L'esprit de Xianyu Zhongtong était en tumulte, son cœur rempli de fureur et de haine.

Celui qui avait été le plus stupéfié par cette guerre, c'était lui. Il avait passé de nombreuses années dans l'armée du Protectorat d'Annan, et il n'y avait jamais eu de problèmes avec le Mengshe Zhao ou l'Ü-Tsang. Mais l'attaque soudaine de Geluofeng et la destruction d'une ville avaient fait voler en éclats cette paix si durement conquise.

Quand il avait reçu la nouvelle pour la première fois, Xianyu Zhongtong avait eu du mal à y croire, avait pensé qu'il y avait une erreur dans le message.

Mais les ruines de la ville ne mentaient pas, pas plus que les cadavres qui couvraient le sol.

Xianyu Zhongtong avait traité cette guerre comme une expédition punitive, et il avait cru que son adversaire n'était que le Mengshe Zhao. On imagine aisément le choc de Xianyu Zhongtong lorsque Dalun Ruozan et Huoshu Huicang arrivèrent à la tête d'une armée tibétaine.

Il n'aurait jamais imaginé que le Mengshe Zhao et l'Ü-Tsang deviennent si hardis. Zhangchou Jianqiong avait à peine quitté le sud-ouest pour entrer dans la capitale, et ils déclenchaient déjà une guerre, une guerre totale !

« Xianyu Zhongtong, rends-toi ! Tu n'es tout simplement pas de taille à nous affronter ! »

Dans la pluie torrentielle, une voix s'éleva soudain du pied de la montagne. Bien qu'elle parlât la langue des Plaines Centrales, elle sonnait d'une froideur et d'une dureté extrêmes.

« Foutaise ! »

Xianyu Zhongtong se dressa soudain, les yeux écarquillés de rage.

« Huoshu Huicang, ne te montre pas trop fier. L'armée du Protectorat d'Annan ne s'inclinera jamais devant qui que ce soit, ni à la Cité du Lion, ni maintenant. Si tu veux nous vaincre, fais-le par tes propres capacités ! »

Sa voix tonnante roula comme un coup de tonnerre, se propageant du sommet et roulant sur la terre. Même le rideau de pluie frémit sous la rage dans la voix de Xianyu Zhongtong.

« Hmph ! Comme tu le souhaites ! »

À un endroit loin en face du sommet, Huoshu Huicang se tenait dans son armure noire et rouge, l'expression froide, l'allure d'une épée pointée vers les cieux.

« Attaquez ! »

Les cors lugubres retentirent sur la vaste terre.

______________1. Cette citation est la première phrase de « L'Art de la guerre » de Sunzi.↩

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