« 400 000 taels d'or pour racheter la production de votre Boutique de l'Épée Taille-Jade pour les trois prochains mois. Voici le schéma. Forgez les pièces selon les instructions. Aucune erreur n'est permise ! »
Alors que le cheval s'élançait au galop, un lourd sac d'or vola dans les airs, traversa la porte de la Boutique de l'Épée Taille-Jade et s'écrasa sur le sol de la salle d'accueil.
L'impact fut si violent que toute la boutique d'épées en trembla.
« 400 000 taels ?! »
En quelques instants à peine, les gens à l'intérieur sortirent et fixèrent le lourd sac au sol, stupéfaits.
Boutique de l'Épée Taille-Jade, Boutique de l'Acier de Jade, Forge du Métal Déchirant… ce même jour, toutes les célèbres boutiques d'épées et forgerons de la capitale reçurent le généreux « cadeau » de Wang Chong.
Boutiques d'épées et forgerons étaient en réalité extrêmement limités dans les profits qu'ils pouvaient réaliser chaque mois. Contrairement à Wang Chong, ils ne pouvaient pas se contenter de forger une seule épée qui se vendrait ensuite pour des dizaines de milliers, cent mille, voire des centaines de milliers de taels d'or.
En vérité, dans toute la capitale, probablement lui seul était capable d'un tel exploit.
400 000 taels dépassaient déjà largement le chiffre d'affaires annuel de ces forgerons et boutiques de premier ordre. Bien qu'ils eussent d'abord hésité, comment auraient-ils pu persister après que Wang Chong eut livré tout cet or sur le seuil de leur porte ?
En cet intervalle si court, toutes les boutiques et tous les forgerons prirent leur décision. En l'espace d'un jour, pratiquement, Wang Chong avait acquis le pouvoir de décider ce que toutes les boutiques d'épées et forgerons de la capitale étaient autorisés à forger.
Désormais, Wang Chong disposait de l'usage exclusif de ces boutiques et forgerons. Ils ne fabriqueraient plus que pour lui, ne serviraient que lui, lui livreraient toute leur production !
Une telle chose n'avait jamais été vue, pourtant elle était devenue réalité !
…
Grâce à l'or et aux armes en acier wootz, toute la capitale se mit à tourner autour de Wang Chong et du clan Wang comme une immense machine.
Une épaisse fumée s'éleva de divers endroits de la capitale tandis que les boutiques d'épées et les forgerons fermaient leurs portes aux autres clients pour se mettre à forger des armes pour une seule et même personne.
Et les clans de la capitale envoyèrent leurs experts vers le clan Wang. Wang Chong confia à Li Siye, Wei Anfang et Zhao Jingdian la responsabilité de gérer ces experts.
La force ne suffisait pas pour faire de gardes et d'experts des grands clans des soldats capables de coopérer et de sillonner le champ de bataille. Un entraînement rigoureux était également nécessaire.
Cependant, contrairement à des experts mercenaires, les experts et gardes des clans possédaient au moins quelque expérience militaire. C'est pour cela que Wang Chong avait donné la priorité au rassemblement des gardes des grands clans.
« Tout est en branil. Ne reste plus que moi… ! »
Wang Chong se tenait sur un haut pavillon, le vent soufflant dans ses robes. Promenant son regard sur les toits de tuiles et les tours de la capitale, il vit des colonnes de fumée s'élever vers le ciel tandis que le marteau résonnait de toutes parts.
Et au loin, il percevait le hennissement des chevaux de guerre. Wang Chong avait l'impression de voir les centaines de gardes s'entraînant au loin, au Manoir de la Lame Détournée, sous la direction de Li Siye et Zhao Jingdian.
La guerre a toujours été une entreprise extraordinairement coûteuse. Qu'il s'agisse de main-d'œuvre, de vivres ou d'équipement militaire, elle engendrait des coûts qu'aucun clan ordinaire ne pouvait supporter.
Wang Chong avait déjà investi tout ce qu'il pouvait, y compris les épées en acier wootz et l'argent obtenu de la vente aux enchères de la veine spirituelle. Les rouages tournaient déjà. Wang Chong avait une conscience aiguë que ce qui l'attendait désormais était une guerre atroce !
Ce n'étaient pas seulement les soldats qui devaient se préparer à cette guerre. Lui aussi devait le faire !
D'une pensée, Wang Chong entra immédiatement en contact avec la Pierre du Destin dans son esprit.Lorsqu'il avait tenté de tuer An Yaluoshan et tué Ashina Sugan, il avait obtenu 200 points d'Énergie du Destin. Avec l'Énergie du Destin gagnée en tuant les soldats de Youzhou, il avait accumulé au total 269 points.
Il aurait pu garder cette Énergie du Destin pour l'ouverture du palier suivant de récompenses de la Pierre du Destin, mais la campagne du sud-ouest était imminente. Il n'avait plus le temps.
Ce n'est qu'en procédant à l'échange maintenant que cela pourrait l'aider dans cette guerre sur le point de commencer.
De plus, bien que le premier palier de récompenses ne fût pas aussi impressionnant que le suivant, Wang Chong savait que l'une d'elles lui serait d'une grande aide.
« Pierre du Destin, échange contre trois Perceurs d'Énergie Stellaire ! »
Wang Chong projeta cette pensée dans son esprit.
Boum ! Son esprit s'illumina, une lumière dorée jaillit tandis que l'énergie de trois Perceurs d'Énergie Stellaire sortait de la Pierre du Destin pour s'engouffrer dans son dantian.
Bzzzt !
L'énergie déjà formidable de Wang Chong augmenta vivement tandis que l'unique Perceur d'Énergie Stellaire devenait soudain quatre. La chance d'activation du Perceur d'Énergie Stellaire passa aussi de 5 % à 20 %. Une attaque sur cinq avait une chance de percer l'Énergie Stellaire.
Après avoir échangé contre trois Perceurs d'Énergie Stellaire, Wang Chong gagna aussi en puissance, passant du palier 3 de Vrai Combattant au seuil du palier 4 de Vrai Combattant.
Il ne me manque plus que ce dernier pas !
Avec cette pensée, Wang Chong ouvrit les yeux et se tourna vers les quatre pilules dans sa main. Il les tenait de Zhang Six-Doigts.
« L'argent fait tourner les moulins aux fantômes. » La vente de la veine spirituelle avait valu à Wang Chong une somme énorme, rehaussant simultanément son statut dans le cœur des alchimistes du palais.
Cette fois, ce furent les alchimistes du palais qui vinrent trouver Wang Chong, prenant l'initiative d'augmenter ses privilèges. Le nombre de pilules qu'il pouvait échanger chaque mois avait été relevé d'une unité.
Glou !
Wang Chong leva le cou en avalant les quatre pilules. Un instant, il eut l'impression que du feu lui parcourait les veines, mais quelques instants plus tard les pilules furent consommées, et Wang Chong avait percé avec succès jusqu'au palier 4 de Vrai Combattant…
…
Boum !
Le tonnerre gronda au loin vers l'ouest. Une cité massive dominait cette vaste terre, et au-dessus de cette cité, des nuages noirs s'amassaient, où des serpents d'argent d'éclairs sillonnaient.
Face à la cité s'étendait une terre qui touchait aux nuages. On eût dit une vague massive prête à s'abattre à tout instant et à tout balayer.
C'était le plateau tibétain !
Le lointain Longxi ressentait la menace de cette terre, de cet empire, plus que nulle autre partie des Plaines Centrales.
Bien que voisins, ce plateau élevé était comme un autre monde pour les Plaines Centrales.
Ces hautes terres nourrissaient d'innombrables guerriers. Bien que dynastie après dynastie des Plaines Centrales les eût vaincues, jamais elles n'avaient pu détruire complètement la menace.
Les hautes altitudes formaient comme une barrière invisible qui rendait difficile aux empires des Plaines Centrales d'exploiter pleinement leur force.
Sans cesse, la cavalerie se rassemblait sur ce plateau pour fondre sur les Plaines Centrales, pillant et tuant. Puis, avant que l'armée ne puisse arriver, elle se repliait sur le plateau tibétain !
Pour les gens de l'Ü-Tsang sur le plateau, les Plaines Centrales étaient sans défense… jusqu'à ce que cette cité fût bâtie, et que cette personne apparût.
La Cité de la Grande Ourse !
Geshu Han !
Cette cité nouvellement construite était comme un clou gigantesque enfoncé dans la frontière occidentale. Une existence qui tenait Longxi en respect et réprimait la cavalerie de l'empire de l'Ü-Tsang.
Et le Grand Général Geshu Han, qui s'était levé comme une comète, avait balayé la frontière occidentale, devenant l'existence la plus redoutée de l'empire de l'Ü-Tsang.
« Quand les sept étoiles de la Grande Ourse brillent là-haut, Geshu arrive la nuit avec son sabre. Aucun berger curieux ni cheval n'ose franchir le Lintao. » Ce chant populaire n'était pas seulement connu à Longxi, mais aussi sur le plateau tibétain. Tous le connaissaient, et tous en tremblaient de peur.
Et c'était précisément l'existence de Geshu Han et le clou de la Cité de la Grande Ourse qui avait engendré le dicton extrêmement célèbre : « Le monde est riche et populeux, mais nulle part ne surpasse Longyou. » (NdT : citation de Sima Guang dans le Zizhi Tongjian. « Longyou » et « Longxi » désignent le même lieu, à l'ouest des monts Long. « You » (右) signifie « droite », et « droite » valait « ouest » (xi, 西) pour les Chinois. Cette région fut un nœud majeur de la Route de la Soie, d'où sa prospérité sous les Tang.)
Au milieu des roulements de tonnerre et des nuages bas, un hennissement féroce déchira le ciel. Il venait d'au-dessus des nuages, du sommet de ce plateau qui s'élève.
Il ne fallut que quelques instants pour qu'une silhouette sombre et sanguinaire apparaisse au bord du plateau, et sur le dos de cette silhouette flottait une grande bannière au vent.
« Ennemi ! »
À peine cette silhouette était-elle apparue qu'une vigie sur les remparts de la Cité de la Grande Ourse lança un cri d'alarme.
Au fil des longues années passées à garder la frontière du Longxi, ces soldats étaient devenus extrêmement familiers avec la cavalerie de l'Ü-Tsang. Leur armure était si lourde qu'elle semblait s'enfoncer dans leurs corps. Même de loin, ils étaient très faciles à reconnaître.
Mais ce n'était pas la cause de son inquiétude. Depuis que leur Grand Général avait établi la Cité de la Grande Ourse, l'empire de l'Ü-Tsang avait subi défaite sur défaite. Cela faisait longtemps qu'aucun d'entre eux n'osait engager un assaut frontal sous les yeux de la Cité de la Grande Ourse.
De telles circonstances étaient extrêmement inhabituelles.
Boum !
Toute la Cité de la Grande Ourse s'anima, des milliers de soldats en jaillirent et formèrent prestement les rangs.
Malgré leur nombre, nulle panique dans la Cité de la Grande Ourse. Même en se précipitant à leurs postes, ils conservaient une discipline et un ordre stricts.
Il ne fallut que quelques instants pour que l'immense Cité de la Grande Ourse retombe dans le silence. Tous les soldats étaient en position, une aura intimidante pesant dans l'air.
La cité était si silencieuse qu'elle semblait vide.
À cet instant, les longues heures d'entraînement de l'Armée de la Grande Ourse étaient en pleine évidence. Il n'avait fallu que quelques secondes pour que toute la cité sorte de sa routine et entre en état de bataille.
Mais si la cité était silencieuse, hors des murs le vacarme allait enflant.
Rumble !
Un son immense, comme la rage de la mer, vint du haut plateau. Bien qu'il eût commencé sourd, presque inaudible, il était allé en grossissant, résonnant dans l'air… Au moment où il fut proche, tous purent entendre les milliers de sabres pilonnant la terre, mêlés au cliquetis des armures.
« C'est l'armée de l'Ü-Tsang ! »
Sur le rempart, les soldats de l'Armée de la Grande Ourse pâlirent. Ils montaient la garde au Longxi depuis de nombreuses années, ils avaient l'habitude de combattre l'Ü-Tsang.
Mais il y avait clairement quelque chose de différent dans cette bataille.
À la férocité du galop, l'armée apparue sur le plateau tibétain surpassait de loin celles du passé.
Le tremblement de la terre signifiait que cette armée comptait au moins 100 000 soldats.
« Regardez là-bas ! »
Quelqu'un cria et pointa.
Sous d'innombrables regards, une bannière massive, peut-être cent pieds de haut, se déploya soudain au bord du plateau.
Cette bannière flottant au vent semblait teinte de sang, et sur ce fond sanglant trônait un immense lion blanc à trois têtes, crocs apparents. Même à cette distance, on le distinguait nettement.
« La bannière au lion blanc à trois têtes ! C'est We Tadra Khonglo ! » (NdT : historiquement, We Tadra Khonglo était un général de l'empire tibétain qui fut aussi le ministre de plus haut rang du gouvernement tibétain. Il servit sous le roi tibétain Me Agtsom. Il fut exécuté en 728, les histoires chinoises alléguant qu'un général des Tang avait répandu la rumeur qu'il conspirait avec les Tang.)
Les soldats pâlirent davantage encore, et même les officiers de l'Armée de la Grande Ourse commencèrent à paraître nerveux.