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Records of the Human Emperor

Chapitre 46 : La première arme en acier wootz du monde

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Chapitre 46

Chapitre 46 : La première arme en acier wootz du monde

Chapitre 46/8852%~12 min de lecture2 275 mots

L'acier wootz se distinguait des autres aciers en ceci qu'il ne fallait surtout pas lui appliquer la méthode de la « trempe à l'eau ». Sans quoi ce métal précieux se trouvait entièrement ruiné.

Le plan visant à obtenir le minerai d'Hyderabad avait des conséquences majeures. Wang Chong ne pouvait pas le laisser tomber entre les mains d'autrui.

Le temps passait lentement et les conversations à l'extérieur de la caverne s'éteignirent peu à peu. Wang Chong restait assis en silence, le cœur tranquille.

Il aurait été impossible à Wang Chong de passer la nuit dehors quelque temps plus tôt. Mais depuis l'épisode de la frontière, le regard de tout le clan Wang sur lui avait complètement changé.

Sa mère elle-même ne se mêlait plus de ses affaires avec la rigueur d'autrefois.

'C'est le moment !'

Soudain, Wang Chong sentit quelque chose et ouvrit les yeux. Une lueur éclatante y passa. Il sentait que l'aube approchait.

Il se leva, s'avança en hâte et disposa en cercle toutes les branches de pin que Wei Hao avait rassemblées.

Tchac !

Le bruit d'un silex frappant l'autre résonna dans la caverne et, bien vite, les branches s'embrasèrent.

Quand les branches de pin devinrent d'un rouge vif, Wang Chong saisit l'épée inachevée d'un noir profond et les pinces posées près du fourneau. Prenant la lame avec les pinces, il l'enfouit au cœur des branches incandescentes.

Le temps d'un bâton d'encens, l'épée en acier wootz rougit progressivement et, à la fin, ses arêtes s'embrasèrent.

Wang Chong fixait les flammes sur la lame avec tension. À cet instant, chaque parcelle de sa concentration y était consacrée.

Dans la trempe de l'acier wootz, observer les flammes sur la lame était une phase capitale.

Si Wang Chong avait choisi l'aube, c'est qu'à ce moment-là il était plus facile de suivre l'avancée du chauffage aux nuances de la flamme.

Les différentes nuances de la flamme traduisaient la température de l'arme.

Une lumière trop vive ou trop sombre altérait l'éclat de l'acier wootz et faussait donc le jugement de Wang Chong sur l'avancée du chauffage. La qualité de la lame variait selon la température à laquelle on la trempait.

Un seul degré d'écart pouvait donner une arme entièrement différente.

Or il était impossible de mesurer la température des flammes, vu les limites techniques de l'époque. La couleur de la flamme devenait donc le critère le plus important.

'C'est à peu près là !'

À l'instant où les flammes sur la lame prirent une teinte de rouge vif semblable à celle d'une fraise, les yeux de Wang Chong s'allumèrent. Il souleva l'acier wootz, pivota avec la lame et la plongea dans l'auge métallique remplie d'une substance huileuse de couleur beige.

C'était quelque chose que Wang Chong avait préparé à l'avance.

Quand l'acier wootz rougi fut immergé dans l'huile glacée, l'énorme différence de température fit monter une fumée noire de la surface de la lame.

'C'est de cette étape que dépend ma capacité à en faire une véritable arme en acier wootz !'

Wang Chong fixait l'auge métallique, le cœur serré.

De la négociation au façonnage, puis à la gravure, et enfin à la trempe, il en était à la dernière étape. Il en avait parlé avec assurance, mais il nourrissait en réalité des doutes.

L'huile contenue dans l'auge n'était pas un liquide de trempe ordinaire. C'était un mélange d'huile de sésame, de lanoline, de beurre, de bitume rapporté par les marchands de l'ouest, et de quelques autres liquides.

Là résidait la clé du forgeage d'une véritable arme en acier wootz.

Dans sa vie antérieure, les Plaines Centrales avaient bien obtenu un peu d'acier wootz. Mais les armes qui en étaient sorties étaient très loin de valoir celles façonnées à Damas et dans le califat abbasside. Leur aspect extérieur était même d'une laideur remarquable. Tout cela parce que la dynastie Tang n'avait pas su s'emparer de la méthode de trempe propre à l'acier wootz.

Certains soupçonnaient même que les armes en acier wootz des Plaines Centrales n'étaient pas faites du minerai d'Hyderabad : de simples imitations vendues sous le nom d'acier wootz.

En réalité, ce n'était pas que les Sindhis avaient livré un faux minerai aux Plaines Centrales. C'était que les Plaines Centrales n'avaient pas su maîtriser la « Méthode de trempe d'Hyderabad ».

Faute de savoir révéler les motifs ornementaux naturels à la surface de l'acier wootz, les fines dents de scie du fil de la lame n'apparaissaient pas. Pareille arme n'était guère plus coupante qu'une épée de très bonne qualité, indigne de la réputation des Trois Grandes Armes du monde !

Dans sa vie antérieure, le califat abbasside avait obtenu le monopole de l'acier wootz grâce à cette « Méthode de trempe d'Hyderabad ». Mais dans cette vie, Wang Chong était résolu à ne pas laisser l'autre camp y parvenir.

Ssssss !

Quand la fumée noire se dissipa, l'épée en acier wootz dans l'auge avait complètement refroidi, et Wang Chong la sortit du liquide avec les pinces.

Houala ! Le liquide gicla de toutes parts.

À l'instant où l'acier wootz émergea, un éclat argenté et lumineux se répandit depuis la surface du liquide de l'auge.

En un instant, cette lueur froide, évoquant la lune d'argent, recouvrit toute la caverne d'une couche d'argent.

'Réussi !'

Devant cette épée d'argent d'une élégance prodigieuse, Wang Chong éprouva une émotion indescriptible. Les magnifiques motifs de la lame évoquaient des nuages fugitifs et des rivières, un spectacle d'une beauté inexplicable. Sur le fil même de la lame, on distinguait un dessin en dents de scie. L'aura qu'elle dégageait donnait l'impression d'un requin des grands fonds : impitoyable, avide de sang, mais beau.

La toute première arme en acier wootz du monde venait d'être créée dans les Plaines Centrales.

Wang Chong était devenu le premier homme à achever de ses mains cet empereur des armes !

À cet instant, le trouble qui agitait l'esprit de Wang Chong ne pouvait s'apaiser.

Houala !

Les tentures s'ouvrirent derrière lui. En entendant du mouvement dans la caverne, Wei Hao se précipita à l'intérieur, accompagné de la petite sœur de Wang Chong.

« Ssss ! Quelle est cette arme ? »

À peine avait-il fait quelques pas que Wei Hao aperçut la magnifique arme dans les mains de Wang Chong et eut le souffle coupé.

Wei Hao n'avait jamais vu pareille arme. Le corps était aussi brillant que du mercure et des motifs naturels mystérieux étaient gravés dans la lame. Cela n'en dissimulait pourtant pas l'éclat.

Ce qui attirait le regard, c'était le fil de la lame. Il semblait si coupant qu'il aurait pu blesser l'œil rien qu'à le regarder. D'un seul coup d'œil, Wei Hao fut envoûté. Il ne pouvait plus détacher son regard.

« Quelle arme belle et terrible ! »

murmura Wei Hao.

Né dans la famille d'un duc, il avait vu bien des choses. Mais jamais une arme aussi féroce et aussi belle. On avait l'impression qu'elle avait été créée dans le seul but de tuer, ce qui la rendait terrifiante. Et au même instant, elle dégageait une élégance et une beauté indicibles.

D'un seul regard, Wei Hao fut captivé.

« Qu'elle est jolie ! »

Une voix enfantine résonna à côté. Wei Hao n'était pas le seul envoûté par l'arme. La petite sœur de la famille Wang fixait la lame, l'âme envolée.

Soudain, la lumière baissa. Wang Chong venait de glisser l'épée achevée dans un fourreau de bois. Puis il prit une autre toile noire et en enveloppa l'épée.

« Wei Hao, attrape ! »

Wang Chong lança négligemment l'épée en acier wootz à Wei Hao, qui tendit les mains par réflexe et l'attrapa. Il la serra contre lui et contempla ce qu'il tenait.

« Wang Chong, quelle est cette arme ? »

demanda encore Wei Hao.

« C'est l'épée en acier wootz dont je t'avais parlé ! »

répondit Wang Chong avec calme. La réaction de Wei Hao ne le surprenait pas le moins du monde. Il n'avait pourtant vu que la beauté de la lame ; il n'avait pas encore été témoin de sa terrible puissance de destruction.

Sa réaction ne s'arrêterait pas là quand il verrait la force de l'acier wootz sur un champ de bataille.

Wang Chong se souvenait encore du tumulte qu'avait provoqué l'acier wootz lors de sa première apparition à la guerre.

Quand il avait parlé pour la première fois à Wei Hao de son plan sur le minerai d'Hyderabad, celui-ci avait été extrêmement choqué et sa première pensée avait été que Wang Chong était devenu fou. Il ne croyait pas que ce minerai valût pareil prix.

À présent, Wei Hao devait revoir son jugement.

« Wei Hao, c'est la première épée façonnée, veille bien à ce que personne ne la voie. La première étape du plan est achevée et, comme convenu entre nous, je compte sur toi pour la suite ! »

dit Wang Chong.

« Hmm. »

Revenu de sa stupeur, Wei Hao hocha la tête.

Écartant les tentures, Wang Chong sortit. Le premier acier wootz était né, mais ce n'était que la première étape.

Un demi-mois s'était déjà écoulé et, si Wang Chong ne réunissait pas 90 000 taels d'or avant la fin du mois, tout son travail serait perdu.

Tout cela était écrit noir sur blanc à la Cour de Révision Judiciaire. Wang Chong s'en était servi pour lier les deux moines sindhis à lui, mais c'était devenu aussi son « talon d'Achille ».

'Ces moines sindhis… doivent commencer à paniquer !'

Wang Chong souriait en sortant.

Wang Chong l'ignorait, mais les deux moines sindhis étaient bien plus inquiets qu'il ne l'avait imaginé.

« Amitabha ! »

Dans la chambre, Ablonodan avait les mains jointes et récitait des prières bouddhiques. Mais ses sourcils tressautaient et il ne tenait pas en place.

« Arloja, penses-tu que le gongzi des Plaines Centrales revienne sur sa parole ? »

Au bout d'un long moment, Ablonodan finit par poser la question qui le tourmentait.

« Cela fait déjà un certain temps. Pourquoi n'avons-nous aucune nouvelle de son côté ? »

Vingt jours étaient passés et les deux hommes avaient déjà attendu longtemps. En bonne logique, il ne leur restait que quelques jours à patienter : ils n'auraient pas dû être si troublés. Pour une raison qu'ils ignoraient, cependant, ils étaient mal à l'aise.

Le temps n'attend personne. La famine au Sindhu empirait de jour en jour. Beaucoup étaient déjà morts de faim et, ces derniers jours, ils avaient reçu de nouvelles lettres du Grand Prêtre les enjoignant de rentrer au Sindhu.

C'était déjà la septième lettre du mois !

« Accordons-lui trois jours de plus. S'il n'y a toujours aucune nouvelle d'ici là, il ne nous restera qu'à rentrer au Sindhu et à faire ce que dit le Grand Prêtre : vendre tout le minerai d'Hyderabad au califat abbasside. »

soupira Arloja.

Les deux hommes semblaient n'avoir rien fait depuis la signature du contrat, mais ils gardaient en réalité un œil sur Wang Chong. Ce fut comme une pierre jetée à la mer. Il n'y avait pas la moindre nouvelle concernant le minerai d'Hyderabad.

Ils s'étaient renseignés dans les rues, mais rien ne semblait circuler au sujet du minerai d'Hyderabad ou d'armes qui en seraient issues.

Si les deux hommes avaient d'abord eu confiance en Wang Chong, à cet instant, ils étaient gagnés par l'inquiétude. Arloja proposait bien de lui accorder quelques jours de plus, mais il n'y mettait en réalité pas beaucoup d'espoir.

'Songer que ce sera encore un échec !'

soupira Arloja, retombant dans l'abattement qui était le sien auparavant. Ils ne pensaient pas que la vente du minerai d'Hyderabad dans les Plaines Centrales serait semée de tant de difficultés.

« Mais… n'y a-t-il pas une autre famille distinguée des Plaines Centrales intéressée par ce minerai ? Pourquoi ne pas essayer de la contacter ? »

Ablonodan pensait au clan Zhang de la capitale. Les hommes venus les voir l'autre jour lui avaient laissé une forte impression.

« Non ! »

Arloja secoua la tête.

« Ces nobles ont l'air fiables, mais ils ne veulent pas débourser le prix que nous demandons. Le prix des épées est tout simplement trop bas dans les Plaines Centrales. Ce ne sont pas les partenaires que nous cherchons. Le Grand Prêtre nous a chargés de trouver un partenaire avec qui travailler sur la longue durée et, de toute évidence, un tel homme n'existe pas dans les Plaines Centrales. »

Ablonodan se tut. Tous deux étaient arrivés à la même conclusion. Le but premier de ce voyage dans les Plaines Centrales était de trouver un grossiste et de rassembler des vivres.

Cela permettait aussi d'éviter un monopole.

S'ils ne vendaient le minerai qu'au califat abbasside, leur minerai d'Hyderabad ne pourrait pas se vendre cher. C'est vrai de toute marchandise qui n'a qu'un seul acheteur.

C'est précisément parce que le Grand Prêtre se refusait à voir cela arriver qu'il les avait envoyés aux autres bouts du monde chercher des partenaires.

Mais à ce qu'il semblait, le califat abbasside était le seul partenaire convenable. Ils n'en tireraient pas une somme énorme, mais ils étaient fiables et loyaux.

Quant aux Plaines Centrales, elles étaient tout simplement trop loin.

Les deux hommes ne savaient pas qu'à cet instant même, ils n'étaient pas les seuls à surveiller les mouvements de Wang Chong.

(NdT : les noms des deux moines, transcrits du chinois, sont Ah Luo Nuo Dan et Ah Luo Jia ; leur forme indienne exacte est incertaine.)

(NdT : « une pierre jetée à la mer » est une image chinoise : la pierre soulève quelques rides, qui s'apaisent aussitôt. Autrement dit, on a agi et rien ne semble s'être passé.)

Traduit par Wuxia France — soutenez leur travail en les suivant.

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