Après avoir lu la lettre qu'il tenait en main, Li Bing poussa un long soupir de soulagement, et son visage tendu se détendit enfin.
« Chong gongzi, mon père veut que je vous transmette une question. Si nous vous laissons l'emmener aujourd'hui, promettez-vous de ne pas laisser filtrer la moindre nouvelle sur ce qui s'est passé ? » Tenant la lettre, Li Bing fixa Wang Chong avec intensité.
« La lettre vient bien du duc de Liu ! » Wang Chong fut surpris. Mais après réflexion, vu les efforts déployés par la résidence du duc de Liu pour capturer Su Hanshan, il était impossible que le duc de Liu ne suive pas l'opération de près.
« Ne vous inquiétez pas, je sais ce que je dois faire. Vous pouvez dire au duc de Liu qu'il peut considérer que rien ne s'est passé aujourd'hui. Il n'y aura pas la moindre rumeur nuisible à la résidence du duc de Liu qui vienne de notre clan Wang. » répondit Wang Chong sincèrement. Son but était seulement de sauver Su Hanshan. Tout le reste n'entrait pas en ligne de compte.
« Très bien, vous pouvez emmener ce garçon. Chong gongzi, j'espère que vous vous souviendrez de la promesse que vous venez de faire… Retraite ! » Li Bing hocha la tête avant de faire un signe de la main, enjoignant son groupe à partir.
Son départ fut si décidé et si brutal que même Wang Chong en resta un instant stupéfait.
Le groupe d'une vingtaine d'hommes disparut sans laisser de trace très vite, et même les cadavres au sol furent emportés.
« Ce duc de Liu est vraiment décidé ! Frère Su... Frère Su ? Frère Su ! Vieux Aigle, viens le soutenir ! »
À peine Wang Chong s'était-il retourné qu'il vit le corps tendu de Su Hanshan se relâcher, et ce dernier s'effondra au sol.
Dès que Li Bing fut parti et le danger écarté, la corde tendue qui maintenait Su Hanshan conscient rompit enfin.
Wang Chong se hâta de faire avaler la pilule de rétablissement à Su Hanshan avant de faire porter ce dernier par Vieux Aigle jusqu'au clan Wang.
Les blessures externes de Su Hanshan étaient déjà terrifiantes, mais Wang Chong savait que ses blessures internes étaient encore plus graves.
Dès que la tension quitta son corps, le sang se mit à couler abondamment de ses multiples blessures.
Dans des circonstances normales, de telles blessures mortelles auraient été fatales. Ce ne fut qu'en lui faisant prendre trois Pilules de Résurrection de la cour impériale, achetées à Zhang Six-Doigts pour cinquante mille taels d'or l'unité, que Wang Chong parvint à lui sauver la vie.
Alors que les blessures de Su Hanshan se stabilisaient enfin, une aura de vitalité extraordinairement puissante jaillit soudain des tréfonds de son corps, accélérant sa guérison.
…
Environ trois jours plus tard, avec un faible gémissement, Su Hanshan sortit enfin de son coma.
« Tu es réveillé ! »
Un sourire apparut sur le visage de Wang Chong tandis qu'il regardait Su Hanshan. Ce gaillard était enfin réveillé. S'il était vraiment mort ainsi, Wang Chong se serait trouvé dans une fâcheuse posture.
Après tout, il était destiné à devenir un grand général dans le futur, un atout précieux pour l'empire !
Les talents comme lui étaient extrêmement rares dans les Plaines Centrales. Ce serait une perte immense pour le Grand Tang s'il mourait ainsi.
Sa vitalité est vraiment ridicule ! pensa Wang Chong en regardant Su Hanshan.
Il avait fait venir un médecin examiner Su Hanshan, et au total, ce dernier avait subi une trentaine de profondes entailles, dont dix-sept avaient laissé des trous béants à travers son corps. L'une était même juste à côté de son cœur.
Et parmi ces dix-sept, onze étaient mortelles.
Ses blessures étaient si horribles que peu pouvaient garder leur calme face à elles. Survivre à de telles blessures relevait du miracle, et pourtant Su Hanshan parvint effectivement à une récupération substantielle en seulement trois jours.
Ses blessures avaient déjà suffisamment guéri pour être considérées comme non mortelles, et il continuait de récupérer à une vitesse stupéfiante.
Même dans sa vie antérieure, Wang Chong n'avait jamais vu une personne dotée d'une vitalité aussi débordante.
Il semblait que ce ne fût pas un hasard s'il était parvenu à devenir l'une des étoiles les plus brillantes issues du camp d'entraînement de Kunwu.
Wang Chong pouvait dire qu'il cachait encore beaucoup de secrets.
« Où suis-je ? » demanda Su Hanshan en se redressant lentement sur le lit. Son expression était aussi calme que d'habitude, contrairement à l'anxiété et à la panique typiques qu'on ressent en se réveillant dans un lieu inconnu.
La première chose que fit Su Hanshan en se réveillant fut d'évaluer soigneusement son environnement avant de parler.
« Tu es chez moi, c'est une chambre réservée aux invités », sourit Wang Chong.
« Merci », hocha Su Hanshan. Ce n'était qu'une expression de gratitude ordinaire, mais d'après la compréhension qu'avait Wang Chong de Su Hanshan, c'était probablement la limite absolue de ce qu'il pouvait faire.
Compte tenu de la personnalité froide et hautaine de Su Hanshan, ce n'était pas chose aisée pour lui d'adresser des mots de gratitude à autrui.
En fait, Wang Chong était probablement le seul à avoir jamais entendu ces mots de sa part dans les deux lignes temporelles.
Après avoir dit ces mots, Su Hanshan croisa les jambes, ferma les yeux et se mit à cultiver. Bien que son état se fût stabilisé, son visage était encore pâle et son corps encore faible. Il était encore loin d'une guérison complète.
« Tu devrais te reposer d'abord. Si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à me le dire », conscient que c'était simplement la personnalité de Su Hanshan, Wang Chong secoua la tête intérieurement et sortit.
…
Mais à peine deux heures après que Wang Chong eut quitté la chambre d'hôtes, une servante se précipita dans son étude en s'écriant : « Gongzi, gongzi ! Mauvaises nouvelles !... Su gongzi s'est enfui de la résidence ! »
« Depuis combien de temps ? » demanda Wang Chong.
« Environ le temps d'une demi-thé. Nous avons essayé de l'arrêter, mais il a quand même réussi à nous passer devant. » (~7,5 min)
Les yeux de la jeune servante étaient rougis, et elle était si anxieuse qu'elle était au bord des larmes. En parlant, elle leva même le doigt pour indiquer la direction de la porte principale, agitée.
« Je vois... »
Un profond froncement apparut sur le front de Wang Chong. Il savait qu'il ne pouvait pas retenir Su Hanshan ici, mais même ainsi, il ne s'attendait pas à ce que l'autre parte si vite.
Bien que la vie de Su Hanshan ne fût plus en danger, il était encore bien loin de pouvoir se mouvoir librement. Qui plus est, il portait encore de graves blessures. Si la résidence du duc de Liu posait à nouveau les yeux sur lui, il aurait de gros ennuis.
Néanmoins, Wang Chong s'y était attendu dès le début. Après tout, c'était simplement le caractère de Su Hanshan.
S'il avait été capable de compromis, il n'aurait pas subi un sort si tragique dans sa vie antérieure.
Considérant que l'autre était parti depuis le temps d'une demi-thé et les foules immenses qui remplissaient les rues de la capitale chaque jour, il était probablement difficile de le retrouver maintenant.
Cela lui ressemble vraiment, de ne vouloir devoir de faveurs à personne, songea Wang Chong en secouant la tête.
« C'est bon, laissez-le. Vous n'avez pas à vous en soucier », fit Wang Chong d'un geste de la main.
Puisque le duc de Liu a laissé Su Hanshan partir hier, ce dernier devrait encore être en sécurité pour l'instant.
« Ah oui, gongzi. Su gongzi a laissé un mot avant de partir. » Cette servante se rappela soudain quelque chose et sorti vivement un billet de sa manche. Voyant son air maladroit, Wang Chong ne put s'empêcher de pouffer.
« Tu es Petite Prune, n'est-ce pas ? » demanda soudain Wang Chong.
« O-oui ! Gongzi, vous vous souvenez de mon nom ? » La servante fut stupéfaite. Elle n'était entrée à la résidence que depuis cinq mois, et elle craignait encore que le jeune maître ne la blâme pour son erreur précédente. Elle ne pensait pas que le jeune maître se souviendrait d'elle et la reconnaîtrait.
Ce serait bizarre si je ne me souvenais pas de toi ! ricana Wang Chong intérieurement. Dans sa vie antérieure, Petite Prune lui avait apporté beaucoup de joie après la chute du clan Wang, mais c'était dommage qu'elle ait fini par...
« Petite Prune, tu me suivras désormais », répondit Wang Chong.
« G-gongzi... Ce ne sera pas bien ? » Le visage de Petite Prune rougit immédiatement, et elle se mit à se tortiller maladroitement.
Cette gamine, qu'est-ce qu'elle imagine ? Sachant ce qu'elle pensait, Wang Chong pouffa. Elle était toujours aussi maladroite, tout comme la Petite Prune dont il se souvenait.
« Je dis que tu me serviras personnellement désormais. Tu m'apporteras le thé et plieras mes draps », répondit Wang Chong.
« Ah, c'est ça que tu veux dire ! » Realisant qu'elle avait mal compris, le bout des oreilles de Petite Prune rougit. Mais elle chassa vite tout cela et répondit gaiement : « Gongzi, je suis prête à vous servir... »
Voyant l'air joyeux de cette jeune fille innocente, Wang Chong sentit le fardeau qui pesait sur son esprit s'alléger.
Après avoir renvoyé la jeune fille, Wang Chong'ouvrit le mot que Su Hanshan avait laissé.
« Je te dois une. »
Ces mots froids étaient écrits avec des traits de pinceau puissants et décisifs. Wang Chong reconnut immédiatement l'écriture de Su Hanshan.
« Héhé, comme prévu ! » pouffa Wang Chong en froissant le papier en boule.
Su Hanshan avait une personnalité solitaire et froide, ce qui rendait extrêmement difficile de s'en approcher. Néanmoins, il était encore extrêmement reconnaissant de l'aide de Wang Chong, simplement il n'était pas doué pour s'exprimer.
C'est pourquoi il laissa ce mot.
Dans l'autre monde d'où venait Wang Chong, il existait un terme professionnel pour décrire une telle personne : trouble de la communication sociale.
Su Hanshan appartenait clairement à cette catégorie de gens.
« Puisque je m'en mêle, autant t'aider à régler toute cette affaire. »
Jettant un coup d'œil dans la direction de la porte principale, Wang Chong sortit de son étude avec un sourire.
Il y a un dicton : « les yeux sont les fenêtres de l'âme ». Dans la chambre, le regard de Su Hanshan avait déjà trahi son intention de demander de l'aide à Wang Chong, simplement sa personnalité solitaire et hautaine l'en avait empêché.
Traversant les couloirs, Wang Chong fit appeler Vieux Aigle.
…
Maintenant dans la salle principale, Wang Chong était assis sur une belle chaise en bois. Il saisit la tasse de thé posée près de sa table et en but une gorgée avant de demander : « As-tu trouvé quelque chose ? »
Trois jours plus tôt, quand Wang Chong avait sauvé Su Hanshan de la résidence du duc de Liu, il avait ordonné à Vieux Aigle d'aller au fond de cette affaire. Vu que Su Hanshan avait été prêt à risquer sa vie pour reconnaître la résidence du duc de Liu en pleine nuit, cela ne pouvait pas être une mince affaire.
Sans compter que le duc de Liu avait même été prêt à risquer d'offenser le clan Wang et le roi de Song, et à insister pour tuer Su Hanshan. Il ne faisait aucun doute que ce n'était pas une affaire simple.
Su Hanshan ne lui révélerait jamais rien, donc Wang Chong ne pouvait que chercher les réponses seul.
Peut-être, s'il allait au fond du mystère, pourrait-il libérer les entraves qui liaient Su Hanshan, lui permettant de s'élever à des sommets encore plus grands cette vie.
Peut-être deviendrait-il le plus capable des grands généraux des Plaines Centrales !
« Gongzi, j'ai enquêté sur cette affaire ces derniers jours, et bien que le duc de Liu ait maintenu le secret le plus total à ce sujet, j'ai tout de même pu obtenir quelques indices auprès des serviteurs travaillant à la résidence du duc de Liu. Il semble qu'il y ait une jeune demoiselle vivant dans la résidence du duc de Liu qui est très étroitement surveillée. Ses besoins quotidiens ne sont fournis que par les serviteurs les plus loyaux, et les étrangers ne sont pas autorisés à approcher ses quartiers.
« Il y a environ trois à quatre mois, la jeune demoiselle a été soudainement déplacée dans une autre pièce sans raison particulière. Après l'incident de l'autre jour, les serviteurs spéculent que la raison pour laquelle Su Hanshan reconnaissait la résidence du duc de Liu pourrait être liée à cette jeune demoiselle », dit Vieux Aigle d'une voix grave.
« Il y a trois à quatre mois ? N'est-ce pas le jour où le camp d'entraînement de Kunwu a ouvert, et où Su Hanshan est arrivé au Pic du Tigre Blanc ? » Wang Chong fronça les sourcils.
« Mais gongzi, j'ai le sentiment que les choses ne sont pas si simples », dit Vieux Aigle pensivement.
« Que voulez-vous dire ? »
« Mon instinct me dit que la résidence du duc de Liu a intentionnellement laissé filtrer cette information. C'est suspect que nous n'ayons pas eu à nous donner trop de mal pour l'apprendre. Qui plus est, les renseignements cruciaux comme l'apparence de la jeune demoiselle, son origine et sa relation avec Su Hanshan manquaient complètement. Selon les règles du métier, cela peut être considéré comme un « tunnel ». »
« Que voulez-vous dire ? » demanda Wang Chong, perplexe.
« Puisque le duc de Liu a été prêt à nous donner la nouvelle librement, cela signifie qu'il espère aussi régler cette affaire une fois pour toutes. Cependant, il lui manque encore un médiateur approprié pour permettre aux deux parties de s'asseoir et de négocier », dit Vieux Aigle.
Wang Chong comprit instantanément le sens de Vieux Aigle. Bien qu'il ait sauvé Su Hanshan cette nuit-là, il était clair que cette affaire ne s'arrêterait pas là.
Ainsi, le duc de Liu décida de divulguer quelques informations dans l'espoir que Wang Chong les capterait. Mais en même temps, il ne pouvait pas simplement approcher n'importe quel espion rôdant suspectement autour de la résidence, donc le seul choix était de la rendre publique.
Et puisque la nouvelle allait être rendue publique, il ne pouvait pas en révéler trop. Après tout, il s'agissait probablement d'un scandale impliquant le duc de Liu.
Quant à pourquoi le duc de Liu n'approchait pas Wang Chong directement, c'était parce que c'était en dessous de lui. Wang Chong devrait envoyer un intermédiaire de haut rang pour parler avec le duc de Liu, et faire transmettre le message par la bouche de l'intermédiaire.
Bien que tout cela paraisse compliqué, c'était simplement le fonctionnement quotidien de leur cercle social. Né dans un clan prestigieux, Wang Chong le comprenait aussi.
Au final, le duc de Liu craint encore l'autorité du grand-père et du roi de Song ! pensa Wang Chong.
Quant à l'intermédiaire pour sonder le secret, Wang Chong avait déjà un candidat en tête.