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Records of the Human Emperor

Chapitre 15 : Une occasion de faire fortune

Chapitre 15

Chapitre 15 : Une occasion de faire fortune

Chapitre 15/15100%~13 min de lecture2 549 mots

« Je ne saurais vraiment l'expliquer, c'est une simple intuition. Avant de venir, j'ai mené une enquête sommaire sur les enfants du clan Wang, et le frère aîné ne semble pas jouir d'une bonne réputation dans la capitale. On peut le compter parmi les fils de famille dissolus, constamment engagés dans des actes moralement inacceptables. On dit même qu'il aurait violé une femme il y a quelque temps. Si tout cela était vrai, l'affaire n'aurait rien d'extraordinaire. Pourtant, à en juger par mes échanges avec lui, il ne me paraît pas être cet homme-là. »

« Par ailleurs, ce Wang Yan est un homme direct. Votre Altesse connaît son caractère. C'est un militaire, un peu lent à saisir les subtilités politiques. À vrai dire, on pourrait presque le dire totalement imperméable à ces choses-là. Sans quoi il ne serait pas allé rencontrer Yao Guang Yi à un tel moment. Sur cette affaire, votre humble serviteur pense qu'il a été instrumentalisé. »

« Si la franchise de Wang Yan l'empêche de sonder de telles manœuvres, les enfants du clan Wang, eux, semblent en avoir conscience. Bien que l'incident du Pavillon de la Grande Grue paraisse dirigé contre Yao Feng, j'ai le sentiment qu'ils étaient là pour leur père, Wang Yan. Yao Guang Yi est réputé pour ses machinations politiques et n'aurait sans doute jamais imaginé que son stratagème serait percé à jour par deux enfants. Ce n'est bien sûr qu'une supposition de ma part ; il est encore trop tôt pour l'affirmer. »

Ainsi parla Lu Ting.

La grande salle était plongée dans un silence total. Pour la première fois, le Roi Song parut grave.

Lu Ting avait beau parler de supposition et de simple intuition, le Roi Song connaissait trop bien son caractère. S'il n'avait pas été sûr de son fait, il n'aurait jamais abordé le sujet devant lui.

Mais Yao Guang Yi était un adversaire redoutable.

Que deux enfants percent à jour le stratagème de ce vieux renard rusé…

Comment était-ce possible !

Le Roi Song et le vieux majordome échangèrent un regard. Le maître et le serviteur lurent la même incrédulité dans les yeux de l'autre. Si c'était vrai, alors ces enfants du clan Wang étaient de véritables monstres !

« …Votre Altesse, la question de savoir s'il a ou non percé le stratagème de Yao Guang Yi mise à part, les mots qu'il a prononcés ensuite — "Rira bien qui rira le dernier" —, votre humble serviteur pense qu'il les adressait à Votre Altesse. Qu'un homme extérieur à l'affaire en discerne la vérité là où les intéressés en sont incapables : son esprit, son expérience, ses moyens et son savoir ne peuvent être égalés par aucun stratège ordinaire. Et il n'a que quinze ans ! »

Lu Ting était impressionné.

Il révélait enfin la raison de sa si haute estime pour ce jeune homme : c'était précisément parce qu'il était si jeune !

À ces mots, le Roi Song resta longuement silencieux. Il devait l'admettre : les propos de Lu Ting l'avaient stupéfié. Les Song et les Wang entretenaient des liens étroits, mais Wang Yan n'était pas le seul descendant du Duc Jiu.

Vu son rang et son identité de Roi Song, il lui était difficile de prêter attention à un enfant encore adolescent. Mais si cet enfant était réellement aussi capable que Lu Ting le décrivait, alors il n'était pas de ceux qu'il pouvait négliger.

« Le seigneur Lu souhaite-t-il que je rencontre cet enfant du clan Wang ? »

Après un long moment, le Roi Song releva la tête.

Il avait d'abord convoqué Lu Ting pour l'interroger sur la loyauté de Wang Yan. Mais ce n'était plus l'essentiel. Sans conteste, Lu Ting penchait en faveur de Wang Yan et le croyait innocent.

« Ce n'est pas nécessaire. »

Contre toute attente, Lu Ting secoua la tête et écarta l'idée :

« Votre Altesse oublie que le soixante-dixième anniversaire du Duc Jiu approche. Tous les descendants du clan Wang y seront présents. Il ne sera pas trop tard pour que Votre Altesse le rencontre à ce moment-là. Après tout, tout ceci n'est qu'une supposition de ma part et la vérité reste à établir. »

« Soit. »

Le Roi Song sourit :

« Il est rare que le seigneur Lu tienne quelqu'un en si haute estime. De plus, je ne peux m'empêcher d'admirer sa formule : "Rira bien qui rira le dernier." Majordome Zheng, prépare-moi quelques présents pris dans les réserves et fais-les porter à la résidence de Wang Yan. »

« Bien, votre humble serviteur obéira ! »

Le vieux majordome se leva et répondit respectueusement.

« Un instant ! »

Pour une raison ou une autre, le Roi Song sembla se raviser et hésita avant d'ajouter : « Il est déjà tard, remettons donc cela à plus tard. Fais porter les présents demain. »

Lu Ting vit le soupçon passer dans les yeux du Roi Song et soupira. Il comprit aussitôt que celui-ci n'était pas entièrement convaincu de la loyauté de Wang Yan. Mais Lu Ting ne dit rien.

« Seul un long voyage révèle l'endurance du cheval, et seul le temps révèle le cœur des hommes. » Que Wang Yan l'ait trahi ou non, que le clan Wang complote ou non avec le Roi Qi, et ce qui s'était réellement passé au Pavillon de la Grande Grue… le temps finirait par tout dévoiler.

« …Quant à Bao Xuan et Zheng Yuan, malgré ma générosité, ils ont choisi de me poignarder dans le dos à un tel moment, me trahissant pour le Roi Qi. Face à de tels ingrats, ma colère ne s'apaisera pas si je ne les châtie pas ! Je ne peux peut-être rien contre un Roi Qi, mais cela ne signifie pas que je ne puisse rien contre un simple Bao Xuan et un simple Zheng Yuan ! »

« Le Lingnan et le Mobei ne manquent-ils pas de quelques académiciens ? Qu'ils y restent jusqu'à leur dernier souffle ! »

En prononçant ces mots, les yeux du Roi Song s'emplirent de menace.

La cour impériale est pleine de dangers. Ceux qui y évoluent marchent sur une mince couche de glace, où un seul mot fait la différence entre la vie et la mort… Ce n'était pas qu'une rumeur. Les alliés du Roi Song avaient beau l'avoir « abandonné », il n'en était pas encore au point où n'importe qui pouvait le piétiner.

Un lion qui se fait discret passe pour un chat malade. Par le passé, il avait simplement été trop bon et trop généreux — d'où le nombre de ceux qui avaient osé le trahir.

Mais le Roi Song n'entendait plus le tolérer.

Chuia-chuia-chuia : il saisit son pinceau et rédigea un mémoire. Nul n'aurait pu deviner qu'en ces quelques traits de pinceau, le sort de Bao Xuan et de Zheng Yuan venait d'être scellé.

Cette fois, cependant, ni le vieux majordome ni Lu Ting ne dirent mot. Le Roi Qi lui-même n'interviendrait probablement pas. Après tout, il n'irait pas s'opposer frontalement au Roi Song pour de simples Bao Xuan et Zheng Yuan.

Tel était le monde de la politique — un monde baigné de sang !

Le carrosse cahotait !

Wang Chong ignorait ce qui s'était passé à la Résidence du Roi Song, et cela ne le préoccupait pas davantage. Assis dans le carrosse qui le ramenait chez lui, son esprit était accaparé par tout autre chose.

Il avait déjà fait tout ce qu'il pouvait pour son père. Sous peu, Yao Guang Yi mènerait son armée jusque dans le secteur relevant de celle de son père. Il comprendrait alors la situation.

Ce qu'il devait faire à présent, c'était entamer la deuxième étape de son plan.

« Une cause juste rallie les foules, une cause injuste ne rallie personne. » L'incident du Pavillon de la Grande Grue l'avait clairement montré. Malgré la force écrasante de sa petite sœur, elle avait été mise en difficulté par les nombreux experts de la Résidence Yao.

Son expérience de sa vie antérieure l'avait démontré sans ambiguïté. Sans l'insuffisance de la puissance militaire qu'il commandait, il n'aurait pas connu une défaite aussi tragique.

S'il voulait réaliser son vœu et changer le destin du clan Wang et du Grand Tang, il devait faire comme Yao Feng. Il devait bâtir sa propre influence et son propre réseau.

Seuls une grande puissance et de nombreux partisans lui permettraient de transformer cet empire déjà cerné d'innombrables périls !

Mais pour y parvenir, il lui fallait d'abord d'immenses moyens financiers — une fortune capable de rivaliser avec celle d'un royaume !

« L'argent mène le monde. » Plus un homme est capable, plus il est susceptible d'être arrogant. Sans profits suffisants à la clé, qui accepterait de servir autrui ?

Sans parler du fait qu'il n'était qu'un enfant de quinze ans !

Mais où mettre la main sur une fortune pareille ?

Assis dans le carrosse, Wang Chong fronçait profondément les sourcils.

Le clan Wang était loin d'être une famille fortunée, et aucune de ses activités n'était de nature à produire une richesse colossale. De ce côté-là, il ne pouvait absolument pas compter sur les siens.

Wang Chong ne pouvait que chercher une solution par lui-même.

« Il doit y avoir un moyen, il doit forcément y avoir un moyen… »

Wang Chong tapotait du doigt la fenêtre du carrosse tandis que les pensées défilaient dans son esprit. Il fouilla les événements de sa vie antérieure à la recherche d'une occasion de faire fortune.

Heureusement, Wang Chong possédait les souvenirs de sa vie passée. Sur ce point, il avait l'avantage sur les autres.

« J'ai trouvé ! »

Soudain, les yeux de Wang Chong s'illuminèrent :

« L'acier wootz ! Mais oui, l'acier wootz ! »

Sa morosité s'évanouit sans laisser de trace, remplacée par la joie.

L'« acier wootz » était un métal précieux parcouru de motifs en bandes. Une lame forgée dans cette matière présentait à sa surface un dessin évoquant l'eau qui coule, d'une beauté exquise. En outre, de tous les métaux, l'acier wootz était sans conteste le meilleur matériau pour forger des armes ! Rien ne pouvait rivaliser avec lui !

Dans le monde parallèle dont venait Wang Chong, on le connaissait aussi sous le nom d'« acier de Damas ».

Les armes fabriquées dans ce matériau se classaient en tête des Trois Grandes Épées, aujourd'hui encore !

Plus important encore, les réserves d'acier wootz étaient extrêmement limitées. Une fois extraites, elles disparaissaient à jamais.

À l'avenir, une véritable « épée de Damas » pourrait se vendre des millions, voire des dizaines de millions de dollars ! Et c'était une marchandise rarement mise en vente : ce n'était pas parce qu'on avait de l'argent qu'on pouvait en acheter !

Dans ce monde-ci, il en allait de même pour l'acier wootz !

Si Wang Chong se souvenait de ce métal, ce n'était pas pour sa valeur, mais pour son tranchant. Les armes en acier wootz étaient incomparablement affûtées et pouvaient déchirer sans peine les épées les plus précieuses et les plus renommées !

En matière de tranchant, les armes en acier wootz étaient absolument inégalées !

Dans le monde parallèle dont venait Wang Chong, un scientifique avait un jour mené une expérience et découvert que l'acier wootz comportait d'innombrables nanoscies invisibles à l'œil nu. Ces minuscules dentelures, réunies, expliquaient la légende de son tranchant sans égal.

Tout cavalier équipé d'une arme en acier wootz pouvait déchirer sans peine un homme et son armure, provoquant une mort particulièrement atroce !

De plus, ces minuscules dentelures rendaient les plaies faciles à élargir, causant des hémorragies massives en très peu de temps. Pis encore : il était difficile d'arrêter le sang de ces blessures.

Bien des entailles minimes devenaient fatales pour cette raison.

Tous ces facteurs conjugués, une armée équipée d'acier wootz devenait une force redoutable, de celles dont on ne parle qu'en frissonnant malgré soi.

Leurs adversaires subissaient généralement des pertes considérables !

Cependant, malgré tout le prix de l'acier wootz, Wang Chong savait qu'à l'heure actuelle il restait bon marché. Sauf erreur, on devait se situer à l'époque où le premier lot de minerai venait d'être extrait de son unique gisement, dans les montagnes d'Hyderabad.

Ce premier lot d'Hyderabad était en ce moment même acheminé par des moines sindhis aux quatre coins du monde : le califat abbasside, les Contrées de l'Ouest, le Grand Tang, le Khaganat turc, l'empire de Silla…

(NdT : Sindhu, ou Tianzhu, désignait l'« Inde ». Lorsque les Indiens vinrent en Chine pour la première fois, on les appela Sindhu, nom donné par l'empereur Wu des Han, Liu Che.)

Il faudrait encore un an pour que le nom du précieux acier wootz apparaisse, et dix ans pour qu'il fasse le tour du monde. Vingt ans s'écouleraient avant que n'apparaisse la méthode de forge la plus aboutie, la méthode Tanilakam.

Mais dans trente ans, les montagnes d'Hyderabad auraient extrait leur toute dernière parcelle de minerai d'acier wootz.

Ce serait le dernier minerai d'acier wootz d'Hyderabad — et le dernier au monde !

Telle était la situation de l'acier wootz !

Ces minerais n'étaient pas inépuisables ; ils étaient rares et limités. À cet instant, pas une seule personne au monde n'en avait conscience.

D'après les souvenirs de Wang Chong, les deux moines devaient déjà se trouver au Grand Tang, et les gens du Grand Tang se souciaient rarement des ressortissants des Contrées de l'Ouest. À ce stade, l'attention de personne ne se portait sur ces deux moines sindhis à l'allure étrange — et encore moins sur l'acier wootz qu'ils transportaient.

S'il partait à leur recherche maintenant, il pourrait bien réaliser un coup inespéré.

À cette idée, le cœur de Wang Chong se mit à battre furieusement.

Même dans un continuum spatio-temporel différent, Wang Chong savait que les armes forgées en acier wootz y étaient très recherchées par les hauts fonctionnaires et généraux d'innombrables empires, par la noblesse et les riches, ainsi que par les experts en arts martiaux.

L'élégance de l'acier wootz seyait au rang et au prestige d'un puissant dignitaire. Pour un expert en arts martiaux, elle pouvait signifier un bond considérable de sa puissance de combat.

Pour ces précieuses armes, ces gens-là étaient prêts à tout donner, quitte à se ruiner.

S'il parvenait à s'approprier tout l'acier wootz que possédaient les deux moines sindhis, les bénéfices futurs sautaient aux yeux. À cet instant, Wang Chong ne put contenir plus longtemps son excitation.

« Petite sœur, cela te dirait de m'accompagner à la recherche de quelques personnes ? »

Wang Chong se tourna brusquement vers sa petite sœur, assise à ses côtés.

« Hein, tu veux encore te balader ? »

Wang Xiao Yao écarquilla les yeux, sidérée. Elle se rappelait parfaitement la menace de leur père : leur briser les jambes s'ils traînaient encore dans les rues.

« Quoi, tu as peur ? »

Wang Chong la provoquait.

« Hmpf, moi, avoir peur ! »

La provocation est bien plus efficace qu'une invitation. Comme prévu, la petite sœur des Wang mordit à l'hameçon. Wang Chong rit sous cape et emmena ce « garde du corps gratuit » de sœur vers le quartier où se rassemblaient les étrangers des Contrées de l'Ouest.

« Conduisez-nous rue Zhuque, je vous prie ! »

Traduit par Wuxia France — soutenez leur travail en les suivant.

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