Le lendemain, Song le Quatrième demanda un congé pour aller en ville chercher des relations.
Song Chu, comme à son habitude, emmena les neuf personnes en montagne cueillir des fruits et en redescendre presser l'huile. Les trois femmes se montrèrent également plus assidues. Outre le séchage des fruits de théier, elles aidèrent aussi au pressage.
Deux jours plus tard, Song le Quatrième, par l'entremise de ses amis en ville, parvint à contacter des parents de plusieurs directeurs d'usine.
Il accourut chez Song Chu pour s'en vanter.
« Petite Sœur, j'ai fait ce que tu m'as demandé. Quand est-ce qu'on va voir ces directeurs ? »
Song Chu demanda : « Tu as contacté qui, dans les usines ? »
Song le Quatrième répondit : « L'usine textile, la sucrerie, l'usine de machines et l'usine de meubles. »
Song Chu sourit et tapa l'épaule de son quatrième frère : « Pas mal, Quatrième Frère, t'es drôlement capable. »
Song le Quatrième enfla de fierté : « Hé hé, je suis quand même ton frère, après tout. »
« Demain, je t'emmène, toi et Tang Qing, dans ces usines pour parler aux directeurs », dit Song Chu.
Song le Quatrième demanda, perplexe : « Pourquoi emmener Tang Qing ? »
Song Chu sourit : « Je t'avais pas dit que je te ferais un cadeau ? Eh bien, le voilà. »
« …… » Les yeux de Song le Quatrième s'écarquillèrent : « Pourquoi tu me le donnes, lui ? »
Il devait se farcir un cadeau aussi flippant ?
« J'ai remarqué que t'as un don pour les relations extérieures, alors je veux que tu sois responsable des échanges et des ventes à l'avenir. Tang Qing a le verbe haut, je veux qu'il te suive dorénavant », dit-elle.
« C'est le deuxième caïd du village. S'il te suit, ce sera comme ton petit frère. Ça en jetterait pas mal de l'emmener avec toi », ajouta-t-elle.
Song le Quatrième fut d'abord mécontent, mais après son explication, il trouva ça sensé : « Mais est-ce qu'il m'écoutera ? » demanda-t-il.
« S'il t'écoute pas, tu me le dis. Y a rien qu'une bonne raclée puisse pas régler », dit Song Chu avec autorité.
Song le Quatrième : « …… » Ma Petite Sœur, elle reste la meilleure.
À y repenser, c'était lui qui suivait Tang Qing avant. Maintenant, si c'était Tang Qing qui le suivait, ce serait en fait plutôt jouissif.
« Alors qu'il soit mon petit frère. »
Mais Song le Quatrième n'était pas si bête : « Mais Petite Sœur, ce cadeau, il est vraiment pas terrible. »
Song Chu lui fit signe du doigt, et il se pencha illico.
« À vrai dire, je compte ouvrir une ferme avicole au village prochainement et te recruter pour gérer les ventes extérieures. Comme ça, tu pourras non seulement devenir ouvrier, mais tu n'auras plus à bosser aux champs, et ça en imposera quand tu sortiras », dit-elle.
« Qu'est-ce que t'en penses, de cette surprise ? Ton Quatrième Frère, c'est le genre à rien foutre sans appât », pensa-t-elle.
Song le Quatrième fut enfin intéressé : « Vrai ? »
« J'ai l'air de mentir ? Mais faut d'abord que tu reprennes l'activité d'échange de l'atelier de pressage pour te faire la main, comme ça tu assurera quand la ferme avicole ouvrira », dit-elle.
Song Chu fit une pause et ajouta : « Je ferai en sorte que l'Oncle maternel aîné te donne un congé spécial. Tu n'auras pas à aller bosser aux champs ces temps-ci. »
Song le Quatrième détestait le travail des champs par-dessus tout. Il adorait courir dehors. Il fut aux anges : « C'est génial, Petite Sœur, tu me connais par cœur. »
« Mais je sais pas comment parler à ces directeurs ! » Il se gratta la tête.
Il gérait les ouvriers lambda les doigts dans le nez, mais rien qu'à l'idée de causer avec des directeurs d'usine, il avait les miques.
« C'est pas grave. Je vous y emmène une fois, et la prochaine tu auras de la bouteille », dit Song Chu. Elle fondait de gros espoirs sur son quatrième frère.
Voyant l'assurance de sa sœur, Song le Quatrième acquiesça : « D'accord. »
Le lendemain, Song Chu se leva très tôt. Elle monta en montagne couper de l'herbe à cochons, et quand les autres partirent au travail, elle était déjà de retour, portant l'herbe sur son dos.
« Song Chu, t'es levée drôlement tôt aujourd'hui ? » Les villageois croisés la saluaient en souriant.
Récemment, Song Chu saluait les gens d'elle-même dans le village. Elle n'était plus si désagréable et chiantes. En plus de la distribution d'huile, les villageois la saluaient maintenant d'eux-mêmes.
Song Chu sourit et dit : « J'vais au chef-lieu aujourd'hui causer avec les directeurs de plusieurs usines pour échanger de l'huile, alors j'ai fini mon boulot avant d'y aller. »
« T'y vas vraiment, en ville, causer avec ces directeurs ? » Les villageois restèrent bouche bée. Ils croyaient que Song Chu se la jouait avant, mais elle le faisait pour de vrai.
Song Chu sourit et dit : « Bien sûr que c'est vrai. Je dis ce que je fais. »
« Allez, vous continuez, moi j'y vais. » Elle n'en dit pas plus, de toute façon les autres ne la croiraient pas.
Effectivement, une fois Song Chu partie, les villageois se regroupèrent par petits tas.
« Vous croyez que Song Chu peut échanger des trucs avec les usines du chef-lieu ? » demanda l'un.
« J'crois pas. Les gens là-bas, ils ont besoin de tickets et de fric pour acheter. Comment ils feraient pour échanger ? » répondit un autre.
« C'est ça. Et ces directeurs d'usine, c'est pas des gens faciles à aborder. Song Chu est encore trop jeune », renchérit un troisième.
« C'est bien pour les jeunes de se prendre des murs. Comme ça, ils seront moins arrogants à l'avenir », enchaîna un quatrième.
La plupart des villageois pensaient qu'elle avait peu de chances de réussir.
Song Chu demanda un congé à Tang Min et emmena Song le Quatrième et Tang Qing au chef-lieu, après avoir emprunté deux vélos.
Arrivés au chef-lieu, Song le Quatrième demanda : « Petite Sœur, on va dans quelle usine d'abord ? »
« On va à l'usine textile pour commencer », dit Song Chu.
Song le Quatrième acquiesça : « D'accord. »
Tous trois arrivèrent devant la grille de l'usine textile. Song le Quatrième demanda d'abord au gardien d'appeler l'ouvrier qu'il connaissait.
Ce dernier les fit entrer et les mena direct au bureau du directeur de la logistique.
« Je vous fais juste la mise en relation. Je peux pas garantir que ça marchera », dit l'homme en marchant.
Song Chu sourit : « La mise en relation suffit. Merci. »
En entendant la belle et pâle Song Chu parler, l'homme rougit : « Non, non, c'est pas du dérangement. »
Y'avait en fait une si belle camarade au village, encore plus belle que la fleur de leur usine.
Arrivés devant la porte du bureau, l'homme entra le premier, puis ressortit en disant : « Vous pouvez entrer. »
Tous trois entrèrent et virent un homme d'une quarantaine d'années assis dans le bureau.
Il les regarda avec un brin d'arrogance : « Qu'est-ce que vous voulez de moi ? »
Si c'était pas son neveu qui l'avait présenté, il aurait pas reçu ces villageois.
Song Chu s'avança avec assurance et sourit : « Directeur Li, bonjour. Je suis Song Chu du village de Xiaba. Je suis venue aujourd'hui principalement pour offrir des avantages à votre usine. »
Voyant l'air clair et beau de Song Chu, son allure vive et confiante, le directeur Li eut une plutôt bonne première impression d'elle.
Mais en entendant ce qu'elle disait, il ne put s'empêcher de pouffer : « Offrir des avantages ? Juste vous trois ? »
Song Chu sortit un seau de deux jin d'huile de son panier et le lui tendit : « Directeur Li, qu'est-ce que vous en pensez, de cette huile ? »
Le directeur Li prit l'huile, l'ouvrit et en huma l'arôme : « C'est de l'huile de thé ? »
Il avait déjà été en déplacement dans une région où l'huile de thé servait d'huile de cuisine principale, mais c'était la première fois qu'il en voyait ici.
Song Chu sourit : « Directeur Li, vous connaissez vraiment votre métier. C'est de l'huile de thé de première qualité. »
Flatté dans ses connaissances, le directeur Li afficha un sourire : « Qu'est-ce que cette huile a à voir avec des avantages ? »
« Directeur Li, c'est pas dur pour les gens en ville d'acheter de l'huile, maintenant ? » demanda-t-elle.
« C'est un peu tendu », admit le directeur Li. Bien qu'il soit cadre, la dotation en huile de sa famille suffisait pas avec les seuls tickets de rationnement. Parfois il devait acheter au marché noir, mais y'en avait pas tous les mois.