Nous avons réussi à passer la matinée sans incident notable.
En y repensant, ils foiraient d'habitude quand des monstres apparaissaient. Nous nous contentions de nous reposer normalement, donc il n'y avait rien à foirer pour eux. Ils avaient semblé être avertis quelques fois pendant leurs tours de garde, mais ce n'était rien de grave non plus.
« Bon, nous devons arriver à destination aujourd'hui, alors partons un peu plus tôt. » « Compris. »
J'expliquai le programme du jour pendant que je mangeais la nourriture que Finia avait préparée. Nourris de bons plats, ils écoutèrent nos paroles correctement. Le seul problème, c'était qu'en matière de combat, ils oubliaient tout.
Une fois notre campement nettoyé, nous nous mîmes en route direct vers notre destination. Les pommes de terre Ligus que nous cherchions avaient une zone de pousse déterminée, donc nous pouvions estimer la distance et l'heure d'arrivée avec une bonne précision.
Il n'y avait pas vraiment de route properment dite menant à cet endroit, mais comme des gens s'y rendaient périodiquement pour les ramasser, un petit sentier semblables à des pistes animales s'était tout de même formé.
Cependant, ils étaient à peine utilisés, donc à présent ils étaient recouverts de fourrés épais. Nous avancâmes en utilisant des natas pour nous frayer un chemin à travers eux. Avec ça, les trois comprirent enfin pourquoi je leur avais dit d'apporter des natas la veille.
« Sacré bordel. J'ai jamais vu des fourrés aussi épais. » « Y'avait rien d'pareil dans notre village de pêcheurs. » « Mon bras va devenir engourdi. »
Ils continuèrent à débroussailler tout en ayant l'air à la fois impressionnés et exaspérés. C'était censé être leur leçon, donc Michelle et les autres se contentaient de les observer. Elles restaient sur leurs gardes, mais elles étaient bien plus détendues que d'habitude.
« C'est quand même bien pratique d'avoir quelqu'un pour couper les fourrés à ta place. » « Michelle, t'as jamais fait ça de ta vie. C'est moi qui l'ai fait la plupart du temps. »
Cloud répondit à la remarque insouciante de Michelle.
Il n'avait pas tort, ceci dit. Michelle, en tant que spécialiste de l'arrière-garde, ne serait jamais chargée de prendre la tête et de couper les buissons. Cloud, qui avait pour mission de rester au front et d'arrêter l'ennemi, se voyait souvent confier cette tâche, lui.
En ce sens, moi aussi je devrais souvent m'en charger, étant éclaireuse et tout, mais dans mon cas, il y avait le problème de mon endurance, donc je ne pouvais pas remplir ce devoir.
D'ailleurs, Raum avait des forêts denses, donc les fourrés étaient aussi assez coriaces. Il me manquait à la fois de l'endurance et de la force, donc je n'aurais pas été aussi efficace que Cloud de toute façon.
« T'es costaud, alors ça va, non, Cloud ? » « Avoir quelqu'un capable de faire le boulot physique avec nous, c'est rassurant. » « Pas toi aussi, Finia… »
Cloud baissa les épaules. Le trio, de son côté, continua silencieusement à tailler sa route à travers les fourrés sans se plaindre. Au fur et à mesure que nous avancions, la vue devant nous se dégagea soudainement alors que midi approchait.
Il y avait des lierres d'une couleur différente des fourrés qui poussaient drus, et il n'y avait pas de grands arbres aux alentours non plus. Les lierres avaient de larges feuilles, ce qui rendait évident qu'il s'agissait d'un type de plante complètement différent.
« Nous sommes arrivés. Les pommes de terre Ligus devraient pousser par ici. » « Enfin. » « Je suis claqué… »
Les trois s'effondrèrent par terre. Mais le dur labeur ne faisait que commencer.
La Ligus était une sorte de pomme de terre de montagne et avait ses racines qui s'enfonçaient profondément sous terre. C'était un légume-racine dont la plupart des racines se transformaient en pommes de terre. En d'autres termes, elles devaient les déterrer depuis cette profondeur à partir de maintenant.
Nous sortîmes les pelles du sac et nous préparâmes. Cette fois, nous avions pris des pelles pliantes, donc si on emboîtait le manche, il pouvait s'allonger à environ un mètre. Sa solidité était un peu limite, mais comme c'était facile à transporter, c'était idéal pour des commissions comme celle-ci où il fallait creuser un sol meuble.
« Allez, bougez-vous, il va faire nuit si vous continuez à vous reposer ! Allez déterrer les patates. » « Allez ! Laissez-nous souffler, grande sœur, voulez-vous ?! » « Qui tu appelles grande sœur. Vous avez de grands corps mais vous manquez d'entraînement. » « C'est toi qui devrais parler ? »
Je m'assis sur la chaise pliante portable sur laquelle était lancé Vol, et fis traîner Cloud. En d'autres termes, je fus portée ici en restant assise.
« Si vous vous mettez à râler, est-ce que je sors le bâton de punition ? » « Pardoooon !! » « Bon, bon. Comme vous le voyez, les muscles qu'on utilise dans les combats quotidiens et les muscles pour les activités en plein air sont complètement différents. Je suppose que le simple fait d'avoir réalisé ça est déjà un bon gain. » « Daccooord… »
Les faire travailler alors qu'elles étaient complètement épuisées n'aurait fait qu'augmenter les chances qu'elles s'effondrent en plein déterrage de pommes de terre.
Il fallait ne pas les pousser et les laisser se reposer.
« Pas le choix. Faisons une courte pause ici, et tant qu'à faire, mangeons. » « Yeah ! » « C'est pas l'moment de s'emballer comme ça. Reposez-vous seulement ! » « Hein, on peut juste dormir ? » « Vous ne récupérerez pas vite avec ça seul. Il vous faut un massage. » « Je sais pas comment m'y prendre. » « Pas le choix… »
Finia devait préparer le repas, donc nous devions nous occuper d'elles à nous trois seulement.
« D'abord, il faut détendre le centre de votre corps avant de travailler sur vos membres. En partant de chaque côté de votre colonne vertébrale et de vos omoplates. »
Je donnai des instructions aux trois, ainsi qu'à Cloud et Michelle. Ces deux-là ne savaient pas doser leur massage, donc je dus les surveiller.
Grâce à ça, elles se mirent à laisser échapper des voix extatiques.
« A-Ahhh, c'est là ! » « Arrêtez vos gémissements flippants. » « J'peux pas m'en empêcher. C'est impossible de retenir ma voix. » « Bon sang… »
Finia retenait un rire en nous regardant.
« On dirait qu'elles apprécient. Puis-je demander un massage aussi plus tard, Mademoiselle Nicole ? » « Hein ? Je le ferai avec plaisir. Je te ferai gémir de plaisir, guéhéhé. » « Peut-être que je vais reconsidérer… » « Pas la peine de te retenir ! » « Aïe aïe aïe aïe ! »
Finia se mit à transpirer en entendant mon cri bourré d'intentions cachées. Bon sang, j'ai vraiment pas montré mes bons côtés à Finia du tout. Comme elle connaît mon vrai moi, ça finit toujours par tourner en situation pathétique.
On dirait que j'ai serré plus fort dans ma prise en hurlant, Sebastian que je massais a hurlé de douleur. Bref, malgré quelques erreurs en cours de route, elles ont quand même appris à prendre soin de leur corps comme ça.
….J'espère qu'elles l'ont fait.