« Bon, la pause est finie. Au travail, on creuse. »
« Kaaay. »
À mon ordre, non seulement les trois, mais même Cloud répondit mollement. C'était parce que le repas de Finia qu'on avait mangé après le massage était trop bon.
Elle avait utilisé les verts et les légumes-racines, et les fruits, qu'on avait ramassés en route, ainsi que du jerky séché, pour faire une soupe nourrissante. C'était un plat simple qui satisferait même des gens autres que Cloud.
Elle avait enchaîné avec du pain grillé au fromage fondu, de quoi donner envie de prolonger par une sieste digestive. Cela dit, on ne pouvait pas abandonner cette commission non plus.
Je pris ma pelle pliante et commençai à creuser lentement autour des racines de lierre. Mais Sébastien et les deux autres étaient différents.
« Bon, on y va ! »
Ils plantèrent leurs pelles violemment et essayèrent de creuser à la force des bras.
« Espèces d'idiots ! »
Si elles font ça avec tant de force, les pommes de terre vont juste se casser. Si elles sont abîmées, la rémunération de la commission sera réduite. Pour leur apprendre ça, j'utilisai le bâton éducatif habituel pour leur taper sur la tête.
« Aïe ! Grande sœur, c'était quoi ça ! » « Qu'est-ce que tu veux dire "quoi" ! Vous allez abîmer les pommes de terre ! » « Ah, ça m'était sorti de la tête. » « Remets-le-y ! »
Après tout ce temps, je commençais à avoir le tableau complet.
Ces types oubliaient tout ce qu'on leur disait dès qu'un ennemi apparaissait. Et ils se mettaient à bêcher violemment pour déterrer les pommes de terre. Ces deux choses venaient du même défaut unique. En d'autres termes…
« Manque d'imagination et de contrôle de vos émotions. En d'autres termes, vous ne savez pas vous retenir. » « Hein ? » « Vous agissez sans réfléchir aux conséquences de vos actes. Agir par impulsion vient aussi de là. » « Grande sœur, je comprends pas ton explication compliquée. » « En résumé, vous n'avez absolument pas le concept de réfléchir avant d'agir ! » « Tu dis qu'on ne réfléchit pas ? » « Haha, t'as pas tort ! » « Arrête de t'en vanter ! »
Je les tapai une fois de plus pour les faire taire. Ce genre de personnes ne réfléchit que quand elles ont mal. Ou plutôt, elles réfléchissent mais n'en tirent pas de leçon. Pour corriger ça, elles doivent vivre le danger, mais c'est difficile d'ajuster le dosage.
Elles doivent apprendre le risque de la mort, mais si on en fait trop, elles pourraient vraiment mourir.
« Qu'est-ce qu'on fait, je me demande ? »
Je me creusai la tête sur leurs méthodes d'éducation, pendant que Michelle et Cloud semblaient s'amuser. Ils étaient censés être chargés de donner les instructions, mais avant que je m'en rende compte, c'est moi qui se mettait à y réfléchir à leur place.
Cette part de moi qui fourre son nez partout a toujours mené à des bourdes dans ma vie précédente.
« Qu'est-ce qu'il y a, Nicole ? » « Tu as l'air de t'amuser, Michelle. » « Ouip. Ça fait du bien d'aventurer avec d'autres gens. » « Tu as fait "Pyaa !" au début, quand même. » « M-maintenant que je les connais, ils font pas si peur que ça ! » « Donc ils te faisaient peur avant. » « Ouip. »
La voir hocher la tête sérieusement porta apparemment un coup dur au trio. Les gars, vous pensiez vraiment pas faire peur habillés comme ça ?
« Bref, ils perdent trop de temps à creuser des pommes de terre Ligus sans savoir comment faire, alors finissons-en vite. » « Kaay. »
On continua la récolte pendant environ une heure après ça. On forma des paires avec les trois, et on s'attaqua aux racines des deux côtés.
Au bout d'une heure, le plant que creusait le duo de Finia dévoila enfin les pommes de terre. Comme on était en binômes, une personne restait en trop. Pendant ce temps, je demandai à Michelle de rester en observation des environs.
Quant à pourquoi elle avait été exclue des binômes, c'était parce qu'elle était trop distrayante pour les yeux. Chaque fois qu'elle mettait les mains en avant et bougeait la pelle rythmiquement, quelque chose qui était coincé entre les deux rebondissait aussi. Je ne permettrais jamais à un homme de regarder ça depuis l'autre côté.
Ensuite, le côté de Cloud puis le mien atteignirent aussi les pommes de terre. Trois plants en tout, ça faisait un peu peu. Idéalement, j'en voulais trois de plus.
« Faisons une pause et déterrons un plant de plus chacun. Avec ça, le client n'aura rien à redire. » « La commission dit juste de les apporter, alors un seul suffirait, non ? » « C'est la condition minimum. Si tu comptes vivre en Aventurier, il faut satisfaire tes clients pour qu'ils se souviennent de toi, en en apportant un en plus. » « C'est comme ça que ça marche ? » « C'est comme ça. »
Quand même, creuser délicatement pendant une heure, ça fatigue pas mal. Il fallait une petite pause, sinon on allait être épuisés. On n'était pas des experts de la pomme de terre, après tout.
« Michelle, désolée mais tu peux faire du thé ? Finia, crée un peu d'eau pour qu'on se lave les mains. » « Compris. » « C'est bon ! »
Michelle était de garde, donc ses mains n'étaient pas sales. Elle était quand même Aventurière, donc elle savait au moins faire du thé en pleine nature. Et la magie élémentaire de Finia pouvait servir pour ça aussi.
« Hum… ? » « Qu'est-ce qu'il y a ? » « Finia, tu peux utiliser le sort Tunnel, non ? » « Oui, je peux. » « Alors ce serait plus rapide si tu creusais autour de la pomme de terre avec ce sort et qu'on gratte la terre restante sur le côté, non ? » « Ah, c'est vrai. Je vais essayer. » « Ah, attends, on est en pause. On fera plus tard. » « D'accord. »
Honnêtement, ces trois n'étaient pas magiciens donc ils ne pouvaient pas reproduire cette méthode. Ça ne leur apprendra peut-être pas grand-chose, mais au moins ça leur apprendra à « utiliser tout ce qu'on a à disposition ».
Il faut utiliser sa tête pour se faciliter la vie. Comme ça, on fit une petite pause puis on reprit le creusement. Et la magie de Finia s'avéra d'une aide énorme même pour ça.
Au final, on accéléra le rythme et on finit par déterrer dix pommes de terre entières.
On utilisa ensuite des brindilles comme supports pour qu'elles ne s'abîment pas et on les mit dans le sac. Mais alors, quelque chose apparut dans le champ de ma capacité de détection.