Nous voulions qu'ils nous attaquent intentionnellement pour prouver qu'ils étaient des voleurs.
C'est pourquoi Finia et moi avons endossé ce rôle approximatif et les avons abordés.
L'homme assis là n'était pas le même qu'en journée, et celui qui s'en approchait était l'individu d'avant.
Il semblait qu'ils inspectaient les voyageurs qui allaient et venaient, par roulement.
« Ah, merci le ciel ! Y a du monde, grande sœur Finia ! » « Hein ? Grande sœur...!? Ah, c'est ça, c'est super, Nicole. »
Finia joua le jeu de mon improvisation soudaine. Mais pourquoi se pinçait-elle le nez, là ?
Quoi qu'il en soit, j'ai joué l'innocence et l'âge le plus naturellement possible.
J'anticipais que le jeu ferait baisser la garde des hommes plus efficacement. Ce n'était définitivement pas ma vraie nature. Je le nie de toutes mes forces.
« Bonsoir, les demoiselles. » « Bonsoir. Merci le ciel, y avait du monde. C'était flippant de marcher seule en pleine nuit. » « Ouais, les rues la nuit, c'est flippant. On dirait qu'un Mort-vivant va pointer le bout de son nez à tout moment. »
L'homme joua le jeu de mon attitude non sur le qui-vive.
Sous la nuit lunaire, nos silhouettes se dévoilèrent, exposées à la lumière des torches. J'avais mes vêtements de voyage habituels et un katana à la ceinture, ainsi que ma carte d'aventurière rouge, ostentatoirement affichée, pendante à mon cou.
Finia avait aussi son épée longue à la taille, mais sa carte d'aventurière était également visible.
De quoi faire supposer aux hommes que nous étions des aventurières débutantes qui avaient mal géré leur allure et traînassent en pleine nuit.
Mes cheveux d'argent reflétaient une lueur rouge sous la lumière des torches, et mon joli visage, que je devais à Maria, se découvrit. La silhouette menue de Finia, en tant qu'elfe, dut aussi être visible.
Comme prévu, les deux hommes nous détaillèrent d'un air appréciateur. Leurs regards firent frémir légèrement Finia.
« Oh, c'est la nuit, c'est normal que vous soyez sur vos gardes. Regardez, on n'a pas d'armes convenables sur nous. »
Les hommes semblèrent sentir sa tension et l'un d'eux écarta les mains pour clamer son innocence.
Il avait une dague à la ceinture, mais c'est normal pour un voyageur, ou plutôt, il était trop légèrement équipé.
J'échangeai un regard avec Finia et acquiesçai.
C'était à la fois pour confirmer leurs armes et pour leur faire croire que nous laissions tomber notre garde.
« Heu... On s'est trompé d'allure dans la journée et la nuit est tombée. Raum est encore loin ? »
Finia demanda hésitante aux hommes. Naturellement, nous jouions juste le rôle d'aventurières égarées.
À l'entendre, les hommes pouffèrent. Ils pensaient sans aucun doute avoir trouvé une « bonne cible ».
« C'est à une certaine distance. Il y a une cabane de repos à proximité, vous pouvez aller vous y reposer. » « Vraiment ? Ce serait super. »
Il n'y avait rien qui ressemblait à une cabane là où il pointait. C'était probablement leur repaire de ce côté.
Un homme grimaça et s'approcha de Finia, puis posa une main sur son épaule. Il la poussa dans la forêt pratiquement de force et la jeta au sol une fois hors de la grand route.
« Kyaa!? » « C'était mal. Les jeunes filles ne devraient pas marcher seules sur une route de nuit. »
J'ai tenté de me ruer vers elle, mais un autre homme m'attrapa la main.
« Eh oh, la demoiselle, ça te dit de jouer avec moi ? T'as l'air un peu petite, mais t'es quand même de la marchandise de choix. » « Elle vaudrait probablement encore plus cher, en fait. Ce serait mal de leur mettre la main dessus. » « Allez, on dira juste au chef qu'elles étaient « déjà utilisées ». »
Sur ces mots, il tendit la main gauche vers ma poitrine. Il ne le fit pas de la droite parce qu'il la tenait prête à dégainer sa dague au besoin. Il était apparemment assez rationnel pour ça.
Quoi qu'il en soit, il était déjà certain qu'ils n'étaient pas des gens bien. De plus, d'après le terme « chef », on comprit qu'ils avaient d'autres complices.
Il n'y avait plus aucune raison de se retenir.
Je levai ma jambe droite et, en même temps, sautai en m'élançant sur la gauche pour m'accrocher au bras de l'homme.
J'enfonçai alors mon pied gauche relevé dans son visage par-dessus son épaule et, utilisant la rotation de mon corps et mon poids, l'abattis au sol.
Normalement, mon poids est assez léger pour être contenu d'un bras, mais du fait de m'être jetée sur lui si soudainement, l'homme ne put faire autrement que de tomber.
Et comme je tordis mon corps, son bras se tordit aussi, et il s'écrasa au sol.
« Gyaaaaaaaaaaaaa!? »
Au moment où il heurta le sol, je sentis une sensation de craquement, de déchirement. C'était similaire à la sensation d'une dislocation et de ligaments arrachés. Son bras droit était très probablement inutilisable.
« Qua!? Salope ! »
Tandis que je neutralisais l'un d'eux, l'autre, qui était assis sur Finia, se releva. Mais Finia n'était pas assez bonne poire pour laisser passer une telle ouverture.
Puisqu'il se relevait, cela signifiait qu'il exposait son point vital. Et elle ne le manqua pas.
« Yah ! » « Graah!? »
Avec un petit cri mignon qui ne collait pas à la dangerosité de la situation, elle lança sa jambe vers le haut. Elle atteignit sa cible et frappa l'entrejambe de l'homme.
Celui-ci s'effondra vers l'avant mais garda conscience. Je me relevai prestement pendant ce temps et fonçai porter secours à Finia. En chemin, je donnai aussi un coup de pied au visage de l'homme encore conscient au bras brisé.
« Gaph ! »
Avec un cri pareil à un aboiement de chien, il s'évanouit sur place. Il avait probablement franchi le seuil de la douleur.
Puis je me ruai sur l'homme qui s'était effondré en position recroquevillée et lui assénai un dernier coup de pied dans l'entrejambe de toutes mes forces.
« Kehyu ! »
Avec un bruit bizarre, l'homme lâcha enfin conscience. La façon dont il moussait de la bouche faisait plutôt pitié.
« Ouah... J'en suis arrivée au point de pouvoir faire une chose aussi cruelle, hein... »
Je marmonnai en regardant l'état lamentable de l'homme. Je n'avais pas eu recours à de tels moyens dans ma vie précédente, mais de nos jours j'en venais à le faire par efficacité. C'était une attaque que je n'aurais pas pu faire quand j'étais un homme.
Au bout d'un moment, Léon et les autres arrivèrent en courant, ayant perçu les signes de combat.
Deux hommes gisaient sans force à nos pieds.
Grâce à ça, nous parvînmes à sécuriser des cibles pour l'interrogatoire.