Maxwell et moi rentrâmes à Raum, et il se rendit immédiatement chez Cortina. Nous allions diviser l'Élixir en six parts pour le donner à chacun des Six Héros. Pour cela, je devais bidouiller un peu.
Autrement dit, il me fallait un récipient que je puisse sceller hermétiquement et ouvrir à volonté. « Tu as un truc aussi pratique qui traîne ? » « Pas tel quel, mais après avoir vu maître Aste, j'ai une idée. » « Ce qui veut dire ? » « On n'a qu'à fabriquer ce qu'on n'a pas. » « Hmm ? »
Et c'est ainsi que je me mis à sceller le fragment d'Élixir dans mon Talisman, suivant les instructions de Maxwell. Naturellement, je ne pouvais pas en faire un sur le champ, alors je restai au manoir de Maxwell pour continuer le travail.
Pendant ce temps, Maxwell alla voir le reste de nos camarades pour leur expliquer la situation.
Pendant son absence, je travaillais le Talisman.
Je coupai d'abord la moitié supérieure, et commençai à creuser l'intérieur de la moitié inférieure. L'oscillation de la dague fut d'une utilité redoutable pour ça.
Comme je l'avais bisectée en deux, il me fallait attacher un fil pour les maintenir en place, mais je bénis le fait que la dague tranche la croc coriace d'un Loup à Croc comme du beurre.
Tout en supportant les vibrations qui remontaient à mes poignets, je creusai soigneusement l'intérieur avec la pointe.
Je n'avais qu'à y loger un fragment, pas besoin de faire un grand trou. Ensuite, je fis en sorte que les deux moitiés ne se détachent pas et puissent se refermer hermétiquement.
« Reste qu'à ce rythme, ça s'ouvrirait trop facilement. Je me demande s'il n'y a pas un autre moyen. »
J'étais un vanguard, je bougeais beaucoup. Si ça se détachait par inadvertance et laissait l'odeur s'échapper, ceux qui étaient au courant pourraient le deviner.
Pour ça, il me fallait une méthode qui maintienne le tout solidement fermé pour qu'aucun décrochage ne soit possible.
« Cela dit, ce serait aussi embêtant si le mien était le seul à se démarquer… Je ne peux pas faire quelque chose avec la magie ? »
Je ne pouvais utiliser que la magie du système d'Interférence. J'en maîtrisais déjà des sorts de rang intermédiaire, mais pour ce qui est de sorts pour fixer des choses en place… C'est là que je me souvins soudain d'un sort.
C'était celui que Maxwell avait utilisé quand on avait infiltré le manoir du marchand d'esclaves dans l'Union Geeze.
« Je crois… que ça s'appelait Verrou Dur ? »
Le sort Verrou Dur, contrairement à un simple Verrou, était un sort du système d'Interférence qui ne se contentait pas de verrouiller, mais solidarisait la porte et le mur et renforçait même la structure matérielle.
C'était un sort qui tripotait la structure, donc il y avait des façons de le détourner.
Cependant, il n'agissait que sur la partie ouvrante, donc son influence ne s'étendait pas aux murs alentours. Du coup, se débarrasser du mur d'à côté comme cette fois-là était une méthode courante pour le contourner.
Cela dit, je ne faisais que sceller le talisman cette fois, donc ce point ne m'inquiétait pas.
« Je crois que je l'ai appris moi aussi. Comment c'était déjà… »
Je déterrai la formule magique que j'utilisais à peine du fond de ma mémoire et commençai à la psalmodier.
Avec le sort Verrou Dur, une fois verrouillé, l'effet restait permanent jusqu'à ce que le lanceur le lève, donc il ne coûtait rien en puissance magique pour le maintenir.
On pouvait dire que c'était le sort idéal pour mon objectif actuel.
Je mis le fragment dans la partie évidée, remis le couvercle, et activai le sort. Une fois confirmé qu'ils étaient soudés, je testai si je pouvais l'ouvrir, mais ça ne broncha pas même de toute ma force.
J'aurais dû vérifier aussi si lodeur fuyait ou pas, mais la pièce en était déjà saturée, donc impossible de juger maintenant.
Je quittai le salon de Maxwell où je travaillais et me rendis dans un endroit où l'odeur n'était plus présente.
En chemin, juste au moment où je passais devant l'entrée, un homme suspect entra dans le manoir.
« Woah ? » « Quoi "woah" ? Je savais pas que t'étais là, mademoiselle. » « Ah, c'est toi, Mateus. J'espérais que t'étais mort. » « Pourquoi t'es aussi sans-cœur d'un coup !? »
Bien sûr que je le suis, on s'est déjà tapé un duel à mort. Ça ne compte même pas comme de la maltraitance.
Cela dit, je devrais plutôt être content qu'il ne soit pas arrivé pendant que je travaillais.
« Ceci dit, c'est quoi cette odeur. Ça pue l'herbe. » « Tu cherches la bagarre avec Maria si elle entend ça. » « Iih !? »
On pourrait dire que c'est l'odeur de la sève condensée de l'Arbre-Monde. C'est une odeur végétale assez prononcée, mais je dirais pas que ça pue.
Plutôt, on pourrait appeler ça un parfum exquis dont l'odeur est à un pas de devenir incommodante.
Si Maria, qui était croyante de l'Arbre-Monde, avait entendu sa remarque d'à l'instant, elle l'aurait probablement « soigné » avec gentillesse.
En tout cas, son timing était bon.
« Au fait, Mateus. J'ai une odeur ? » « Ouais, t'as toujours l'odeur de l'immaturité. » « T'es mort. »
Juste au moment où je sortais ma dague, Mateus fit un saut en arrière et leva les mains. Si c'est pour faire aussi peureux, faut pas se moquer de moi dès le départ.
« Bref, réponds sérieusement. Le manoir pue trop, je peux pas me sentir moi-même. » « Beurk, t'as raison. »
Comme j'avais le fragment dehors jusqu'à tout à l'heure, tout le manoir était plein de l'Élixir.
Du coup je passai par l'entrée et demandai à Mateus de confirmer encore une fois.
On s'habitue aux odeurs étonnamment vite, donc mon nez ne pouvait plus discerner les différences subtiles.
« Hmm ? Ben, t'as une odeur d'herbe, mais c'est pas trop fort, je dirais ? » « Et comme ça ? »
Je tendis le Talisman avec le fragment dedans sous son nez. Il le renifla et secoua à nouveau la tête.
« Je sens rien de particulier dedans ? » « Ok, c'est une réussite ! »
Mateus était un assassin, donc ses sens étaient extrêmement aiguisés. S'il n'y trouvait rien à redire, le scellement semblait réussi.
En prime, les commères du quartier qui avaient vu la scène se mirent à répandre la rumeur que « Mateus draguait une jeune fille devant la maison de Maxwell », mais ça n'avait rien à voir avec moi.
Ou bien, je suppose que si…