Sur ce, les aventuriers disposèrent autant de pièges qu'ils le purent sur les ordres de Cortina. Même s'ils étaient menés par un Lord, ils n'en restaient pas moins des Gobelins, au bout du compte ; aussi leur force avait-elle augmenté, mais pas leur intellect.
Le Lord en lui-même était une chose, mais contre le reste des Gobelins qui faisaient office de ses extrémités, ces pièges devaient se montrer hautement efficaces.
De surcroît, Cortina forma des groupes d'aventuriers et les dirigea vers les points de défense respectifs.
Puisqu'il y avait une rivière au nord de la ville, la route de marche de l'ennemi se trouvait réduite dans une certaine mesure. Ils allaient les prendre en embuscade en divers endroits, poser des pièges et réduire leurs effectifs au maximum, pour finalement trancher le combat sur les remparts de la ville.
Telle était la stratégie de Cortina.
« Franchement, ne pas avoir de parade, ça ne lui ressemble pas… Et où est passé Maxwell, au fait. »
Je marmonnai pour moi-même en vérifiant que personne ne faisait attention à moi. Cela faisait trois jours depuis lors, mais Maxwell n'était toujours pas rentré.
La Guilde des Aventuriers avait tenté de le joindre à plusieurs reprises, mais il n'avait toujours pas réussi à revenir.
Moi aussi, j'avais été évacuée à l'Académie de Magie avec Finia, mais je me suis déguisée et j'ai filé quand l'occasion s'est présentée pour aller voir la situation sur le front.
Comme Cortina avait prédit qu'ils pourraient arriver dans trois jours au plus tôt, ils pouvaient débouler à tout moment.
Je ne pouvais évidemment pas retourner la situation du combat à moi toute seule, mais puisque Cortina descendait sur le champ de bataille, je voulais être à ses côtés moi aussi.
J'avais Cortina, et mes amis que je voulais protéger vivaient dans cette ville. Il m'était impossible de simplement rester tranquille à regarder de loin.
Les éclaireurs survolaient fréquemment le secteur et avaient une connaissance précise de l'endroit où se trouvaient actuellement les Gobelins, aussi les gens pouvaient-ils se concentrer sur le travail avec une certaine sérénité. Cependant, l'anxiété de l'attente avant l'attaque était bel et bien là, si bien que la fatigue s'accumulait plus vite que d'ordinaire.
Si cela durait trop longtemps, les aventuriers risquaient de craquer mentalement les premiers.
Le quatrième jour après que de telles appréhensions eurent pris racine, le rapport vint du front qu'ils avaient rencontré les Gobelins.
« Message ! Le groupe œuvrant en première ligne a rencontré les Gobelins, livré un combat et battu en retraite. »
Le message parvint dans la salle de la Guilde des Aventuriers. J'étais aussi sur place déguisée, aussi pus-je l'entendre.
« Et les dégâts ? » « Le guerrier de l'avant-garde a reçu quelques égratignures légères. Il a déjà été soigné avec des potions. » « Je vois. Chaque homme compte à présent, alors transmets-leur d'éviter les blessures autant que possible. La forêt n'est pas l'endroit où nous trancherons le combat. » « Compris ! »
Le combat décisif que Cortina envisageait se situait sur la ligne de défense qui utilisait les remparts, et l'élimination du petit nombre qui parviendrait à percer.
Pour cette raison, elle avait besoin qu'il y ait le plus de combattants possible. Ce serait mauvais s'ils se blessaient durant l'escarmouche comme ça.
Le messager repartit en courant, et les aventuriers qui étaient revenus pour une pause le suivirent également. Je les suivis à mon tour dans mon déguisement.
Avant que nous n'atteignions le champ de bataille, une nouvelle information nous parvint des éclaireurs.
Cette information incluait la nouvelle que les effectifs ennemis avaient gonflé jusqu'à quatre cents. Cette formidable capacité de reproduction était la partie la plus effrayante d'un Lord.
« Merdouille, ils pondent des gosses à la chaîne. Filez un peu de cette santé à Maria, voulez-vous. »
Si Maria, qui était totalement épuisée après avoir mis Fina au monde, avait entendu ça, elle serait sûrement devenue jalouse.
En courant vers la forêt, je tirai une lance de mon dos. Il y avait un pigeon familier dans le ciel. C'était probablement le familier que Cortina avait dépêché pour la surveillance.
Puisqu'elle surveillait la situation du combat, je ne pouvais pas utiliser mes fils. Et je ne pouvais pas non plus utiliser une arme inhabituelle comme un katana. Parce qu'il n'y avait probablement que moi dans toute la ville de Raum qui utilise une arme aussi voyante.
Mais Cortina ne connaissait pas cette lance.
Cette lance forgée par le Dieu de la Destruction était d'une solidité telle qu'elle pouvait être considérée comme une arme à part entière.
« Là ! Ce sont des éclaireurs Gobelins ! »
Un guerrier courant devant moi avait perçu le tumulte devant nous. Là, je vis deux groupes d'aventuriers engagés dans un combat contre un groupe de Gobelins.
Il y en avait une trentaine, donc dix contre trente.
« Allons-y ! Gagnons des points auprès de ces types qui mettent tant de temps à régler quelques Gobelins ! » « Ouais ! »
Il interpella le groupe qui suivait et remonta leur moral. Si c'avait été une recrue, sa tête aurait été remplie par le souci de sa propre personne et il n'aurait pas pu songer aux autres comme ça.
Ainsi, dix aventuriers de plus se ruèrent dans la bataille. Les Gobelins, pris par surprise, stoppèrent un instant leurs mouvements, stupéfaits.
Les aventuriers moissonnèrent leurs têtes comme du blé.
Cependant, les Gobelins ne moururent pas juste comme ça. Ceux qui avaient manifestement des blessures mortelles continuaient de brandir leurs épées rouillées sans tomber.
L'un des aventuriers fut saisi par leur ténacité et s'immobilisa. L'autre Gobelin profita de l'ouverture pour l'attaquer sur le flank. Je poussai ma lance vers ce Gobelin et l'enfonçai profondément dans le bas de son dos.
C'était une estocade qui portait toute la vigueur de ma ruée. Elle avait assez de puissance pour briser l'os de la hanche du Gobelin.
Le Gobelin fit un saut périlleux en s'effondrant. Puis, il tenta de se relever… Mais retomba une fois encore.
Ténaces soient-ils, les os sont l'origine de tous les mouvements. Si vous brisez ces os, ils ne pourront plus bouger correctement.
« L'ennemi est tenace, ne le combattez pas normalement ! Tranchez-leur la tête, et si vous ne pouvez pas, brisez-leur la colonne vertébrale. Cassez-leur les jambes et tranchez-leur les bras ! Rendez-les physiquement incapables de combattre ! »
Voyant mon résultat, un autre aventurier éleva la voix.
Normalement, vous tailladiez leur poitrine ou perciez leur abdomen et ils étaient aisément neutralisés. Cependant, ces Gobelins servaient un Lord et avaient une grande résistance à la douleur.
Contre des gobelins à moitié transformés en berserkers, taillader leur poitrine ou leur abdomen pour leur ôter leur capacité de combat serait quasi impossible.
Par conséquent, il valait mieux viser leurs membres ou leur colonne vertébrale.
S'ils perdaient leurs bras, ils ne pourraient plus saisir leurs épées. Et s'ils perdaient leurs jambes, ils ne pourraient plus se tenir debout. Il était important de rogner la mobilité ennemie de la sorte.
Les Gobelins, qui avaient déjà bien du mal à tenir contre dix aventuriers, se mirent à fuir sentant le désavantage quand ils virent dix aventuriers de plus rejoindre la bataille.
Ce n'était pas non plus une action qu'on attendrait de Gobelins normaux. Ils avaient un intellect bas, donc ils se battaient à mort, ou perdaient leur chance de fuite après avoir perdu de vue leur environnement.
Ces actions étaient rendues possibles parce qu'ils étaient commandés par un Lord.
Les aventuriers parvinrent à neutraliser près de vingt Gobelins déjà, aussi le combat commençait-il à tourner.
Les quelques aventuriers qui tentèrent de poursuivre les Gobelins en fuite furent stoppés par l'aventurier qui nous avait menés.
« Attendez, ce n'est encore qu'une escarmouche. C'est déjà bien qu'on ait réussi à en abattre vingt sans dégâts de notre côté. » « Quand même, ça nous faciliterait la vie si on réglait les fuyards ici ? »
L'un des aventuriers sur le point de les poursuivre objecta avec mécontentement. L'homme l'écarta aisément et entama son explication.
« Ce n'est que dix Gobelins. Il en resterait encore trois cent quatre-vingt-dix, tu sais ? » « Beuh, bon… » « Si vous les suivez et vous faites tuer, ça nous nuira encore plus. Je vous demande de vous maîtriser. » « Tch, bon. »
Entendant le nombre d'ennemis restants, ses idées se clarifièrent. Il était encore réticent mais il décida de reculer ici.
Et ainsi, nous parvînmes à boucler notre premier combat contre les Gobelins avec de bons résultats.