Si je commençais en fanfare pour attirer l'attention de l'ennemi, cela rendrait Elliot plus en sécurité. Jugeant ainsi, je me dirigeai vers le manoir par l'avant et m'approchai du gardien.
Bien que ces tactiques d'effraction frontale conviennent davantage à Lyell ou Gadius, qui excellent dans les combats directs.
Le gardien trouva étrange qu'une beauté — c'est-à-dire moi, que cela me plaise ou non — s'approche soudainement de lui, mais il ne tira pas son épée. J'utilisais à présent ma forme illusoire, qui dissimulait aussi mon arme.
En fait, je n'avais même pas plus qu'une seule dague et un fil sur moi, vu que j'étais censée être en rendez-vous aujourd'hui.
Me voyant passer calmement devant lui, le gardien siffla une fois, mais son expression changea aussitôt.
Profitant de sa garde complètement baissée, j'enroulai mon fil de piano autour de son cou en un seul mouvement et l'étranglais. Il se débatit et griffa son cou sans parvenir à murmurer un mot.
J'utilisai la rambarde et mis toute ma force à tirer le fil pour le faire basculer. Tiré par un fil depuis un mètre de hauteur, son équilibre se brisa, le faisant pencher en avant. Je balayai alors ses jambes et le plaquai au sol.
Sur quoi, je me ruai à son côté, sortis ma dague et la plantai dans son bulbe rachidien. Ce qui le fit tressaillir comme un poisson fraîchement sorti de l'eau, ses membres se convulsionnant violemment. Finalement, ses mouvements cessèrent, m'indiquant qu'il était bel et bien mort.
« Quel échec complet. Au moins, sois un peu plus vigilant. »
Dès mon approche, il aurait dû relever sa garde. Même en laissant cela de côté, il aurait dû avoir un moyen de prévenir ceux à l'intérieur avant que j'enroule un fil autour de son cou. Il avait une épée, donc le minimum aurait été de frapper la rambarde avec pour les alerter.
« On dirait qu'il était employé ici, mais n'était-il pas un peu trop bas niveau ? Non... »
Il serait prématuré de juger la force de l'ennemi sur lui seul. Au minimum, ils étaient assez forts pour battre Priscilla. Si c'est le cas, je ne peux pas me relâcher ici.
Je décidai de foncer droit vers la porte... Mais Maxwell m'arrêta.
« Attends, Reid. N'es-tu pas un peu trop désarmée, là ? » « Quand même. J'ai laissé mon katana à la maison et les gantelets de mithril sont dans ton manoir. » « Je vais te les envoyer, alors patientes un peu. »
Disant cela, Maxwell prononça une courte incantation. Et l'instant d'après, mes gantelets préférés apparurent dans ma main.
« Ohh, qu'as-tu fait ? » « C'est une magie appelée Apport. Ce n'est pas un sort particulièrement de haut niveau non plus. Un peu au-dessus du niveau intermédiaire. D'ici ton diplôme de l'académie, tu devrais pouvoir l'utiliser toi aussi. » « C'est de l'Interférence... ? » « Elle trafique les informations de localisation des objets. C'est plus facile que la Téléportation. »
Il le dit comme si de rien n'était, mais n'est-ce pas en fait super difficile ? Bon sang, c'est pour ça que les Six Héros sont tous...
Malgré mes grommellements, j'équipai immédiatement mes gantelets. Alors que le froid familier du mithril enveloppait mes bras, j'eus l'impression d'avoir retrouvé les anciens jours.
Je fis sortir un fil par la fente de tir installée au poignet, vérifiai son état et le préparai.
« Cela n'a pas été entretenu depuis un moment, ceci dit... » « J'ai fait un peu de maintenance sur l'extérieur. Mais l'intérieur est hors de ma portée. » « Bien sûr. Moi non plus je ne peux pas. Après tout, c'est un objet d'un excellent forgeron, tu sais ? »
Ces gantelets qui comportaient dix fils de mithril s'étendant sur plus de cent mètres étaient des ouvrages assez délicats, vu l'effort nécessaire pour les créer. Même moi, qui les affectionnais, répugnais à y toucher à cause de leur délicatesse, si bien que la maintenabilité avait été sacrifiée.
« Il va falloir que je les fasse réparer un de ces jours, hein... » « Tu parles de ce forgeron dont tu as gardé l'identité secrète même pour nous ? » « Ouais. Vu mon passé, je ne pouvais pas parler d'eux ouvertement. »
Dans ma vie précédente, j'agissais selon ma propre justice et assassinais qui correspondait aux critères, quelle que soit son influence. Mais cela m'avait valu beaucoup d'ennemis, donc je ne pouvais pas révéler ouvertement les noms de mes alliés.
Ce fut pareil après avoir vaincu le dragon maléfique, et je n'ai pas dit leurs noms même à mes camarades. Bien qu'avec ce forgeron, il y avait aussi un accord pour ne pas l'impliquer dans des ennuis.
Quoi qu'il en soit, l'affaire d'Elliot passe avant tout. Laissant le cadavre du gardien tel quel, j'entrai dans le manoir. Je le laissai là parce que cela semerait plus de panique. Puisque j'étais sous illusion, aucun problème même si un tiers me voyait.
Cette Déesse m'a vraiment donné un objet commode.
Cognant mes poings, je me dirigeai vers la porte. Et au lieu de frapper, je l'enfonçai d'un coup de pied de toutes mes forces.
Ma jambe étant renforcée par un fil de mithril, la serrure et les gonds ne purent résister à la force du coup et volèrent en éclats. La porte s'effondra vers l'intérieur avec un fracas.
L'intérieur était un hall d'atrium inattenduement large avec trois passages. L'escalier dessinait une pente douce, menant au deuxième étage, où semblait se trouver un autre passage.
Je tendis l'oreille jusqu'à ce que le bruit retombe, essayant de compter le plus d'ennemis possible. Le familier sur mon épaule s'envola aussi jusqu'à la hauteur du lustre et surveilla le deuxième étage. Comme on s'y attend du familier de Maxwell, il était assez malin.
Le bruit de la porte brisée souleva des voix de confusion. J'en pus entendre provenant de trois sources. Du passage devant. De la partie ouest du deuxième étage. Et...
« Sous-sol ? »
C'était un bruit métallique, cliquetant. Je ne savais pas si quelqu'un s'équipait ou s'il s'agissait d'autre chose entièrement, mais le provenait définitivement du sous-sol.
En tant que tel, le plus suspect était clairement le sous-sol... Mais je ne savais pas comment y entrer.
« Bon, demandons simplement à quelqu'un en route. »
Le pigeon lança un cri d'alerte perçant. Au même moment, l'ennemi arriva aussi depuis le passage frontal.