En rentrant à la maison de Cortina, je confiai mes bagages à Finia qui venait m'accueillir et filai droit vers la salle de bain.
J'étais déjà à bout.
Après avoir refermé la porte, je me penchai sur la cuvette... Et je vomis de toutes mes forces.
« Bleeeargh. »
Même si c'était pour moi-même, c'était tout simplement trop dur. J'avais tenté de séduire un mec, qui plus est une connaissance, allant jusqu'à user de yeux suppliants et d'une voix câline pour gagner son affection. Mon mental en avait subi des dégâts sans précédent.
« Ugh, moi... Rien qu'à l'idée de devoir continuer comme ça, j'en ai la nausée. »
Après avoir tiré la chasse, je m'affalai sur la cuvette, abattue. Sur le coup, j'étais désespérée, alors j'avais pu tenir jusqu'à notre séparation. Même après, j'avais tenu en pensant à mon avenir.
Mais au fil du temps, mon esprit s'effritait chaque fois que je repensais à ma conduite. Sans compter que je ne pouvais plus rien y changer a posteriori.
« ...Je veux juste fuir. »
Je le pensais du fond du cœur. Mais ça aurait, en retour, peiné Lyell et Maria, qui étaient mes camarades autant que mes parents, donc je ne le pouvais pas pour l'instant.
Tandis que je m'enfonçais dans ma déprime, un coup sec retentit à la porte.
« Mademoiselle Nicole, est-ce que quelque chose ne va pas ? Vous vous sentez mal ? »
Il semblait que Finia ait remarqué mon étrange comportement après que je l'eus laissée à l'entrée avec mes bagages, et qu'elle m'ait suivie. Je ne voulais pas trop l'inquiéter, alors j'ouvris la porte après m'être essuyé la bouche, essayant d'avoir l'air le plus normal possible.
« Ne t'inquiète pas, je vais bien. » « Mais tout à l'heure, vous... » « Ah, oui. J'ai eu un peu la nausée. Ça m'arrive souvent maintenant, non ? »
Ma faiblesse physique servait de bon prétexte dans ces moments-là. La maladie d'accumulation de magie était presque entièrement guérie, mais mon corps restait plus faible que celui des autres filles de mon âge.
Même ainsi, grâce aux fils et à ma mobilité instantanée, je pouvais déployer une force de combat rivalisant avec celle des adultes, mais seulement pour un court instant. Mon endurance et ma résistance restaient en dessous de la moyenne.
« C'est vrai mais... Oh !? »
Finia, qui me regardait avec inquiétude, tressaillit soudain comme si elle venait de réaliser quelque chose. Puis elle se déplaça derrière moi et fixa intensément le bas de mon dos.
« Qu'est-ce que tu fais ? » « Ah, je viens de me rappeler que tu étais déjà à cet âge. » « Cet âge ? » « Je veux dire, quand les filles commencent à avoir leurs règles et— » « Ce n'est pas ça ! Je te jure que ce n'est pas ça ! »
J'avais déjà dix ans. C'était l'âge où certaines filles commencent à les avoir. Je me mis à me sentir mal en réalisant que moi aussi, un jour...
« Je vais juste... dormir. » « Hein ? Ah, tu es fatiguée, je vois. J'ai déjà fait le lit, alors dors autant que tu veux jusqu'au dîner. » « D'accord, merci. »
Pourtant, dans quelques années... je vais vraiment—
« Laissez-moi tranquille, bon sang ! »
Le lendemain.
D'ordinaire, je déjeunais sur l'herbe de la cour de l'école avec Michelle, Letina et Matisse, mais je décidai de faire cavalier seul ce jour-là. Plus précisément, j'envahis le bureau du président du conseil d'administration de l'académie.
Les filles n'étaient pas avec moi, mais Kabby était à sa place habituelle... En d'autres termes, sur ma tête.
Quelques élèves croisés furent d'abord surpris, mais après m'avoir reconnue, ils me regardèrent partir avec des expressions étrangement détendues, comme si c'était normal.
Les garçons avaient les joues rouges, tandis que les filles arboraient des expressions fondues comme quand elles mangent des sucreries. Est-ce que j'avais vraiment l'air si bizarre avec Kabby sur la tête ?
Je frappai vigoureusement à la porte en chêne d'aspect solennel du bureau du président, et j'entrai sans attendre la réponse. J'y vis Maxwell, concentré sur son travail de bureau.
« Salut, j'entre. » « Attends au moins la réponse, idiote. »
Nos positions étaient celles d'un président d'académie et d'une simple élève. Cela ne valait même pas la peine d'être comparé. Cependant, j'avais déjà vérifié qu'il n'y avait personne aux alentours, donc il était inutile de jouer la déférence avec lui à ce stade.
Je m'approchai de la bibliothèque contre le mur et déterrai un pot à biscuits qu'il y cachait. Il était un peu haut, alors je dus me mettre sur la pointe des pieds pour l'attraper, ce qui me fit sentir un peu ridicule.
« Ah, hé ! Ce sont mes biscuits préférés... ! » « Allez. Tu ne peux pas laisser une mignonne fille en prendre ? » « Tu te traitais de mignonne, hein ? On dirait que tu t'y es bien habituée. » « Arrête là. Ces trucs me font perdre la tête... » « Oh, qu'est-ce qui t'arrive encore ? »
Invitée à m'expliquer, en partie à cause de ma propre gaffe, je décidai d'avouer honnêtement ce que j'avais fait la veille. Le fait que j'aie rencontré Elliot sous ma forme adulte et que j'aie marqué des points auprès de lui. Aussi le fait que j'ai été dégoûtée de moi-même après.
J'en vins même à révéler que Finia l'avait pris pour des règles.
« Pffff, quand même, quel malentendu elle a fait... Mais, certes, dans quelques ans, ça arrivera vraiment... Bien joué ! » « Bien joué mon cul ! Bref, c'était un peu culotté, mais j'ai réussi à établir un premier contact avec lui. » « Mhm. Alors, quand comptes-tu le revoir ? » « Hein ? »
Après qu'il eut dit ça, je réalisai enfin que s'il m'avait bien dit où il habitait, je ne lui avais donné aucune info de contact. À ce rythme, il ne pourrait pas me voir même s'il le veut.
« Il semble qu'il n'y ait pas d'autre choix que d'aller le voir moi-même, hein ? » « Tu sais, tu peux être sacrément étourdie par moments... »
Maxwell laissa tomber les épaules en soupirant.