Une des caissières nous remarqua la première et nous interpella.
« Bienvenue, voulez-vous l'addition ? » « Ah, euh. Oui, pour ça. »
Finia fut surprise par ces retrouvailles, mais parvint tout de même à montrer l'article en question au commis. J'en fis de même et nous réglâmes nos additions respectives. À ce moment-là, Bill nous remarqua enfin et se retourna.
« Oh, si je ne me trompe pas... Vous vous appeliez Finia ? » « Oui. Cela ne fait pas... longtemps, n'est-ce pas ? Qui aurait cru qu'on se reverrait si vite. » « Tu as tout à fait raison. Il ne s'est écoulé que quelques heures. »
Il tendit sa main droite avec un sourire radieux. Une poignée de main était à la fois une salutation et l'acte de finaliser une négociation. Cette fois, c'était probablement par amitié. Finia lui rendit sa poignée de main avec son propre sourire.
« Ce sont des souvenirs ? » « Oui, pour la mémoire. Mademoiselle Nicole et moi nous en sommes offert un chacun. » « Haha, on dirait que vous êtes vraiment proches ! » « Vous êtes ici pour le travail, Monsieur Bill ? »
Demandai-je en penchant la tête avec le plus d'innocence possible. Car si c'était selon mes vœux, c'était tout de même bien trop commode de le croiser ici en si peu de temps. Bill répondit sans laisser paraître le moindre doute face à ma question.
« C'est exact. Acheter des choses, c'est mon travail, après tout. Je pensais revendre ces souvenirs dans la capitale. » « Ce mouchoir est un assez bel ouvrage, d'ailleurs. » « Oh, tu t'y connais ! Les ourlets sont bien solides et la broderie est stylée par-dessus le marché. Je suis sûr qu'ils se vendraient très bien même à la capitale. » « Dans ce cas, j'aurais dû monter le prix un peu plus. »
L'homme avec qui Bill discutait commenta sur un ton badin. L'homme que j'avais d'abord cru être un des commis s'avéra être son partenaire de négociation.
« Ce serait embêtant. Si le prix d'achat augmente, ça me mettrait dans une sacrée perte ! » « Hahaha, je plaisante. J'ai hâte de continuer à travailler avec vous. » « Bien sûr. Mais épargnez-moi la hausse des prix, d'accord ? » « Ça n'arrivera pas tant que le prix des matières premières ne bondit pas brusquement. »
À voir comment ils agissaient, il semblait que Bill le connaissait bien avant de nous rencontrer. Il m'avait paru plutôt louche avec ses prix si bas.
Quoi qu'il en soit, il me suffisait maintenant d'atteindre mon propre but.
« Ah, au fait, Monsieur Bill, sauriez-vous ce que c'est ? »
Je sortis l'anneau et la dague de mon sac et les lui montrai. J'avais pris la dague sous prétexte de légitime défense. Contrairement au Katana, celle-ci était plus facile à manier et plus avantageuse en ville.
« Oh... Cela a l'air d'être des outils avec une sorte de Magie. Il faut que je l'expertise pour en savoir plus. » « Juste. Je ne sais pas quelle Magie ils contiennent. » « Hmm... Eh bien, c'est difficile à dire, mais... » « Hmm ? »
Il semblait que Bill ait saisi mon intention, il répondit sur un ton apologétique. Ce n'était pas la tournure d'un brave vieux bonhomme, mais bien celle d'un marchand.
« Quand il s'agit d'expertiser un objet, je ne peux pas le faire gratuitement. Même si nous sommes connaissances, ça reste mon métier. » « Ah, c'est comme ça ? »
Les expertises d'objets étaient étonnamment demandées. La magie et le système actuels différaient grandement de la Magie des temps anciens, il était donc impossible de deviner quelle Magie quelque chose possédait sans l'expertiser. Beaucoup de tels objets pouvaient être trouvés dans des ruines.
Et pour expertiser de tels objets, on demandait souvent une compensation. Ce n'était pas quelque chose qu'il pouvait faire gratuitement sous prétexte qu'on se connaissait.
« Ouais, j'ai compris. Combien ça coûterait ? » « Ce serait 50 silvers par objet. Je sais que c'est assez cher, mais... »
C'était une somme qui aurait duré dix jours à l'auberge. Mais pour des objets magiques, beaucoup valaient bien plus cher. Néanmoins, je n'avais pas tant sur moi maintenant.
« Mgh, je n'ai pas assez... »
Ce n'était pas exactement vrai. J'avais secrètement pris de l'argent sur ces kidnappeurs. J'en avais déjà autant de caché quelque part. Mais je ne l'emportais pas avec moi en voyage.
« Mademoiselle Nicole, laissez-moi payer. » « Mais... »
50 Silvers était une sacrée somme. Depuis qu'on était arrivés dans cette ville, Cortina lui versait son salaire, mais ça devait tout de même être une somme douloureuse pour elle. Bien sûr, Finia refusa d'être payée au début, mais vu l'insistance de Cortina, elle ne parvint pas à s'y opposer au final.
« C'est bon. Je n'ai rien sur quoi dépenser, de toute façon. » « C'est vrai ? Alors, s'il te plaît. Je te rembourserai plus tard, promis. » « D'accord. » « Je le pense, hein ? » « Pas la peine d'insister autant... »
Finia prit une pièce d'or dans sa bourse à la ceinture et la tendit à Bill. Il l'accepta et la mit dans sa poche.
« Je l'ai bien reçue. Bon, alors, ça vous va de le faire ici ? »
Nous étions au devant d'une boutique de souvenirs. N'importe qui pouvait écouter notre conversation. De plus, je ne savais pas à quoi m'attendre. C'était un objet venant des kidnappeurs, il y avait une chance que ce soit quelque chose de dangereux.
Dans ce cas, mieux valait aller quelque part sans témoins extérieurs.
« Ici, ce serait un peu... » « Alors, l'auberge où je loge est juste à côté, faisons-le là-bas. » « Vous êtes sûr ? » « Je peux au moins vous offrir un jus de fruit. »
Il retira son expression de marchand, la remplaçant par un sourire éclatant.
« Ce serait un plaisir de prendre le thé avec de jolies dames comme vous ! »
Ces mots, au moins, venaient du cœur. Cela, je le compris.