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Rather Than the Son, I'll Take the Father

Chapitre 36

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Chapitre 36

Chapitre 36

Chapitre 36/3797%~9 min de lecture1 765 mots

Je gardai une prise légère sur sa main, pour qu’il puisse la retirer s’il le souhaitait, mais il se montra tout à fait docile.

Ses yeux d’un bleu profond et sombre, qui me fixaient intensément, ressemblaient à des joyaux sortis des flots.

Je me disais que c’était exagéré… mais je pourrais vraiment me contenter de son visage pour le reste de ma vie.

« Vous souhaitez encore explorer les lieux ? »

« Retournons. »

Edith répondit sèchement.

Il paraissait véritablement insensible aux Esprits.

Aurait-il eu une altercation violente avec un Esprit, il y a plusieurs siècles ?

C’est alors qu’il entama sa descente des marches sans se hâter.

Soudain, un cliquetis résonna dans le silence, tel celui d’une pierre qui glisse.

Je me retournai dans la foulée. Rien n’avait changé pour autant.

Serait-ce simplement le bruit du vent ?

Pendant que je restais hébétée, Edith plissa les paupières, visiblement pressé de quitter la tour.

En somme, ce ne devait rien être.

Je chassai cette pensée d’un haussement d’épaules et suivis Edith vers l’extérieur.

Les Esprits se montrent généralement aimables avec les humains.

Toutefois, à l’instar des humains, ils possèdent des caractères variés ; loin d’être tous aussi avenants.

Certains, en revanche, nourrissaient une haine féroce à leur égard. Paimon, jadis chef d’une armée d’Esprits déchus, en était le parfait exemple : il détestait les humains par-dessus tout.

À ses yeux, ils n’étaient que des jouets destinés à être torturés, des nuisibles qu’il convenait d’anéantir.

Il y a cinq cents ans, Paimon régnait sur les multiples Esprits peuplant la forêt d’Eire.

Loin de vivre en harmonie avec la nature, il se plaisait à tourmenter hommes et bêtes avant de les expulser de son fief.

Pourtant, sa méchanceté naturelle était assortie d’une terrible ruse.

Parfois, il séduisait les humains en exhibant de somptueux trésors.

Les esprits simples tombaient aussitôt dans le panneau dès qu’il laissait entrevoir émeraudes et lingots.

Ils finissaient par devenir ses fidèles acolytes, recrutant même leurs proches non avertis pour qu’ils supplient les voyageurs curieux de leur indiquer l’emplacement du coffret.

Par moments, on voyait surgir des bandes misérables disposées à vendre leurs âmes et à servir Paimon comme esclaves.

Alors, Paimon les renvoyait vers des contrées infestées de Bêtes Magiques.

Prétextant qu’elles regorgeraient de richesses.

Paimon relevait bien plus de la Bête Magique que de celui de l’Esprit ; pire encore, il était plus monstrueux qu’un homme.

Et contre toute attente, son ancienne splendeur passée ne put le sauver : il fut enfermé dans une tour poussiéreuse.

S’il n’était pas le seul Esprit prisonnier des murs de la tour, nul autre n’avait enduré de telles tortures.

Tandis que les autres Esprits pouvaient sereinement attendre le siècle prochain enfermés dans une statue de pierre, Paimon devait chaque jour lutter pour éviter la mort.

La statue de pierre qui l’abritait était un récipient affligeamment petit et fragile pour renfermer sa véritable forme draconique, longue de dix mètres.

La moindre relâche aurait suffi à la fissurer.

Si le vase venait à céder avant la levée du Scellage, Paimon périrait irrémédiablement.

Naturellement, il refusait de connaître une pareille fin ridicule.

'Il faut que j’aille la voir. Peut-être pourra-t-elle lever le Scellage.'

Depuis cinq cents ans, Paimon s’acharnait à quitter la tour en faisant glisser la statue de pierre.

Sa progression était désespérément lente.

Il lui était impossible de précipiter les choses : le socle en pierre était trop fragile.

Plus de trente années étaient nécessaires pour franchir un seul niveau.

Dans l’intervalle, l’état mental de Paimon ne faisait qu’empirer.

Au cours des cent premières années, seule la vengeance alimentait ses pensées :

'Dès que le Scellage sera brisé ! Dès que les liens céderont ! Je ne vous abandonnerai pas ! Je vous cuisirai dans les flammes infernales !'

Les cent années suivantes furent consacrées à un négationisme obstiné.

'Ce n’est qu’un rêve, n’est-ce pas ? Il est inconcevable qu’un grand Esprit comme moi reste enfermé pendant un millénaire ! Hahaha ! Ha, ha… Merde !'

Au bout de deux siècles entiers, il renonça à garder l’esprit clair.

'Hé, ma queue. Tu es longue et filiforme, mais je trouve impressionnant que tu tiennes encore à mon corps. Je te gratifierai quand le Scellage tombera. L’or, ça te plaît ?'

'……'

'Comment, petit enfoiré ? Ça t’intéresse, alors pourquoi tu me fixes comme ça ?'

Prisonnier d’un isolement total, guetté par la mort à chaque instant, Paimon fonçait inexorablement vers la folie.

De temps à autre, il percevait le craquement de la lourde porte s’ouvrant, mais nul humain ne daignait gravir les marches jusqu’à lui.

Il finit par converser avec la lumière, la neige, la pluie et le vent, tandis que la descente continuait.

Puis le temps s’écoula à nouveau.

« Mon vœu… eh bien, je voudrais devenir incroyablement riche. »

Qui était donc cette humaine délirante ?

Premier être vivant depuis cinq cents ans qu’il croisait, il ne put réprimer un soulagement, malgré la nature humaine de son visiteur.

Or, les désirs de cette humanoïde semblaient sans limite.

Généralement, ils réclamaient richesse et pouvoir pour une noble cause, ou afin de protéger un être cher. Celle-ci manquait même d’honnêteté pour masquer sa cupidité.

Pire encore, elle affichait une vulgarité à en rougir.

« Si tu exauce ce vœu, j’invoquerai ton bien-être et je referai ta statue de pierre. Même si jamais tu venais à disparaître de ce monde, je me souvenirai de toi. Allez, c’est une affaire en or, non ? »

Elle avait clairement l’air d’une arnaqueuse professionnelle.

Son enthousiasme s’évapora rapidement, laissant place au ressentiment et à la rage.

Paimon se prit à tourner en dérision la femme qui se tenait face à lui.

Il trouvait scandaleuse son franc-parler, et de toutes façons, vidée de ses forces, guettée par la mort, il serait incapable d’exaucer quoique ce fût.

Pourtant, celle-ci avait choisi le bon Esprit.

Paimon était le seul Esprit en mesure de combler les rêves les plus ardents des hommes.

Non pas la paix ou la protection, mais la fortune et la gloire.

C’était précisément pour ça qu’il haïssait les humains depuis la nuit des temps, où les Esprits étaient encore vénérés comme des divinités.

'Merde, vais-je devoir renoncer à détruire l’humanité comme ça ? Si j’aspire sa force vitale, peut-être réussirai-je à tenir un peu plus longtemps…'

Ce visiteur dégageait un parfum suave. L’odeur animale et écœurante propre aux humains était à peine perceptible.

Malgré l’engourdissement de ses sens, il était manifeste que cette femme présentait des anomalies inquiétantes.

'Elle ressemble à un humain, mais ne l’est pas tout à fait.'

Un sentiment de déjà-vu et de nostalgie l’envahit.

'C’est comme cette personne… Non, arrête tes idées fixes ! Cette personne ne peut certainement pas résider dans un corps humain !'

Paimon s’empressa de rejeter cette hypothèse, mais il n’arrivait pas à détacher son regard de l’humaine.

'Qu’est-ce que c’est exactement ? Devrais-je goûter pour en avoir le cœur net ? Et si je faisais une erreur ? Je tiens absolument à ne pas la tuer.'

Paimon détestait salire ses mains, mais il rejetait particulièrement l’idée de poser le moindre doigt sur cette humaine.

Bien qu’elle eût suffi à briser sa prison d’un simple coup d’épaule, l’idée de le faire ne lui traversa même pas l’esprit. C’était d’autant plus suspect.

Paimon étudia l’humaine en silence. Sa forme réelle mesurait près de dix mètres de long, face à cette taille minuscule.

Avant tout, elle respirait une dangerosité absolue, bien qu’elle parût d’une douceur inoffensive.

Ses yeux doux scintillaient comme des astres, totalement ignorants de son identité.

La couleur de ses cheveux rappelait un bouquet fleuri, cible idéale pour tout prédateur.

Humaine incarnant le printemps, elle ne savait même pas camoufler ses ambitions, préférant accrocher des rubans à sa queue.

'Alors, si je lui fais une égratignure, elle se mettra à sangloter ? Allons-y, je vais juste la lécher… Attendez.'

Comme si elle avait perçu ses intentions, l’air autour d’eux se chargea violemment.

Cette atmosphère, jusqu’ici discrète, explosa subitement au grand jour.

Juste à côté de l’humaine parfumée se dressait une aura dévorante.

Un Démon.

Non, un Roi des Démons.

Peu importe ce qu’il était, il n’avait strictement rien d’un être ordinaire.

Malgré sa rouille et sa fatigue, Paimon comprit instinctivement qu’il suffirait d’un signe pour le réduire en poudre.

'Bordel ! Il ressemble trait pour trait à l’individu croisé il y a cinq cents ans ! Mais… sa couleur de cheveux était bien ainsi…?'

Il n’avait toutefois pas le loisir de fouiller sa mémoire.

Derrière la jeune femme au sourire radieux, le Roi des Démons dégageait une volonté de tuer implacable.

'Je… je suis désolé ! Je ne vous mangerai pas ! Je ne vous lécherai pas, pas même du bout des doigts !'

Paimon lança une infinité de prières.

La jeune femme tourna la tête, mais sans apercevoir que les deux pattes antérieures de la statue enfermant Paimon s’étaient enfin déplacées en synchronisation.

« On rentre, ou vous souhaitez continuer votre exploration ? »

'Rentrez ! Foutez-moi le camp ! Ne revenez jamais ici !'

« …Retournons. »

Le Roi des Démons guida la jeune femme. Avant de quitter les lieux, il foudroya Paimon du regard.

'Si tu poses la main dessus, c’est mort pour toi.'

L’humaine jeta un bref regard en arrière, puis s’exécuta en quittant la tour.

Ce n’est qu’au craquement de la lourde porte se refermant que Paimon poussa un soupir de soulagement.

'J’ai failli finir calciné dans les flammes.'

Tout à coup, son attention se porta sur le ruban noué autour de sa longue queue.

C’était un cadeau que la jeune femme aux cheveux roses avait pris soin d’y attacher.

Que se passerait-il si cette femme remettait les pieds ici ?

Le Roi des Démons portait cette humanoïde à un point tel qu’il était impossible d’imaginer qu’il supporte qu’elle risque la moindre égratignure en errant dans la tour.

Paimon revit le jour où il avait été enfermé, cinq cents ans plus tôt.

La nuance de ses cheveux et l’éclat de son regard avaient changé, mais c’était incontestablement ce Roi des Démons.

Celui qui accompagnait le Grand-Duc Calakis I ce jour-là.

Paimon ingurgita sa salive avec difficulté. Si cette humaine aux cheveux roses prenait le moindre risque ici, le Roi des Démons imputerait aussitôt les faits à Paimon.

Pire encore, même en ne bougeant pas, il ignorait quand le Roi des Démons changerait d’avis pour venir l’achever personnellement.

'Bon, je continue à tenter de m’échapper. Que je me fasse attraper et creve, ou que je périsse ainsi.'

Il reprit alors lentement son travail, faisant glisser la statue de pierre.

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