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Rather Than the Son, I'll Take the Father

Chapitre 35

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Chapitre 35

Chapitre 35

Chapitre 35/3795%~10 min de lecture1 881 mots

Le majordome en chef, compatissant devant mon visage qui laissait transparaître ma malédiction, fit apparaître une petite voiture magique.

C’était un modèle spécial, sans cheval ni cocher, prévu pour les trajets courts mais garantissant une sécurité absolue.

Même la poignée d’ouverture et de fermeture de la portière était enchantée.

Je connus les enfers pour descendre du véhicule et gagner le clocher, mais je réussis finalement à y arriver.

Le clocher, abandonné à lui-même, était glacé et respirait un air sinistre.

Néanmoins, il coupait le vent, ce qui le rendait moins froid que l’extérieur.

Estimant que cela suffirait, j’ajustai mon manteau et Edith fit son apparition.

« Traître… »

« Tiens, prends ça. »

Edith tendit quelque chose de grand et rond.

À l’intérieur d’une sphère transparente semblable à un bocal à poissons se trouvait une petite braise.

Elle ne pesait pas plus lourd qu’une plume, mais son effet était remarquable.

Dès que je le saisis, mon corps engourdi se détendit.

« Ne le jette pas en partant. »

Edith poussa un petit rire tandis que ma voix s’adoucit.

« C’est évident. »

Ce n’est qu’à cet instant que je retrouvai assez d’énergie pour observer les lieux.

L’espace intérieur était bien plus vaste que ce à quoi je m’attendais en le voyant de l’extérieur.

Un escalier en colimaçon montait jusqu’à la voûte, haute de vingt étages, et même dans l’obscurité où je ne disposais que de la petite braise comme source de lumière, les gouttes d’eau sur les murs étaient parfaitement visibles.

« Incroyable. Je vois très clair. »

« Cela pourrait être l’œuvre de la puissance de l’Esprit. Ou alors, ta vue a toujours été excellente. »

Une réponse qui sous-entendait qu’il penchait pour la première hypothèse tout en souhaitant secrète ment la seconde.

Je passai devant une statue d’ange brisée et demandai.

« Êtes-vous déjà venu au clocher ? »

« Non. »

« N’étiez-vous pas curieux de voir l’Esprit ? »

« Peu. »

Comme prévu, sa réponse resta des plus tièdes.

J’arrêtai brièvement ma marche et me retournai vers Edith. Il avançait doucement derrière moi afin de me laisser prendre les devants.

« Si nous trouvons la statue où l’Esprit est Scellé, puis-je formuler un vœu personnel ? »

« Pourquoi n’auriez-vous pas cette faculté ? De toute façon, ce n’est qu’une vieille superstition. »

Je lâchai un léger rire.

« Edith, détestez-vous les Esprits ? »

« …… »

« Faut-il vraiment que je renonce à faire un vœu ? »

« Pas besoin d’aller jusque-là. »

« Mais je ne sais même pas dans quelle statue l’Esprit est scellé ? Il y en a tant ici. »

Je croirais volontiers que nous sommes dans un entrepôt de statues plutôt qu’un clocher.

Il était difficile de les distinguer correctement tant elles étaient en piteux état, mais chacune semblait avoir un aspect différent.

« Rigen vous a-t-il dit qu’une seule entité était scellée dans le clocher ? »

Hein ?

Pardon ?

Je tournai si brusquement la tête que j’en sentis mon cou craquer.

Statues d’anges, statues de démons, sculptures animales et figures étranges rappelant les Bêtes Magiques… véritablement, la liste semblait interminable.

Soudain, mes yeux se brouillèrent.

« Alors toutes ces statues ici… »

Edith confirma par un sourire machiavélique que mon intuition était la bonne.

« Éprouvez-le vous-même, Votre Altesse, qu’il s’agisse d’une superstition ou non. »

Serait-ce parce que le premier grand-duc des Calakis les aurait toutes ramassées que le nombre d’Esprits avait chuté de manière aussi drastique ?

En regardant les innombrables statues, aussi nombreuses que les marches menant à la voûte, j’estimai que c’était une suspicion raisonnable.

Vraiment un personnage hors norme. Edith porta un jugement sans appel.

La dernière fois, il avait expliqué qu’il avait rencontré le premier grand-duc avant même sa prise de fonction, le qualifiant de fou qui ne fréquentait que les zones dangereuses en arborant un regard hébété.

Je comprends désormais pourquoi les anciens chefs de famille confiaient leurs vœux à la Grande-Duchesse et ne s’en approchaient même pas.

On aurait dit que chaque statue allait s’animer à tout instant pour exiger le sang des Calakis.

Bon, soyons honnête, je commence à être un peu tendue.

« Edith ? Cette fois-ci, tu ne repartiras vraiment pas seul. »

Un rale bas monta tandis que je lui répétais mon injonction.

Je remis les pieds en mouvement, la sphère contenant la braise serrée contre moi.

Enfin, au moins, je ne formulerai pas mon vœu à une statue vide.

J’avais juste à en choisir une qui me plaisait.

Je songeai un instant à monter jusqu’au sommet où se trouvait la cloche, mais je secouai vite la tête.

Trop fastidieux.

Quatre étoiles qu’ils soient dispersés partout à ce point, au risque de trébucher dessus. Mais mon enthousiasme ne déborde guère.

Je n’ai pas de vœu désespéré à exaucer, et mes jambes vont sûrement trembler à la descente.

Je vais simplement faire un vœu à une statue qui m’inspire confiance, regagner le manoir rapidement et savourer un bon chocolat chaud…

« Hein ? »

Un bruit sourd. Quelque chose accrocha mon pied.

Je ne tombai pas, car j’allais doucement.

Je cessai de marcher et baissai les yeux. La statue en piteux état parmi celles que j’avais observées gisait sur les marches.

Elle était assez petite pour tenir dans un bras.

Ce qui m’avait fait trébucher correspondait à la queue de la statue.

Bien que mon pied ne l’eût que frôlé, des éclats de pierre se détachèrent par paquets.

« Un instant. »

Après l’avoir prévenu, je m’accroupis et observai la sculpture.

Impossible d’en être certain vu ses nombreuses fissures et cassures, mais elle évoquait clairement un dragon.

Les griffes étaient émoussées et les ailes ne dépassaient pas la taille de simples ornements mignons, mais les pupilles aux yeux fendus verticalement semblaient vivantes.

« C’est une gargouille. »

Expliqua Edith sèchement.

Ça n’a pas l’air de devoir tenir longtemps avant de céder.

Je n’osai même pas la relever.

Contrairement aux autres sculptures rongées naturellement par le temps, celle-ci donnait l’impression d’avoir été délibérément jetée plusieurs fois.

Si un choc violent la frappait encore une fois, elle disparaîtrait sans laisser de trace et réduirait en poussière.

« L’Esprit est également scellé ici ? Que devient-il à l’intérieur si la statue est totalement détruite ? »

« Il disparaîtra. »

Une conclusion glaçante.

Zut, tu aurais dû tourmenter les gens avec modération.

« Je pars sur celle-ci. »

« … Vous êtes sûre ? »

Edith afficha une réaction dubitative.

« Je n’attends pas grand-chose, après tout. Puis-je faire mon vœu maintenant ? »

« C’est exact, mais… »

« Elle a l’air de céder si je la redresse… Que dois-je faire pour montrer ma sincérité ? »

Je ne disposais d’aucune monnaie.

Après fouiller ma poitrine un instant, j’en sortis un ruban.

J’attachai très lâchement au tail de la gargouille une fine cordelette rose, proche de la couleur de mes cheveux.

Ce n’est pas très digne de s’accroupir dans les escaliers pour adresser un vœu.

« Bonjour, Esprit. Tu dois avoir bien du mal à rester scellée dans un endroit aussi misérable et à devoir accorder des bénédictions ? Mais tu y es depuis cinq cents ans. On dit que le commencement est moitié du chemin, alors motive-toi. Je ne sais pas si ça vaut le coup étant donné que l’objet scellé va probablement tomber en morceaux d’un moment à l’autre… Je prie surtout pour que la statue tienne encore cinq siècles. Bien sûr, tu sais qu’il faut donner pour recevoir, n’est-ce pas ? »

La méthode pour vérifier si l’Esprit exauce réellement les vœux était simple.

Il me suffisait de formuler un souhait impossible à réaliser sans son intervention directe.

« Mon vœu, euh… s’il te plaît, rends-moi incroyablement riche. Pas la maison, moi. Au fait, Sa Grâce le grand-duc approuve aussi cette demande. »

« … Tu disais que tu n’attendais pas grand-chose ? »

Je fis mine de n’entendre pas cette légère protestation.

« Donc, je te demande juste assez d’efforts pour que je pense : “Ah, ce n’est quand même pas un peu trop ?!” »

« …… »

« Plus précisément, j’aimerais que tu me donnes de l’or et des diamants de la taille de la plus grande montagne de l’Empire. Et aussi de l’honneur. Assure-toi que ma renommée traverse le continent, et je te serais reconnaissante si une religion vouant un culte à mon nom voyait le jour et perdurait éternellement. »

« …… »

« Si tu exauces ce vœu, je prierai pour ton bien-être et tenterai de restaurer la statue. Même si les choses se gâtent et que tu n’existes plus dans ce monde, je me souviendrai de toi. Wow, ce n’est vraiment pas une situation gagnant-gagnant ? L’Esprit n’aura fait que son devoir, mais il vivra à jamais dans ma tête. »

Edith répondit, l’air partagé entre le rire et l’incrédulité.

« Tu as la fibre de la vraie escroc, je ne dirai rien. »

Je haussai les épaules.

« De toute façon, c’est une superstition, non ? Quand on n’est pas sûr, on mise gros. »

Edith me lança soudain un regard étrange.

« Eve, la paix mondiale ne te tente pas ? »

« Non. »

« Restrains donc le champ à tout au moins le Nord. »

« Je suis persuadée que mon mari, maître du Nord, fera des efforts. »

Face à ma réponse soulignant qu’il s’agissait de son rôle, Edith poussa un petit rire et tendit la main vers moi.

Ses longs doigts et les traits dessinant le dos de sa main dégageaient une grâce naturelle.

Je saisis sa main et me relevai.

« Tu aurais pu souhaiter la prospérité de la famille Morgana. »

Mmh, ce n’est pas non plus mon affaire.

« C’est ce que mes parents s’occuperont d’arranger. Ce serait différent s’ils me transmettaient le titre de marquis. »

Dans l’Empire de Ravena, il était parfaitement possible pour une seule personne de cumuler plusieurs titres.

Ma mère possédait également les titres de marquise, de comtesse, de baronne et de souveraine de l’île Gavdos.

Détention simultanée du rang de chef de la branche aînée des Morgana et de celui de Grande-Duchesse relevait bien entendu d’une autre catégorie.

Il s’agissait du seul rang de Grande-Duchesse au sein des trois grandes maisons impériales.

Chacun d’entre eux portait une lourde responsabilité, puisqu’il pouvait influencer directement l’équilibre politique.

Je demeurais toujours l’héritière légitime de la maison principale des Morgana.

Mes parents avaient annoncé publiquement que cet enfant serait l’héritier dès ma naissance.

Pourtant, j’étais leur unique progéniture, et les branches collatérales regorgeaient de jeunes héritiers potentiels.

Ils maintenaient que le chef de la famille Morgana devait obligatoirement être un homme et n’ont pas hésité, avec une pudeur de façade, à m’écrire pour me suggérer de simplement traiter le contrat de mariage.

Maintenant que je me suis éloignée, ils doivent en profiter à fond.

Dès mon départ de la capitale, ils auront mis la pression à mes parents pour qu’ils élisent un nouvel héritier, tel des rapaces en attente.

Il était évident que mes parents n’en feraient pas une grande affaire.

« Retournons-nous maintenant ? »

Au lieu de lâcher la main d’Edith, je changeai de prise pour pouvoir marcher à ses côtés, mains liées.

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