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Rather Than the Son, I'll Take the Father

Chapitre 34

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Chapitre 34

Chapitre 34

Chapitre 34/3792%~9 min de lecture1 797 mots

Je pris place sur une autre chaise vide, ne laissant à Rigen d’autre choix que de s’asseoir à côté d’Edith.

Ce n’est qu’alors que Rigen prit possession du siège qu’il avait jugé au-dessus de ses moyens et n’avait jamais osé convoiter.

La femme de chambre en chef servit à Rigen un flan au caramel, une gelée de fraises, un pain blanc comme neige dont on avait retiré les croûtes, divers confitures et un lait chaud.

Dans l’ensemble, tout était orienté vers les sucreries, tandis qu’un café m’était posé devant moi.

À chaque fois que la femme de chambre en chef déposait un plat, Rigen laissait échapper des exclamations.

« C’est une confiture, Père ! »

« …… . »

« Et celle-ci, c’est une gelée ! »

Son visage excité évoquait parfaitement celui d’un garçon de huit ans.

Pas mal du tout.

Je me sentais bien car mon plan pour empêcher le protagoniste de fuir semblait fonctionner à merveille.

Le gagner à ma cause de belle-mère, bloquer les comportements violents de Gilbert et lui faire voir Edith souvent. Avec ça, il ne pensera pas à s’enfuir pour éveiller sa Bête Magique, non ?

Enfant excité qui venait d’avoir huit ans, il vidait son sac des mots qu’il n’avait pas pu dire à Edith sans interrompre son débit. Les sujets principaux étaient d’une banalité extrême.

La rigueur de ses révisions, l’avancée dans ses cours, et son inquiétude face aux prévisions de neige pendant toute la nuit, et ainsi de suite.

Il ajouta aussi que Maximus attrapait bien les souris, ce qui valait à la femme de chambre en chef de lui témoigner beaucoup d’affection.

Qu’Edith réponde ou non, Rigen paraissait être l’homme le plus heureux du monde dès lors qu’il posait les yeux sur lui.

Mais au bout de trente minutes, la femme de chambre en chef appela doucement Rigen.

« Le jeune maître, vous devez désormais vous préparer pour votre prochain cours. »

Rigen acquiesça et se leva.

De manière inattendue, il fut Rigen à me saluer le premier.

« Grande-Duchesse, merci infiniment de m’avoir invité aujourd’hui. »

« C’est moi qui vous suis reconnaissante de votre compagnie. »

Rigen, qui levait vers moi un regard étincelant, salua ensuite Edith avant de partir. La femme de chambre en chef le suivit de près.

Désormais, Edith et moi restions seuls dans la pièce.

Je dis à Edith, qui n’avait pas touché à son repas, « Je pense que le jeune maître commence à m’apprécier. »

Soudain, Edith toussa.

« Que venez-vous de dire ? »

« Pourquoi cette tête de quelqu’un qui vient d’entendre des absurdités ? Vous n’avez pas vu que le jeune maître s’est ouvert à moi ? »

Surtout à la fin, il m’a regardée avec des yeux incroyablement brillants. Pas Edith, mais moi.

« Ma vue est un peu mauvaise. »

Pourtant, Edith refusait de reconnaître la réalité et changea même de sujet.

« Avez-vous eu l’explication de Rigen ? »

Dès que Rigen fut parti, je versa une quantité importante de lait dans le café dont je n’avais jusque-là fait que respirer le parfum, et répondis.

« Si vous parlez de l’explication selon laquelle l’Esprit scellé par le premier grand-duc se consacre involontairement à la famille Calakis, alors je l’ai entendue. Cela doit avoir lieu quand la lune est voilée, alors j’y vais ce soir. Viendrez-vous avec moi ? »

Vint ensuite le tour des pépites de chocolat. Edith m’observait y saupoudrer une généreuse poignée.

Ses yeux bleus se détendaient avec langueur.

« Devrais-je dire que je vous suis extrêmement reconnaissant de ne jamais oublier de prendre soin de moi chaque fois que vous sortez ? »

Sa réponse positive me sembla bizarre.

« Edith. »

« Oui, Eve. »

« Si je disais que je veux visiter le territoire, seriez-vous disposé à m’accompagner là aussi, comme maintenant ? »

Visiter le territoire était une étape incontournable. Ce serait ma nouvelle demeure ; il me faudrait donc l’observer minutieusement dès que l’occasion se présenterait.

Le territoire d’Esmeralda était suffisamment vaste pour que, même en ne fréquentant que les grandes villes, le voyage prenne deux semaines pleines. Je devais aussi garder en tête les variations climatiques, et anticiper les mesures nécessaires pour empêcher Gilbert de sévir durant mon absence.

« L’escorte en soi n’est pas difficile. Cependant, je m’interroge sur le rôle que la Grande-Duchesse attend de moi. »

« Une escorte. »

« …… . »

« Un soutien. »

« …… . »

« Coiffer ? » Je modelai une corbeille avec mes deux mains, y calai mon menton et lâchai n’importe quoi, jusqu’à ce qu’Edith adopte une mine grave.

« Grande-Duchesse, vous feriez mieux de regagner votre chambre. J’ai également du travail. »

Au lieu de me lever, je composai une figure suppliante.

« Ma présence vous gêne-t-elle dans vos occupations ? »

« …… . »

Il n’y eut pas de réponse immédiate.

Il ne cherchait pas vraiment à me mettre à la porte par nécessité de travailler, mais simplement parce qu’il faisait son caprice joueur.

« Dans cette terre étrangère, vous êtes la seule personne avec qui je peux m’amuser, enfin, compter, Edith… »

« Grande-Duchesse, avez-vous envie de changer d’air ? »

Bien sûr. J’avais largement le temps.

Je hochai vivement la tête.

Le château du Cyclamen présentait certains inconvénients, mais au moins disposait-il d’un minimum de structure.

Inutile de vouloir tout bouleverser sans connaître la situation sous-jacente.

Le voyage m’avait laissé encore quelque peu fatiguée.

Mais si je sortais me promener, la neige tomberait à seaux dehors.

Se rendre au clocher le soir relevait de la gageure, rendant une simple balade véritablement luxueuse.

Je plissai les yeux en écoutant le crépitement du bois qui brûlait.

« Je m’ennuie. Amusez-moi. »

J’avais augmenté l’affection du beau-fils ; il était désormais au tour du mari.

Edith observait en silence la Grande-Duchesse.

La Grande-Duchesse, dont les cheveux semblaient imbibés d’eau florale et de lumière lunaire, s’étirait sans la moindre raideur.

Son regard reposait sur un vase contenant des fleurs qui ne s’épanouissaient qu’au Nord.

Il percevait son battement cardiaque régulier, jusqu’à sa respiration. Elle ne semblait nullement gênée de partager un espace clos avec lui.

Tenait-ce au sang de Bête Magique ?

Ou bien était-ce parce qu’elle était véritablement convaincue qu’il ne lui ferait aucun mal ?

Autrefois, on appelait les Bêtes Magiques des démons. Leur sang offert exprès revêtait une nature particulière. Elles le savaient fort bien, raison pour laquelle les contrats impliquant du sang tournaient rarement à l’harmonie.

Mais celle qui avait conclu marché avec Maybia lui offrait des conditions absolument avantageuses.

Même en cas de rupture des clauses, le prix à payer n’était pas la mort, mais une douleur passagère.

Bien sûr, cela restait terrible, mais comment pouvait-on comparer à se voir déchiqueter le corps et voler son âme ?

On conservait son sens logique durant tout le prélèvement, et cette entité nourrissait aussi une compassion envers les humains. Combien existait-il de Bêtes Magiques pareilles au monde ?

« Edith, comment appelle-t-on cette fleur ? »

Elle prononçait son nom avec tant de tendresse.

Sans se douter le moins du monde que cette réserve, entre faiblesse et puissance, pesait sur elle.

Peut-être même en ayant conscience, ne manifesterait-elle aucune réaction particulière.

Maybia appartenait au type de personne qui serait davantage choquée de découvrir que le cuisinier excellait à relever les plats d’oignons.

« Le bleu et le blanc vous ressemblent tout à fait. »

Maintenant, elle le comparait à une fleur. Elle lâchait des phrases qui auraient fait mousser de rage et choir net les anciens connus, sans qu’il perde la face.

« …… Je ne sais pas. Le nom. »

« Ah bon ? »

Maybia huma la fleur sans trahir ni espoir ni déception.

Sentant vaguement la chose mal tourner, Edith détourna le regard.

Curieux de savoir quelles pensées envahissaient son esprit, il ressentit aussi un vague recul, celui de ne pas s’immiscer à moins d’avoir décidé d’aller au fond des choses.

Épouser le grand-duc des Calakis n’aurait sûrement pas été le meilleur choix possible.

Maybia avait reçu d’innombrables demandes de la capitale. Les dossiers qui lui parvenaient mentionnaient déjà des listes de prétendants rédigées de façon dense.

Même le prince, intrigué par les rumeurs sur sa beauté désolante, en avait été épris. Il avait promis de faire annuler le contrat matrimonial passé par leurs prédécesseurs, quitte à engager un Mage de rang Sage.

Cette méthode aurait fonctionné, fût-ce au prix de fortes sommes et de longs délais.

Mais elle avait pointé du doigt précisément lui.

« Je trouverai. »

Edith répondit expressément qu’il obtiendrait la réponse à une interrogation que la bonne, postée juste au‑delà de la porte, aurait suffi à résoudre.

Maybia esquissa un sourire léger et vivifiant, tel un rayon de soleil printanier.

« Ne vous laissez pas emporter. »

Il comptait bien continuer à en faire trop, au moins pour l’instant.

Fût-ce simplement pour vérifier qu’elle était bel et bien celle qu’il attendait depuis si longtemps.

Le ciel était noir et le sol d’un blanc immaculé.

Le monde teinté de couleurs achromatiques semblait méconnaissable.

Si j’étais arrivée au Nord un jour plus tard, j’aurais été ensevelie sous cette neige et morte. Je l’affirme à cent pour cent.

Bon sang, reviendrai‑je vivante ?

Je serrai mon manteau autour de moi, chaussai mes bottes et me retournai vers Edith. Même dans cet instant d’hésitation, la tempête de neige ne donnait aucun signe de relâchement.

« Dépêchons-nous d’en finir. »

Tandis que je prononçais ces mots avec assurance et hochais la tête, la porte s’ouvrit.

Avant même que l’entrebâillement ne s’élargisse, un vent glacial et la neige entrèrent en trombe.

B-brrr, quel froid !

Ma température chuta en un instant. Mes lèvres tremblaient sous l’attaque soudaine du gel.

« J… j’ai choisi la mauvaise date. Quand il fera un peu plus chaud, on ira. Dans environ cent ans. »

Je réalisai à nouveau la grandeur de la magie. L’enchantement d’entretien thermique diffusé dans tout le château suffisait amplement à me permettre de contempler en paix le paysage derrière la vitre.

Comme s’il avait prévu que je laisserais ma couverture sur les genoux même à l’intérieur du château, paradis comparé à l’extérieur, Edith déclara d’un ton calme.

« L’aller au premier clocher ne prend que cinq minutes d’ici. Est-il prématuré pour la Grande-Duchesse, qui doit tout de même visiter le territoire, d’abandonner si vite ? »

L’enfer s’étalait à travers la porte légèrement entrouverte.

Tout mon corps se mit à trembler.

« U-ne voiture, p-préparez-en une. Ah, non. Vous pouvez utiliser la magie de Téléportation, n’est-ce pas ? »

« Dans ce cas, je file devant, Grande-Duchesse. »

Sur ces mots haïssables, Edith disparut littéralement de mon champ de vision en un éclair.

Traître !

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