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Rather Than the Son, I'll Take the Father

Chapitre 33

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Chapitre 33

Chapitre 33

Chapitre 33/3789%~9 min de lecture1 784 mots

Je serrai les lèvres pour empêcher leurs extrémités de former un triangle et me décidai à rompre le silence.

« Croisez-vous vraiment qu'il y ait des Esprits dans la Tour de l'Horloge, jeune maître ? »

Après avoir lâché ce qui lui traversait l'esprit sans réfléchir, Rigen grignota un biscuit avant de répondre : « …J’aimerais bien y croire. »

« Dans ce cas, j’y croirai aussi. »

Est-ce que je fais ça correctement ?

Si je renforce notre amitié ainsi, Rigen renoncera probablement à fuir la maison et au moins préviendra-t-il en cas de problème, non ?

…N’est-ce pas ?

« Euh. »

Je me préparais à cet instant depuis longtemps, à ma manière.

Ce n’était pas la première fois que j’essayais de nouer contact avec des enfants.

Mais le cadet de Charles m’avait appréciée dès le départ, tandis que les lointains cousins de ma mère ne faisaient preuve de déférence que parce qu’ils se jugeaient inférieurs à moi dans la hiérarchie, et ils refusaient de s’ouvrir.

J’étais même allée visiter l’orphelinat parrainé par la famille Morgana… mais il aurait mieux valu que je n’y aille pas.

Sept gosses sur dix avaient peur de moi, et deux ont pris la fuite sans même me regarder.

Un seul m’a fait quelque peu confiance.

« Grande-Duchesse. »

C’était un enfant si décomplexé. Envoyer une lettre à la même heure chaque mois était remarquable.

La missive commençait toujours par cette formule : « À notre généreux bienfaiteur », et se concluait par un bref point sur sa vie et une liste d’objets spécifiques demandés pour le mois.

Au début, j’ai cru que la directrice de l’orphelinat rédigeait les lettres à son nom, mais après enquête, j’ai appris que ce bambin avait la réputation d’être un véritable avare.

Se faire appeler « avare » à cet âge était assez impressionnant. En tout cas, c’était un gars qui deviendrait quelqu’un de grand.

Maintenant, c’est ma mère qui recevra ces lettres. Je me demande ce qu’elle en pensera. Elle a toutes les chances de suivre son profil attentivement pour en faire un avenir brillant…

« Euh, Grande-Duchesse ? »

Ah.

« Oui ? »

Je me remémorai brutalement à présent et répondis, tandis que Rigen me fixait intensément.

Il pesait le risque que mon âme ait fui mon corps.

« Vous vouliez dire quelque chose ? »

« Et bien… euh… »

Hein ? Je tournai vers Rigen une expression qui laissait clairement entendre que je n’avais jamais été absente.

Rigen avala sa salive avec difficulté et demanda d’une voix tremblante.

« Qu’est-ce que frère a fait de mal ? »

Ah, je me demandais justement pourquoi il ne posait pas la question.

La femme de chambre personnelle de Rigen s’agita nerveusement et me jeta un regard furtif.

Gilbert continuait d’être surveillé en rotation par des chevaliers depuis qu’il avait rejoint le territoire du grand-duc. Je crois que c’était le tour d’Azena en ce moment.

« O-on a juste tendance à passer sous silence les détails, c’est tout. »

Je posai mes coudes sur la table et penchai légèrement le buste vers Rigen.

« Tu as parlé à Edith, enfin… au grand-duc Edith ? »

« Non… »

Rigen sursauta comme s’il venait de commettre une faute, mais je ne cherchais pas à lui reprocher quoi que ce soit.

Bon, je devrais d’abord répondre à sa question.

Je ne pouvais certes pas affirmer qu’il avait battue quelqu’un à mort et qu’il comptait en faire autant pour moi…

Une mise en forme adoucie s’imposait.

Je concentrai mon attention sur les livres dont disposait Rigen. Mon regard balaya rapidement les étagères attachées au bureau, de haut en bas.

Les ouvrages étaient nombreux et bien rangés, même si on était loin de la réserve d’une bibliothèque.

Parmi eux, un livre à la couverture particulièrement colorée attira mon regard.

Je désignai un titre qui me sembla adorable, convenablement assagi et parfait pour sensibiliser les enfants : *Recueil de contes du Nord*.

Rien qu’à le voir, il débordait d’histoires où les méchants tourmentant princesses ou princes étaient systématiquement dépêtrés et cruellement châtiés.

« Il a fait exactement pareil que les méchants de ces histoires. Alors on le punit. »

Le visage de Rigen virau au blanc pâle.

« Ç, ça ne peut pas être vrai… »

Je fus légèrement surprise par l’intensité de sa réaction, bien plus forte que prévu.

Ce n’est pourtant qu’un livre de contes, non ?

Je jetai un coup d’œil à la gouvernante, me demandant si j’avais dit une bêtise.

Mais elle croisa mon regard et fit un signe discret pour signifier que je n’exagérais pas.

J’avais bien fait d’adoucir les choses. Rigen avait encore beaucoup plus de sensibilité que je ne l’imaginais.

S’il était déjà bouleversé à l’idée que Gilbert agisse comme un méchant de conte de fées, je frémis à la seule pensée de la vérité.

Rigen se mordit la lèvre avec force.

Je posai ma main sur celle de Rigen, qui tremblait contre la table.

Je sentis Rigen se raidir, mais je maintins ma pression.

« Et puis, puis-je te poser une question ? Pourquoi m’avoir interrogée plutôt qu’Edith ? »

« …… »

Edith aurait été différent des autres. Il n’aurait certainement pas esquissé et aurait tout expliqué honnêtement.

Nous le savions tous les deux.

« Tu as peur ? »

Rigen baissa les yeux.

« J’ai peur que Père… qu’il ne coupe définitivement les ponts avec frère… »

Même dans le roman, Rigen cachait désespérément ses blessures.

Il se faisait taper par Gilbert et se renvoyait la responsabilité, affirmant que frère était en colère parce qu’il manquait de quelque chose.

Des larmes montèrent aux yeux clairs et grands de Rigen, semblables à ceux d’un lapin. De grosses gouttes limpides.

J’eus l’impression qu’elles se précipiteraient en cascade si je proférais le moindre mot contre Gilbert.

Je me retenus de soupirer, même involontairement, et apaisai Rigen à coups de promesses doucereuses.

« Ne t’en fais pas trop. D’habitude, je considère que les immondices sont irrécupérables, mais pour toi, je vais le rouler partout afin qu’il puisse être recyclé, enfin… réformé. »

S’il restait roulé pendant trente ans dans un fumier, il finirait peut-être par ressembler vaguement à un être humain…

« Merci ! »

Hein ?

« Merci infiniment, Grande-Duchesse ! »

Rigen esquissa un sourire éclatant qui illumina son visage.

Il saisit mes deux mains avec les siennes et les secoua avec la solennité d’une poignée de main.

Il faisait preuve d’une positivité à toute épreuve.

Qui aurait cru que ce bambin si pur et si candide ferait un volte-face complet en l’espace d’un mois.

Il me fallait créer une multitude de souvenirs heureux pour que réalise naturellement la souffrance qu’il endurerait en fuyant la maison.

Et surtout, il ne devait absolument pas réveiller la Bête Magique.

Je retirai délicatement ma main de la sienne.

« J’espère que je ne vous ai pas trop retenu. »

« Pas du tout. Je peux passer tout le temps que vous voulez avec vous, Grande-Duchesse ! Je peux même vous faire visiter le château ! »

C’était l’exact opposé de sa réaction lors de ma première entrée dans la pièce.

Je regardai Rigen, déployant une telle ardeur, avec une expression satisfaite et lançai une autre promesse alléchante.

« Je laisserai la visite du château pour plus tard. Je retourne prendre un goûter simple avec Edith. Tu voudrais venir, jeune maître ? Je sais que tu as cours cet après-midi, mais… »

Le visage de Rigen, qui écoutait sérieusement, rougit soudainement jusqu’aux oreilles.

Son visage changeait de couleur avec une fréquence troublante. Allait-il bien ?

Je traînai les pieds dans mes paroles et jetai un nouveau coup d’œil à la demoiselle. La femme, qui paraissait avoir la vingtaine, fit un signe pour indiquer que tout allait bien.

Je hausai un sourcil face à ce signal, mais terminai ma phrase.

« …si tu as le temps. »

Tandis que nous échangeions des signes de la main, Rigen, qui bondissait sur place le visage rouge de joie, demanda avec exubérance.

« P-Puis-je vraiment venir avec vous ?! »

« Bien sûr. On partira avant le début de tes cours. »

« Alors je vais aller me changer ! »

Hein ?

« Tu es propre comme tu l’es ? »

Il n’avait aucune trace de crasse sur lui, mais Rigen semblait plus décidé que jamais.

« Non ! Je dois mettre mes nouveaux vêtements ! »

J’avais l’impression de surveiller un écolier incapable de dormir la veille d’une sortie scolaire rare vers un lieu exceptionnel.

Edith, combien de fois as-tu vu cet enfant…

« Alors j’attendrai dehors. »

Je sortis et fis monter Sera en premier.

Je m’attendais à ce que les préparatifs du goûter prennent du temps, mais Rigen fit irruption bien plus vite que prévu.

Je détaillai en silence le garçonnet de huit ans, aux cheveux peignés avec soin et dégageant un parfum délicat.

Son visage, coiffé et apprêté à la vitesse de la lumière, rayonnait.

« Euh, jeune maître ? »

« Oui ! »

« Tu mets une cravate ? »

« Je suis prêt ! »

« Le badge doré sur ton épaule ne te pèse-t-il pas ? »

« N-Non, ça va ! »

Paré comme s’il se rendait au Palais Impérial, Rigen répondit fermement.

Il s’était apprêté bien plus méticuleusement qu’à notre première rencontre, ce qui suscita chez moi une légère sensation de trahison, mais je choisis d’absorber la douleur d’une grande personne.

Et je lançai ma troisième Carotte.

« Désormais, je veillerai à ce que tu croises Edith si souvent que tu n’auras plus besoin de t’habiller comme ça. »

Les cils de Rigen frémissirent sous le coup de l’émotion.

« Grande-Duchesse… Ah, je ne peux pas me permettre d’avoir le nez qui coule. »

Je repris Rigen, qui tentait de se calmer, et remontai dans la chambre où se trouvait Edith.

L’homme, dont le visage de roi démoniaque dégageait une aura divine, affichait une mine quelque peu contrariée.

« Je suis ravi que tu sois Revenue me chercher, ma chère épouse. »

Il semblait encore ruminer ma fuite pour écouter la suite de l’explication de Rigen.

« Tu ne t’es pas fait mal, j’espère ? »

« Je suis bien plus sensible que tu ne le crois. »

Edith prononça une absurdité qu’un chien passant n’aurait même pas avalée, le visage le plus sérieux du monde, avant de faire un signe de la main.

« Entre, Rigen. »

Rigen, planté derrière moi, foula le sol du pied tant il était excité.

Il s’immobilisa hésitant devant la table, sans visiblement oser s’asseoir à côté d’Edith.

Enfin, il lui suffisait déjà d’être là pour rayonner.

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