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Rather Than the Son, I'll Take the Father

Chapitre 28

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Chapitre 28

Chapitre 28

Chapitre 28/3776%~9 min de lecture1 722 mots

Je posai ma main sur la sienne avec légèreté, pour qu’il puisse l’ôter s’il ne souhaitait pas le garder, mais il resta docile.

Ses yeux d’un bleu profond et sombre, qui fixaient les miens avec intensité, ressemblaient à des bijoux ramenés des fonds marins.

Je pouvais y penser toute la journée, je pourrais vraiment me contenter de son visage.

« Ou souhaitez-vous explorer davantage ? »

« Rentrons. »

Edith répondit sèchement.

Il semblait vraiment n’avoir absolument aucun intérêt pour les Esprits.

Avait-il mené une grande bataille contre un Esprit il y a quelques centaines d’années, ou quelque chose dans ce genre ?

C’est alors qu’il commença à descendre l’escalier sans se presser.

Soudain, j’entendis un bruit de frottement, tel celui d’une pierre qui glissait.

Je me retournai par réflexe. Mais rien n’avait changé.

N’était-ce que le vent ?

Pendant que j’hésitais, Edith plissa les yeux, comme pressé de sortir du clocher.

En tout cas, ce n’était probablement rien.

J’en fis une affaire mineure et sortis avec Edith.

Les Esprits sont enclins à la bienveillance envers les humains.

Cependant, tout comme les humains ont des personnalités variées, tous les Esprits ne partagent pas cette disposition.

À commencer par Paimon, qui avait jadis commandé une légion d’Esprits déchus et détestait par-dessus tout l’existence humaine.

Pour lui, les humains n’étaient que des jouets à tourmenter, des nuisibles à anéantir.

Il y a cinq cents ans, Paimon régnait sur les nombreux Esprits peuplant la forêt d’Eire.

Il ne vivait pas en harmonie avec la nature : il tourmentait hommes et bêtes pour les chasser de son territoire.

Toutefois, sa méchanceté allait de pair avec une ruse redoutable.

Il arrivait qu’il tente les humains en leur offrant de multiples trésors.

Les hommes stupides tombaient instantnellement dans le piège quand Paimon étalait devant eux pierreries et or.

Ils devenaient ses serviteurs fidèles, jusqu’à impliquer leurs proches, innocents du sort qui les attendait, pour les prier de leur révéler où se cachait le butin.

Parfois, des groupements misérables se proposaient même spontanément pour devenir ses esclaves.

Alors Paimon les envoyait dans des lieux infestés de Bêtes Magiques.

En leur promettant des mers d’or et de joyaux.

Plus proche d’une Bête Magique qu’un Esprit, il l’était encore plus d’une Bête Magique que d’un homme.

Et malgré l’éclat de sa gloire passée, il fut emprisonné dans un vieux clocher couvert de poussière.

Paimon n’était pas le seul Esprit enfermé dans le clocher, mais aucun n’avait connu un sort aussi atroce.

Tandis que les autres Esprits se contentaient de méditer silencieusement dans leur statues de pierre jusqu’à ce que mille ans soient écoulés, Paimon devait lutter contre la mort.

La statue de pierre qui l’abritait était un vase lamentablement petit et fragile pour contenir sa forme véritable, celle d’un dragon long de dix mètres.

Elle fissurerait au moindre relâchement.

Si le contenant se brisait avant la levée du sceau, Paimon périrait.

Naturellement, il ne souhaitait pas mourir ainsi.

Je dois aller vers cette personne. Peut-être pourra-t-elle briser le sceau.

Depuis cinq cents ans, Paimon tentait désespérément de s’évader du clocher en faisant rouler la statue.

Les progrès étaient infiniment lents.

Il lui était impossible de se presser, tant la pierre était fragile.

Il fallut plus de trente ans pour descendre d’un étage.

Pendant ce temps, l’état psychologique de Paimon empira.

Au cours des cent premières années, la haine de la vengeance le consumait :

Dès que le sceau sera brisé ! Dès que le sceau sera brisé ! Je ne vous laisserai pas seuls ! Je vous grille en enfer !

Les cent années suivantes furent vouées au déni :

C’est un rêve. Non ? Impossible qu’un grand Esprit comme moi doive rester enfermé pendant un millénaire ? Hahahaha ! Ha, ha… Merde !

Après deux cents ans au total, il renonça à conserver la raison.

Hé, ma queue, elle est longue et fine, mais je suis impressionné qu’elle tienne toujours encore. Je te récompenserai dès que le sceau sera brisé. Tu aimes l’or ?

–……

Quoi, tu es ingrat ? Si ça ne te plaît pas, pourquoi tu me regardes ?!

Incapable de s’adresser à qui que ce soit, prisonnier d’un espace où la mort approchait à grands pas, Paimon sombrait lentement dans la folie.

Il percevait parfois le bruit de la porte du clocher qui s’ouvrait, mais aucun humain ne montait jusqu’à lui.

Il conversait avec la lumière du soleil, la neige, la pluie et le vent, et continuait sa lente descente.

Puis un long intervalle s’écoula encore.

« Mon vœu est… euh… de devenir riche à croupions. »

Que pouvait donc être cet humain fou ?

Premier être vivant croisé depuis cinq cents ans, il s’en réjouissait, même s’il s’agissait d’un humain.

Cependant, cette humaine qui formulait un vœu manifestait une insatiabilité sans bornes.

D’ordinaire, ils réclamaient richesses et puissance pour une noble cause ou pour protéger un être cher, mais celle-ci ne prenait même pas la peine d’habiller sa requête de prétendue sincérité.

Pire, sa franchise était si crue qu’elle en devenait embarrassante.

« Si vous exaucez cela, je prierai également pour votre prospérité et je ferai rénover la statue de pierre. Même si tout tourne mal et que l’Esprit cesse d’exister dans ce monde, je m’en souviendrai. Wow, ce n’est pas un excellent marché ? »

Oh, c’était carrément une arnaqueuse.

Sa bienvenue s’évapora vite, laissant place à un ressentiment et à une colère grandissants.

Paimon railla silencieusement l’humaine qui se tenait devant lui.

Il trouvait ridicule qu’elle affiche autant ses désirs, et de toutes façons, à court d’énergie et face à la mort, il ne pourrait pas exaucer son vœu même s’il en avait eu l’envie.

L’humaine avait bien choisi son Esprit.

Paimon était le seul Esprit capable d’accorder aux humains ce qu’ils voulaient le plus ardemment.

Non pas la paix ni la protection, mais la fortune et la gloire.

C’était la raison pour laquelle Paimon détestait ces humains qui venaient l’embêter depuis l’époque où les Esprits étaient vénérés comme des divinités.

Ah, vais-je donc abandonner ainsi mon rêve de détruire l’humanité ? Si j’absorbe la force vitale de cet humain, peut-être réussirai-je à tenir un peu plus longtemps.

L’humaine dégageait un doux parfum. L’odeur corporelle unique et nauséabonde propre aux humains était à peine perceptible.

Malgré l’engourdissement progressif de ses sens, il était évident que cette femme était d’une nature étrange à l’excès.

Elle semblait à la fois humaine et non humaine.

Comme cette personne… Non, quelle idée délirante ! Impossible qu’elle puisse résider dans un corps humain !

Paimon s’en défendit précipitamment, mais il ne pouvait détacher le regard de l’humaine.

Qu’était donc cet être ? Devait-il la mordre pour vérifier ? Mais et si ça tournait mal ? Il ne souhaitait pas la tuer.

Paimon n’avait jamais aimé salir ses mains, mais il refusait particulièrement de toucher cette humaine.

Bien qu’elle fût destinée à le réduire en morceaux d’une simple poussée sur la statue, il n’en avait même pas envie. C’était des plus étranges.

Paimon évaluait lentement l’humaine. Sa forme véritable mesurait près de dix mètres, tandis qu’elle paraissait si petite à côté.

Surtout, elle dégageait une innocence inquiétante.

Ses yeux doux scintillaient comme des étoiles, sans la moindre idée de ce qu’était Paimon.

La couleur de ses cheveux rappelait un bouquet de fleurs, facile à repérer pour tout prédateur.

Cet être fait comme le printemps ignorait comment conditionner ses envies et aimait attacher des rubans à sa queue.

Donc, si je fais couler son sang, elle pleurnichera de douleur, c’est bien ça ? Essayons juste de la lécher… Hein.

Comme s’il devinait les pensées de Paimon, le flux d’air changea soudainement.

Ce qui semblait naguère fluet et dissipé, tel un vin dilué, laissait désormais transparaître toute son aura.

À côté de l’humaine au doux parfum trônait une présence écrasante.

C’était un démon.

Non, un Roi des Démons.

En tout état de cause, quelles que soient ses véritables origines, il ne s’agissait nullement d’un humain ordinaire.

Bien que rouillé et apparemment alangui, Paimon sut instinctivement qu’il pourrait le tuer d’un seul geste.

Oh ! Il ressemble trait pour trait à l’homme que j’avais vu il y a cinq cents ans ! Mais… ses cheveux étaient-ils de cette couleur… ?

Pourtant, il n’avait pas le temps de remuer ses souvenirs.

Le Roi des Démons diffusait de féroces intentions meurtrières depuis l’ombre de l’humaine qui souriait largement.

Hou-hip ! Désolé ! Je ne vous mangerai pas ! Je ne vous lécherai même pas, je ne vous toucherai pas du bout du doigt !

Paimon pria instamment.

La femme tourna la tête, mais ne remarqua pas que les deux pattes avant de la statue de pierre dans laquelle Paimon était scellé avaient bougé ensemble.

« Rentrons-nous maintenant ? Ou souhaitez-vous explorer davantage ? »

Rentrons ! Quittez ces lieux ! Ne revenez surtout pas !

« … Rentrons. »

Le Roi des Démons menait l’humaine. Avant de partir, il lança un regard noir à Paimon.

Si tu touches cette humaine, tu es mort.

L’humaine jeta un bref regard en arrière, mais obtempéra et quitta le clocher.

Ce n’est qu’après que le bruit de la porte qui se refermait se fut propagé que Paimon laissa échapper un long soupir de soulagement.

J’ai failli finir grillé en enfer.

Soudain, le regard de Paimon tomba sur le ruban noué à sa longue queue.

C’était un tribut que la femme aux cheveux roses avait attaché et oublié.

Et si cette femme revenait ?

Le Roi des Démons semblait tenir beaucoup à elle, et si elle essuyait la moindre égratignure en flânant dans le clocher ?

Paimon se remémora le jour où il avait été scellé, il y a cinq cents ans.

La couleur de ses cheveux et l’éclat de son regard différaient de ceux d’aujourd’hui, mais il s’agissait bien de ce Roi des Démons.

Celui qui se tenait aux côtés du premier grand-duc Calakis le jour de son emprisonnement.

Paimon avala une gorgée invisible. Si cette humaine aux cheveux roses se blessait dans le clocher, le Roi des Démons accuserait sûrement Paimon.

Pire, même en restant immobile, il ignorait quand celui-ci pourrait changer d’avis et venir mettre fin à ses jours.

Al-Alors, je continuerai simplement à tenter de m’échapper. Que je sois capturé et tue ou que je périsse ainsi.

Il remit lentement la statue de pierre en mouvement.

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