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Rather Than the Son, I'll Take the Father

Chapitre 19

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Chapitre 19

Chapitre 19

Chapitre 19/3751%~9 min de lecture1 696 mots

Messire Procyon était excité, allant même jusqu’à citer un autre nom qui désignait le Nord.

« Je vois. »

« Vous n’êtes pas éblouie ? Celle au centre exact de la porte est une véritable pierre d’Émeraude. »

Le portail, bâti avec des pierres d’un éclat plus vif que la turquoise et orné d’une énorme pierre d’Émeraude incrustée dans les reliefs, incarnait à lui seul le luxe absolu.

Mis à part les frais d’entretien, rien que le coût d’installation aurait été astronomique.

Pourtant, le Nord comptait trois autres portails similaires.

La Porte Rubis, au nord-ouest.

La Porte Ambre, au nord-est.

Et la Porte de Cristal, tout au pôle nord.

Les quatre portes construites par le premier grand-duc Calakis étaient devenues des repères incontournables du Nord.

En revanche, nul ne savait pourquoi ce premier grand-duc avait fait sertir des joyaux sur les portails.

Je levai les yeux vers la Porte d’Émeraude. La pierre, sculptée en forme de soleil, faisait la taille de ma tête.

On n’obtient pas un joyau pareil avec de l’argent.

« C’est fascinant. »

Peut-être étais-je moins enthousiaste qu’il ne l’avait espéré, car Messire Procyon arbora une moue boudeuse.

« Oh, il ne s’agit pas que de fascination ! Elle se trouve sur l’axe menant au cœur du Nord ! Dans une zone aussi fréquentée ! Un joyau exposé en plein air ! Et il n’a jamais été volé. N’est-ce pas incroyable ? »

Accompagnant sa voix frémissante d’excitation, un vent glacial se engouffra dans la calèche.

Frissonner, il fait froid. Devrais-je enfiler une autre veste ?

Soudain, je remarquai les vêtements de Messire Procyon, identiques à ceux qu’il portait dans la chaude capitale.

Il arborait même un chapeau de paille qui semblait davantage conçu pour des vacances.

Ça commençait à m’énerver.

« Messire Procyon, vous devriez fermer cette fenêtre. »

« Ah… et puis qui vais-je bien pouvoir suivre… ? »

« Il fait froid. »

Coupant court à ses protestations, je fermai la vitre brutalement. Malgré tout, j’entendais Messire Procyon renifler de l’autre côté.

Je pris le bras d’Edith et l’enroulai autour de moi comme une écharpe. Edith resta silencieuse.

Plus nous approchions de la résidence grand-ducale, plus Edith parlait peu.

Elle répondait aux questions, mais n’entamait jamais la conversation.

J’avais l’impression de savoir pourquoi, et pourtant non.

Bientôt, la calèche franchit la Porte d’Émeraude sans ralentir.

J’apercevais vaguement les chevaliers debout, épées au clair, immobiles comme des statues jusqu’à ce que le véhicule ait disparu.

Le territoire des Calakis, qui englobait la totalité du Nord, était couvert de glaciers perpétuels à plus de la moitié, malgré son joli nom d’Émeraude.

Parle-t-on, au-delà de la Porte de Cristal, de poissons étranges et d’ours sauvages hauts comme des maisons.

Mais n’importe qui ne pouvait y pénétrer. C’était là que se trouvait le plus vaste habitat des Bêtes Magiques.

Les Bêtes Magiques de ce continent étaient peu nombreuses, mais elles étaient massives et redoutables. Nombre d’entre elles disposaient également de pouvoirs magiques particulièrement embêtants.

Heureusement, chacune équivalait à une catastrophe naturelle, leur masse les empêchant de quitter aisément leur territoire. Tant qu’on ne les provoquait pas en premier.

À l’extérieur de ces zones, c’est-à-dire dans les établissements humains, l’environnement restait plutôt supportable.

On y trouvait au moins une grande forêt, ainsi que de vastes prairies et des terres propices à l’élevage, même si celles-ci n’étaient pas légion.

Bien qu’à partir de la seconde partie du roman, tout soit ravagé.

La résidence grand-ducale apparut progressivement à l’horizon.

L’ancien château, baptisé Ciclamen d’après la fleur éclatante qui fleurit en hiver, constituait une autre fierté du territoire d’Émeraude.

J’attendais avec impatience que le château Ciclamen sorte complètement du brouillard.

À quel point la demeure où j’allais vivre serait merveilleuse, majestueuse et ancienne… Point.

« Je rêve… ? »

Mururai-je vide de sens, sous le choc.

Non, il s’agissait bien du château Ciclamen, non ?

Quand on le nomme d’après une fleur, n’est-il pas censé être décoré de manière à évoquer immédiatement cette plante dès qu’on le regarde ?

On m’avait raconté qu’à sa construction, le toit du château Ciclamen était rouge comme saupoudré de pollen.

Qu’il ressemblait à un tableau et regorgeait de décorations de joyaux.

Mais maintenant… eh bien, je pense qu’on devrait simplement l’appeler le château des démons.

Le toit est noir. Les murs sont noirs. Les remparts sont noirs.

Cette résidence grand-ducale Ciclamen, loin de correspondre à son nom, était difficile à qualifier de belle ou charmante, fût-ce par politesse.

J’acceptais mal la réalité. Je me retournai pour contempler la Porte d’Émeraude, déjà éloignée.

…S’ils avaient consacré ne serait-ce que la moitié des efforts investis dans ce portail au château, celui-ci n’aurait pas fini dans cet état.

Premièrement, tous les joyaux qui ornèrent autrefois le château Ciclamen semblaient avoir été arrachés.

Ensuite, l’extérieur n’était pas seulement décoloré : il était noir comme du goudron, comme trempé dans une encre opaque.

N’avaient-ils donc jamais nettoyé les remparts en cinq cents ans ? Comment un château nommé d’après une fleur peut-il arriver à ce point ?

À voir, si on frotte avec la paume, les taches finiront bien par partir.

Peu importe la proximité du territoire des Bêtes Magiques, ton goût esthétique et ta sensibilité devraient nécessairement flétrir si tu vivais dans un endroit pareil.

Sérieusement, excuse-toi auprès de la fleur de ciclamen.

Je comprends désormais pourquoi Rigen porte une chemise bleue, un gilet jaune et un pantalon vert.

Aucun animal n’est aussi sensible à son environnement que l’homme, mais là, on dépasse les limites.

La perspective de devoir remettre ça en état en tant que grande-duchesse me glaça et m’arracha un soupir.

« Vraiment magnifique, vraiment… »

Il y avait si peu de fenêtres que je me demandais si l’air pourrait circuler correctement.

J’aurais voulu traîner toutes les Bêtes Magiques vivant sous le glacier, au-delà de la Porte de Cristal, et démolir la bâtisse, mais…

Contempler ce château sinistre couleur encre me plongea dans la déprime.

Ah, c’est vraiment désespéré. Désespéré…

Je regrettai aussitôt le château du marquis, dans le territoire de Morgana, qui brillait du corail et de la lumière printanière.

Ho. Redressons-nous, Maybia. Tu vas y arriver.

Je balayai rapidement le château des yeux et fis le bilan.

Nous aurons définitivement besoin de rajouter des fenêtres, de reconstruire les flèches, de démonter intégralement la toiture, et la peinture devra passer en priorité, non ?

Et puis…

…À la rigueur, construisons-en un nouveau. Il y a assez de terrain libre ici, non ?

« Edith. »

« …. »

« Edith ? »

« …. »

« Hé. »

Edith finit par se tourner vers moi.

« Ah… M’appelais-tu ? »

J’agitai les doigts devant ses yeux troublés, envahis par d’autres préoccupations.

Combien ça en fait ? Est-ce que tu es même focalisée en ce moment ?

« Tu penses à quoi, au juste ? »

Après un long silence, Edith prit enfin la parole.

« Seulement. »

« Seulement ? »

« Je me demande si c’était une bonne idée de t’amener ici, madame. »

Hein ?

Je ne connais pas parfaitement Edith. Mais même moi peux détecter qu’elle agit un peu bizarrement.

Je mis de côté, pour un instant, cette prison d’encre choquante, enfin la résidence grand-ducale, et concentrai toute mon attention sur Edith.

« Comment as-tu pu en venir à cette conclusion ? »

Edith inclina la tête vers la résidence grand-ducale, qui se rapprochait.

« Ne dirait-on pas que tu t’engages sur un chemin semlé d’embûches ? »

Donc tu reconnais le problème.

« Je n’ai jamais vu une construction aussi extravagante. Une Bête Magique pieuvre géante serait-elle venue cracher de l’encre dessus ? »

Le choc était tel que j’énonçais des absurdités, lorsque soudain Edith se frotta le menton.

L’air absorbé dans ses réflexions.

« Que se passe-t-il ? »

« Il est difficile de garantir que l’intérieur sera meilleur, alors je ne sais pas comment te rassurer. »

« Alors pourquoi le portail est-il si brillant et le château ressemble-t-il à ça ? »

« En effet. »

Hé, ce n’est pas exactement une réponse très sincère.

Tandis que je cherchais mes mots, la porte du château s’ouvrit et la calèche s’immobilisa.

Quoi qu’il en soit, j’avais déjà baissé les bras depuis longtemps.

Le froid mordant me fit serrer les dents.

En sortant maladroitement de la calèche sous l’escorte d’Edith, j’entendis miauler un chat.

« Miaou. »

« Miaaaou. »

« Miou miou. »

Hein ? Je baissai instinctivement les yeux.

Trois chats vêtus de minuscules habits et coiffés de chapeaux à grelots tournicotaient autour de mes chevilles.

Leur pelage, chacun d’une nuance différente, était soyeux et ils étaient tous dodus. Ils paraissaient extrêmement bien entretenus.

« Edith, le deuxième prince aime-t-il les chats ? »

« Je ne crois pas. »

« Ce seraient alors tes Familiers ? »

« Ils sont trop maladroits pour servir à quoi que ce soit, même si tu me les offrais. »

Qui les élève, alors ?

De toute façon, je suis certaine que ce n’est pas Gilbert.

Les chats firent le tour de moi, méfiants face à Edith.

Un chat tigré couleur fromage, au corps étiré comme un mochi, leva les yeux vers moi et eut un tremblement dans les pupilles. Pourquoi fait-il ça ?

Messire Procyon, qui s’était approché sans bruit, salua joyeusement le chat de robe bicolore.

« Maximus ! Comment vas-tu ? »

Je me demandai brièvement quel était le nom de l’empereur actuel.

Le chat bicolore, dont le nom convenait parfaitement à la noblesse, jeta un coup d’œil à Messire Procyon.

Apparemment, un simple salut ne suffisait pas, car Messire Procyon tendit le bras et s’inclina. Maximus leva alors la queue bien haut et émit un grondement menaçant.

Signe évident qu’il refusait qu’on le prenne dans les bras.

« …Je vais bien. Je ne suis pas, snif, vexé, hnn. »

Je ne pensai pas qu’il ait besoin de réconfort, alors je laissai derrière moi Messire Procyon, le cœur brisé, et pénétrai dans le château.

La première chose qui me accueillit fut un tapis couleur fromage.

Non, euh, voyons.

« Ce n’est pas exactement la même nuance que celle du chat qu’on vient de croiser ? »

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