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Princess Shu

Chapitre 10 : Je m'appelle Valia Dean

Princess ShuPrincess Shu
Chapitre 10

Chapitre 10 : Je m'appelle Valia Dean

Chapitre 10/2148%~6 min de lecture1 151 mots

Contrairement au temple du royaume dont Valia venait, celui de l'Empire était immense. L'intérieur n'était pas décoré avec faste, mais le marbre blanc et les nombreuses verrières étaient de toute évidence de grande qualité. En temps normal, Valia n'aurait jamais pu détacher les yeux d'un artisanat aussi fin, mais les choses étaient différentes à présent.

« Par ici, Votre Excellence », dit un prêtre avec un geste de la main.

Valia était blottie dans les bras chauds du marquis. Non, il eût été plus juste de dire qu'elle était serrée dans son étreinte comme un cadavre. Il faut avouer que Valia respirait à peine.

'Et si j'étais trop lourde ?'

Il n'était que naturel qu'elle s'en inquiétât, puisqu'il la portait depuis l'arrière-cour. Le marquis continuait pourtant d'arpenter les longs couloirs sans le moindre signe de fatigue. Au bout d'un moment, ils entrèrent dans la chambre d'honneur.

Le prêtre se tourna vers eux deux. « Je vais vous apporter de quoi tromper votre faim. »

Le marquis acquiesça aux paroles du prêtre. Celui-ci finit par refermer la porte et s'en alla, ne laissant qu'eux deux dans la vaste pièce. Valia mourait d'envie de descendre, mais elle ne put que remuer les doigts, le marquis ne montrant aucune intention de la reposer.

'Pourquoi ne me repose-t-il pas ? Devrais-je lui demander de me poser ?'

Le problème, c'est qu'il était embarrassant de lui parler. Par bonheur, le marquis finit par déposer Valia, mais il fut un peu gênant qu'il l'allongeât sur le lit, et non sur le sol ou sur le canapé.

Valia se recroquevilla et pria pour qu'il parte vite. Elle voulait qu'on la laisse seule au plus tôt, afin de se rouler dans une couverture. Quand une personne est embarrassée, elle peut passer la nuit entière à ressasser son humiliation, et elle était certaine de ne pas fermer l'œil. Mais Dieu fut cruel.

Le silence s'installa.

Le marquis ne partit pas. Bien au contraire, il s'assit à côté de Valia. Elle n'avait pas le courage de lui faire face, aussi inspira-t-elle un petit coup. Elle baissa la tête comme si elle avait fait une bêtise, et la seule chose qu'elle voyait de son point de vue, c'étaient les mains de l'homme.

Oh, Seigneur.

La main se tendait vers son corps. À cet instant, un flot de pensées déferla dans la tête de Valia.

Le lit. Et la robe qu'elle portait. La cape qui protégeait sa pudeur était tombée depuis longtemps dans l'arrière-cour. La seule chose qu'elle portait à présent, c'était ce vêtement diaphane.

Valia déglutit à sec. La main approchait si lentement que, de son point de vue, le mouvement se réinventait et se redessinait à chaque instant.

Au moment précis où la main du marquis allait toucher sa peau, Valia ferma les yeux de toutes ses forces.

« Euh, Dieu nous regarde », parvint-elle à articuler.

Schuden s'arrêta un instant, puis releva la tête. Valia vit ses yeux rouges de près pour la première fois. Il avait des yeux rouges envoûtants, cernés d'un liseré pâle. À un moment, ces yeux rouges prirent une teinte amusée, et bientôt il éclata de rire.

« Vous semblez vous être méprise », gloussa-t-il.

Valia ne dit rien.

« J'essayais simplement de retirer mes vêtements pour que vous les enfiliez. »

Le visage de Valia devint rouge d'humiliation. Elle croyait que les hommes n'avaient aucune retenue, mais elle s'était lourdement trompée ! Elle se maudit cent fois, et parvint à ouvrir la bouche.

« Je… c'est ainsi que cette robe est censée être… Vous vous êtes mépris », bredouilla-t-elle.

« Je ne suis pas assez grossier pour traiter les gens différemment selon leur mise », répondit simplement Schuden. Il souleva la dentelle qui coulait sur sa peau, sans la toucher. « Allez-vous parler sans regarder mon visage ? »

« Ah… »

Alors seulement Valia leva la tête. Elle vit que le marquis était bien trop près, du fait qu'il lui offrait ses vêtements. À cet instant, tout devint noir et blanc pour Valia, mais, chose étrange, la vue du marquis seule demeura en couleurs.

« Quel est votre nom ? » demanda-t-il.

Valia fixa le marquis sans répondre. Elle éprouvait quelque chose qui ressemblait à… de l'envoûtement. Elle l'avait vu autrefois, mais pas d'aussi près. Un homme aussi beau que celui-ci était une véritable rareté. Les princes qu'elle avait vus en servant la famille impériale étaient beaux eux aussi, mais ils ne soutenaient pas la comparaison avec ce spécimen. Cet homme n'était pas seulement bien fait. Comme pour illustrer ce qu'est un corps d'homme, ses épaules étaient larges et ses mains semblaient solides, comme il fallait s'y attendre…

Mais le marquis interpréta le silence de Valia autrement.

« Il semble que j'aie été impoli envers vous. Je m'appelle Schu… »

Il allait dire Schuden Garth, mais il referma la bouche. Il n'était pas assez arrogant pour présumer de sa réputation. Cette jeune femme devait toutefois savoir qu'il était un noble de haut rang. Une guerre continentale récente l'avait fait connaître sous le nom du Meurtrier, et le nom du marquis Garth avait dépassé la seule notoriété d'un membre de la famille impériale d'un royaume.

Le marquis n'avait cependant pas l'intention de révéler son identité pour l'instant. Aucune raison particulière : il voulait simplement parler avec elle sans contrainte. Il se souvint d'un banquet récent donné par la famille impériale. Les nobles rencontrés là-bas avaient généralement deux réactions : la terreur, ou la flagornerie. Aucune des deux n'était du goût de Schuden.

« Schu… Je crois que vous pouvez me connaître sous ce nom pour l'instant », dit-il lentement.

« Vous avez dit Schu ? » demanda-t-elle.

« Oui. »

La femme cligna des yeux. Puis elle sourit.

Valia connaissait déjà son identité de par sa vie précédente. Elle trouva amusant qu'il mentît, même si c'était mal fait. Chose surprenante, le nom « Schu » était mignon, en plus.

« Schu. C'est un joli nom », fit-elle remarquer.

Joli, disait-elle…

Schuden, qui n'avait jamais entendu pareille chose depuis sa naissance, la fixa sans un mot. La femme cligna des yeux une nouvelle fois, puis ouvrit la bouche et dit :

« Je m'appelle Valia Dean. »

« Mademoiselle Dean », dit-il.

Le Grand Prêtre avait mis une somme considérable en récompense de la sélection des princesses, et le marquis avait naturellement supposé qu'un certain type de femme s'était portée candidate pour l'argent. La valeur des richesses offertes par le temple aurait alléché une roturière, mais la plupart des aristocrates auraient dit : « Je ne peux pas céder ma fille pour ce montant… ». C'était une somme qui suscitait ce genre de réflexions.

Le marquis Garth avait envisagé qu'un noble déchu, qui conservait à peine son titre mais avait perdu toute morale, eût vendu sa fille ; mais sa supposition était fausse. La femme en face de lui semblait plus instruite qu'il ne s'y attendait.

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