« Et comme Marina insistait vraiment, je suis sorti avec elle, mais… »
Troisième jour du retour du grand frère Palle. Lorsqu'il entendit l'histoire de la rupture de Palle avec sa neuvième petite amie, Falma pensa « C'est bon, arrête » et coupa court à la conversation. Blanche regagna discrètement sa chambre pour dormir.
« C'est pas mieux si tu commences par nous dire ce que t'as appris aux cours de l'université de médecine de Norbatz ? »
Après avoir enduré pendant trois heures, jusqu'à minuit, les récits de bon élève et les histoires de cœur de son grand frère, Falma en vint au sujet principal. Son frère aîné, un beau garçon à la tête bien faite et aux muscles saillants, était un véritable *riajū* certifié, au point que Falma faillit faire une crise de jalousie. Un *riajū* pour qui le nom étrange de ce médicament allait comme un gant.
Dans ce monde, il semble que plus les hommes maîtrisent les arts divins et plus ils ont la tête dure, plus les femmes les admirent. Et comme Falma n'a pas une personnalité extravertie, en dehors de la pharmacologie, dans sa vie privée,
(Quand j'aurai cet âge, je ne serai probablement pas populaire non plus.)
Il s'était vaguement résigné à traverser une jeunesse sans couleur. Mais même ce Falma, en vérité, des propositions de mariage avec des filles de haute noblesse lui étaient parvenues par l'intermédiaire de Bruno. L'intéressé n'en avait aucune idée.
« Ouai ! Les cours, hein. Tu veux entendre ça, toi aussi. Après tout, j'étudie à l'académie la plus avancée du monde. Tu comprendras probablement pas, c'est trop tôt pour toi. « Grand frère, je comprends rien du tout », tu finirais par pleurer en me le disant. Dahahaha, c'est ce qu'on appelle : plus le petit frère est bête, plus il est mignon. »
« Apprends-moi. »
Bien que cela ressemble à une répétition, Falma a la personnalité qui lui permet d'ignorer les provocations. S'il avait eu un tempérament colérique, il aurait probablement mis une raclée à son grand frère. Et Ellen, qui ne supportait pas les moqueries, avait déjà boté les fesses de Palle quand elle s'était fait taquiner. Depuis, ils se disputent à chaque fois qu'ils se croisent, dit-on.
« Voici le sujet le plus brûlant à Norbatz en ce moment. »
Son grand frère sortit ses manuels avec aplomb. Le titre : « Science de l'élément divinité ». Falma le prit et en feuilleta les pages.
« … C'est incroyable ! »
« Je sais, tu piges aussi ? »
« Pas du tout ! »
Falma fut ému. À l'université de médecine de Norbatz, où se réunissent les cerveaux les plus avancés du monde, on avait pour la première fois dissous la théorie des quatre éléments, base des arts divins, et réorganisé les alignements des composés du langage divin utilisés en alchimie en arrangements de symboles plus simples. L'épreuve consistant à créer une discipline fondée sur l'observation des phénomènes plutôt que sur la pensée avait déjà commencé.
Mythologie, traditions, arts divins et science ne faisaient qu'un jusqu'alors, mais il semble que des érudits estimant qu'une compréhension plus approfondie de chacun permettrait de mieux saisir les phénomènes naturels aient commencé à apparaître.
Les universitaires géniaux et les alchimistes médicinaux de Norbatz se mirent à chercher la plus petite unité de matière.
De l'alchimie, à la chimie.
Les prémices de cette transition commencent à poindre. Tout comme dans l'histoire des sciences sur Terre.
(Vous assurez, l'université de médecine de Norbatz. Comme on s'y attend du rassemblement des cerveaux du monde !)
Falma accueillit favorablement ce mouvement.
S'ils parviennent à écrire des formules de réaction chimique, Falma pourra décrire les processus de synthèse des substances et les envoyer au loin. Ceux-ci seront copiés dans des livres, et les lieux du monde entier pourront synthétiser des médicaments modernes.
« Pour l'instant, 26 éléments ont été découverts, et des symboles pour eux ont été inventés. »
« Hé ! »
(Il y en a 118 sur Terre, mais en trouver 26 est déjà significatif.)
Sur la première page du manuel, le tableau des symboles d'éléments et de leurs noms était écrit.
(Ah, mais, la chaleur et les photons y figurent. Ce ne sont pas des éléments, ces quatre-là ne le sont pas, ce sont des composés. Comme c'est proche ! Il n'y en a que 20 de découverts, en fait.)
Ils commettent les mêmes erreurs que dans l'histoire des sciences sur Terre.
« Si je pouvais corriger les erreurs dans les manuels… », pensa Falma avec frustration, mais comme les parties à corriger étaient immenses,
(Si c'est comme ça, mieux vaut écrire le manuel depuis le début. Dans ce cas, il sera peut-être plus facile à accepter si j'utilise les symboles déjà établis dans ce monde. J'écrirai les parties nécessaires.)
Et avec ça,
« Grand frère, je veux copier ce livre, c'est bon ? »
« Haa ? C'est trop tôt pour toi. Tu ne connais pas les bases, il n'y aura pas d'applications si tu les négliges. »
Le grand frère qui regarde son cadet comme un idiot. « C'est bien pour ça que je veux corriger les bases », se réfuta Falma en lui-même.
« S'il te plaît, grand frère, je ferai de mon mieux pour étudier. »
« C'est pas possible de refuser, hein. Ne le salis pas, d'accord ! Ni encre ni traces de doigts, ok ! », son grand frère lui prêta les manuels en faisant le fier. C'était un grand frère léger et facile à vivre dès qu'on le complimentait.
Sur Terre, le centre du savoir en médecine et pharmacologie était l'Europe.
Mais la base actuelle, c'est les États-Unis.
Personne ne s'offusquerait si la base de recherche était transférée de l'université de médecine de Norbatz à la capitale impériale.
Son père Bruno, président de l'université pharmaceutique de San Flueve, réunirait des talents exceptionnels, les formerait à la pharmacologie moderne et entraînerait des experts. Si cela arrivait, Falma n'aurait plus à porter le fardeau seul, et pourrait confier la recherche de nouveaux médicaments à des experts. Son travail avancerait très bien. Plus il y a de main-d'œuvre, plus les sciences se développent.
« Après ça, s'il faut citer une découverte majeure, ce serait le microscope, hein. Depuis l'invention de cet appareil, on peut voir de minuscules créatures vivantes qu'on ne pouvait pas voir à l'œil nu jusqu'alors ! Tu peux imaginer ça ? »
« H-Hé … »
« Ta réaction est nulle. Tu en connais pas la valeur, ou tu arrives pas à imaginer le monde microscopique. Hahahaha, c'est bien ce que je pensais !! »
« C'est incroyable. Je me demande à quoi ressemble ce monde ! »
À un pharmacien qui avait utilisé du microscope optique au microscope électronique, en passant par divers types de microscopes, et qui pouvait observer des molécules s'il le voulait, son grand frère riait aux éclats en le dominant. C'était comme vanter la natation à un poisson.
(Même là, on dirait qu'il n'a pas découvert.)
Il semble que le grand frère de Falma ne sache pas qu'il a exporté des microscopes à lentille unique vers Norbatz. Il ne fait aucun doute que Bruno et l'apothicaire de la cour royale Claude ont fait pression sur l'université de Norbatz pour qu'elle ne cherche pas l'identité de l'inventeur.
« Y a un autre sujet. Court la rumeur que le remède miracle contre la peste blanche (tuberculose) existe. »
Falma tressaillit.
« La recette serait tenue secrète, cela dit. C'est dingue, non ? La maladie incurable, la peste blanche, pourrait devenir guérissable ! »
« Hé, c'est incroyable ! »
Même en enquêtant, il semble que l'histoire de l'impératrice de San Flueve atteinte de la peste blanche n'ait pas filtré jusqu'aux étudiants. C'était probablement un secret connu des seuls hauts dirigeants.
Il semble que les informations personnelles de la patiente n'aient pas fuité.
Son grand frère, après ça, continua à vanter les exploits de l'université de médecine de Norbatz comme s'ils étaient les siens.
« C'est bien d'être fier de son alma mater », pensa Falma.
« Aujourd'hui c'est dimanche, on va à l'office du dimanche au temple du Gardien ! »
Le grand frère Palle embarqua Falma et sa petite sœur Blanche pour le temple de la paroisse de la capitale impériale de San Flueve, où était vénéré le dieu Gardien aux attributs multiples, dès le matin. En y repensant, leur père ne les avait jamais emmenés prier au temple du Gardien, une seule fois, mais son grand frère, lui, était très religieux contrairement aux apparences. Falma, pour la première fois depuis son arrivée dans ce monde, entra dans ce qu'on appelle un temple. Blanche dit que ça faisait longtemps et regarda autour d'elle.
« Si on n'a pas les bénédictions du dieu Gardien, ni les arts divins ni les études ne marchent bien, après tout ! »
(Je vois, la raison pour laquelle grand frère est un utilisateur d'arts divins si confiant, c'est peut-être le fruit de sa prière sincère.)
En y repensant, c'était son grand frère qui avait tenu tête à Falma, dont les capacités physiques étaient augmentées par le bâton du dieu de la Médecine, lui tirant dessus même en ayant de la fièvre. Falma entrevit les efforts de son grand frère.
Au sanctuaire du temple, les rites de l'office du dimanche se tinrent. Dans le temple, nobles et roturiers se côtoyaient.
Sur l'autel, se tenait le grand prêtre qui se rendait souvent à la pharmacie.
Il y eut la récitation de la Bible pendant les rites, puis la prédication et la bénédiction du grand prêtre. Ce dernier, une fois l'office fini, remarqua Falma et s'approcha de lui en trottinant, tout heureux.
« Vous voilà enfin, Falma-sama. C'est bien aimable à vous d'être venu ! »
Chaque jour, le grand prêtre invitait Falma à venir au temple. Il disait que le temple serait purifié ou deviendrait un sanctuaire rien qu'en y entrant. Les motifs incrustés dans le sol du temple émettaient une faible lumière bleue à chaque pas de Falma.
(Beurk… ça brille, d'une façon ou d'une autre.)
Falma, qui ne comprenait pas ce qui se passait, trouva le changement qu'il avait provoqué inquiétant, et ne ressentit qu'une angoisse indéfinissable.
« Attendez, toi ! Pourquoi le grand prêtre-sama te parle avec -sama ? »
Le grand frère, voyant le grand prêtre du temple du Gardien, qui avait la plus grande influence dans la capitale, parler à Falma avec une attitude respectueuse, fut surpris et lui demanda en chuchotant à l'oreille. Falma arrêta le grand prêtre qui s'apprêtait à dire « Dieu de la Médecine », et « Juste une minute », s'éloigna de son frère et de sa sœur.
« Comment va l'état du bâton du dieu de la Médecine ? Je m'en inquiétais. »
Le grand prêtre n'avait pas pu le demander puisque la pharmacie était fermée depuis quelques jours à cause du retour de Palle.
« Je l'ai beaucoup aimé. J'ai senti mes capacités physiques augmenter rien qu'en le tenant. »
« C'est bien. Utilisez le bâton autant que possible. »
Prêter le bâton qualifié de trésor secret à Falma gratuitement, « Ce grand prêtre, il est trop généreux. Il doit y avoir un truc », Falma en douta. C'était vrai qu'il lui était reconnaissant d'avoir soigné ses os.
« C'est vraiment bon que j'utilise le trésor secret du temple du Gardien ? Ceux d'en haut ne vont-ils pas s'énerver de perdre le trésor secret ? »
« Nous y gagnons aussi. Des sanctuaires se créent autour de vous, mais le bâton du dieu de la Médecine répandrait bien plus de puissance divine, donc les sanctuaires s'étendraient. C'est là la vraie utilisation du trésor secret. »
« Des sanctuaires se créent ?! »
C'était la première fois qu'il l'apprenait.
« Même si des patients venaient tous les jours à la pharmacie de l'autre monde, aucun membre du personnel n'attrapait de rhume. Ils ne devraient pas avoir de petites blessures non plus. Les gens vivant près de la pharmacie devraient être pareils. »
Selon le grand prêtre, les esprits maléfiques n'approchaient pas les environs de Falma, et les gens tombaient moins facilement malades. Il semble que le grand prêtre l'ait observé, et qu'il ne vienne pas seulement acheter des médicaments.
« Je pense que c'est une coïncidence, qu'ils n'aient pas eu de rhume. Et puis, les esprits maléfiques existent vraiment ? »
Il ne pouvait y voir que de l'occultisme. Mais le grand prêtre,
« Qu'est-ce que vous dites, les esprits maléfiques existent. »
Répondit comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.
Falma ne voulait pas le croire. C'était un monde où les arts divins existent, donc les nier complètement paraîtrait faux. Mais Falma n'avait jamais vu d'esprit maléfique.
« Vous n'avez pas besoin de me cacher quoi que ce soit. Je suis un prêtre. »
Le grand prêtre avait sa propre considération.
« Ha… »
« Si vous cachez votre identité comme ça, n'est-ce pas inconfortable de ne pas pouvoir exercer vos pouvoirs divins comme vous le voulez ? »
« De quoi parlez-vous ? »
Il semble que le grand prêtre se soucie de Falma qui évite une réponse directe.
« Moi, je suis aussi un prêtre qui a étudié la divinité. Si vous avez le moindre souci en tête, demandez-moi, le grand prêtre Salomon, comme bon vous semblera. »
« Je pourrais peut-être vous donner un conseil », dit le grand prêtre Salomon.
« C'est un monde impur, mais je veux que vous restiez dans le monde matériel, le plus longtemps possible. »
Selon les légendes, les dieux et leurs incarnations n'apparaissent dans le monde matériel que pour un bref instant. Ils se cachent, haïssant l'impureté.
Falma prévoyait de vivre dans ce monde toute sa vie, mais en entendant cela du grand prêtre, il pensa à la possibilité que son existence, corps étranger pour ce monde, disparaisse un jour.
(Vais-je disparaître bientôt… ?)
Avec un sentiment indescriptible, Falma rejoignit son grand frère et sa petite sœur.
« De quoi vous avez parlé ? »
« Rien de spécial. Grand frère, tu penses qu'il y a des esprits maléfiques ? »
« Maintenant que tu le dis, je n'en ai pas vu depuis mon retour à la capitale. Le prêtre-sama les a probablement exterminés. »
Il semble que le grand frère soit quelqu'un qui « peut voir ».
« Récemment, il n'y a plus d'esprits maléfiques. Je ne les vois plus. »
Blanche dit ça. Les esprits maléfiques sont des ombres noires, ils étaient ça et là, et le malheur frappe ceux qui les heurtent. « J'ai vu une personne mourir sur le coup après avoir percuté un esprit maléfique », dit Blanche.
(Quels frères et sœurs spirituels… enfin, mon existence elle-même est spirituelle.)
Falma en doutait.
« Tout ça, c'est grâce à Dieu. On va prier le dieu Gardien-sama. »
« Oui ! »
Blanche leva aussi la main.
Ils entrèrent dans le sanctuaire où étaient enshrinées les statues des dieux. C'était un lieu spacieux et silencieux pour la prière, et la lumière des vitraux était fantastique.
Le grand frère ferma les yeux devant la statue du dieu de la Médecine et pria ardemment. Le dieu Gardien du grand frère est le dieu de la Médecine. Celui de Blanche est le dieu de l'Eau, alors elle alla vers une statue un peu plus loin.
Comme pour réagir aux paroles de prière du grand frère, les emblèmes en forme d'éclair sur les deux bras de Falma tressaillirent, et l'éclat du bâton du dieu de la Médecine augmenta. La prière du grand frère, c'était comme si elle devenait la nourriture de Falma. « Il y a peut-être une corrélation entre le dieu de la Médecine et l'identité de Falma », Falma ne put s'empêcher de l'admettre.
(Qu'est-ce que je suis, vraiment, dans ce monde ?)
Falma ne pouvait pas déterminer sa propre identité, et ressentait une intense angoisse et solitude de ne pas pouvoir connaître son existence.
Était-ce parce qu'il était mort en souhaitant continuer à soigner les gens, que cela avait un lien avec le dieu de la Médecine de ce monde.
(Je ne sais pas. Je ne vais pas penser à des choses que je ne peux qu'imaginer.)
… Falma repoussa cette réflexion.
Le retour du grand frère d'une semaine prit fin, et ce fut le jour de son départ pour l'université de médecine de Norbatz.
Falma, Blanche, leur mère et les serviteurs vinrent le voir partir. Le père était parti tôt pour des soins.
« Bien alors, mère chérie. Je continue mes études. »
« Étudie bien. »
La mère vit partir son grand frère qui avait si bien grandi, et retint ses larmes.
« Falma, Blanche, adieu à vous deux aussi. Je dois rentrer vite. »
« Tu as quelque chose à faire ? »
Falma demanda.
« Si je ne la vois pas ne serait-ce qu'une semaine, Natalie pleure de solitude, après tout ! C'est dur d'être trop populaire, hahahaha. »
« Mince, quel *riajū* », même en pensant ça, Falma lui fit signe de la main pour le saluer.
« Au fait, Falma. Le mois prochain, y a le marché de San Flueve dans la capitale, non ? »
Soudain, le grand frère fit un visage sérieux, comme s'il se souvenait de quelque chose. Le marché de San Flueve est le marché qui se tient dans le quartier commercial de la capitale une fois par an, et dure un mois. C'est un grand marché nocturne où se rassemblent des marchands du monde entier.
« Fais attention. »
Il n'avait aucune idée de quoi se méfier. La réputation de la pharmacie commence à se répandre hors du pays, il doit donc se méfier du vol de produits pharmaceutiques, mais son grand frère ne sait pas que Falma a ouvert une pharmacie.
« On dirait qu'une étrange maladie épidémique s'est répandue sur la grande île de la colonie du pays de Nedale. Il semble qu'environ mille habitants aient été anéantis. »
« C'est une maladie locale ou quelque chose comme ça ? »
« Je connais pas les détails. L'équipe d'enquête de Norbatz a ramené des échantillons à l'université et les a examinés. Deux des savants qui les ont examinés sont morts. »
(C'est quelque chose d'infectieux.)
Falma se mit en garde.
« Le corps du savant et l'échantillon ont été incinérés, donc plus de victimes, les habitants de l'île ont aussi été rayés de la carte, donc c'est clos, mais fais attention, Falma. Des marchandises du monde entier se rassemblent au marché, après tout. Il semble que le navire du pays de Nedale qui apportait les exportations de cette île ait disparu. »
Il disait que les bagages chargés de pathogènes mélangés dans les navires commerciaux du pays de Nedale pourraient arriver à la capitale. Le seul endroit où les navires commerciaux du pays de Nedale peuvent accoster, c'est le port de Marseille dans la capitale.
(Il faut l'arrêter au bord de l'eau.)
Falma s'impatienta.
« Grand frère, euh, l'échantillon prélevé sur le patient a-t-il été complètement incinéré et il ne reste plus rien ? »
« Il ne reste plus rien, c'était incinéré avec des arts divins de feu, après tout. Même les os des cadavres n'ont pas subsisté. La salle d'échantillons où ils travaillaient a aussi été purifiée avec des arts divins de vent et scellée. »
C'était probablement décidé que ce n'était pas quelque chose que l'université de Norbatz pouvait gérer.
Incinérer l'échantillon, c'est vraiment sûr. Falma demanda à son grand frère la progression de la maladie des savants. Plus il entendait ces symptômes, plus Falma ressentait un mauvais pressentiment.
(Ne me dis pas que… )
« Au fait, il reste les croquis des organismes existants dans les spécimens échantillonnés, faits au microscope. »
Le microscope simple de Falma agissait inévitablement comme une force de frappe immédiate au pays de Norbatz.
« Grand frère. Tu ne pourrais pas copier ce croquis, et envoyer la lettre par pigeon voyageur ? »
« Tu veux ? Pour quoi faire ? »
« Avec Père, je veux essayer de l'examiner. »
« Je vois. Père pourrait peut-être savoir quelque chose. »
Il semble que le grand frère respecte beaucoup le père qui est archiduc. Il dit que sa renommée se entend jusqu'à Norbatz.
C'était trop loin pour voler jusqu'à Norbatz avec le bâton du dieu de la Médecine. Falma ne pouvait encore que flotter avec le bâton, donc ce serait plus rapide de faire voler un pigeon messager sur de longues distances.
« Quand l'autorisation du directeur sortira, je le copierai. »
Falma confia la collecte d'informations cruciales à son grand frère.
Il ne reste que deux semaines avant l'ouverture du marché de San Flueve. Même s'il conseillait à l'impératrice de suspendre le marché dès maintenant, les bagages du monde entier se rassembleraient.
Et même si c'était des craintes infondées, les contre-mesures pour prévenir les infections qu'on peut prendre à l'avance doivent être faites au maximum, pensa Falma. Il ne doit pas y avoir d'épidémie dans la capitale en même temps que les bagages, pensant que l'infection s'était arrêtée.
Falma reprit son travail pharmaceutique habituel, et ne regardant que les patients gravement malades tout en renvoyant les cas légers vers les pharmacies affiliées à la guilde, il ordonna la mise en place d'une station de quarantaine au port de Marseille. Aussi, il s'empressa de compiler les manuels de chimie de base et de sciences pharmaceutiques modernes. Même si Falma disparaissait de ce monde, s'il y avait les manuels, les gens de ce monde continueraient à soigner. C'était parce qu'il pensait à ça.
Le pigeon messager de son grand frère, qu'il attendait ardemment, arriva rapidement. Il ouvrit la lettre. Falma se pétrifia.
(Même dans ce monde, ça existe…)
Il ne pouvait pas en être sûr. Il est dit que l'échantillon du pathogène a été incinéré, et qu'il y a des bactéries de forme similaire, c'est un pathogène d'un autre monde, donc ce pourrait être une espèce différente. Il ne voulait pas affirmer de choses catégoriques avant d'avoir utilisé l'œil de diagnostic.
Même ainsi, Falma l'avait déjà vu.
En inférant globalement à partir des symptômes du patient qu'il avait entendus de son grand frère, le croquis d'une bactérie en forme de bâtonnet dessiné là était — —.
Yersinia pestis.
Celle qui fut jadis crainte sur Terre sous le nom de peste noire ; c'est le pathogène cauchemardesque le plus redouté de l'histoire humaine, qui sévit dans l'Europe médiévale du XIVe siècle, causant la mort de 30 % de la population.
Le taux de mortalité d'Yersinia pestis est de 50 à 70 %, et lorsqu'elle progresse et se développe en peste pulmonaire,
Le taux de mortalité est de 100 %.