« Tonino. Penses-tu que nous gagnerons cette guerre ? »
Le premier prince de l'empire De Morgal, Carlo De Morgal, interroge son général, Tonino.
« Certainement. Sans faute, je vous apporterai la victoire. » (Tonino)
« Est-ce ainsi ? Alors je te laisse faire. Je te confie tout. » (Carlo)
Carlo remet la totalité du commandement de la guerre à Tonino.
Carlo a vingt ans.
Bien qu'il soit le premier prince, étant fils de concubine, son statut, sous quelque angle qu'on l'examine, n'est pas très élevé.
Toutefois, comme il est l'enfant de la favorite du roi et qu'il lui ressemble beaucoup, il est assez choyé par ce dernier.
L'objectif de cette guerre est d'étendre le territoire ainsi que de donner à Carlo quelques faits d'armes.
On ne peut vraiment pas dire que ses capacités soient grandes.
De nature, son corps n'est pas robuste et son caractère est docile. De plus, c'est sa première bataille.
Et ses talents d'administrateur ? Si vous le demandiez, préparez-vous à être déçu.
Ce n'est pas non plus la lame la plus affûtée de l'atelier.
Son unique grâce, cependant, est qu'il comprend lui-même son incompétence.
C'est ce qui le sépare des autres.
Il est donc de la plus élémentaire prudence de sa part de déléguer les tâches à un subordonné bien plus compétent.
Les seules occupations de Carlo sont de boire de l'alcool, d'admirer les belles choses de la vie et de flirter avec ses esclaves sexuelles.
Celui qui use d'un tel Carlo est Tonino. Il est le frère cadet de la mère de Carlo... En d'autres termes, c'est l'oncle de Carlo.
Dès le début, la famille de Tonino n'était pas de grande lignée, mais lorsque sa sœur s'éleva à la cour impériale, il put s'assurer un puissant protecteur en sa personne.
Tonino lui-même était un véritable prodige qui réussit à obtenir promotions sur promotions. Puis, tout naturellement, il fut mis à la tête d'une armée entière.
Il y a deux raisons pour lesquelles Tonino fut nommé par Carlo. D'abord, c'est de la famille. Ensuite, c'est un génie.
Dans l'éventualité où Carlo deviendrait roi, il était promis à Tonino qu'il serait nommé commandant suprême de l'armée. Cela dit, il n'a toujours pas l'esprit tranquille. Ce ne serait pas drôle s'il se faisait tout de même remercier.
C'est pourquoi il compte unir sa propre fille à Carlo. Ainsi, il pourrait renforcer encore leur lien et assurer complètement sa propre position.
« Qu'est-ce que tu fais là, planté à grinner ? » (Carlo)
« Ah non, je vous présente mes plus humbles excuses. » (Tonino)
Tonino interrompt prestement ses rêveries sur ce qui adviendrait une fois devenu commandant suprême. Il commence alors à réfléchir à la stratégie de cette bataille.
L'objectif actuel est de s'emparer du territoire d'Ars.
Une fois ce territoire pris, s'emparer du palais impérial de Rosyth serait une promenade de santé. Les deux ne sont qu'à un jet de pierre l'un de l'autre.
Si les choses tournent bien, ils pourraient peut-être immédiatement se diriger vers la capitale de Rosyth après la chute du territoire d Ars.
Cependant... il pense qu'ils poussent peut-être un peu trop leur chance.
La population du royaume de Rosyth tourne autour de 170 000 habitants. S'ils mobilisaient à fond, ils devraient pouvoir réunir plus de 10 000 soldats.
Si tel est le cas, ce serait une guerre assez difficile.
La stratégie de Tonino est de d'abord s'emparer du territoire d'Ars, puis de faire la paix.
Ensuite, pendant la paix qui s'ensuivrait, ils détruiraient le royaume de Rosyth en fomentant la discorde parmi les grands clans rosythiens.
Une fois, il a essayé de rallier l'une des factions rosythiennes, la faction DeBell. Mais il a essuyé un refus. La faction avait compris que, si s'allier au royaume De Morgal assurait certainement la victoire, elle n'aurait d'autre choix que de se soumettre comme un État fantoche dans le processus.
Regal, dont la fierté était grande, a probablement trouvé difficile d'accepter une telle perspective.
Cependant, il reste une possibilité de faire fonctionner le plan en portant un seul grand coup.
Le royaume de Rosyth est le plus grand royaume de la partie sud de la péninsule sud d'Adernia. Il possède de vastes champs aux riches récoltes de blé.
En d'autres termes, du moment qu'ils assurent le contrôle de ce pays, l'hégémonie de De Morgal sur la partie sud de la péninsule sud d'Adernia serait pour ainsi dire acquise.
C'est pourquoi il est impératif qu'ils fassent preuve d'une grande prudence pour prendre ce pays.
Le royaume de Gillbed participe aussi à cette guerre.
Celui qui parviendra le premier à s'emparer du sud sera certainement épuisé à ce moment-là.
« Au fait, on dit que la princesse Julia du royaume de Rosyth est une grande beauté. J'ai hâte de la voir. » (Carlo)
Carlo laisse échapper sa pensée en tapotant machinalement du pied.
« Une fois que nous aurons gagné, nous ferons de tous les Rosythiens des esclaves. C'est pourquoi elle t'appartiendra bientôt, tu sais. » (Tonino)
En réalité, Tonino aurait voulu avoir la princesse Julia comme récompense. Néanmoins, il déclare cela en ressentant sincèrement de la déception au fond de lui.
Dans la péninsule d'Adernia, les citoyens d'un pays vaincu sont généralement réduits en esclavage. Néanmoins, ce n'est pas comme s'ils tombaient tous inconditionnellement en esclavage.
Ceux qui cessent toute résistance à un stade précoce et ceux qui collaborent sont tous épargnés par un tel sort. En tout, environ 40 % de la population du camp vaincu tombe habituellement en esclavage.
« Ne fais pas une telle tête déçue. En échange, que diras-tu d'avoir la femme du seigneur du territoire d'Ars ? J'ai entendu dire qu'elle est aussi une grande beauté. » (Carlo)
« La femme d'un autre, hein... » (Tonino)
Tonino fait une tête mécontente. Un des défauts de Tonino, c'est qu'on lit facilement dans ses pensées sur son visage.
Tonino est une licorne, donc il ne se satisfera pas de la femme d'un autre homme.
« Hmm. Tu ne changes pas, hein. Tu ferais mieux d'arrêter de te soucier de cette membrane. » (Carlo)
« Ah, non. Je ne me soucie pas de la membrane, tu sais. Je me soucie plutôt du fait qu'elle a déjà de l'expérience, ne serait-ce qu'une fois. » (Tonino)
Tandis qu'ils entamaient ce dialogue grivois, le fort apparaît en vue.
Conformément aux rapports, il était exceptionnellement bien fait.
Selon les rapports des souris, environ 8 000 soldats étaient vus en garnison dans le fort.
« Eh bien, avançons pour installer le camp dans un moment. Attaquons-nous immédiatement ? » (Tonino)
« Ouais, je te laisse tout faire. » (Carlo)
La chaîne de montagnes d'Adernia est une immense chaîne située entre le royaume de Rosyth et le royaume de De Morgal.
À cause de cette chaîne, envahir avec une grande armée est difficile.
Néanmoins, il y a un point qui coupe la chaîne en deux. Ses origines varient selon les légendes. L'une dit que le sol trembla violemment et divisa la chaîne en deux. Une autre dit que des géants marchèrent sur cet endroit précis et l'écrasèrent. Une autre encore dit que le Griffon et un Dragon Divin s'y affrontèrent en duel et créèrent cet endroit au passage.
Ce point est l'endroit où le royaume De Morgal, le territoire d'Ars et la forêt de Romano se rejoignent.
Ne possédant que très peu de surface, ce point est appelé les plaines de Terrier.
Dans l'éventualité où le royaume De Morgal viendrait envahi le royaume de Rosyth, il devrait certainement passer par cette plaine.
Bien qu'on l'appelle plaine, son relief est doucement vallonné.
C'est sur une colline légèrement surélevée de la zone que se trouve le Fort Terrier.
Le Fort Terrier a deux enceintes.
La première est l'enceinte intérieure.
C'est une palissade en bois qui existe depuis le tout premier fort. Elle est excessivement fragile.
La suivante est la plus importante, les murs extérieurs.
C'est un mur de pierre nouvellement construit.
Sa largeur est d'environ un mètre pour une hauteur d'environ 5 mètres.
Ils ont creusé un fossé autour du mur extérieur et installé un pont-levis pour relier une porte à l'extérieur.
Le fort, au passage, a deux portes — une au sud et une au nord.
Le mur fait saillie de chaque côté d'une porte. Cette saillie n'est pas un rempart mais plutôt une structure en forme de tour. Sa hauteur est d'environ 7 mètres.
En bref, les structures autour des portes permettaient aux archers de se rassembler et de concentrer leur tir plus aisément.
Dans le quartier général de ce fort, Almis avait établi son commandement.
« Nos forces combinées sont d'environ 8 000 soldats rosythiens et environ 300 soldats équus. Au total, 8 300 troupes. »
Plus de grands clans que prévu ont envoyé leurs troupes. De plus, les effectifs dépassaient les prévisions. Cependant...
« La force combinée de l'ennemi est d'environ 25 000... »
« On sent leur sérieux, hein. »
Dit Tetra pendant qu'on lit le rapport.
De plus, selon les rapports des souris, l'ennemi a apporté avec lui beaucoup d'équipement de siège.
Nous sommes dans de beaux draps.
Il y a tout de même une grâce salvatrice.
« Puisque l'ennemi a apporté tout cet équipement, cela ne peut signifier qu'une chose : ils n'ont pas pu apporter autant de vivres. Cela nous arrange. »
Le Fort Terrier se trouve à la frontière entre le royaume De Morgal et le territoire d'Ars.
En d'autres termes, le côté nord est le territoire De Morgal.
C'est la saison des récoltes, donc les vivres de l'armée pourraient, selon les circonstances, être assurés une fois le blé récolté et immédiatement expédié au champ de bataille.
Même s'ils n'avaient rien apporté à l'avance, le transport des vivres ne serait pas si difficile. En d'autres termes, ils comptent compter entièrement sur une ligne de ravitaillement.
Après avoir pris le Fort Terrier et avancé profondément dans le royaume de Rosyth, ils s'assureraient alors des vivres grâce au blé récolté par le royaume de Rosyth.
Par conséquent, il n'y a pas besoin de marcher en transportant beaucoup de vivres.
Avec cela, il serait plus économique d'apporter simplement plus d'équipement de siège pour faire tomber le fort plus vite dans une bataille décisive.
Bien qu'ils soient liés par un accord de cessez-le-feu avec le royaume de Gillbed, ils sont toujours en mauvais termes.
Ils sont aussi en compétition pour savoir qui s'assurera la plus grande partie de la péninsule sud d'Adernia.
Dans cette bataille, Ron et les autres ont assumé les rôles de chiliarques.
Nous avons aussi besoin qu'ils fassent des exploits. Ce serait problématique si mes vassaux restaient au grade de centurion.
« Eh bien, nous devrions pouvoir gagner. Tout ce qu'il nous faut, c'est de tenir le siège pendant trois jours pour réussir. »
Je ris en grinnant.
Ainsi commence la guerre qui sera appelée par la suite la Guerre de Sept Jours.
Premier jour du siège
« Alors, d'abord, encerclons-les. »
Sur l'ordre de Tonino, toute son armée encercle le Fort Terrier.
« Hé, Tonino. Bien que je sache que c'est étrange de demander ça si tard mais... Ne suffirait-il pas d'ignorer ce fort ? » (Carlo)
« Ce serait un pari risqué, voyez-vous. Notre armée compte environ 20 000 hommes. Nous n'avons apporté que des vivres pour trois ou quatre jours. Bien que nous puissions nous ravitailler en pillant, il y a une possibilité que l'ennemi recoure à la tactique de la terre brûlée. C'est pourquoi il est nécessaire que nous comptions sur une ligne de ravitaillement.
Pour ce qui est de cela, ce fort doit tomber. De plus, ce n'est pas comme si toutes les forces du royaume de Rosyth s'étaient rassemblées dans ce fort. Ils devraient pouvoir racler davantage de soldats par la conscription après tout. Si nous les laissons tels quels, il y a une possibilité qu'ils nous prennent en tenaille.
Aussi, si nous sommes vaincus, bien que je prie pour que cela n'arrive pas, il y a une énorme différence entre avoir et ne pas avoir une ligne de retraite. » (Tonino)
Tonino explique soigneusement à Carlo.
Carlo, ayant compris l'affaire, hoche la tête pour montrer sa satisfaction face à la réponse de Tonino.
« Alors, que feras-tu ensuite ? » (Carlo)
« Voyons... Pour l'instant, testons leur potentiel militaire. Je vais faire sortir les soldats esclaves. » (Tonino)
Sur l'ordre de Tonino, les esclaves de combat se mettent en formation. Ce sont des esclaves obtenus lors de la guerre contre le royaume de Gillbed.
Les mille esclaves assaillent le Fort Terrier.
« La première vague arrive... Ils portent des colliers et des chaînes, hein. On dirait qu'ils ont envoyé les esclaves en premier. »
Marmonne Perm.
Maintenant qu'il le dit, ils portent effectivement des colliers et des chaînes.
De plus, leur équipement est sommaire. Il y en a même qui ne portent qu'un pagne et n'ont qu'un bâton comme arme. Cela veut dire qu'ils sont complètement jetables pour eux, hein.
Les mille esclaves se séparent en deux groupes. Chacun commence à attaquer les portes Nord et Sud respectivement. Naturellement, ils ne peuvent pas franchir le fossé.
Ils tentent d'atteindre les portes du fort en sautant dans le fossé et en nageant jusqu'à l'autre bord. Leur manque d'équipement était une aubaine déguisée car peu d'entre eux se sont noyés en chemin.
Cependant...
« Écoutez. Pas besoin de viser. Tirez simplement en barrage. »
« Haha. C'est pas commode, ça. On va leur montrer les fruits de notre entraînement ! »
Gram et Bartolo donnent le signal aux archers d'attaquer.
Fondamentalement, les arcs ne sont pas faits pour être visés en guerre. On les tire en salves. En d'autres termes, c'est essentiellement tirer beaucoup en espérant que certains touchent la cible.
Si vous essayiez de viser à l'arc, vous ne feriez que donner à l'ennemi une ouverture pour attaquer.
Les ennemis sont en train de nager à travers le fossé.
À cause d'un sort de mouvement, ils étaient des cibles faciles pour les archers.
Les esclaves de combat coulent dans l'eau après être touchés les uns après les autres.
Cependant, ils s'efforcent désespérément de construire un pont. Les esclaves coururent dessus, apportant des échelles, et tentèrent d'escalader les murs du fort.
« Quoi qu'il en soit, leur équipement est vraiment sommaire, hein. »
Gram touche un esclave avec une flèche.
Les esclaves de combat ne portent rien au-dessus de la taille et n'ont aucune forme de protection. Un par un, ils sont touchés par les flèches et coulent dans l'eau.
« Oh, ils battent en retraite, hein. »
Bartolo boit de l'alcool en regardant les soldats tourner le dos. Il arrête ses archers de tirer sur eux.
C'est inutile de gaspiller de précieuses flèches. Leur sort est scellé de toute façon.
« Haa, bande d'incompétents. Je pensais qu'au moins l'un d'entre vous parviendrait à franchir les murs du fort mais... Je suppose que c'est de ma faute d'avoir mis mes espoirs en vous, hein. »
Tonino regarde les esclaves de combat revenir.
Il ordonne alors à ses archers.
« Tuez-les tous. »
Pas même dix secondes n'ont passé. Tous les esclaves en retraite furent abattus.
« Bon, alors, confirmons leurs identités. Faisons aussi tuer leurs familles. Ceux qui ne sont pas ici seront considérés comme morts héroïquement au combat. Envoyez un message par faucon pour que leurs familles soient libérées de l'esclavage. »
Tonino tient ses promesses.
Même si c'était une promesse faite à des esclaves.
« Bon, alors, esclaves de combat. Votre sacrifice ne sera pas oublié !! Avec ça, un pont à travers le fossé a été établi. Armée principale, avan... quoi ? »
Tonino doute de ses yeux.
Quelque part, le pont a été soudainement soufflé.
Il ne comprenait pas ce qui se passait.
« Ç... c'est le fameux médicament de feu !... Salauds de tricheurs !! »
Juste comme ça, ils durent recommencer leur siège à l'étape un.