« Hum… *ehem*, *ehem*. Nous recrutons actuellement pour l'armée ! »
Roswald annonce en rassemblant les villageois. Les villageois s'échangent des regards.
« Ils prennent des soldats ? » (Dans un contexte de conscription)
« Comme prévu, ce seigneur aussi… »
« Bon, après tout, ce n'est pas un endroit sans conscription… »
« S'il vous plaît, ne me choisissez pas… »
Les villageois s'agitent dans un murmure.
Roswald le disperse en toussant bruyamment.
« C'est un recrutement militaire. Nous ne prendrons pas de soldats de force. Je vais maintenant énoncer les conditions ! Lia, donne-moi le papier. » (Roswald)
Roswald lit les conditions de recrutement.
« Voyons… Nous recherchons des recrues masculines, âgées de 15 à 40 ans. Le salaire sera payé en blé. Apportez vos propres armes. Les candidats sans armes peuvent tout de même postuler car l'armée Ars leur en prêtera. Une fois enrôlés, vous devrez résider aux environs du palais. Chaque jour, vous serez soumis à l'entraînement. Vous serez également affectés à des tours de garde des frontières par roulement. Une fois enrôlés, vous ne pourrez être renvoyés qu'en cas d'amputation traumatique ou de maladie. De plus, s'il devient nécessaire de vous faire partir à la retraite pour vieillesse, blessure ou maladie, une prime de départ vous sera versée. Les candidats doivent faire part de leur intention au chef de village dans les deux semaines. Nous cherchons à pourvoir 530 postes. Si les candidats dépassent ce nombre, nous organiserons des examens. C'est tout ! »
Les villageois s'agitent à nouveau en entendant les mots de Roswald.
« Ça veut dire que ce n'est pas obligatoire !? »
« Youhou !! »
« Hmm, que faire. Ils me paient un salaire alors je devrais essayer de m'engager ? »
« C'est embêtant de faire l'agriculture après tout… mais ils demanderont de changer de résidence… »
« J'ai peur de mourir alors… »
Roswald tousse à nouveau bruyamment.
Ainsi, l'attention des villageois se porta de nouveau sur lui.
« Nous avons une autre annonce, différente du recrutement militaire ! »
Roswald reçoit un autre papier de Lia. Il lit l'annonce à haute voix.
« S'il y a des orphelins dans le village… des enfants sans parents âgés de 15 ans ou moins… ils sont par la présente tenus d'être amenés au palais ! » (Roswald)
« Euh… pourquoi cela ? » (Villageois au hasard)
« Moi non plus je ne sais pas (en d'autres termes, ce n'est pas quelque chose que vous avez besoin de savoir !) » (Roswald)
« … La position officielle et le vrai motif risquent de s'inverser, tu sais ? » (Lia)
Roswald ferme la bouche, confus d'entendre cela de Lia. Il jette ensuite un regard noir aux villageois.
« Dans tous les cas !!! C'est un ordre du seigneur, après tout !! » (Roswald)
Roswald disperse la foule comme pour échapper au sujet.
Dans une certaine montagne quelque part dans le territoire Ars… Une certaine bête existe.
Elle a une peau que les flèches normales ne peuvent percer.
Elle a des crocs et des griffes aussi tranchants que des rasoirs.
Elle a un odorat supérieur à celui d'un chien.
De plus, elle a une force capable de terrasser un arbre.
Cette bête… est un ours brun, actuellement occupé à chercher du miel.
Peu importe à quel point les abeilles le piquent avec leurs dards, la bête reste insensible.
L'ours finit de manger le miel. Il relève la tête pour regagner son nid.
À cet instant, une flèche lui perce le visage. Elle frappe l'œil, transperce la tête. Il s'effondre en poussant un rugissement assourdissant.
« Nous ne saurions assez vous remercier, Sir Gram. » (Chef de village au hasard)
« Je vous en prie. Je ne fais que mon devoir. Un ours qui a goûté à la chair humaine est dangereux et doit être abattu. »
Gram répond avec un sourire en coin.
Il passait par le village pour proclamer les ordres de recrutement et d'orphelins. En arrivant, il apprit l'existence de l'ours et fut prié de l'éliminer.
Comme il était en service, il retourna immédiatement abattre l'ours après avoir reçu la permission d'Almis.
« Quant à la récompense… » (chef)
« Ah, donnez-moi juste la peau de l'ours. Gardez tout le reste. » (Gram)
Les villageois poussent des cris de surprise en entendant la réponse de Gram.
Dès le début, l'ours et sa peau appartenaient à Gram puisqu'il l'avait tué. Le garder pour lui allait de soi. De plus, on exige habituellement des récompenses sous forme de grain, d'alcool ou de femmes.
« Est-ce ainsi ? … Au fait, Sir Gram, combien de serviteurs avez-vous dans votre domaine ? » (chef)
« Hein ? Non… je n'en ai pas… » (Gram)
Gram répond, perplexe. Le chef de village rit largement.
« Alors, par tous les moyens, ne voudriez-vous pas prendre ma quatrième fille comme humble servante ? » (chef)
« Hein ? Euh… » (Gram)
Lulu coupe la conversation alors que Gram ne sait comment répondre.
« Non, merci. » (Lulu)
« Eh ? Ah, non… je demandais à Sir Gram mais… »
« Ha ? » (Note TL : Regard de mort féminin)
« Ah, non. Je n'ai rien dit ! » (chef)
Le chef de village recule face à l'intimidation de Lulu.
Profitant de l'occasion, Lulu tire l'oreille de Gram et l'entraîne loin du village.
« Tu as compris ? C'est le plan du chef pour rapprocher sa fille de toi sous prétexte de servante afin que tu la mette enceinte si l'occasion se présente ! Ne tombe jamais dans le panneau ! » (Lulu)
« Mais… je trouve que c'est à peu près le moment où je devrais avoir un serviteur… regarde, je viens juste d'en recevoir un récemment… » (Gram) (Note TL : Je n'ai pas compris la dernière partie alors j'ai improvisé. « 最近貰ったばっかだし », corrigez-moi si je me trompe mais je pense qu'il fait allusion à un manoir qu'il a reçu récemment.)
« Alors j'habiterai avec toi et je ferai les tâches ménagères. Nous, les sorciers, sommes libres en temps de paix après tout ! Ça ne te va pas comme ça ? » (Lulu)
« Eh !… Mais… » (Gram)
Alors que Gram hésite, Lulu le fixe avec colère.
« Tu as un problème avec ça ? » (Lulu)
« Non, Madame ! » (Gram)
Pendant cet échange, une dizaine d'enfants accoururent vers Gram et Lulu.
« Euh, excusez-nous ! S'il vous plaît, nous aussi on veut devenir soldats ! » (Enfant)
« Je suis désolé, mais quoi qu'on en dise, vous avez tous moins de 15 ans. » (Gram)
Gram sourit amèrement. Quoi qu'on en dise, tous ici ont moins de 15 ans. En plus, il y a même des filles.
« Mais !… » (Enfant)
« Pour l'instant, tout ce que vous pouvez faire, c'est bien manger pour devenir grands et forts. Une fois que vous aurez 15 ans, par tous les moyens, venez nous rejoindre. » (Gram)
Gram caresse la tête des enfants en déclarant cela.
Il marmonne ensuite en regardant les enfants partir.
« Si des enfants comme ça augmentent et que notre armée grossit, alors Almis-san aussi pourra aller plus loin. » (Gram)
« Oui. Mais les sorciers, pas seulement l'armée, sont importants aussi, d'accord ? » (Lulu)
Tous deux se regardent et rient.
Les orphelins sont rassemblés devant moi. Non, je les ai fait rassembler devant moi. Tous ont l'air inquiets.
Bon, alors…
Je les regarde et élève la voix.
« J'ai deux choix à vous proposer à tous ici rassemblés. Premièrement, vous pouvez venir vivre ici, dans ce manoir. Ici, vous étudierez les arts martiaux, l'arithmétique et la langue crétienne. À l'avenir, nous vous ferons travailler comme chevaliers. L'autre, vous pouvez retourner dans vos villages. Nous n'y verrons aucun inconvénient, quel que soit votre choix. Nous ne vous critiquerons pas. » (Almis)
J'ai envoyé des collecteurs d'impôts dans tout mon territoire pour percevoir les taxes. Je les fais aussi organiser divers documents officiels. En d'autres termes, de la paperasserie subalterne.
Cependant, on a toujours besoin de gens excellents pour la bureaucratie. Ça va peut-être pour l'instant, mais dans plusieurs années, Ron et les gars deviendront de vieux grands-pères et vieilles grand-mères faibles et la collecte d'impôts sera hors de question.
Il faut toujours du sang neuf.
Le problème, c'est comment les rassembler. Pour commencer, la première méthode est d'organiser des examens puis de recruter les excellents.
Mais cette méthode est rejetée sur-le-champ. Pourquoi ? Parce que les seules personnes capables de passer des examens sont celles qui savent lire et écrire. Or, il n'y en a pas.
La deuxième méthode, c'est de rassembler les enfants qui veulent apprendre. J'ai été profondément tourmenté par ça. Mais j'ai fini par la rejeter aussi.
En premier lieu, peu de parents comprennent la valeur de l'instruction donc je ne pourrai pas rassembler les enfants. Je ne peux rassembler que ceux qui comprennent l'instruction dans une certaine mesure, et ceux qui peuvent se permettre de perdre de la main-d'œuvre… En d'autres termes, seulement les fils et filles de chefs de village.
L'ennemi naturel du chef de village est le collecteur d'impôts. Quel chef de village enverrait ses fils et filles devenir son propre ennemi collecteur d'impôts ?
Et de là, j'ai pensé à rassembler des orphelins et à en faire des bureaucrates. On pourrait sauver des orphelins tout en recrutant du personnel en même temps. C'est une opération qui fait d'une pierre deux coups.
Néanmoins, il y a aussi de sales petites raisons à cela.
Premièrement, il n'y a pas de risque d'influences extérieures puisqu'ils n'ont plus de famille. Deuxièmement, il y a peu de risque qu'ils me trahissent, moi qui les aurais élevés, moi qu'ils embrasseraient de gratitude.
Bien qu'ils n'aient aucune preuve de capacité supérieure… Ce n'est pas comme si je leur faisais faire un travail du même niveau que les bureaucraties japonaises de l'ère moderne.
Tant qu'ils sauraient lire et écrire le crétois ainsi que faire de l'arithmétique, ils seraient assez bons.
Si je limite les matières à ces deux-là, les enfants devraient pouvoir les maîtriser d'ici leurs 15 ans.
« Qu'en pensez-vous ? » (Almis)
Je leur demande une fois de plus.
« Ceux qui veulent retourner dans leurs villages, levez la main. Je respecterai votre décision. » (Almis)
Des mains se lèvent, çà et là parmi les enfants.
Environ un tiers des enfants a levé la main. Beaucoup moins que je ne l'attendais.
Bon, même s'ils retournent dans leurs villages, ils ne seront que des bouches à nourrir. Si vous restez, un grand statut social vous est assuré. Donc je suppose qu'il n'est guère surprenant que beaucoup d'enfants aient choisi de rester ici.
« Alors, puis-je les confier à Lulu et Soyon ? Bien que moi et Tetra nous occuperons aussi d'eux de temps en temps. Ça va ? » (Almis)
« C'est bon, tu sais ! »
« Eh bien, si c'est juste les tâches ménagères pendant notre temps libre. »
Elles ont accepté.
Il y a aussi des raisons pour lesquelles ces deux filles ont été choisies comme responsables des enfants. Premièrement, la capacité des filles à aider les gens. Deuxièmement, ce sont des sorcières donc elles sont en quelque sorte libres en temps de paix. De plus, les deux ne sont pas officiellement collectrices d'impôts. Bien qu'elles aident occasionnellement, leur occupation principale est sorcière.
Si la formation de bureaucrates est faite par des bureaucrates, cela poserait problème. Une fois qu'une relation maître-élève se développe, on a tendance à couvrir les erreurs du supérieur ou du subordonné. C'est un gros problème pour une organisation.
C'est pourquoi j'ai choisi ces deux-là qui sont sorcières et pas bureaucrates officielles.
Je suis devenu un être pourri, moi aussi. (Note TL : Je te comprends mec. Je ressens d'étranges vibrations en lisant ça, tu sais.)
Bon, maintenant que l'affaire est réglée, il faut que je reçoive un invité.
« Bonjour, Seigneur Almis Ars. Je m'appelle Ismere. »
« Je suis Yang Qingming. » (Note TL : L'auteur n'a pas donné de katakana pour ce nom, c'est soit Yang Qingming (chinois) soit You Senmei (japonais). C'est probablement le second, mais je reste avec le traducteur précédent car le personnage vient de l'Empire Écarlate, c'est-à-dire la Chine)
L'homme et la femme baissent la tête et me saluent.
Une femme se présentant comme Ismere est sans conteste une Crétienne. Mais cet homme nommé Yang Qingming, quelle pourrait être sa nationalité ? Bien que le nom sonne asiatique…
Yang Qingming rit et répond comme s'il comprenait l'air bizarre que je faisais.
« Je viens de l'Extrême-Orient, de l'Empire Écarlate que tout le monde appelle le Royaume de la Soie. Yang est mon nom de famille tandis que Qingming est mon prénom. » (Qingming)
Royaume de la Soie… Je n'en ai jamais entendu parler.
Suis-je juste un paysan ignorant ?
« Si je ne me trompe pas, vous cherchez un emploi. Est-ce ce que vous souhaitiez ? » (Almis)
Tous deux s'inclinent profondément à ma question.
« Je suis parti en voyage visant la mer la plus lointaine et… j'ai accompli cet objectif il y a juste un mois. Ainsi, j'ai pensé que je devrais mettre mes écrits en livre. J'ai appris l'existence de cette chose appelée papier qui le rendrait possible. Je possède la Protection Divine de la Langue donc je peux parler n'importe quelle langue. Je suis aussi fier de mes compétences en mathématiques. Je garantis que je serai très utile. » (Qingming)
« Je vois. En échange de travailler pour moi, vous voulez du papier. Vous voudrez aussi le nécessaire jusqu'à ce que vous finissiez d'écrire votre livre. C'est exact ? »
Qingming sourit en s'inclinant.
« C'est exact. Comme on s'y attend du héros dont on raconte qu'il a été élevé par Griffon-sama. » (Qingming)
Hé, ne croyez pas ces rumeurs.
En ce moment, elles sont rapidement et ridiculement embellies ! Au niveau de cracher le feu en volant et de faire pousser des nageoires dorsales dans le dos !
« Et vous alors ? » (Almis)
Ismere me tend un parchemin en expliquant son expertise.
« Je suis architecte. Je peux planifier et inventer plusieurs dispositifs et installations défensives. Je peux aussi planifier des résidences confortables. » (Ismere)
Sur ce parchemin, elle a dessiné les plans de diverses structures ainsi que leurs illustrations finies.
Hmm, c'est bien, ça.
Notre fort à la frontière du royaume De Morgal est en bois. Je trouve ça assez peu fiable.
Cependant…
« Nous ne correspondons qu'un peu en force technologique alors pourquoi être venus vers moi ? Il y a d'autres endroits plus appropriés, comme le roi Rosyth ou le roi De Morgal. »
De tous les endroits, viendrait-on normalement jusqu'au mien ?
« Non, j'ai pensé que vous, le héros qui est le fils du grand Griffon, seriez capable de maîtriser mon architecture. » (Ismere)
« Vous mentez. » (Almis)
Ismere commence à trembler de peur, surprise par mon assertion.
« Tu vois, comme je le pensais, mieux vaut lui dire la vérité. » (Qingming)
En entendant cela, Ismere commence à dire la vérité, les yeux pleins de larmes.
« En fait… »
Si je devais résumer ce qu'elle a dit…
Il semble qu'elle ait été rejetée par tous les autres sauf moi.
Elle a été rejetée parce qu'elle est une femme. Ils ont aussi assez d'architectes. (Note TL : J'aurais aimé savoir ça avant de me former comme architecte.) De plus, ils ne pouvaient pas comprendre ce qu'elle disait en langue crétienne.
Bien sûr, il y a déjà des architectes dans les cours des rois éminents. De plus, ce sont des Aderniens.
Ce n'est pas comme si je ne comprenais pas les rois de chaque royaume qui pensent ne pas voir la nécessité d'engager intentionnellement une femme, surtout une femme qui ne les comprend pas.
Mais c'était inattendu que le roi Rosyth la rejette. Je pensais que si c'était le roi Rosyth, il l'accueillerait avec joie puisqu'il sait parler crétois après tout.
Quand j'ai demandé à ce sujet…
« Le roi Rosyth m'a dit qu'il vaudrait mieux que j'aille vers vous… » (Ismere)
Quel curieux revirement des événements ? Je ne comprends pas.
Cependant…
« Alors ça ira. Je comprends. Je vous engage. » (Almis)
« Vraiment !? » (Ismere)
« Oui. Nous négocierons le salaire plus tard. Faites-moi aussi des plans qui correspondent à la réalité, d'accord ? »
Ismere s'incline profondément à ma déclaration.