Le prochain ennemi est la grande nation de Roselle.
Quand on évoque les grandes puissances, même si elles pourrissent de l’intérieur, ce sont les Gilberd et les Faludam…
Le royaume de Roselle, lui, conserve une puissance intacte.
C’est une ligne droite… et ce ne sera pas à nous de subir le même sort.
Là-bas, une réunion secrète s’est tenue dans une salle du château royal afin de préparer la guerre contre le royaume de Roselle.
Les membres sont des familiers : moi, Bartolo, Alexios, Iar, Raymond, Ron, Rosward et Gram.
« Bien, je trouve que c’est un peu plus facile comparé à une guerre où il faut affronter plusieurs pays en même temps. »
Bartolo manque vraiment d’appréhension.
C’est aussi tranquille que d’habitude. Eh oui…
« Connaître son adversaire comme étant unique …
Inversement, un seul ennemi est indestructible.
Un duel en tête-à-tête.
Ça fait mal…
« Bartolo est-il sûr de pouvoir l'emporter sur un seul ennemi ? »
« Non… enfin, on peut facilement battre la plupart des opposants si l’on a un effectif supérieur ? Je ne peux rien garantir face au général Kryu, mais… Pourquoi me demandes-tu ça ? »
« C’est exact… »
Jusqu’ici, ils disposaient d’un effectif supérieur et ont remporté toutes les batailles.
De plus, avec Bartolo à la tête des opérations, la victoire semblait presque naturelle.
Mais à présent, il s’agit de l’élite du royaume de Roselle.
Une victoire assurée n’est plus garantie.
Alors…
« Je n’ai d’autre choix que de morceler l’ennemi. »
Bartolo et Iar murmurent en écho.
Enfin, c’est notre seule option.
Diviser leurs forces et les écraser une à une. C’est la seule issue.
Ensuite, comment faire cette répartition…
D’abord, déterminer quels secteurs attaquer et lesquels épargner.
Le royaume de Roselle n’atteint pas la puissance du Japon, mais dispose de ressources considérables sous l’égide du roi.
De plus, l’unité des Gaulois doit rester solide…
« Et si nous sortions la sorcière Merlin pour provoquer un conflit ? »
Lymond avance cette idée.
Bon, Marilyn… En effet, Marilyn semble bien établie au royaume de Roselle, et s’il retourne là-bas, un ou deux conflits politiques risquent d’éclater…
« Je doute fort que Marilyn nous obéisse. »
Pire encore, si on manipule mal Marilyn et qu’elle renforce sa position, c’est nous qui serons dans la mire.
La magie de cette femme n’a rien de bénin.
Et Marilyn et le général Kryu forment un duo redoutable…
J’aimerais que le général Kryu combatte au nord, comme par le passé.
« Pour ce qui est des Aderniens… »
« Exact. Les Aderniens soumis au royaume de Roselle semblent endurer un régime tel qu’ils ont été réduits au rang de serfs, et même Pofenia sait qu’on les exploite à outrance. »
Alexios rit en montrant les dents.
Comme à son habitude, ces méthodes sombres lui plaisent.
« Mais, contrairement aux nobles et à la famille royale, n’est-il pas difficile de fomenter la révolte des esclaves, des paysans et des vassaux ? »
« Ils ne cherchent ni à conserver leur rang ni leur argent… »
« D’abord, leur cohésion est lamentable… »
Ron, Rosward et Gram échangent un murmure.
Comme ils le disent, des êtres tels que les esclaves et les serfs se révoltent rarement, déjà par nature.
Par exemple, à l’époque d’Edo au Japon, il y eut quelques émeutes…
Cela ne relève pas d’une rébellion.
Ce n’était qu’une pétition pour alléger le tribut annuel, une forme de troubles locaux.
Il faudrait au moins réussir à entraîner un général ou un empereur pour politiser le mouvement et révolutionner tout ça !
Ce n’est pas quelque chose qui arrive sans préparation.
Enfin, ce n’est pas nécessairement vrai pour les révoltes de la période des Royaumes combattants.
Il en va de même pour les refus de service militaire au Japon.
Révolutions et insurrections exigent une certaine philosophie, un chef charismatique et un noyau dur.
Pour les esclaves et les serfs, obéir au souverain est aussi naturel que de tomber vers le bas.
Naturellement, aucune pensée subversive n’y germe.
Il est peu probable qu’un leader charismatique surgisse par hasard.
Et aucun noyau dirigeant n’existe.
Une telle révolte est impossible.
Les aristocrates et les dynastes changent aisément de camp pour des intérêts matériels, des titres ou des présents.
« Le royaume de Roselle n’a guère développé d’économie monétaire… »
À mesure que l’économie monétaire se répand et que la population s’enrichit, l’intérêt pour la politique, les droits et la loi grandit.
Or, les Aderniens sous la tutelle de Roselle vivent au jour le jour, dans la peur constante de manquer de pain, et ne peuvent naturellement pas gaspiller d’argent.
Leurs existences miséreuses les accaparent entièrement ; ils n’ont pas le temps ni les moyens de se révolter.
Bref, c’est plutôt délicat.
« Pour la famine, il faut attendre qu’elle éclate. »
« Tu invoques une malédiction ? Si tu poses la question à Julia… »
« Invoquer une malédiction… hum… »
La proposition de Raymond n’est pas mauvaise.
Une famine ne se planifie pas, et si elle survient à ce moment précis, il sera plus aisé de passer à l’action militaire.
Mais…
Les sorts qui flétrissent les récoltes, rabattent les rendements et affaiblissent la puissance adverse comportent des risques.
La magie noire est un domaine à double tranchant ; les malédictions rebondissent plus vite qu’on ne croit.
Même un sorcier de premier ordre mettra du temps à identifier un sorcier de troisième rang si celui-ci a protégé son nom, le type de malédiction et sa forme. Ils s’exposeraient alors à une contre-attaque douloureuse.
En réalité, chaque État tempère désormais ses craintes de représailles dès qu’une autre nation lance des malédictions.
En tout cas, il semblerait que les petites nations occidentales pratiquassent ce genre de dissuasion.
On ne décrète pas de malédiction nationale sans être certain qu’elle ne rebondira jamais.
Contre les Gilberd, je pense que cela pourrait réussir en mobilisant Julia et les autres mage japonais…
Mais l’adversaire est le royaume de Roselle, une puissance magique avancée.
Le nombre et la qualité de leurs sorciers dépassent ceux du Japon.
La malédiction rebondirait sans aucun doute.
« N’est-ce pas un risque trop élevé et vaut-il mieux patienter ? »
« Je suis d’accord. L’ennemi est une grande puissance. »
Raymond hocha la tête.
Les opportunités demandent de la prudence.
L’essentiel est de ne pas laisser passer la bonne occasion.
Après avoir discuté des mesures à prendre en cas de famine, la discussion porte désormais sur l’itinéraire de marche vers le royaume de Roselle.
« La question porte sur le royaume du Gilberd du Nord. L’attaquons-nous ou l’épargnons-nous ? »
Le royaume du Gilberd du Nord.
C’est un État satellite du royaume de Roselle, né d’un compromis entre Roselle et le Romarie lors de la dernière guerre.
À l’époque, le Japon n’avait aucune intention de défier le royaume de Roselle.
Le royaume de Roselle, quant à lui, souhaitait éviter de border directement le royaume de Romarie.
Résultat : un État tampon fut créé, dirigé par l’un des princes du roi Gilberd.
À présent, il est fort probable que le roi Gilberd et les siens soient devenus des marionnettes entre les mains de Roselle.
Peut-être même sont-ils enfermés.
« Iar, comment puis-je établir le contact ? »
« J’ai essayé… mais je n’ai même pas pu rencontrer quelqu’un. Le palais royal est entièrement garni de Gaulois. Pour être franc, je me demande si le roi est encore vivant. »
Hum…
Il serait absurde de dépenser des ressources sur des pantins.
Alors…
« Il faudra y aller par la force. Donc, le royaume du Gilberd du Nord serait-il notre première cible ? »
Si le roi du Gilberd du Nord avait une once de liberté d’action, il négocierait bien, promettrait sa neutralité, et permettrait une attaque coordonnée depuis les royaumes de Faludam et de De Morgal.
S’ils ne peuvent promettre la neutralité, ils ne sont qu’une épine fichée dans le flanc de la Fédération romarienne.
Elle doit être retirée sans délai.
« Iar, les propriétaires terriens aderniens et les dynastes du Gilberd du Nord ont-ils été préservés ? »
« Oui, officiellement ce sont des Aderniens, mais il semblerait que les Gaulois du royaume de Roselle leur retirent progressivement leurs terres et leurs droits… ce qui engendre de profondes frustrations. »
Un sourire effleure mes lèvres.
Iar et moi échangeons un regard complice.
À juger par la scène, Bartolo et Ron devinent immédiatement l’astuce.
« Les dynastes, propriétaires terriens et paysans aderniens, incapable de supporter l’oppression, pourraient mener un soulèvement armé et solliciter un secours venant du Japon. »
« La Majesté du roi du Romarie, Almus, ne pourrait abandonner les Aderniens et se verrait contrainte de lever des troupes. En secourant le Gilberd du Nord, elle annexe de facto les forces rebelles. »
« Et la renommée du roi Almus ayant secouru le souverain du Gilberd du Nord… cette nouvelle se propagerait comme une traînée de poudre parmi les Aderniens de tout le royaume de Roselle… »
« Cela déclencherait une rébellion générale. »
Ouais, c’est un excellent scénario.
Très bien…
« Nous agirons au printemps prochain, en février. D’ici là, Iar rassurera les dynastes du Gilberd du Nord. »
« C’est entendu, Majesté. »
Iar incline profondément la tête.
« Raymond, tu vas repérer les failles internes du royaume de Roselle grâce à nos espions travestis en sorciers et en marchands infiltrés principalement auprès des serfs. »
« C’est compris. À cette échelle, je peux m’en charger. »
Nos espions sont déjà infiltrés, il suffira donc de recouper les informations.
Avec Lymond, qui se fait de plus en plus rusé, c’est jouable.
« Bartolo, Alexios, Ron, Rosward et Gram. Préparez-vous à soutenir les révoltes dans les campagnes et entraînez vos troupes en vue de la guerre. »
« Oui ! »
Bon, va falloir racheter des vivres par un marchand chrétien…
En cas de disette, il faudra signer des contrats d’achat à prix fort pour détourner toute nourriture avant qu’elle n’arrive à Roselle.