« C'est du jus, mais santée ! »
« C'est dommage que ce ne soit pas de l'alcool, mais santée ! »
« Je ne peux pas boire d'alcool, alors le jus me va très bien. Santée ! »
Après l'exploration, nous fîmes un banquet de célébration.
On ne peut pas approcher du temple, donc on entra dans une cantine dans une zone sûre.
Récemment, on avait pris l'habitude d'essayer délibérément diverses cantines.
Peut-être parce que je suis à l'origine Japonais, je n'ai pas beaucoup de goûts ni de dégoûts, je peux manger beaucoup de choses, et Refreya aime aussi manger. Quant à Grapefull, comme d'habitude elle ne mange pas grand-chose de correct, elle se réjouit chaque fois qu'on lui offre à manger, ce qui me fait plaisir à mon tour.
Et je pense qu'il y a probablement beaucoup de spectateurs qui aiment ce genre de scènes après l'aventure.
Il n'y a sûrement pas de spectateurs qui se réjouissent de me voir manger, mais pour Refreya et Grapefull, c'est différent.
« Moine détesté, robe haïe jusqu'à la kesa » — les deux pourraient être détestées par association. Mais même dans ce cas, je pense que l'audience stagnerait avec seulement des scènes d'aventure. Il faut de la tension et de la détente.
« Un premier resto, ça met nerveux. »
« Ah, c'était le resto recommandé par la guilde, non ? »
« La guilde a quand même les mains dans pas mal de plats… »
Après tout, la guilde veut probablement garder le plus d'explorateurs possible sous la main. C'est un travail sous-traité, et ça ne tournerait pas sans les explorateurs.
« Mais ça sent bon. C'était fromage et crevettes, non ? »
« C'est vrai. Je n'ai jamais mangé de crevettes… C'est quelque chose qui se pêche en mer ? »
« Moi, je mange souvent les petites qu'on prend dans les rivières. C'est un goût qui devient addictif, tu sais ? Celles d'ici sont grandes, donc ce doivent être des crevettes de mer. »
D'après ce qu'on voit apporté aux autres tables, ce sont des homards, ou plutôt des langoustes, en tout cas des crevettes sacrément grosses.
Avant le transfert… j'en avais déjà mangé pas mal. Ma petite sœur adore les crustacés, et elle commandait parfois des quantités incroyables avec l'argent qu'elle gagnait avec un mystérieux boulot en ligne.
Peu de temps après, les plats furent apportés.
Apparemment, c'étaient d'énormes crevettes coupées en deux, badigeonnées de sauce, couvertes de fromage et passées au four.
Le nom du plat, « homard thermidor », était écrit à l'entrée, mais ça ne m'évoquait rien.
Les crevettes (comme c'est la norme pour la nourriture de ce monde) sont environ deux fois plus grosses que celles de la Terre.
Si c'étaient des langoustes, ça aurait coûté une fortune.
« C'est un plat costaud. Ça a l'air bon, tout fumant. »
« Ce truc, il doit être cher, non ? C'est vraiment bon de commander ça ? »
« C'est bon. Un repas, c'est meilleur quand on le partage. »
Cher, disons, mais ça revient à une pièce d'argent environ.
Je ne les ai pas encore échangés, mais j'ai aussi les pierres d'esprit de ma plongée en solo d'hier.
Pendant la période de course à l'audience, garder de l'argent n'a pas de sens, je veux en dépenser un maximum pour faire grimper l'audience. Dépenser pour la nourriture s'avérera étonnamment important.
J'ai un vague souvenir d'avoir lu quelque part que les émissions de cuisine et les émissions animalières sont des valeurs sûres.
J'utilisai une grande fourche à deux dents pour manger la crevette.
Le fromage fondant et la sauce bien relevée se mariaient pour une saveur riche. Cette sauce utilise du miso de crevette, c'est sûr.
« C'est vachement bon. Ça va bien avec le pain aussi. »
C'est le genre de goût qui donne envie de riz. Ce réflexe face aux saveurs fortes, c'est peut-être typiquement japonais.
« Mmm… ça fond dans la bouche. C'est totalement différent des crevettes de rivière. »
« C-c'est donc si bon ? H… bon… je vais manger… »
Refreya fit face à l'énorme crevette avec un air grave, se préparant mentalement.
Après tout, les crevettes ont une apparence qui demande du courage pour une première fois.
Au Japon non plus, pas mal de gens n'aimaient pas les crevettes. Pour Refreya, comment est-ce ? Ce serait bien si c'est juste un préjugé.
« Ei ! »
Refreya fourra la chair de crevette dans sa bouche d'une bouchée.
Bon, la première fois qu'on mange quelque chose, ça demande du courage.
« O— »
« O ? »
« O… c'est bon ! »
Le visage de Refreya s'illumina.
Tant mieux, ça lui plaît.
« Je suis émue en ce moment. De ne pas avoir connu un truc aussi bon… *mange-mange* »
« Les crustacés, ceux qui aiment adorent. Ma petite sœur aussi, elle en raffole. »
« Hein ! Hikaru, t'as une petite sœur ! »
« Ouais. Contrairement à moi, c'est une petite sœur incroyablement douée. »
Est-ce que Serika et Karen entendent aussi ce genre de conversation ?
Je pense qu'elles me croient pas coupable du meurtre de Nanami.
Mais c'est pour ça qu'elles souffrent des frictions avec les autres, non ? Ce serait plus facile si elles pouvaient dire « On jamais cru qu'il y aurait un meurtrier dans la famille ! Nous aussi on est victimes ! » mais ces deux-là ne feraient pas ce choix.
J'aimerais pas qu'elles se blessent à se battre contre le monde…
« Hein~. Mais toi aussi Hikaru, t'es fort au combat, tu sais donner des ordres, tes sorts sont précis, je trouve que t'es vachement doué, tu sais ? »
« Ça fait plaisir d'entendre ça, mais le niveau de mes sœurs, c'est pas la même dimension. Je sais pas comment l'expliquer. »
Mes deux sœurs parlaient couramment anglais dès la maternelle, et comment dire… leur soif de relever de nouveaux défis et leur capacité d'absorption hors norme les avaient rendues célèbres comme enfants prodiges avant même l'école primaire.
Elles étaient passées plusieurs fois à la télé, et pour mes parents, c'étaient des enfants dont ils étaient fiers au plus haut point.
« C'est donc ça. Vos parents doivent être fiers comme des paons. »
Une phrase anodine de Refreya me fit un effet de choc.
« Ouais. »
Je répondis brièvement, songeant un instant à mes parents.
Mes parents sont… comment dire, des gens forts. Donc probablement, même si le monde me calomnie comme meurtrier de Nanami, ils s'en ficheraient pas mal.
Au fond, est-ce que papa et maman m'inquiètent pour moi ? Je n'arrivais pas à bien visualiser cette scène.
Juste après le transfert, balancé d'un coup en forêt dans une situation terrible, je pensais naïvement que ma famille devait s'inquiéter.
Mais maintenant—
« — Hikaru ? Ça va ? T'as l'air… vachement mal. »
« Ouais, ah, désolé. J pensais un peu à ma famille. »
« … Tu as tes circonstances. Enfin, la plupart des explorateurs sont comme ça. »
Je m'attendais à ce qu'elle creuse, mais ne pas toucher à ça fait peut-être partie des règles.
Enfin, mon cas est trop spécial. Même si j'en parlais, y a de grandes chances qu'on ne me comprenne pas.
Une fois la course à l'audience finie, de toute façon j'ai l'intention d'en parler à Refreya et Grapefull, mais ce n'est pas encore le moment.
« Moi aussi j'ai une petite sœur. C'est une enfant incroyablement douée… *fufu*, sur ce point aussi on est pareils, Hikaru. »
« Moi aussi moi aussi ! Chez nous on est cinq sœurs ! »
C'est parce qu'elles sont des félines humanoïdes ? Du coup elles font des portées nombreuses ? Je me mets à penser des trucs sans queue ni tête. Leurs noms seraient Orangefull, Lemonfull… ou pas, évidemment.
Le homard thermidor était délicieux, et comme j'avais faim, je nettoyai tout ce qui fut servi, et j'en redemandai même.
On dit qu'en montant en rang, la monstruosité progresse et l'appétit augmente, mais c'est ça ? À force de devenir capable de me battre, les frais de bouffe risquent de devenir inquiétants.