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One Day My Sister Died

Chapitre 54

One Day My Sister DiedOne Day My Sister Died
Chapitre 54

Chapitre 54

Chapitre 54/6090%~10 min de lecture1 956 mots

« Tu n'aimes vraiment pas ta femme ? »

Yuan resta là, immobile, pendant un long moment.

L'état de son cœur, qui battait si fort qu'elle croyait qu'il allait éclater, se calma lentement.

Se sentant un peu vidée, Yuan esquissa un rire.

Mourir pour lui n'était pas vraiment un problème. Même si la douleur était assez intense pour la tuer, elle ne mourait jamais vraiment.

« Oui. »

Mais Klaud avait l'air sérieux.

Yuan sentit à nouveau la force de sa prise sur ses épaules et releva vers lui un pâle sourire.

« Je le promets. »

Comme pour tirer une lumière qui avait vacillé un instant au fond de ses yeux d'abîme, Yuan répondit avec beaucoup de précaution, mais fermement.

« Je ne mourrai jamais devant Votre Altesse. »

La poigne de Klaud se resserra.

La chaleur qui émanait de son corps traversa ses vêtements et s'infiltra dans les habits mouillés de Yuan, finissant par pénétrer sa peau et réchauffer son cœur.

Le bruit de sabots qui approchaient se fit plus proche.

Une calèche aux armoiries de Rockenhardt avançait sous la pluie.

Yuan observa à nouveau la pluie qui déversait, se demandant ce qu'était ce sentiment chatouilleux et chaud qui montait en elle sans raison.

Elle se dit qu'elle était heureuse à cet instant, à regarder la pluie tout en étant tenue dans ses bras.

Qu'elle avait un foyer où revenir.

Qu'il y avait quelqu'un à ses côtés qui lui disait qu'elle pouvait tout faire tant qu'elle ne mourait pas.

« Qu'est-ce qui s'est passé dehors pour que tu travailles si dur, Votre Altesse ? Tu t'es pris un œuf ou quelque chose ? »

« N'importe quoi. »

« Je dis juste ça parce que tu ne manges pas et que tu es ridicule en ce moment. »

Lancelot, qui était venu au Manoir Noir dès le matin pour entendre ses impressions sur sa première tournée du territoire, désigna le sandwich que le majordome Gustav avait laissé.

« Pourquoi ne me manges-tu pas ? Tu penses que moi, purée de pommes de terre mélangée aux carottes et aux oignons, je n'ai pas bon goût ? »

« Comme c'est grotesque. »

« Oh, c'est exactement ce que je ressens quand je te regarde ! »

Lancelot rejeta en arrière ses cheveux couleur caramel soigneusement épars et tapa le sommet de la pile de documents empilés comme une tour.

Certes, selon le rapport de Maxim, le quartier commerçant était vide à cause du manque de main-d'œuvre au printemps, et Klaud, le seigneur, semblait très mécontent et embarrassé.

De plus, il avait pas mal plu entre-temps, si bien que la tournée du territoire était pratiquement gâchée.

Klaud, qui aurait dû se prélasser dans son fauteuil à bascule dès son arrivée au bureau, avait disparu de la chambre depuis longtemps et, comme s'il était devenu une autre personne, il était assis dans le bureau poussiéreux que seuls les hommes de la famille Rebeu avaient fréquenté ces dix dernières années, feignant d'être occupé tout seul.

Il restait coi devant la vitesse à laquelle il commençait à traiter tous les affaires d'État, qu'il avait pourtant commencé à gérer petit à petit à mesure que son corps allait mieux.

« Tu as bien travaillé, Lancelot. Tu n'es qu'un corps. »

« C'est l'heure pour moi de mourir... »

« Dis-le à Eddie et à ton oncle aussi. »

« Je sais pas pour Eddie, mais si tu le dis toi-même à ton père, il sera si content qu'il en pleurera toutes les larmes de son corps ? »

Des regards acérés et des regards lisses se heurtèrent au même instant.

Lancelot comprit vite que les yeux qui brillaient avec sensibilité n'avaient pas la couleur qu'il avait croisée ces dix dernières années, mais la même que lorsqu'ils avaient croisé le fer et s'étaient entraînés ensemble il y a plus de dix ans.

Les yeux d'avant la terrible malédiction.

La couleur éclatante qu'il avait aperçue un instant illumina le cœur de Lancelot après dix ans.

« Alors, quels genre de plans notre seigneur, qui n'a que des terres sans titre, était en train de faire ? »

Le cœur plein, Lancelot s'approcha de Klaud, enfoui sous sa pile de documents.

L'écriture dense et griffonnée était inhabituelle.

« ... Hein ? »

« C'est la ville centrale de Rockenhardt, après tout. Elle doit être aussi chic et étincelante qu'avant. Elle doit avoir plein d'attractions. »

« Ne le dis pas avec cet air inoffensif. Lis exactement ce que tu as écrit ici. »

« ...... »

« Tu vas dépenser tous tes fonds privés pour transformer la ville centrale de Rockenhardt en cité commerciale ? »

« On dirait qu'on me demande de faire un miracle. Tu crois que la raison pour laquelle mes parents aimaient cette ville, c'était simplement parce qu'elle avait beaucoup de forêts ? Elle est à l'extrême nord-ouest, sans aucune montagne. Si tu traverses la forêt du nord, tu atteins un port avec une mer qui permet de rejoindre d'autres continents sans la menace des monstres. Si tu y verses de l'or, c'est définitivement possible en dix ans. »

Lancelot ne fit que bouger les lèvres et resta à fixer béatement la pile de documents déjà soigneusement bouclée.

« Tu as fait ça en un jour ? Tu n'as pas dormi ? »

Lancelot ouvrit la bouche, incrédule, puis la referma vite.

... Il avait dormi.

Le visage de Klaud, qui ne semblait pas fatigué du tout, avait une vitalité à faire glisser une mouche.

« C'est à cause de ta femme ? »

La main qui posait nerveusement le dernier document sur la pile s'arrêta.

Lancelot, qui avait saisi l'instant fugace, claqua de la langue.

« Ta femme a fait la tête pendant la tournée du territoire ? Ou notre seigneur était embarrassé parce qu'il voulait lui montrer quelque chose de bien mais n'a pas pu ? Alors tu veux en faire une ville riche et étincelante quoi qu'il en coûte. C'est ça. »

« Qui ferait une chose aussi importante pour une raison aussi ridicule... »

« C'est toi qui le fais, Klaud. »

Lancelot secoua la tête comme s'il ne pouvait pas croire la situation.

Il s'attendait à quelque changement depuis qu'il avait vu l'Aile Ouest être nettoyée et les vignes, semblables à celles qu'il avait vues enfant, enrouler lentement les murs extérieurs, mais il n'avait jamais pensé que ce serait si rapide.

Il regarda la lumière du soleil glisser le long du visage fin et net de Klaud d'un air étouffé.

Il se moquait toujours de son père, le marquis Mosan Rebeu, de retenir ses larmes chaque fois que Klaud faisait quelque chose, mais lui-même avait beaucoup de mal à réprimer l'émotion qui le submergeait.

Juste là, l'image du défunt empereur Alexei, assis comme une énorme montagne avec le petit Klaud sur ses genoux, lui disant de ne pas se battre avec Lancelot, passa et disparut comme une hallucination.

Le petit enfant était devenu cendre noire en cet endroit, s'était enfermé et semblait piégé dans la douleur et les ténèbres, laissé à mourir.

Il était toujours précaire et toujours blessé.

Il était toujours sensible et toujours tordu.

Mais après l'arrivée d'une femme nommée Yuan Pellieresse au Manoir Noir, Klaud avait changé radicalement, comme un bambou qui commence à s'élever au-dessus du sol, utilisant la douleur qu'il réprimait depuis dix ans comme nutriment.

« Ma mère... c'est la terre que mon père aimait. Elle a dit qu'elle voulait être enterrée dans le jardin de ce Manoir, pas au cimetière impérial. Je suis en assez bonne condition pour signer ces papiers plusieurs fois, donc bien sûr je m'en occupe. Ne tire pas de conclusions hâtives. N'aie pas de pensées inutiles. »

Klaud.

Sont-elles vraiment inutiles, ces pensées ? Est-ce vraiment une conclusion hâtive ?

La lumière du soleil qui s'accrochait à Klaud se reflétait aussi intensément dans les yeux couleur caramel de Lancelot.

Il ne put avaler la question qu'il n'osait pas poser à Klaud et la garda en bouche.

« Tu n'aimes vraiment pas ta femme ? »

Enfin, l'Aile Ouest était complètement propre.

Le chariot à bagages parti chercher l'eau s'arrêta hésitant au rez-de-chaussée où il déchargeait d'habitude, puis finit par avancer jusqu'au devant de l'Aile Ouest.

Plusieurs serviteurs qui sautaient du chariot admirèrent la grille à l'entrée de l'Aile.

L'Aile Ouest, révélant sa chair rouge d'origine, scintillait au soleil comme la rosée sur une rose en fleurs.

Les jeunes servantes se mirent à bavarder, disant que les divers arbres à fleurs plantés dans le jardin, ainsi que les vignes qui avaient poussé vigoureusement et s'enroulaient autour des coins, étaient frais et pleins de vie.

Yuan les salua, tenant maladroitement la brosse usée, déchirée et cassée, et adressa un sourire gêné à M. Mazarin, qui conduisait le chariot.

Le vieux cocher sourit avec bienveillance, brandissant deux brosses neuves identiques dans chaque main, comme pour dire que ce n'était pas grave.

« Madame, ne devriez-vous pas le montrer au maître bientôt ? »

« Il ne sort plus ces jours-ci, est-il malade ? »

Au bruit des jeunes servantes qui piaillaient, Yuan tourna son regard vers le majordome Gustav, qui arrivait en courant derrière le chariot, tout affolé.

Le majordome suggéra avec tact.

« Pourquoi ne pas le lui dire vous-même ? Il me semble que Son Altesse devrait avoir son temps de pause maintenant. »

Yuan, qui avait ôté son tablier et ses manches avec l'aide de Henna, acquiesça vigoureusement.

Yuan frappa à la porte du bureau avec les en-cas que le cuisinier Ralph avait préparés.

La porte du bureau au troisième étage était aussi immense et massive que la chambre de Klaud au deuxième.

Comme il n'y avait pas de réponse même après plusieurs coups, Yuan leva vers Gustav, qui se tenait à côté d'elle, un regard inquiet.

Le majordome Gustav sourit faiblement et’ouvrit la porte à Yuan, qui n'avait pas les mains libres.

« Ne me dérangez pas... »

« C'est moi. »

Au bruit de la porte qui se refermait, le visage de Klaud, qui lançait un ordre de renvoi sans même regarder la porte, se releva brusquement.

Sous ses cheveux blonds rejetés en arrière à la hâte, son visage pâle et fin et ses yeux languissamment relevés croisèrent les siens directement.

Yuan sourit radieusement et s'approcha de lui, posant les rafraîchissements sur la table.

Klaud se frotta les yeux secs et jeta un coup d'œil à l'horloge murale.

« C'est presque l'heure du repas, pourquoi te déranger ? »

« Veux-tu faire un tour à l'Aile Ouest avec moi ? »

Klaud, qui tapotait la plume sur le bureau, plongea dans les yeux attendris de Yuan et posa bientôt la plume avec un léger soupir.

Yuan hésita, puis glissa le carnet qu'elle tenait sous le bras à côté des rafraîchissements.

« C'est la recette de la <Potion de Nettoyage> qui a nettoyé l'Aile Ouest. »

Le sourcil de Klaud se haussa vivement.

Klaud, qui ne regardait que le carnet couvert de traces de doigts, croisa les bras et porta son regard sur elle.

« J'ai fait la Potion, mais c'est Hille qui a eu l'idée. Ils disent qu'on peut faire fortune si on la commercialise et la vend. »

« ... Tu veux gagner de l'argent ? Le budget alloué ne te suffit pas ? »

La première chose que Klaud fit en commençant à travailler fut de maximiser le budget alloué à Yuan.

Yuan secoua vite la tête et poussa le carnet qu'il ne faisait que regarder entre ses bras croisés. Klaud, qui l'accepta sans s'en rendre compte, l'ouvrit.

La recette de la <Potion de Nettoyage> y était consignée en détail, avec une écriture soignée et des dessins de travers.

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