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Nigoru Hitomi de Nani wo Negau - Highserk Senki

Chapitre 220

Nigoru Hitomi de Nani wo Negau - Highserk SenkiNigoru Hitomi de Nani wo Negau - Highserk Senki
Chapitre 220

Chapitre 220

Chapitre 220/221100%~17 min de lecture3 363 mots

La surface du lac était tombée dans un désordre sans foi ni loi, comme si une boîte à jouets avait été renversée. Portant en elles la contradiction de brûler sur l'eau, les embarcations s'effondraient. L'état de leurs dégâts, à la dérive, était varié. Voies d'eau par les brèches, structures supérieures pulvérisées. Encore une, une explosion éclatante dansait. Un navire dont la quille, colonne vertébrale de la coque, avait été soufflée, se brisait net en deux, sa coque grinçant comme un râle d'agonie, et entraînait son équipage au fond de l'eau.

Mêlés aux débris de bois qui flottaient, des cadavres gisant face contre l'eau erraient de-ci de-là à la surface. Le bruit grinçant qui résonnait contre la coque était le heurt macabre de corps noyés broyés par le fond du navire. Le navire ne ralentissait pas. Le combat, loin de s'achever, redoublait d'intensité.

C'était une bataille navale décisive. Pour la marine, pour les gens de mer, c'était l'affaire de leur vie, le moment où ils jouaient leur raison d'être. Donik, l'un des mages aquatiques de la principauté de Myard, ne faisait pas exception : il aurait voulu se jeter dans la bataille navale sur l'instant, mais il restait lié au pont tant qu'il n'aurait pas livré la cargaison stockée dans la cale. Il trépignait d'impatience, laissant son imagination suivre le cours du combat naval au loin, quand cela se produisit.

« En avant à tribord, mages aquatiques ennemis, approche !! »

Un navire n'est pas qu'un amas de bois. C'est un amas d'hommes, un unique organisme vivant, pensait Donik depuis toujours. Si les yeux des vigies sonnaient l'alarme face à la menace imminente, les marins déclenchaient les réactions répétées à l'entraînement et au combat réel. Les archers sortaient leurs arbalètes déjà chargées, les matelots se passaient de main en main des lances servant aussi de javelots.

Donik n'était pas en reste. Il vérifia d'une main l'état de sa cutlasse à la ceinture, récupéra une lance. La puissance de feu et la mobilité propres à l'arme des mages aquatiques révélaient leur vraie valeur lors des raids ennemis. C'est pourquoi l'usage veut que le nettoyage des mages aquatiques ennemis revienne aux mages aquatiques alliés. Les arcs et les lances sur le pont ne sont que le dernier moyen de défense. Il posa le pied sur le bastingage, s'élança vers la surface de l'eau, et cria :

« Attendez, ce sont des alliés !! Des mages aquatiques alliés ! »

« Donik, tu es sûr !? »

La voix rocailleuse du capitaine, qui commandait depuis le pont arrière, résonna.

« Oui, certainement, ce sont des alliés. …… Probablement des marins de Zelyute. »

Si Donik était inférieur aux vigies pour la simple vue, il en allait autrement pour l'identification des mages aquatiques. Il n'était pas intime avec tous, mais c'étaient des gens avec qui il s'était mesuré lors de combats d'entraînement et d'exercices entre navires. L'erreur eut été difficile.

« Vigie, qu'en est-il !? »

Pressé par le capitaine, le vigie corrigea son rapport avec un temps de retard, l'air penaud.

« Pardon, ce sont des alliés. »

« La prochaine fois, ne te trompe pas. »

En temps normal, le blâme et la leçon seraient inévitables. Mais c'était l'heure de l'urgence. Le capitaine ne poursuivit pas, et donna l'ordre suivant.

« Récupérez-les immédiatement, nous avons besoin de la situation du combat. »

Si c'eût été un navire amiral ou un gros bâtiment, des artefacts de communication y auraient été embarqués, mais pour un convoi de transport composé d'un seul navire de guerre et de deux cargos, c'était un luxe. La récupération des mages aquatiques, force de projection, n'importait pas seulement pour la puissance de combat pure, elle était cruciale pour lever le brouillard de guerre. Donik saisit l'échelle de corde fixée au bordage et appela :

« Contournez par tribord !! On lance l'échelle de corde !! »

La silhouette des mages aquatiques courant librement sur l'eau n'était pas là. Ils dérivaient, titubants comme des ivrognes. Les bras tendus avec acharnement coupèrent le vide à plusieurs reprises, avant de finalement agripper l'échelle de corde. Ils n'avaient même plus la force de grimper par leurs propres moyens.

« Tenez bon comme ça. Allez, on hisse !! »

Donik, avec ses camarades, tira l'échelle de corde. Le mage aquatique hissé s'affala sur le pont comme un poisson sorti de l'eau.

« Du rhum, avalez. »

La bouteille tendue était du rhum des Nations insulaires, qui circulait par le corridor du Dragon Empereur des Flammes. Pas seulement cet article : les liens entre l'Empire de Highserk, et les Nations insulaires derrière lui, se resserraient de jour en jour. Ce rhum en était la preuve matérielle.

« Sauvé. J'allais couler, à sec de magie. »

Comme il avait privilégié la marche sur l'eau, le film magique recouvrant son corps, hormis les jambes, s'était dissous, et son corps était glacé comme de la glace. On eût dit un mort. Un matelot, ne supportant pas la vue, alla chercher une voile de rechange dans la cale et la lui jeta sur les épaules. Tout en laissant échapper un souffle blanc, le camarade reprenait son souffle, et Donik, tout en sachant que c'était cruel, l'interrogea coup sur coup.

« Le navire-mère était le Zelyute, n'est-ce pas ? Où sont passés les autres ? »

« Ils ont coulé. Ils ont essuyé les tirs nourris des soldats-mages ennemis. »

« Quoi, coulés !? »

Le navire sur lequel Donik se trouvait était aussi un navire de guerre, mais une vieille dame classée parmi les modèles obsolètes. Le Zelyute, lui, était un bâtiment flambant neuf, construit à la fin de l'ère de prospérité du royaume de Kanoa, avant que la guerre contre l'Empire de Highserk ne s'intensifie. C'était un navire de guerre dont la structure de coque imitait celle des bâtiments des Nations insulaires. Qu'il coule en quelques heures à peine, Donik ne put cacher son trouble.

« Et le Zenoato et le Gafuto ? »

Le capitaine, descendu du pont arrière, demanda d'un air douloureux. Tous deux étaient des navires jumeaux du Zelyute, de gabarit plus modeste mais d'une mobilité légère. Jusqu'à une génération auparavant, ils composaient encore l'aile principale de la flotte.

« Ils ont coulé en se détruisant mutuellement avec un vaisseau de premier rang ennemi. »

« …… Et le vaisseau amiral, le Sprix ? »

La pire imagination traversa l'esprit. Donik demanda, tremblant.

« Il tient bon. Il est encore en train de se mordre la queue avec la flotte ennemie. Je me suis fait larguer dans la bataille de flotte. Les gars de la terre sont drôlement acculés. Il faut couper la route de glace, sinon la presqu'île de Selta tombe. C'est la cause de cette bataille navale. »

« Route de glace ? Ce n'est pas la ligne extérieure des monts Zerebes qui a été percée ? »

Ne parvenant pas à saisir pleinement la situation, les matelots cherchaient leurs mots, et le capitaine parla pour eux.

« Non, ce n'est pas ça. L'ennemi a construit une route de transport en glace à l'arrière du cap Raga. L'ordre a été donné à la marine au grand complet de vaincre la marine de la Fédération commerciale de Liberitoa et de détruire la route de glace. »

Donik perdit la parole. Pendant que le convoi assurait sa mission de transport maritime, la presqu'île de Selta était tombée dans une situation critique. Mais qui aurait pu prévoir que le déclencheur serait une bataille terrestre, et qui plus est une route de glace aménagée sur le lac ?

« Soit. Reposez-vous pour l'instant. Dès que la cargaison sera déchargée, notre flotte aussi rejoindra le combat. »

Même en se pressant, cela prendrait plusieurs heures. D'ici là, parviendrions-nous à temps pour la décision sur terre, sur l'eau ? Les marins d'ordinaire si bruyants se turent cette fois. Ne tournaient en rond que de mauvaises pensées. C'est alors qu'une voix déplacée résonna sur le pont.

« Yo, désolé pour l'écoute indiscrète, mais j'ai bien entendu la conversation. »

La cargaison, cet corps étranger, rampait hors de la cale vers le pont. C'étaient des fantassins légers de l'armée de l'Empire de Highserk, auxquels le transport avait été ordonné au port depuis le corridor du Dragon Empereur des Flammes. Donik croyait avoir acquis une immunité face aux gens de Highserk au fil du port militaire d'Ankusio et des transports, mais c'était une grave erreur.

Cette compagnie de fantassins légers en était déjà à provoquer des bagarres à deux doigts du meurtre un peu partout, et à chaparder le matériel et la cargaison du navire. Des bêtes en cage auraient été plus calmes. Comparés à eux, les Highserk qu'on avait transportés la fois d'avant avaient de la classe et de la tenue.

« Quand bien même vous vous presseriez, le navire n'ira pas plus vite. »

Au cours de ce court trajet, le capitaine avait touché du doigt leur nature profonde, et il posa un jalon d'entrée de jeu. Le commandant de compagnie des Highserk était le meneur de cette bande de pirates, leur souverain absolu. C'était grâce à ce rôle de meneur de jeu qu'avaient été évités les chocs et accidents mortels. Toutefois, si l'on marchait sur quelques points sensibles, il se transformait en fléau. C'était un poison violent comme de l'eau noire.

« Pour une vieille dame, elle file pas mal. C'est pas là le problème. Le problème, c'est qu'on n'est pas dans le cas où on peut faire une entrée polie au port. »

« De la jetée ou de la côte, l'accostage est hors de question. On s'échouerait avant d'approcher de la terre. »

« C'est pas ça que je dis. C'est simple. Y a un endroit tout indiqué pour détruire la ligne de ravitaillement ennemie et semer la cargaison, non ? »

Un endroit si commode n'existe pas. Donik était dubitatif, mais le capitaine, au langage des Highserk, devina.

« …… Vous voulez dire qu'il faut lancer le navire sur la route de glace !? »

« Vous êtes fou !? La flotte principale n'a pas pu percer ! »

« Mais il y a des navires qui restent. C'est de la folie pure. »

« Votre force principale a fait dans le joli combat de flotte, elle. Si on ne pense qu'à l'aller, qu'on balance le superflu, y a pas de raison qu'on ne puisse pas foncer. La marine de Myard, fierté des quatre royaumes, qui nous a barré la route lors de la guerre de l'Alliance, elle en est incapable ? »

Face au capitaine qui examinait sérieusement ce plan fou, Donik tenta d'ouvrir la bouche pour s'y opposer, mais une main se posa sur son épaule par derrière. Un soldat de Highserk, la peau bronzée comme un marin.

« Mieux vaut pas fourrer ton nez dans la causerie des commandants. »

« Tu me menaces ? »

« Constat. Tu finirais à ne pouvoir bouffer que de la soupe avec la mâchoire brisée, t'aimerais pas. »

Le ton badin, le poing serré du commandant highserk montrait que ce n'était ni une blague ni un mensonge. Si l'on connaissait le pedigree de cette cargaison, la persuasion n'en était que plus forte. Donik grinca des dents et choisit le silence.

« Hoze, pas de zèle inutile. »

« Commandant, j'allais lui mettre la main dessus…… Capitaine, l'ordre est tombé pour que la marine attaque la route de glace de toutes ses forces. Le convoi de transport n'en est pas exempt, non ? »

« C'est une interprétation extensive, ça. »

« Capitaine, je te demande si c'est possible ou pas. »

Pressé par le commandant en haillons, le capitaine demanda :

« Franchement, ce n'est pas impossible. Mais si je refuse, que comptez-vous faire ? »

« Si vous n'obtempérez pas, mes hommes et moi on fait le bordel et on s'empare du navire. »

« Sérieux ? Tu crois pouvoir le prendre ? »

« Y aura de la casse de notre côté aussi. Mais bon, disons le temps de descendre deux, trois bouteilles de ce rhum là, et ce sera plié. »

Le Highserk le lâcha avec un aplomb total. Face à cette déclaration de mutinerie explicite, le navire fut empli d'intentions meurtrières. Les matelots avaient des armes en main, mais jusqu'où serviraient-elles ? Donik, qui était un spécialiste du combat, le savait. Si cet homme brandissait sa hache de guerre, le capitaine et les matelots seraient tranchés net en un coup. Avec courtoisie, il avait même enveloppé la lame d'un film magique. Ses subordonnés en feraient autant.

« Alors, comment c'est ? »

Ce n'était pas du bluff. Cette cargaison avait un palmarès trempé dans le sang. Après l'effondrement national qui suivit la Grande Ruée, dans les affrontements sur la ligne de front provisoire qui n'avait pas fini de se stabiliser, c'était l'unité d'extermination assoiffée de sang que Liberitoa craignait le plus. Des vengeurs brûlant de haine aux grands criminels qui avaient failli être pendus au gibet, tout y était. L'ancienne compagnie de discipline, la lie des tares de l'Empire de Highserk. De tels gars obéissaient au commandant comme des gamins. Dire « charisme » serait trop simple. Au combat, une violence et une folie qui n'admettaient pas de réplique soudaient le groupe. Pas de famille, pas d'amis, pas de voisins, mais ils avaient *lui*. La bataille faisait rage sur le lac, mais ce n'était plus l'heure de s'en soucier. Le silence qui coulait troublait jusqu'à la respiration.

« Capitaine, je sais que c'est grotesque de ma part, mais un dernier mot. Voir notre pays périr une deuxième fois sans pouvoir rien faire, c'est hors de question pour nous comme pour vous. »

Le ton, la voix changèrent, l'homme le dit sérieusement. Parce qu'il était sincère, c'était d'autant plus vicieux. C'était un ultimatum clair. Le capitaine ferma les yeux un instant, souffla. Puis il continua.

« On change de cap. Objectif : la ligne de ravitaillement ennemie, la route de glace. »

À contrecœur, mais le choc entre hommes était évité.

« Ouais, désolé pour la menace. »

« Paroles bon marché…… J'attends des résultats à la hauteur de l'acte. »

« Compte sur moi. Les gars ici sont des ratés, mais la guerre, c'est leur truc. »

Pour le résultat seul, Donik haït encore plus cet homme. Quoi, « pas de gros restes » ? Il y avait des navires et des mages aquatiques en nombre largement supérieur. Mais ce qui le fit le plus haïr, c'est que les grandes paroles n'étaient pas des mensonges. Ils sont forts à la guerre. Les sorts visant les mâts, les mages aquatiques qui ont foncé, tout a été tranché par ce Highserk.

« Arrêtez-les, ne les laissez pas passer !!! »

« C'est quoi ce vent !? Merde, on n'arrive pas à les rattraper ! »

Le pompon, ce fut le feu qui surgit soudain à terre. Une ville entière était teinte en bleu. De loin, c'était peut-être beau. Mais cette lumière était la flamme bleue qui ne laissait pas la vie aux humains. Portée par le vent chaud, l'agonie macabre des victimes résonnait. Le feu tourbillonnant affectait jusqu'à la surface du lac. Comme pour dire « foncez sur la route de glace », le vent du lac perturbé par le vent chaud poussait les voiles.

« Hahaha, quel accueil ! Walm, t'es bien là !! »

Donik, qui courait parallèlement au navire-mère, aperçut le Highserk, sang jaillissant de son corps rapiécé, qui hurlait. Comme s'il riait, comme s'il pleurait, le sang coulait. Au moment où ils atteignirent la route de glace, Donik sauta de l'échelle de corde sur le pont.

« Gyaaah —— ! »

Un mage aquatique ennemi qui avait tenté de poursuivre poussa un cri. Ce commandant semblait doué pour le lancer aussi. Un mur d'eau improvisé, percé par une simple lance. On en avait presque pitié, ennemi ou pas.

« Un paysage qu'on n'avait jamais vu. »

Face à la route de glace qui se dressait, un rire s'échappa malgré lui. Désespoir ou contagion de la folie, les marins montraient une exaltation et un calme étranges. Tout en faisant cela, une harangue commença. Des mots indignes d'un commandant, sacrilèges et brutaux.

« Écoutez bien, vous les ordures !! À la guerre de l'Alliance des quatre royaumes, à la Grande Ruée, plein de vrais soldats de Highserk sont morts. Ceux qui sont ici, ce sont les merdes qui ont survécu. Pendant que les camarades, que le peuple passaient aux enfers, nous, on n'a pas su crever, on est des lâches, des résidus. C'est ça, non ? De toute façon, vos convictions, vos revendications, on s'en fout. Ce qu'on attend de nous, c'est la mort. Je ferai pas de discours compliqué. Suivez-moi, imitez-moi, tuez, c'est tout. Criez, piétinez, tuez les ennemis !!! »

« Ouais, ouais, ouais !! » Les cris d'assentiment résonnèrent, le pont tremblait sous les pas. Un sacré commandant, tout de même. C'est pour ça que des rebuts dits incorrigibles le suivaient, songea Donik, impressionné malgré lui.

« Tout le monde, préparez-vous au choc, on monte dessus !!! »

De l'intérieur du navire, tout ce qui était superflu fut jeté à la mer. Le vent arrière, influencé par le vent chaud, poussait la vieille dame comme pour la porter assistance. La vieille retrouva la splendeur de sa jeunesse, et ainsi s'écrasa sur la glace. Le choc remonta par les pieds, le corps de Donik flotta littéralement dans les airs. Le souffle lui manqua.

« Un navire, un navire qui fonce sur nous !? »

« Écartez-vous, vite, partez ! »

« Impossible, ugh, gyaaaaaah —— !! »

La route de glace, pied des soldats de Kreist, fut pulvérisée par les trois navires, éparse avec les coques. Les soldats de Kreist en pleine marche tombaient à l'eau les uns après les autres. Contrairement aux marins, les soldats de terre ne sont pas de bons nageurs. Avec le poids de l'armure et la surface gelée qui s'y ajoute, la noyade est quasi inévitable.

« Yoooshaaaaaa, vous autres, on y va !!! »

C'était adressé à ses hommes, mais semblait aussi s'adresser à lui-même. Le sang suintait de sa peau rapiécée. Le sourire de l'homme à la peau fendue était féroce, ses yeux troubles comme de la boue. Là, le mage aquatique comprit. Une haine fraîche, comme si un camarade venait de mourir. Le porteur de cette peau rapiécée de couleurs différentes ——

Donik revint de son délire absurde à la réalité. L'homme qui avait sauté le premier de l'étrave s'était jeté au milieu des ennemis en plein chaos. Pour un simple soldat, ce serait une isolation téméraire en terrain ennemi. Mais ce ne fut pas le cas. Il brandit sa hache, le corps gainé d'un film magique. Rien que cet éclat unique, et plusieurs soldats furent tranchés net en une ligne. Grade, arme, rien n'importait. Ceux qui tentèrent encore de l'arrêter furent abattus ou projetés à l'eau, disparaissant les uns après les autres. Comme attiré par la lumière, l'homme courait, éperdu, vers la flamme bleue.

« Mettez le feu, conduisez la dame aux enfers. »

Le capitaine, ayant rassemblé les marins des trois navires échoués, ordonna la crémation. On avait jeté le superflu, mais l'huile avait été conservée.

« On a fait gaffe au feu tout ce temps, et voilà qu'on finit par brûler le navire. »

Le chef cuistot de chaque navire, porteur de l'attribut feu, râlait en mettant le feu un peu partout.

« Capitaine !! »

Que dire au capitaine qui regardait le navire brûler ? Donik cherchait ses mots, mais il douta de ses oreilles.

« Cette vieille carcasse. De toute façon, elle n'en avait plus pour longtemps. C'est des funérailles grandioses. »

On dirait presque qu'il s'amuse. C'était une sollicitude inutile, pensa Donik, qui sourit à son tour.

« Haha, c'est vrai. Les participants venus d'autres pays sont ravis, eux aussi. »

« Les funérailles s'arrêtent là. On suit ce Highserk. J'ai pas l'intention de partager le sort du navire. »

Déjà, la route de glace était pavée de rouge. Donik n'avait qu'à suivre, comme les subordonnés qui croyaient en l'homme. Le tumulte s'était propagé jusqu'à la côte, tête de pont ennemie.

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