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Nigoru Hitomi de Nani wo Negau - Highserk Senki

Chapitre 213

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Chapitre 213

Chapitre 213

Chapitre 213/22196%~10 min de lecture1 841 mots

Des piliers ébréchés, brisés à mi-hauteur, font barrage comme des chevalets de frise. Les maisons qui soutenaient la vie des gens, à présent, s'emmêlent et s'écrasent les unes contre les autres pour former un rempart difforme. Souillé de gravats et de poussière, l'ancien relais de poste devenu ruine présente, par une ironie cruelle, une affluence et une fièvre qu'il n'a jamais connues en temps de paix. La brume de sang flotte dans le vide aux côtés des explosions, et le choc du fer contre le fer teinte la grand-rue d'un rouge noirâtre.

« Uoh, Oooh, goh !? »

Un soldat de Kreist qui vient de franchir les décombres hurle pour se donner du courage, mais une flèche venue de nulle part le réduit au silence illico. Son camarade, lui, reçoit une lance sous le menton ; tous deux deviennent, laids et inertes, une partie du mur.

« Espèce d'idiot, ne fais pas de grands gestes ! »

« Ripostez par de petites estocades !! »

Les ruelles et venelles, qui ont mieux conservé leur forme que la grand-rue, ne font pas exception. Après avoir tenté de contourner pour prendre l'ennemi de flanc, les voilà qui s'engagent dans un corps-à-corps d'estocades dans l'étroitesse du passage. À peine ont-ils le temps de souffler, croyant avoir percé, que les magies d'attaque des soldats de Highserk les accueillent ; les tirs en espace clos déclenchent une réaction en chaîne d'effondrements.

« U, geeh »

« Reculer, reculez, ça va s'effondrer ! »

« Uwaa, aaaa !? »

Au cœur de cette mêlée, sous les yeux de Fliug qui commande, un autre soldat de Highserk tombe. La section nette qui le traverse, armure comprise, d'un seul coup de lame en diagonale, est d'une netteté surnaturelle, comme si la logique du monde ne s'appliquait pas.

C'est un chevalier de l'ordre de Rihazen, nommé Laird, qui a fauché le subalterne. Son « Coup Puissant » chargé de mana tranche le fer. Aux pieds du chevalier s'amoncellent des cadavres qu'on ne pourrait compter sur les doigts d'une main. L'avant-garde de l'armée du royaume de Kreist, bien que divisée en plein cœur du relais, faisait preuve d'une ténacité remarquable, emmenée par ce chevalier.

« Ne fléchissez pas ! Enjambez les gravats, continuez de pousser !! »

Malgré les blessures qui lui entaillent le corps, le film de mana qui l'enveloppe et sa volonté ne faiblissent pas d'un iota. Digne de commander l'avant-garde, Laird prouve sans cesse sa valeur de brave général. Les soldats se rassemblent naturellement autour d'un chef aussi vaillant. S'ils forment un groupe cohérent, une percée devient envisageable. Il fallait les anéantir avant l'arrivée des renforts. D'ailleurs, l'ennemi suivait le même raisonnement que Fliug : la chasse au chef.

« Meurs donc !! »

Fliug repousse de la garde de son épée la lance lancée avec une malédiction, la déviant vers ses pieds. C'était une estocade bien campée, mais tout donner de toutes ses forces n'est pas toujours la solution. Savoir doser son effort est crucial. Emporté par son élan, le soldat de Kreist se penche en avant comme s'il trébuchait, offrant sa gorge sans défense.

Fliug brandit son épée sans cérémonie. La lame d'un gris terne fend la gorge après une résistance minime, traçant une courbe écarlate dans le vide. Lui-même n'ignorait pas son manque de scrupules, pourtant, sans même vérifier la fin de celui qui s'effondre, son regard vise déjà l'adversaire suivant. Échaudé par la mort de son camarade, le soldat de Kreist s'arrête et attend en garde. Fliug, sans se laisser piéger, abat sa lame. Le soldat, qui avait anticipé le tranchant, le reçoit en haute garde après un concours de force.

« U, uh !? »

Respecter les bases n'est pas mauvais en soi, mais quand l'épée qui a paré boit généreusement le sang frais, la donne change. Le sang tiède pleut sur le visage, forçant un clignement d'instinct. Fliug baisse le buste et entre dans la garde. Il n'a pas la vitesse fulgurante d'un mage de vent. Pourtant, pour ce soldat, il doit sembler avoir disparu de son champ de vision l'espace d'un battement de cil.

Les deux yeux s'écarquillent pour saisir la silhouette humaine, mais c'est trop tard. La lame fauche le creux du genou, s'enfonçant sur un bon tiers. Ligaments et articulation pulvérisés, le soldat vacille comme ivre d'alcool.

« T, u, Aaaah ! »

Sur l'élan de son pas, Fliug relève l'épaule et charge. L'épée désespérée du soldat effleure son dos, mais par-dessus l'armure, ce n'est qu'un coup de poing doux.

« Putain de merde — geh ! »

Alors que Fliug vise le coup de grâce sur l'homme qui tente de se relever, il n'en a pas besoin. Une hache surgit latéralement et écrase la tête dans un bruit mou. Inutile de dire qui en réchappe. De la hache meurtrière suinte un liquide visqueux qui file et goutte. D'une aisance comparable à du fendage de bois, le sous-officier subalterne a réglé l'affaire. Sans un mot, un échange de regards suffit à transmettre la gratitude. Le champ de bataille fonctionne ainsi.

Tandis que Fliug s'emploie à écrémer la piétaille, le chevalier de Kreist livre une compétition parallèle, mais la rupture des rangs creuse un écart abyssal dans leur capacité de traitement. Déjà, l'expansion rapide de l'organisation militaire engendre une pénurie criante d'officiers subalternes. Avec seulement quelques serviteurs en guise de bras et de jambes, le contrôle dans la confusion reste insuffisant.

« Nom de Dieu, nom de Dieu !! Une mort pareille… »

« Éliminez-le par l'usure, ne vous engagez pas franchement ! »

L'adversaire manie le « Coup Puissant », c'est un chevalier de Rihazen. Fliug croise le fer en pesant le pour et le contre entre gain et perte. Les soldats de Highserk, rompus à la manœuvre, imitent leur commandant de compagnie. C'est une manière de combattre qui rappelle un banc de poissons carnivores déchiquetant leur proie morceau par morceau.

« Au moins, toi seul… ! »

L'impatience qui ronge sa vie engendre paradoxalement une surconcentration. Ne manquant pas la moindre amorce de pas de Fliug, Laird et ses serviteurs jouent le tout pour le tout. L'épée force la haie de lances, la lame qu'on ne peut parer glisse sur l'armure et le sang, et le chevalier s'insinue hors de l'encerclement.

« Repoussez-le !! »

« Impossible, il va nous transpercer !! »

C'était sauter dans un buisson d'épines ; pourtant, dégoulinant de sang, l'élan ne faiblit pas. Fliug tend son épée avec un calme absolu. Les morts-vivants font peur. Les soldats de Highserk, qui font du commerce de la vie, le savent mieux que quiconque.

« Je prends cette tête !! »

La lame de mana, vacillante comme une chaleur d'été, fond sur Fliug. Un superbe coup tout entier voué à la vie. Au moment où les pointes allaient se toucher, une lame de hache s'intercale. Brandie au plus haut, elle abat la clavicule de Laird, poursuit jusqu'au cœur, et emporte le chevalier aux enfers sans lui laisser le temps d'un dernier mot.

« L, Laird-sama !! »

« Merdre !! »

Littéralement, les serviteurs suivent leur maître dans la mort. C'est le doyen des sous-officiers, Saura, qui a porté le coup fatal à la proie vidée de sa substance. D'une discrétion exemplaire, il était resté d'un pas en arrière jusqu'à ce que Fliug soit en danger, cachant son corps et sa hache derrière le dos de son commandant de compagnie. Si on le toise de reproche, Saura débite ses justifications avec volubilité.

« Si le commandant de compagnie était à l'envers, il viserait le chef. Et cet engouement imprudent, c'était comme dire "viens, je t'attends". »

Un leurre offert en pâture. Globalement pas faux, ce qui est d'autant plus agaçant. Fliug coupe court à la conversation et, fidèle à l'ordre du chevalier défunt, continue de faucher ceux qui tentent de franchir les gravats. Quand le sol, saturé de sang, ne peut plus en absorber et que des flaques mêlées de viscères se forment, l'ennemi semble reprendre ses esprits et commence à reculer.

« Enfin… ils ont ouvert les yeux. »

Pas l'ombre d'une exaltation de la victoire, seulement une fatigue qui colle à la peau. Il s'essuie le front avec la manche ; sueur et sang de retour se mêlent à la poussière flottante. Un maquillage de guerre nommé boue. Personne ne pousse de cri de triomphe. Les soldats de Myard restent hébétés ou s'affaissent, le souffle court. Quant aux hommes de la compagnie, ils vont de corps en corps pour vérifier s'ils sont vraiment morts, accomplissant leur tournée de salut à coups d'estoc.

« Soldats de Myard, ramassez lances et boucliers sur les morts plutôt que sur les vivants. »

La montagne de cadavres empilés fournit amplement d'équipement aux soldats de Myard qui étaient nus. Au regard de Fliug, le relais dans son ensemble a coûté cinq cents hommes à l'ennemi, en échange de deux cents des siens. Le résultat d'un massacre mutuel sans concession. Par rapport aux morts, les blessés sont extrêmement rares. Ce sont les immobiles qu'on a achevés sans pitié. Et minutieusement.

La fatigue ne le quitte pas, mais il n'y a pas une seconde pour reprendre son souffle. Bientôt, le corps principal de l'armée du royaume de Kreist remplira la route. L'assaut furieux durera jusqu'à la percée du relais.

« Ceux qui ont les mains libres, entassez cadavres et gravats sur le rempart. »

Rempart est un mot un peu trop noble. C'est un cimetière commun qui irait mieux. Fliug y pointe du doigt.

« Ne faites pas de distinction entre les cadavres. Quand je mourrai, empilez-moi de la même façon. »

L'air ambiant a-t-il fait son effet ? Ou n'ont-ils plus l'énergie pour pensées superflues ? Les soldats de Myard s'y mettent en silence. L'exception, comme toujours, c'est Saura.

« Entendu. Quand viendra le moment, je vous empilerai sans exception, bien sûr. »

« Tch, sale type… »

Du château de Dandurg jusqu'ici, Saura et Fliug ont partagé maints champs de bataille ; il reste un subalterne aussi fiable qu'exaspérant. Peu après, Fliug perçoit un bruit inhabituel. Un grincement métallique, le son des armures qui frottent. Quand plus de mille hommes se mettent à trottiner en même temps, naît une vibration tellurique. Les fragments de brique et le plâtre entassés sur le rempart s'effritent, cliquettent, oscillent. On dirait qu'ils rient.

« Ils sont déjà de retour ? »

« Haha, y en a au moins deux fois plus que tout à l'heure. »

Un soldat, posté en observation depuis une poutre ou les restes d'un volet, laisse échapper un rire sec. Fliug tente d'évaluer froidement le nombre total de l'ennemi, mais les morts étendus sur le rempart le gênent. Des cadavres encore frais, pas encore transformés en morts-vivants. Leurs yeux vides ne reflètent rien. Pourtant, on ne peut s'empêcher de sentir qu'ils fixent les vivants avec rancune. Fliug renonce à compter et s'adresse aux morts.

« Ne vous en faites pas, plein d'autres vous rejoindront. Moi y compris. »

Le monologue de Fliug est englouti par les cris de guerre.

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