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Nigoru Hitomi de Nani wo Negau - Highserk Senki

Chapitre 212

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Chapitre 212

Chapitre 212

Chapitre 212/22196%~14 min de lecture2 765 mots

« Ne traîne pas, dépêche-toi d'y aller ! »

« A-attends, rien que ça... »

« Il n'y a pas d'exception !! Abandonne le chariot et les biens de la maison. Ou alors tu restes ici avec nous !! »

Les résidents qui ne peuvent se résoudre à abandonner leurs biens supplient, mais les soldats les repoussent brutalement sans leur laisser le choix. C'est une attitude bien hautaine envers les gens d'un pays allié. Pourtant, c'était une mesure nécessaire. Compte tenu de la situation, on peut même dire que c'est ménager les choses que de ne pas les menacer avec des armes. S'ils se font rattraper par l'ennemi, ils perdront leur vie et leurs bagages au terme d'un pillage en règle. Fliug avait ordonné fermement à ses subordonnés de ne laisser aux habitants que ce qu'ils peuvent porter sur le dos. Tout cela découlait de l'attaque surprise lancée depuis le lac par l'armée du royaume de Kreist.

L'endroit où la compagnie de Fliug stationne actuellement se trouve sur la route reliant le cap de Raga à la ville portuaire d'Ankshio, et fonctionne en temps normal comme une ville-relais. Avec l'ouverture des hostilités contre l'armée du royaume de Kreist, la ville-relais avait été pour ainsi dire réquisitionnée comme caserne, mais de nombreux habitants y restaient encore. C'est là que les soldats de Myard en déroute s'engouffrèrent, plongeant un temps les lieux dans un état d'anarchie.

« Il y a même des types qui n'ont pas d'épée, loin de posséder lance ou bouclier. »

« Pour l'instant, l'équipement et l'appartenance n'ont pas d'importance. Rassemblez-les simplement en escouades sous les sous-officiers rescapés. Sinon, on ne pourra même pas donner correctement d'ordres. »

Fliug et les officiers apaisèrent la confusion et démêlèrent les foules emmêlées, une manœuvre rodée à Dandurg. Ils guidèrent les habitants vers l'intérieur des terres et envoyèrent les blessés comme chiens de berger. La retraite se poursuit encore, mais sans le chaos initial, s'écoulant hors de la ville-relais aussi paisiblement que le cours d'une rivière.

« Commandant de compagnie, un messager est arrivé du cap de Raga !! »

« C'est le moment venu. Fais-le venir ici. »

On avait glané des informations par fragments auprès des soldats en déroute, mais on était loin d'avoir une vision d'ensemble. Le messager accouru débita ses informations à toute allure. Autour de Fliug, la ville-relais tomba dans un silence étrange. De jeunes soldats de Myard, le visage crispé, attendaient la réponse à l'ordre lu oralement.

« Message bien reçu. Ma compagnie obéira à l'ordre et formera une seconde ligne en retrait du cap de Raga. Merci de l'avoir apporté. »

Fliug répondit brièvement au jeune homme au visage terne. Son teint, loin de s'éclaircir, s'assombrit encore davantage.

« ...Je ne suis qu'un messager. Mais cet ordre est trop... »

C'est le caractère national, les gens de Myard sont décidément embarrassants. En temps de paix, cette considération serait une vertu, mais elle ne convient pas aux soldats de Highserk en temps de guerre. Fliug exprima franchement sa pensée intérieure.

« C'est atroce ? Oui, c'est vrai. Que ma compagnie parvienne ne serait-ce qu'un instant à stopper le gros de l'armée de Kreist, ce n'est rien d'autre que de la folie. »

Le visage du messager vira au rouge puis au bleu, changeant à plusieurs reprises. De quoi passer pour une critique envers l'état-major, au pire une défection de l'unité entière. Mais à partir des informations digérées et de l'ordre écrit, Fliug percevait la douleur du général de brigade Justus. D'ailleurs, c'était la dame régnante de Myard qui l'avait fait parvenir conjointement au nom de l'empire. Fliug n'était pas assez sot pour ne pas comprendre à quel point la situation était critique.

« Je suis devenu un peu méchant. Retourne vite au cap de Raga, la réponse à l'état-major est urgente. Sois tranquille, je ne laisserai pas passer l'ennemi principal. Quand bien même il me faudrait consumer ma vie. »

Les rares artefacts de communication magique ne sont placés que dans six points stratégiques. C'est bien trop pour une simple compagnie d'infanterie légère. C'est pourquoi les messagers sont précieux en toute époque. Il faut qu'il parvienne sain et sauf au cap de Raga.

« Bonne chance !! »

Au terme de ses tourments, le messager s'enfuit en courant. Avec de l'expérience réelle et de l'entraînement, il deviendrait un bon soldat. Cela dit, la situation n'est pas assez tranquille pour se soucier de son avenir. Fliug s'adressa aux soldats rassemblés sur la grande rue de la ville-relais.

« Comme vous l'avez entendu, nous tiendrons cette ville-relais jusqu'à l'arrivée des renforts. Si l'on nous perce d'un coup, la route vers l'intérieur s'ouvre. La chute de la ville portuaire devient alors certaine, ce qui équivaut à la perte de Myard. Pris en étau entre Kreist et Liberitoa, l'empire s'effondrera cette fois-ci au bout de son agonie. C'est ici notre champ de bataille. Ne croyez pas qu'il s'agit juste d'un pays voisin. La chute de Selta, c'est la chute de Highserk. »

« ...L'intention et la signification, je les comprends, mais concrètement, n'est-ce pas une exigence tout à fait déraisonnable ? »

À l'allocution, un vieux sous-officier émit une critique. Un vétéran endurci qui a survécu jusqu'ici à travers d'innombrables enfers. Fliug sait, pour avoir longtemps cheminé avec lui, que ce n'est pas simple peur de la mort.

« Si on combine la compagnie et les rescapés, on atteint six cents hommes, mais ils ont jeté leurs armes. Faut-il leur mettre des bâtons dans les mains ? »

Le sous-officier montra d'un air ahuri les soldats de Myard qui se tenaient là, penauds. Ce qu'on laisse en fuyant, ce sont les camarades et les armes, c'est la règle. Contrairement au front, la ville-relais ne stocke pas d'armes de rechange. À la base, des soldats qui ont pris l'habitude de perdre posent un problème avant même ça. Il fallait redresser leur état d'esprit.

« Après avoir fui en abandonnant jusqu'à vos armes, pensez-vous pouvoir vous battre pour votre patrie et vos familles ? »

C'était dit sur le ton de la persuasion douce, mais en réalité c'était la provocation outrancière d'un homme de Highserk. Les officiers et soldats de Myard grimaçaient avec amertume, serrant les lèvres. Certains ne cachaient pas leur colère, dévisageant Fliug comme pour le tuer du regard. C'était encore bien plus appréciable que de les voir sangloter.

« Si on fuit, le pays disparaît... Et puis, si les étrangers de Highserk se battent, on ne peut pas fuir nous non plus. »

L'officier le plus gradé parmi les rescapés parla au nom du groupe. À ce stade, il n'y a pas d'autre moyen que de leur gonfler la colère pour s'en servir. Fliug continua de les tester, sentant une bonne réponse.

« L'entrain est suffisant ? »

« Mais à mains nues, on n'est pas rassurés. »

Regrettablement, Fliug n'avait pas d'argument pour réfuter son subordonné qui en remettait une couche.

Il fallait imaginer quelque chose. Fliug se mit à déambuler en titubant, balayant la ville-relais du regard. Il repensa aussi aux soldats de Kreist affrontés lors de la retraite à la frontière.

Eux, ils boostent le moral par récompenses et châtiments et par le pillage. De plus, leur structure organisationnelle plaçant les chevaliers au sommet donne un grand pouvoir aux individus, si bien qu'une fois qu'un commandant a une idée en tête, sa vision a tendance à se rétrécir. En tenant compte de cela, il fit naître plusieurs plans et décida d'en jouer un.

« Très bien, alors jetons aussi l'armure. »

Ce n'était pas bien fort, mais ils comprirent aussitôt le sens des mots. La stupeur des soldats de Myard, à qui l'on déclarait de se mettre à nu dans ce salon qu'est le champ de bataille, était magnifique.

« Qu-, que dites-vous... »

« Commandant Fliug-dono !! »

« Vous nous ordonnez de crever ? »

Voilà qu'ils deviennent bien bruyants, eux qui étaient si abattus. Voyant Fliug ne pas retirer sa parole, un subordonné émit une critique.

« Commandant Fliug, où est passé le vous sérieux ? »

Ah, c'est navrant, et le subordonné secoua la tête de façon théâtrale.

« Ce n'est pas que je me sois laissé aller au désespoir, mais je ne nie pas qu'un drôle de plaisir monte en moi. Camarades, vous voulez voir une pièce ? Une comédie de premier choix. »

Face aux visages perplexes, Fliug expliqua. Le temps qui reste n'est pas si long. Il faut boucler le casting et la préparation de la scène avant le lever de rideau.

***

« En avant ! Arborez notre bannière sur la ville portuaire !! »

L'armée du royaume de Kreist, la vénérable avant-garde en fut confiée au chevalier Laird de l'ordre des chevaliers de Rihazen. L'ordre reçu avec huit cents hommes était d'une simplicité extrême. Briser l'armée adverse et sécuriser un point d'entrée pour les renforts. Suivant le plan, les trois affrontements survenus le long de la route furent tous remportés unilatéralement par une percée frontale avec une formation adéquate et l'appui des soldats-mages.

L'ennemi n'avait pu faire ni préparation convenable ni mise en condition. À ce point l'attaque surprise depuis le lac fut efficace. Anéantir l'armée de Myard par unités isolées avec une rapidité divine, sans lui laisser exploiter sa force, tout en finir sans lui laisser la moindre chance. Telle est la visée de l'armée du royaume de Kreist.

Le groupe, fort de ses victoires consécutives, s'apprêtait à s'engager dans une ville. On s'attendait à une résistance des fuyards dans la ville-relais, mais pas l'ombre d'une position improvisée, pas même une silhouette ennemie. Un piège ? Envoyer une poignée d'hommes pour sonder la réaction est la norme, mais il est aussi vrai que le temps vaut parfois plus que l'argent magique.

« Posco, mène la troupe et précède dans la ville. »

Laird joua un coup servant à la fois de reconnaissance et de prise de contrôle. Une reconnaissance en force de près de soixante-dix hommes. En pesant temps et pertes, c'était raisonnable.

« Entendu. Pour ce qui est du butin... »

« Je l'autorise tant que ça tient dans les poches. »

Le visage masqué, un sourire transparaissait pourtant dans son dos. Laird ne disait pas que Posco était particulièrement vil. Le pillage est l'usage de la guerre. Purement militairement, la besogne du pillage et l'alourdissement des bagages font baisser la vitesse de marche. Mais pour le moral, on ne peut l'ignorer. La piétaille a besoin de récompenses immédiates.

Effectivement, les soldats mis en attente devant la ville portaient un regard d'envie vers eux. L'unité de Posco avait fait preuve d'un moral inébranlable dans les combats sur la route. Ainsi, la règle des récompenses et châtiments se transmettrait clairement aux autres unités. Peu de temps après, des cris s'élevèrent dans la ville. Les habitants, chargements sur le dos ou sous le bras, se mirent à fuir comme des lapins, en retard. Ce qui attirait surtout l'œil, c'était un chariot chargé à ras bord.

« Le patron de la ville-relais ? Avec une telle charge, c'est évident qu'il restera cloué au sol. »

« Hé, dépêchez-vous de pousser ! »

« C'est mauvais, ils arrivent, ils arrivent !! »

Les roues s'enfonçaient dans la terre sous le surpoids, et le chariot, déjà lourd et lent, n'avançait qu'au pas de course. Le butin était soigneusement entassé. Les soldats se ruèrent sur cette proie de choix. Posco y était aussi, donnant des ordres vifs à ses hommes.

« Ne laissez pas échapper ceux qui poussent, ils planquent forcément de l'or et des biens. »

Face au danger qui approche, les mouvements des pousseurs de chariot restent incroyablement lents. S'ils abandonnaient la charge pour se disperser dans les ruelles, une ou deux vies pourraient être sauvées. Pourtant, ils continuent de pousser bêtement le chariot, l'esprit éteint. Que ce soit par loyauté envers le patron ou par entêtement, Laird en ressentit presque une certaine admiration.

« Chien, ils se dispersent. »

« Ne les transpercez pas pour rien, les chercher serait fastidieux. »

Laird sentit tout à coup une drôle d'impression. Malgré le poids de leurs armures, alors que tant d'habitants fuyaient en désordre, pas un n'avait encore été abattu. Et cet acharnement bizarre des pousseurs sur le chariot. On dirait qu'on leur a ordonné de ne surtout pas lâcher le chariot. Les lames levées s'apprêtent à s'abattre sur le chariot sans défense.

« Rappellez l'unité de Posco !! »

« Hein ? »

Au cri de Laird, le soldat à ses côtés émit une voix bête, comme s'ils avaient fait une bêtise. Bientôt, un commandement inédit retentit dans la ville-relais, suivi de hurlements et de sang qui coula.

« Jetez-vous sur eux !! »

« Ugh, gyaaaaah !! »

« C'est une embuscade, regroupez-vous, regroupez... geu, ee !! »

Les soldats qui étaient sur leurs gardes en entrant dans la ville s'étaient dispersés, absorbés par ce jeu d'ombre avec les habitants. On ne peut les traiter d'idiots. L'enchaînement entre l'appât et la contre-attaque était d'une justesse parfaite.

« C'est ce chariot qui était le point de départ. »

C'est ce chariot qui l'avait rendu possible. Il assuma à lui seul la diversion du regard et la contre-attaque. Qui plus est, des soldats armés jaillirent de la charge recouverte de toile. Pris à contre-pied, les pertes de l'embuscade restaient pourtant tolérables. Laird dégaina son épée et lança la voix.

« À l'attaque ! L'unité de Posco a dévoilé l'embuscade !! Si vous voulez la prime, abattez l'ennemi !! »

Les mots font la réalité. La dispersion pitoyable de l'unité de Posco n'est pas connue de tous les soldats. Leurs vies, faisons-les servir utilement. L'armée ennemie forma aussi sa formation sur la grande rue de la ville-relais. Désormais, c'est un bras de fer. Suivant l'ordre de Laird dont le film magique bouillonnait, l'armée avança au pas de course.

Par l'échange de sorts, les rangs furent entamés par grosses bouchées tandis que la distance se resserrait. Enfin, les pointes de lances s'entrechoquèrent. Ce fut à cet instant. Un grondement secoua la ville-relais. C'était le bruit de destruction familier d'un sort d'attaque, mais il ne s'arrêtait pas, changeant de tonalité tout en s'enchaînant. Les auberges alignées le long de la route s'effondrèrent les unes après les autres, soulevant des nuages de poussière.

« Les maisons, elles s'effondrent... »

Laird fut surpris, mais comprit la situation. Ce n'est pas avec une simple attaque de soldat-mage que des bâtiments s'effondrent d'un coup. S'ils en étaient capables, ils viseraient directement la formation. Probablement le sort n'est que le coup de grâce, ils avaient entaillé d'un coup de hache les poutres maîtresses et les piliers des bâtiments choisis. Quelques soldats furent ensevelis sous l'effondrement. Mais ce n'est qu'un effet secondaire. Le vrai but, c'est...

« On a été divisés. »

Laird et le groupe de tête d'environ deux cents hommes se retrouvèrent isolés de l'autre côté des décombres. Ce ne sont pas les faibles soldats de Myard. L'habileté à utiliser sans hésiter sa propre ville et ses alliés, cette action collective rodée... Laird comprit l'identité de l'ennemi qui lui fait face.

« Des soldats de Highserk... »

« C'est ici que vous mourrez, chevalier de Rihazen. »

L'officier de Highserk annonça calmement la fin de Laird.

« Hmph, la cible, c'est moi... non, nous tous. Quel peuple avide, ces gens de Highserk. »

Le but est simple : diviser pour mieux chasser le chef, Laird. Ils ont fait croire que le stratagème était épuisé avec l'unité de Posco. Non, probablement qu'en cas d'attaque de toute l'armée, ils auraient utilisé un double piège. En plus, à l'arrière de la formation, les soldats déguisés dépouillent les cadavres. Tout cet enchaînement servait aussi à récupérer l'équipement de l'unité de Posco anéantie. Comment appeler ça autrement que cupidité ?

« Protégez Laird-sama !! »

« Vite, retirez-vous. »

Sur un autre champ de bataille, recevoir le choc et se reformer aurait été une option. Mais dans cette situation, perdre du temps ne fait qu'avantager l'ennemi. C'est parce qu'ils ne peuvent livrer une bataille orthodoxe qu'ils ont transformé la ville-relais en décombres. Le chevalier de Kreist en avait la certitude. Un stratagème les a piégés, mais c'est dans l'adversité qu'il faut trouver l'issue. À quoi sert un général, à quoi sert un chevalier, sinon ? Tourner le dos aux soldats de Highserk, c'est juste mourir.

« Ne dites pas de bêtises. Passez les décombres au plus vite et exterminuez l'ennemi !! »

Sur les paroles du chevalier, les deux armées croisèrent le fer. La bataille pour la ville-relais s'ouvrit sur la comédie jouée par l'armée de Highserk.

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