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Nigoru Hitomi de Nani wo Negau - Highserk Senki

Chapitre 161

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Chapitre 161

Chapitre 161

Chapitre 161/19184%~14 min de lecture2 661 mots

Devant la capitale impériale Valigend, ville où l'on ressentait même la nostalgie du pays, l'habitude ancrée s'avérait être une chose bien encombrante. L'expérience acquise par Walm sur les champs de bataille venait inexorablement troubler l'eau. Il ne put que s'étonner de lui-même, qui avait commencé à évaluer inconsciemment si les structures remplissaient leur rôle en tant que mécanismes de défense, en tant qu'édifices fonctionnels. Les remparts ceinturant la ville étaient construits en forme de trapèze irrégulier. Pour ce qui est de leur particularité, à l'intérieur même s'y trouvaient formés des remparts évoquant une grille inégale, comme s'il s'agissait de cloisons séparant le contenu d'une boîte.

« Les remparts ont-ils été agrandis année après année ? »

À la marmonnade de Walm, qui tenait de l'auto-questionnement, Fliug répondit.

« Cela ne date que de quelques années. Les plus anciens remontent à l'époque de la forteresse de Valigend, et tout est mélangé. »

« La forteresse de Valigend, l'antécédent de l'Empire de Highserk. Les vieillards nous en parlaient souvent. »

Bien que Walm ne fût ni un érudit ni un spécialiste de l'histoire, il avait entendu parler de la fondation du pays durant son enfance, de la part des anciens du village. Après tout, les personnes âgées aiment les jeunes et les histoires d'autrefois. Cela dit, les légendes et récits historiques qui n'en finissent plus sont, pour un enfant ordinaire, proches de la torture. La majorité des enfants tentait de s'enfuir par tous les moyens des griffes de ce supplice, et Walm fut offert en sacrifice comme interlocuteur de ces vieillards.

À présent, il devait s'en montrer reconnaissant. La sagesse des ancêtres est chose précieuse. On ne l'obtient pas quand on la désire, et on la perd aisément. Walm fouilla sa mémoire vague et lointaine, et fit remonter le souvenir. C'était près du confluent du fleuve Ganaau, qui traverse l'Empire de Highserk, et d'un affluent venant de la Fédération commerciale de Liberitoa, qu'avait été construite la forteresse à l'origine de la capitale impériale Valigend.

Le petit seigneur qui devint l'ancêtre de l'Empire de Highserk mena ses troupes et extermina les puissants monstres pullulant au confluent des rivières. En érigeant la forteresse de Valigend sur la colline rocheuse surplombant le Ganaau, devenu leur habitat, il mit la main sur le point névralgique du transport fluvial et parvint à saisir une zone agricole rare, bien que de faible ampleur. Les matériaux lourds que sont la pierre et le bois furent acheminés en utilisant le fleuve.

En raison de cette haute valeur stratégique, des seigneurs voisins, formant parfois des coalitions, vinrent à l'attaque, mais furent repoussés par le fleuve Ganaau, rempart naturel, et par la forteresse. Par la ruse et la contre-attaque, il continua d'absorber les forces hostiles environnantes. L'échelle ne cessa de grossir, plusieurs petits pays furent intégrés, et Highserk commença à marcher sur la voie de l'Empire. Telle était l'histoire de Highserk que Walm avait entendue.

« La partie est au nord de la capitale impériale possède l'histoire la plus ancienne. À l'inverse, les structures du sud-ouest sont relativement récentes. »

Fliug semblait vouloir donner un cours d'histoire. Walm accueillit avec plaisir ce don de connaissances.

« Ce sera pour remédier aux faiblesses, mais aussi pour étendre les fonctions de la ville que les remparts ont été ajoutés par morceaux. »

Suivant du regard le doigt de Fliug, Walm déplaça son regard. Bien que rénovés, le style architectural autour du château de l'Empereur, bâti sur la colline rocheuse, conservait une antiquité certaine. L'ouest et le sud, dont les fonctions urbaines avaient été renforcées par l'expansion, étaient protégés par des tours latérales alignées à intervalles réguliers et de robustes tours de porte. Chaque tour possédait plusieurs meurtrières, et l'on devinait une conception visant à croiser les lignes de tir.

Quant à savoir par où une capitale impériale si solide avait été prise lors de la Grande Ruée, il n'y avait même pas besoin de réfléchir. C'était évident d'un seul coup d'œil. Comme du beurre découpé au couteau, les remparts et la ville étaient creusés. Walm avait déjà connu un phénomène similaire dans la ville-labyrinthe. Le souffle incomparable du dragon, appelé catastrophe dotée de volonté, se tenant au sommet de l'écosystème, l'unique attaque dont seul le dragon est capable. Le souffle du Dragon Ossifié transformait déjà une ville en décombres et tuait des myriades de personnes, mais le coup suprême dont s'enorgueillit le Dragon Empereur n'était rien de moins qu'une annihilation.

Les remparts percés étaient assistés dans leur fonction défensive par des positions hâtives dressées à l'intérieur et à l'extérieur de la brèche, et la réparation avançait. En revanche, pour ce qui est de la ville, la restauration accusait un retard flagrant. La priorité donnée aux fonctions défensives y était pour quelque chose, mais la cause principale était sans doute la baisse drastique du nombre d'habitants pour occuper les maisons.

« Entrons dans la ville. »

« Ah, oui, faisons ça. »

Fliug, qui s'était rapproché d'un pas, l'appela. Walm, dont le regard était capturé par le coin de ville gouffré et disparu, acquiesça faiblement et rejeta hors de son champ de vision le désastre gravé dans le paysage.

***

Même au sein de la capitale impériale, symbole de l'Empire, l'un de ses quartiers exhalait, par l'histoire et la tradition, une quiétude et une rigueur mûries. En témoignait le fait que, dans le couloir silencieux, le bruit des semelles sur le dallage de pierre résonnait clairement. Des gardes en tenue de combat complète accueillaient les visiteurs en plantant là, immobiles, et les soldats croisés s'arrêtaient net, saluant pour voir partir leur dos. Walm, qui y répondait par un salut en retour, ressentait sur sa peau une atmosphère nostalgique.

Cela dit, à l'époque, Walm n'était qu'un simple fantassin, côté de ceux qui baissent la tête et saluent. Même lorsqu'il reçut le commandement par mesure exceptionnelle en tant que commandant de bataillon en temps de guerre, pressé par le temps, les gestes et mouvements de ce salut s'étaient évanouis dans le flou. Se retrouver du côté de ceux qui reçoivent le salut provoquait en lui une démangeaison indescriptible, mais eux ne faisaient qu'accomplir leur devoir de soldats.

Hypothétiquement, sur un champ de bataille, et qui plus est à la tête d'un petit groupe, on aurait pu réduire au minimum nécessaire, mais le lieu est ce qu'il est. Car l'endroit où il se trouve maintenant n'est autre que le quartier général central, le cœur et le cerveau de l'armée de l'Empire de Highserk, où siégeaient les généraux. Une certaine rigueur et une certaine dignité y sont naturellement exigées. Bien que l'armée centrale ait perdu beaucoup d'effectifs et de généraux lors de l'opération d'interception et de la défense de la capitale, elle avait été reconstruite grâce aux survivants et aux unités prélevées ça et là.

Contrairement aux jeunes soldats mobilisés en urgence avec l'expansion du front due à la guerre de l'Alliance des quatre royaumes et à la Grande Ruée, les soldats en poste au QG n'étaient que des vétérans. Qu'on le veuille ou non, les vestiges de l'apogée de l'armée impériale de Highserk y restaient fortement imprimés. Leurs yeux abritaient une volonté farouche, leurs corps forgés et leur tenue témoignaient de leur parcours. Il ne pouvait pas non plus porter son attention uniquement sur les soldats. L'un des généraux de ce QG l'attendait, Walm. Guidé par Fliug, il s'enfonça toujours plus loin, et sa marche s'arrêta devant une certaine pièce.

« Un instant, je vous prie. »

Laissant ces mots, Fliug disparu à l'intérieur. À travers la porte, quelques échanges eurent lieu, puis Fliug invita Walm à entrer. C'était une pièce sans ornement. En y pénétrant, on n'y voyait que Fliug et un homme qui semblait être un serviteur du général.

« Walm, protecteur, c'est par ici. »

Le serviteur ouvra grande la porte du fond. Walm balaya la pièce d'un coup d'œil. Au premier regard, au milieu de paperasses empilées en vrac, se tenait l'homme. À mille lieues du travail de bureau, un homme alerte qui ne collait pas du tout à l'image.

« Cela fait longtemps. J'entendais souvent parler de tes faits d'armes, mais se rencontrer en personne, c'est depuis Aidenberg, non ? »

« Le commandant de bataillon Jayf aussi, je suis ravi de vous voir en bonne santé. »

Le bras droit du défunt dieu de la guerre, le commandant de la cavalerie réputé comme la pointe de l'Empire, Jayf, se tenait devant les yeux de Walm. La fois où ils avaient clairement combattu épaule contre épaule sur le champ de bataille, c'était à la bataille d'Aidenberg, lorsqu'ils avaient chargé le quartier général ennemi. À ce moment-là, il avait vraiment senti son corps s'épuiser. Même Walm, habitué à courir partout, en était arrivé au point de presque cracher sa faiblesse et son sang.

« En vie, hein. Je n'ai pas l'intention de devenir défaitiste, mais ceux qui sont partis avant moi me font un peu envie. »

« Comment cela ? »

Jayf jeta un coup d'œil feint aux paperasses et commença son explication.

« Voyez-vous, l'Empire est dans cet état. Vous avez dû voir le sud dans son ensemble en venant. Les voies fluviales et terrestres sont assurées, mais on a les mains pleines rien qu'à les relier entre elles. Tous les talents font défaut. Depuis un an et demi, on s'efforce de redresser la barre, mais c'est un dragon de papier, au mieux. Moi aussi, on me fait faire du travail de paperasse. »

C'était une pessimisme inimaginable pour le général féroce qui courait jadis les champs de bataille. Était-ce la pièce noyée sous les paperasses qui le faisait ainsi, les dix-huit mois inconnus de Walm qui avaient changé son état d'esprit, ou les deux à la fois, nul ne le savait. Walm étant lui-même de nature pessimiste, il trancha net.

« Malgré tout, l'Empire tient debout. »

« C'est ça. Nous, l'Empire, sommes debout. Il faut continuer à fournir l'effort pour rester debout. (…) Retrouvailles immédiates et je ne fais que me plaindre. Tu veux de l'alcool ? »

Jayf, laissant échapper un rire amer, sortit de son tiroir de l'alcool sucré et des verres, qu'il posa sur le bureau. C'était du rhum des Nations insulaires, comme on en voit souvent. Depuis que la mine d'argent magique tournait à plein, l'Empire et les Nations insulaires ne cessaient de resserrer leurs liens. Le rhum en était sans doute l'un des fruits. Le Walm de jadis aurait vidé la bouteille cul sec, mais maintenant, c'était impossible.

« Non, je m'abstiens d'alcool par principe. »

Comme s'il voyait un fantôme, Jayf écarquilla les yeux.

« Qu'est-ce qui t'arrive. Tu comptes passer de fantassin à moine ? »

« Haha, ce ne serait pas si mal. Vous allez peut-être être ébahi, mais pendant que j'étais loin de ma patrie, j'ai bu la dose d'une vie entière. »

Walm dit les faits. Selon la façon de le prendre, c'était une blague répondant à une blague.

« C'est ça, c'est enviable. Et la cigarette ? »

« Celle-là, je l'accepte. »

« Tant mieux. Si tu la refusais aussi, j'allais t'ordonner de fumer. »

Ce n'est qu'une intuition, mais le commandant de bataillon en face devait être à moitié sérieux. Ils allumèrent chacun une cigarette, et Walm envoya la fumée au fond de ses poumons. Peu d'impuretés, un goût profond. Les feuilles étaient bien scellées dans leur contenant, pas humidifiées, de bonne qualité. Ne pas avoir refusé l'alcool non plus, une pensée misérable de regret affleura. Tout en fumant, ils échangèrent des propos sans importance. Quelques minutes tout au plus. Jayf aborda le sujet principal.

« D'après ce que m'a dit le commandant de compagnie Fliug en route, tu dois être au courant, mais l'Empire de Highserk a conclu une alliance avec le duché de Myard. »

« L'ennemi d'hier est l'ami d'aujourd'hui, en somme. »

Pour les parties qui s'étaient tuées sur le champ de bataille, il n'y a de quoi que s'étonner, mais historiquement, en regardant les pays du Nord, ce n'est pas si étrange. Dans l'ancien monde de Walm non plus, c'était fréquent. Rien de rare.

« Tu n'es pas satisfait ? »

« Non, à Dandurg, nous nous sommes battus sans égard pour les pays ni les appartenances. Maintenant, il n'y a plus de résistance. »

Si on interprète commodément le fait qu'ils n'ont pu unir leurs mains face à un voisin que dans la guerre, et qui plus est contre des monstres, ce n'est pas une erreur. C'est bien plus convaincant que de beaux sentiments. Jayf acquiesça avec satisfaction et vida d'un trait le contenu de son verre, légèrement visqueux. Un parfum d'alcool mêlé d'une douce saveur flotta dans la pièce close et chatouilla les narines.

« C'est commode d'être compréhensif. Depuis longtemps, la situation des pays du Nord est instable. Ralliement, défection, alliance. Si on les énumère, ça n'en finit pas. On peut dire sans exagérer que c'est d'une complexité monstrueuse, non ? »

« On ne peut pas dire qu'il n'y en a pas, mais celui qui attend de l'amitié entre États plus que de raison se trompe. Chacun a sa cause intangible, ou quelque chose comme ça. »

« Tu es cynique. On ne dirait pas un paysan devenu soldat. »

« Je vous remercie. »

« Quoi qu'il en soit, bien qu'il y ait eu quelques récalcitrants et opposants, les deux pays sont liés. Maintenant, en utilisant la cicatrice laissée par le Dragon Empereur des Flammes — le Corridor du Dragon Empereur —, nous échangeons personnel et matériel avec Myard. Beaucoup de gens s'y sont réfugiés. Des gens de Myard, de Highserk, de Felius, divers. Le territoire de Celta seul ne peut plus les absorber, ni en terre, ni en nourriture, ni en capacité d'accueil. Ces gens passent par le corridor et s'enracinent jusqu'en Highserk. Dans les pays du Nord, où les nations et les frontières changent souvent, tant qu'on leur brise la tête, ils obéissent docilement, c'est peut-être ça, la spécificité régionale. »

« La guerre qui engendre de la flexibilité, c'est ironique. »

« Les troubles prolongés leur ont donné ce détachement. Ce n'est pas l'affaire des autres, cela dit. Cependant, quand les gens et les biens circulent, le danger augmente d'autant. Espions, agents, facteurs d'inquiétude, si on les liste, ça n'en finit pas. Car c'est immense. Impossible de tout gérer. La situation actuelle, c'est d'accepter en pesant le danger. Je le répète, moi qui dois faire du quasi-travail administratif, alors qu'opérer hommes et chevaux et bataillon au front était bien plus facile. »

« J'imagine votre peine. »

Walm adressa à Jayf une sincère sympathie.

« Moins ou plus, toi aussi, protecteur, tu as dû goûter à ça à Dandurg. En plus, la conversation a dévié. »

Le commandant de bataillon expulsa la fumée aspirée, et la fumée blanche s'étendit en rampant le long du plafond.

« Les allers-retours jusqu'à Celta se font en convois. Le chemin est relié, dit-on, mais ce ne sont que des points et des lignes. Dire qu'il est "sécurisé" serait exagéré. Le prochain convoi part dans six jours. Repose ton corps d'ici là. J'aimerais bavarder longuement, mais moi aussi je suis occupé. Une fois ton œil soigné à Myard, on reparlera. La cigarette, c'est mon cadeau de départ. »

Le commandant Jayf posa un sac en peau sur le bureau. Walm le prit sans en vérifier le contenu.

« Je l'accepte avec gratitude. J'attends avec impatience nos retrouvailles. »

« Sois pas si formel. Tes mots vont se retourner contre toi et donner un mauvais résultat. »

Jayf grimacia de dégoût du fond du cœur. Walm, lui, arbora un sourire et répondit.

« Alors, lors de notre prochaine rencontre, j'attendrai avec impatience la cigarette en guise de souvenir. »

« Ha ! Tu me la fais à l'envers. Quelle rapidité d'adaptation. Bon, bon, pour de la cigarette, je te la donne. »

D'un geste de la main, Jayf l'invita à sortir. Walm fit ses adieux et quitta la pièce en silence.

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