La notoriété d'Édouard White, son identité comme sa personnalité, était telle que même les péquenauds en avaient entendu parler.
Son histoire était légendaire, après tout.
« Un génie excentrique. »
Ces mots lui collaient à la peau comme une étiquette, et ils le définissaient en effet le mieux.
Après tout, il suffit de dire qu'il était devenu l'un des Sept Grands Maîtres du Continent sans posséder la force d'un chevalier.
Rebecca White, qui avait développé le Chemin de fer circulaire occidental d'Armin, était sa mère.
Édouard White avait pour mère une femme extraordinaire qui avait changé l'époque, et lui-même était un homme né avec une intelligence indescriptible, un don du ciel.
À dix ans, Édouard White avait maîtrisé tous les cours d'ingénierie avancée existants.
À onze ans, il s'intéressa à la construction des mousquets à pierre et les modifia pour réduire drastiquement le temps de rechargement, qui prenait auparavant des minutes.
À treize ans, le concept qu'il avait introduit fit la preuve de sa puissance terrifiante avec le déclenchement de la Guerre de l'Ouest, lui rapportant une somme colossale.
À quatorze ans, Édouard White poursuivi ses efforts sans s'arrêter et se lança dans le développement de nouvelles armes.
Cependant, c'était une entreprise qui demandait des capitaux immenses, bien au-delà de l'argent qu'il avait économisé en vendant des mousquets à pierre modifiés.
Ce fut là que son intellect brilla à nouveau.
« Je vais construire un chemin de fer transcontinental, avec l'aide de vous tous. »
C'était absurde.
Personne ne pouvait imaginer combien d'argent ni combien de temps il faudrait pour construire un chemin de fer à travers ce vaste continent.
La plupart ricanaient, mais quelques esprits aiguisés se concentrèrent sur la dernière partie de la déclaration, la partie « avec l'aide de vous tous ».
C'était bien ça.
Édouard avait réussi à créer le concept de « société anonyme ». [1]
L'idée d'investir du capital dans un individu tout en donnant à l'investisseur une part de l'affaire était une méthode de corporation choquante, sans précédent sur le continent.
Il fut le premier à donner une valeur légale notariale au concept d'investissement, qui jusqu'alors ne faisait partie que de transactions de quelques dollars tout au plus.
Cela créa une menace pour la société féodale de la plupart des États.
Après tout, il avait créé une structure perverse qui permettait à quiconque avait de l'argent d'exercer du pouvoir, quel que soit son statut.
Mais personne ne put l'arrêter.
Il se trouve que l'un des plus gros investisseurs d'EW était le Roi Démon Zerdia.
« Hum… ça a l'air intéressant. Laissez-moi essayer. »
Le Roi de Nazak, une Puissance Continentale, avait cautionné Édouard White.
Cela avait plusieurs implications.
Première et principale : cela donna une réalité à l'idée d'Édouard White.
Une Puissance Continentale, désormais un groupe appelé les Sept Grands Maîtres du Continent, était un nom qui prêtait une grande crédibilité.
« Il n'y a pas de meilleur moment pour acheter des actions d'une compagnie à un tel prix d'aubaine, alors allez-y, investissez ! »
Sous son aile, Édouard White commença à lever des fonds à un rythme explosif.
Ce fut un succès.
La compagnie de chemin de fer « EW » leva cinq fois la somme qu'il avait demandée initialement et entra en bourse avec succès, étendant ses rails à travers l'Ouest.
Cela ne prit que deux ans.
Il avait réussi à acheter du temps avec de l'argent.
Et Édouard White n'avait que seize ans à l'époque.
Ce fut aussi à cette époque que le nom de Ygret, dix ans, fut gravé sur la forteresse de fer qu'était EW.
« Maintenant, je vais étendre les chemins de fer sur le continent, et je vais concevoir de nouveaux moyens de puissance pour mettre fin à la guerre. »
À peine un an après cette déclaration, Édouard White, dix-huit ans, réussit à introduire un nouveau concept dans l'armement.
Action à verrou. [2]
Au lieu de devoir pousser la poudre dans le canon, il développa une arme à feu dans laquelle la poudre était intégrée à la balle.
Bien sûr, c'était une technologie impossible à commercialiser.
Non seulement à cause de sa puissance, mais aussi parce qu'il fallait une quantité astronomique de compétence et de capital pour créer une seule balle.
Embaucher un fabricant de balles compétent, le former, puis le mettre en service représentait un gouffre de ressources.
Ainsi, Édouard White finit par abandonner sa commercialisation.
Cependant, il réussit à le mettre entre les mains des soldats d'élite d'Armin.
Ce fut un événement charnière dans l'ascension de l'armée arminienne, qui passa de la plus faible sur le champ de bataille à une puissance majeure.
Édouard White fut sacré duc ce jour-là.
Il devint connu sous le nom de Duc d'Or, malgré son incapacité à manipuler ne serait-ce qu'une poignée de mana, également connu comme Édouard l'Orfèvre, l'un des Sept Grands Maîtres du Continent.
Et ce fut l'argent qui lui acheta le pouvoir.
Cela s'était produit lorsqu'il avait vingt-deux ans.
À vingt-cinq ans, il avait achevé le Chemin de fer transcontinental, répandant son histoire légendaire à travers le monde.
Retour au présent :
« Je me sens mal à l'aise. Vraiment. »
Elric ne parvenait pas à se détendre.
« Allons-y vite, alors. D'abord, je dois demander comment vous m'avez trouvé. »
Les yeux d'Elric brillaient d'un rouge sang.
Édouard haussa les épaules pour tenter de détendre l'atmosphère.
« Au cas où vous l'auriez oublié, ce chemin de fer tout entier m'appartient, il m'est donc facile de savoir qui monte et descend, quand et où. Ainsi, chaque fois qu'il y a un passager important, je reçois un rapport complet directement à l'oreille. »
Elric fronça les sourcils.
'Il semble connaître mes allées et venues depuis le moment où j'ai quitté l'Ouest.'
Il avait été myope.
Il aurait dû cacher son identité dès le début.
« Bon, je suis quand même surpris. Je n'aurais jamais rêvé que le Démon de l'Épée était un homme marié. Et votre femme, qui agit comme si elle allait mourir aujourd'hui... Haha ! Ne me regardez pas comme ça. »
Au moment où il déploya son intention de meurtre, Édouard haleta et se recroquevilla.
« On n'est pas en mauvais termes, après tout ? Si ? On s'entendait super bien sur le champ de bataille... »
« Pensez-y... peut-être est-ce une marque de gratitude de la part de mon genou. »
« Heu, ah... Quelle chose amère à dire. »
Édouard rit d'un rire rauque.
« Ce n'est pas moi qui l'ai fait, c'est mon armée. »
« C'est vous qui avez fabriqué leurs armes, et vous qui vous en êtes vanté. Et il me semble aussi que c'est vous qui commandiez le champ de bataille ce jour-là. »
« Je préférerais que vous y voyiez une pure affaire de business... »
Elric n'aimait vraiment pas la façon dont il essayait de s'en tirer avec un sourire narquois.
Elric tapota sa canne de l'index.
« Dites-moi donc pourquoi vous êtes là, j'ai de la compagnie à recevoir. »
« Ah, je vois. À propos de cette charmante dame... »
« Je préférerais que vous ne la mentionniez plus. Ça me met en colère. Non, je suis déjà en colère. »
La découverte de l'existence de Tyria par Édouard était trop pour Elric.
S'il décidait de lui jouer un mauvais tour, il n'y avait pas grand-chose qu'Elric puisse faire pour l'en empêcher.
Il devrait donc le menacer.
« Si vous décidez de jouer des tours à ma femme, je ne peux pas vous en empêcher. Cependant, cela ne veut pas dire que je ne prendrai aucune mesure par la suite. »
« Heu, je vois... »
« Je vous forcerai à être le premier engagé dans la guerre du côté des ennemis d'Armin, sans solde. Vous serez au front de tous les champs de bataille, aidant à la destruction de votre propre pays. Bien sûr, vous ne serez pas trop blessé. EW est votre berceau, pour ainsi dire. »
Édouard avala difficilement.
La voix d'Elric continua, grave.
« Je détruirai ensuite le chemin de fer après vous avoir fait mettre votre propre pays à genoux. Je tuerai vos actionnaires majeurs un par un. Ainsi, il y aura moins de parts amies, et la plupart chercheront à se débarrasser de leurs actions immédiatement. »
…
« Et puis, juste avant qu'EW ne s'effondre, je viendrai pour vous. Je vous traquerai et vous étranglerez jusqu'à ce que vous soyez aussi misérable qu'il est humainement possible. »
« Enfin, après tout ça, seulement alors je vous arracherai la gorge. »
Ce n'était pas une simple menace en l'air.
S'il faisait vraiment du mal à Tyria, Elric ferait certainement tout ce qu'il venait de dire.
« Croyez-vous que je ne peux pas le faire ? »
Édouard n'en doutait pas. Son expression rigide parlait pour lui.
Et c'était une chose ridicule que d'essayer de discuter de la possibilité de la réussite d'Elric.
Tout cela portait le nom de Kasha, le Démon de l'Épée, après tout.
« Maintenant, voulez-vous encore parler de ma femme ? »
À cette question, Édouard se redressa avec une expression légèrement plus sérieuse.
« ... Enfin, ce n'était pas mon intention de toute façon. »
Il se gratta la tête.
'Ah, je vais être malade.'
Édouard eut l'impression que son souffle lui était coupé alors qu'il regardait dans les yeux d'Elric... non, de Kasha.
Il avait pensé que l'homme était devenu un peu plus aimable en se reposant à la campagne.
Pourtant, lorsqu'il parla de sa femme, il avait l'air de ce jeune homme omniprésent qui l'entourait.
'Donc, il portait un masque.'
Il se demanda si sa femme le savait.
Que l'homme qui était son mari était un tueur impitoyable qui irait jusqu'aux enfers pour trouver et déchiqueter quiconque lui ferait du mal.
Édouard poussa un long soupir.
« Comme vous le voyez, je ne suis pas venu pour me battre. Vous saurez sûrement que si j'avais eu l'intention de me battre, je ne serais pas venu en premier lieu. »
Parmi les Sept Grands Maîtres du Continent, Kasha le Démon de l'Épée était un homme qui honorait vraiment son nom de « Plus Fort. »
Mis à part l'état actuel de l'Empire dans lequel ils battaient en retraite, il n'y avait pas une seule personne capable de le vaincre en combat singulier.
Bien sûr, les batailles sur le champ de bataille ne se déroulaient pas toujours en combat singulier.
C'était ainsi que les Sept Puissances maintenaient l'équilibre, et c'était aussi la raison pour laquelle le cou d'Édouard était encore attaché aujourd'hui.
Et Édouard n'ignorait pas ce fait.
Il était clairement le plus faible des deux dans cette situation.
« Alors, si vous n'êtes pas venu pour vous battre... ? »
« Je suis venu pour négocier. »
Édouard pencha la tête en avant et parla.
« Nous savons tous deux que le Démon de l'Épée n'aime pas tourner autour du pot, et je ne suis pas friand de prétention non plus, alors je vais être direct. »
Édouard avala difficilement avant d'aller droit au but.
« Veuillez prendre votre retraite. Je ne veux plus jamais vous voir poser les yeux sur les champs de bataille de l'Ouest. »
Un frisson lui parcourut l'échine, mais il continua.
« Je souhaite que la guerre dure plus longtemps. »
Le regard de Kasha se durcit.
[1. Une société anonyme est une compagnie dont les actions peuvent être échangées en bourse.]
[2. Je sais que cela ne correspond pas définitivement à une arme à feu utilisant des balles modernes, mais je ne savais pas comment l'appeler, alors j'ai gardé le terme de la traduction automatique.]