Elric quitta immédiatement le manoir et se dirigea vers le village avec Tyria.
Cependant, le spectacle qui les accueillit à leur arrivée était préoccupant.
« Hmm… Cela a l'air grave. »
Plusieurs maisons s'étaient effondrées en ruines.
Les débris épars et les clôtures brisées au loin indiquaient que quelque chose de puissant s'était introduit et avait mis le village sens dessus dessous.
On aurait dit l'œuvre d'un monstre redoutable.
« Je vais aller parler au chef un instant. »
« Vas-y, je t'attends ici. »
Bien qu'ils aient pu y aller ensemble, Elric choisit de ne pas le faire.
Il décida plutôt qu'il serait plus rapide d'enquêter lui-même.
Au cours de ses années comme mercenaire, Elric avait eu de nombreuses rencontres avec des monstres. Après tout, les habitudes de ces machines à tuer sans cervelle étaient souvent utilisées stratégiquement dans les guerres.
Maintenant qu'il avait atteint le point de pouvoir identifier l'espèce d'un monstre rien qu'à ses traces, il semblait naturel d'utiliser la méthode la plus évidente.
D'abord, Elric se rendit à la périphérie du village et examina les fragments de la clôture en bois.
« A-t-elle supporté la majeure partie de l'attaque ? »
On aurait dit.
Si c'avait été un simple coup, elle n'aurait pas été aussi nettement brisée en ligne droite.
Puisqu'on la décrivait comme un monstre lupin, les Loups-Lames ou les Loups Kalisso étaient les seules espèces auxquelles il pouvait penser.
Tous deux étaient des monstres caractérisés par de longues griffes et des cornes.
De plus, il y avait un autre point qui pouvait servir d'indice…
« Les victimes humaines semblent moins nombreuses que prévu. »
Contrairement au fait qu'un monstre ait envahi le village, il n'y avait aucun signe visible de morts ou d'enterrements.
Tout au plus quelques blessés, ce qui précisait davantage l'identité du monstre.
« Ce doit être un Loup-Lame. »
Parmi les monstres, il appartenait aux rangs supérieurs.
Il utilisait le mana pour enduire ses griffes d'énergie d'épée, et chassait non seulement pour survivre, mais aussi pour le pur divertissement.
Le fait qu'il ait semé une telle peur avant de battre en retraite indiquait que ce n'était qu'un prélude à sa prochaine chasse.
S'ils avaient été ne serait-ce qu'un peu plus tard, une catastrophe majeure se serait abattue sur le village.
« Nous sommes tombés dans les griffes d'une créature malveillante. »
Que pouvait-il faire ?
C'est au moment où Elric réfléchissait à cette question que…
« Milord. »
Tyria était revenue.
« J'ai assez entendu l'histoire. Rentrons au manoir pour l'instant. »
« Ah, faisons cela. »
Elle avait fini son enquête.
Non, connaissant sa personnalité directe, il était évident qu'elle avait simplement coupé court aux formalités pour aller droit au but.
Elric la suivit dans la voiture, et ce n'est qu'ensuite qu'il put entendre ce qu'elle avait découvert.
Plus il écoutait, plus il en était certain.
Le coupable était bien un Loup-Lame.
Maintenant, la seule question était de savoir si elle le savait ou non.
« D'abord, nous devons recruter du personnel. Comme nous ne savons pas quand la créature redescendra au village, je compte me préparer le plus vite possible. »
« As-tu identifié l'espèce exacte du monstre ? »
« Les villageois disent qu'ils n'ont pas pu en déterminer la forme exacte, mais ils se souvient d'avoir vu quelque chose ressemblant à une lame géante, donc on soupçonne un Loup Kalisso. »
L'expression d'Elric se durcit.
« Cela ne va pas. »
Il y avait un fossé indescriptible entre la puissance d'un Loup Kalisso et celle d'un Loup-Lame.
Comment une créature maniant le mana et une brute ne comptant que sur sa force physique pouvaient-elles être considérées comme identiques ?
S'ils agissaient en supposant la présence d'un Loup Kalisso, ils reviendraient assurément de leur chasse comme de simples cadavres.
« Pour chasser un Loup-Lame, il faut un chevalier. »
De plus, un chevalier capable de manipuler le mana.
À moins de pouvoir enduire son épée de mana pour en augmenter le tranchant et l'utiliser pour trancher les griffes du loup de front, des sacrifices seraient inévitables lors de la chasse.
Frustré par l'absence d'explication satisfaisante, Elric se souvint soudain d'un fait qu'il avait négligé.
« …Ah, donc il nous faudra les chevaliers ! »
Les chevaliers du manoir étaient essentiellement des utilisateurs de mana.
S'il y avait ne serait-ce qu'une personne sachant utiliser le mana, elle pouvait être déployée en première ligne.
Elric y réfléchissait, mais…
« Hmm ? »
La réponse vint sous une forme qu'Elric n'avait pas anticipée.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? Nous n'avons aucun chevalier dans le domaine. »
La bouche d'Elric s'ouvrit tout grand.
Il voulait rejeter cela comme une absurdité, mais il y avait une raison pour laquelle il ne pouvait pas le faire.
C'était l'explication immédiate de Tyria.
« Le dernier chevalier du domaine était Ser Zig de la maison Wyvern, et il a pris sa retraite il y a huit ans en raison de son grand âge. »
« Et vous n'en avez nommé aucun d'autre depuis ? »
« Oui, ce n'est pas seulement parce qu'il manquait de talents appropriés… mais avant tout, les chevaliers ne sont pas rentables, tu ne trouves pas ? »
C'était le signe des temps qui changeaient.
Maintenant, le nom qui dominait les champs de bataille du continent était « la poudre à canon. »
« …Je suppose. »
Les chevaliers étaient des gouffres financiers qui coûtaient des sommes astronomiques à recruter, entraîner, entretenir et gérer.
En revanche, une arme à feu était une arme simple et vicieuse qui pouvait transformer un paysan en force armée avec un seul fusil. De plus, les fusils étaient capables de blesser même des chevaliers bien entraînés.
Bien sûr, le prix des armes à feu était également astronomique, mais il n'était pas beaucoup plus élevé que l'argent nécessaire pour entraîner des chevaliers.
À moins d'être un lieu où de grandes forces étaient déployées comme les champs de bataille de l'Ouest, il n'y avait pas besoin d'élever des chevaliers dans un si petit et paisible territoire rural comme Wevin.
Il suffisait de mettre un fusil entre les mains d'un soldat correctement entraîné et l'affaire était faite.
Soudain, l'amertume et le regret emplirent le cœur d'Elric.
Il était l'un des rares à encore admirer les chevaliers et respecter leur force.
Après tout, il s'était hissé au sommet comme mercenaire de guerre avec une épée, il ne pouvait donc qu'être en faveur du mode de vie chevaleresque.
« C'est la chute de la chevalerie… »
Les mots qu'il avait entendus un jour sur le champ de bataille résonnèrent à nouveau en lui.
« …Ou peut-être t'ai-je offensé ? »
Tyria demanda prudemment.
Elric se recomposa vite et secoua la tête.
« Non, ce n'est pas ça. Hum, je suis juste attristé. Tu ne le sais peut-être pas, mais mon rêve d'enfance était de devenir chevalier. Alors, c'est particulièrement amer pour moi de voir les chevaliers disparaître. »
Avec un faible sourire, Elric ajouta un conseil.
« …Néanmoins, il y a une force que possèdent les chevaliers, qui ne peut être remplacée par les fusils. J'espère que tu reconsidéreras l'idée de recruter des chevaliers. »
Après tout, comment une balle de plomb pourrait-elle briser complètement l'épée d'un chevalier ?
Les fusils et les épées étaient différents dès le départ.
Elric lui-même pouvait, et l'avait fait maintes fois auparavant, anéantir à lui seul une armée entière d'utilisateurs de fusils avec une seule épée.
Pour l'avenir du domaine, il serait sage de garder un chevalier.
Il venait d'exprimer sa conviction.
« Je devrai y réfléchir. …Non, si c'est ce que tu penses, Milord, alors il est juste que je le fasse, car c'est ton domaine, après tout. »
Elric fut pris au dépourvu.
Quelque chose qu'il essayait d'ignorer venait d'être énoncé à nouveau.
« Milord ? »
« …Rien. C'est juste parce que le vent est froid. »
La dernière chose dont il avait besoin en ce moment, c'était de pensées plus compliquées.
Elric répondit comme s'il se faisait une excuse avant de reporter son attention sur le paysage qui défilait.
Ce fut à cet instant.
Swoosh–
Sa cape de fourrure se déploya et enveloppa les épaules d'Elric.
Le corps d'Elric se raidit.
Ses yeux creux se tournèrent vers elle.
« Ceci… »
« Tu as dit que tu avais froid, et ma cape est assez grande pour couvrir deux personnes. »
Son regard était fixé droit devant.
Son corps se pencha un peu plus près.
Leurs bras se touchèrent, et un frisson passa au bout de leurs doigts.
L'arête de son nez était légèrement rougie.
Elric racla doucement la gorge.
« …Tu as l'air d'avoir froid, alors c'est bon si tu ne fais pas ça. »
« Ce n'est pas au point que je ne puisse pas supporter, et le corps de Milord est plus lourd que le mien, après tout. »
« C'est parce que… »
« Je vais bien. »
Pour une raison quelconque, elle avait l'air fermement convaincue.
Elric ne put plus argumenter.
Et son regard alla droit devant.
Clac, clac.
La voiture cahotait et leurs doigts ne cessaient de se heurter. Et puis, à un moment donné, leurs mains, plus précisément leurs auriculaires, s'entrelacèrent.
Aucun des deux ne sut qui l'avait fait le premier.
C'était le lendemain matin.
Après plusieurs discussions, Tyria, qui avait finalement décidé de déployer des chevaliers pour cette chasse, demanda des chevaliers au territoire voisin de Gideon.
Elric s'attendait à ce que le processus soit assez ardu, mais Gideon fut plus que disposé à coopérer.
Tous deux se tenaient maintenant devant la porte du manoir pour accueillir le chevalier que Gideon avait envoyé.
« Les familles Wyvern et Gideon interagissent depuis plus de cinq générations, donc ce n'était pas difficile. En plus… »
« En plus ? »
« …N'oublie. Tu comprendras une fois que tu le verras par toi-même. »
Tyria secoua la tête.
Elric la regarda avec suspicion, mais elle ne semblait pas avoir l'intention d'en dire plus.
Il devrait voir par lui-même, réalisa-t-il après un moment.
« Le voilà. »
La tête d'Elric se releva et il regarda devant.
Il était là, quelqu'un montant un robuste cheval brun, s'approchant du manoir.
Seule la silhouette de l'homme était visible, son armure de plates intégrale reflétant l'éblouissante lumière hivernale.
Il avait une forte carrure, et l'allure de son cheval était vive.
« Il a l'air assez compétent. »
Il avait aussi l'air d'être un utilisateur de mana fraîchement promu.
Pendant qu'Elric l'observait attentivement, évaluant ses capacités, il parvint enfin à voir le visage du chevalier.
Ce fut à cet instant.
« …! »
Les yeux d'Elric s'écarquillèrent.
« Whoa~ »
Une voix exagérée retentit.
Alors que la distance entre eux se réduisait, le cheval ralentit son allure.
Le visage de l'homme sur le cheval se rapprocha également.
Pourtant, quelque part là-dedans, on pouvait voir une expression familière et malicieuse.
Elric le reconnut.
Il ne l'avait pas vu depuis dix ans, mais il put encore reconnaître la personne familière devant lui.
Le teint d'Elric s'éclaircit.
« Luton ! »
C'était Luton, le fils aîné du boucher, et un ami d'enfance proche avec qui il s'était mis dans pas mal d'embrouilles, ensemble.
Luton grinça et cria.
« Patron, ça fait un bail ! »
Ce fut des retrouvailles vraiment inattendues.