Après avoir mangé et bu à satiété.
Puisque j'attirais l'attention au centre du tumulte, j'ai décidé de partir plus tôt.
Après avoir réglé l'addition à la caisse et être sorti, la femme que j'avais aidée tout à l'heure m'a rattrapée, l'air paniquée.
« Ah, euh ! »
« Oui ? »
« Merci beaucoup ! Vous avez aidé une parfaite inconnue comme moi…… Je ne sais pas comment vous remercier. »
« Ne t'en fais pas, c'est le hasard. »
« Le hasard, dites-vous ? »
« Ah, le hasard. Je me trouvais là par hasard, et j'avais par hasard les moyens de résoudre la situation. »
C'est tout, pure coïncidence. Je n'ai rien visé du tout.
« Mais…… »
« Un de mes connaissances a dit un jour : "Il y a ceux qui sont dans l'embarras, et ceux qui ont le pouvoir de les aider." C'est tout. »
« Malgré tout…… merci beaucoup ! »
La femme a baissé la tête.
« Je vous le rendrai, c'est certain ! »
« C'est pour ça que…… »
« C'est certain ! »
La femme m'a fixé droit dans les yeux, avec une détermination farouche.
Son enthousiasme était incroyable, on lisait en elle la volonté de le faire quoi qu'il arrive.
« ……Je vois. Je m'appelle Ryota Sato. D'habitude, j'habite à Shikuro. »
« Hein ? »
« Si tu tiens à me rendre la pareille, je ne t'en empêcherai pas, mais ne t'impose rien. Je ne fuis pas, je ne me cache pas. »
« Ha, hai…… »
« Si tu te mets dans le pétrin en forçant pour me rendre service, un autre "moi" quelque part, qui a le pouvoir d'aider, finira par intervenir. »
Je l'ai dit en clignant de l'œil, sur un ton badin.
La femme est restée interdite un moment, puis a baissé la tête profondément une seconde fois.
« Oui ! Merci beaucoup ! »
Dit-elle.
Après l'avoir regardée retourner dans le magasin, j'ai repris la marche.
Tac, tac, tac, tac-tac-tac.
Le bruit de pas qui se superpose fait deux personnes.
Quelqu'un me suit par derrière.
Quand je m'arrête, il s'arrête aussi.
Celui qui me suit…… c'est bien sûr Nicolas.
« Haa…… pourquoi tu me suis ? »
« T'es classe, toi. Tout à l'heure, ton échange, c'était classe. »
« Non, rien de tel. »
« Cette fille, elle s'est tapée de toi. Si tu la cours maintenant, tu peux baiser. »
« C'est pas pour ça que je l'ai dit…… »
« Moi aussi je me suis retapé pour toi, j'ai mouillé ! »
« C'est encore moins pour ça !! »
J'ai eu un frisson dans le dos.
« Hé, hé, on va pas boire un coup chez moi ? Même si la bagarre c'est non, boire c'est bon, non ? »
« Je sens le danger, alors non. »
« Allez, c'est bon. T'inquiète, je te sauterai pas avant de me battre. Faut que le corps soit bien échauffé par le combat pour que ce soit bon. »
« Arrête de te vanter ! Je veux pas savoir ça ! »
« C'est dit, on repart pour un tour. »
Nicolas m'a passé le bras sur l'épaule brutalement.
Mais ça reste dans les normes, genre contact entre mecs.
Je me suis fait traîner par Nicolas.
C'est un pervers sur qui il faut veiller, mais comme il n'a pas de face cachée, c'est le genre qu'on arrive pas à détester.
Traîné par ce Nicolas, j'ai abouti dans un vieux quartier.
Contrairement au centre-ville tout neuf et impressionnant d'il y a peu, c'était une zone ancienne, toute pourrie.
« Faut passer par un coin pareil ? »
« Non, moi j'habite ici. »
« Ici ? »
« Le temps que tu le dises, on est arrivés. C'est ici. »
L'endroit où m'a emmené Nicolas, c'était un vieux bâtiment.
Apparemment entretenu correctement, mais son âge saute aux yeux au premier regard.
À la louche, 50 ans… non, 100 ans de bâtiment.
« Tu vis ici ? »
« Ouais. »
« ……Pourquoi ? Au lieu d'un taudis pareil, avec ton niveau tu pourrais vivre dans un manoir, non ? »
Un homme ☆7, chef de famille avec des subordonnés (probablement).
On se connaît depuis peu, mais d'après ce que j'ai vu, c'est un boss de famille style mafia, donc normalement il pourrait habiter quelque chose de bien.
Et pourtant…… il vit dans une baraque qui doit avoir 100 ans, c'était inattendu.
« Tu piges rien, toi. Cette maison, c'est la plus vieille de Sametilen, tu sais ? »
« La plus vieille ? »
« Ouais. Une des maisons construites quand la ville a été fondée. Y'en a plus d'autres pareilles, celle-ci est la plus ancienne. »
« La plus vieille…… d'ailleurs tout à l'heure tu as commandé de "l'alcool vieux". »
« Ouais. Toi…… tu sais c'qui est le plus grand luxe au monde ? C'est le temps. »
« Le temps. »
Prononcé platement, en écho.
« Les "bonnes choses" et compagnie, on peut en faire autant qu'on veut. Les "meilleures choses" aussi. Si les humains s'y mettent, ils peuvent en produire les unes après les autres, non ? »
« Je vois. Mais les vieilles choses, c'est impossible, quoi. »
« Ah. Les vieilles choses, faut y passer du temps. La force humaine n'y peut rien. C'est pour ça que c'est le plus grand luxe. »
« Je vois. »
Vieux alcool, vieille maison.
Je me demandais pourquoi il y tenait tant, mais à l'entendre, c'était logique.
« C'est un luxe qui coûte pas mal, quand même. »
« L'fric, j'en ai à pourrir. Moi, dans cette ville, je fais "tout travail". Je fais tout, et ça rapporte. »
« T'es pas aventurier ? »
Tout à l'heure, quand il m'a mis le bras sur l'épaule, j'ai compris.
Nicolas est…… fort.
Parmi tous les humains que j'ai croisés, il est du niveau des plus forts, au niveau de ce Neptune.
Dans ce monde, les forts sont sans exception des aventuriers, c'est ma compréhension, donc je pensais qu'il en était un aussi.
« Ben oui, toi, moi j'suis F Final. »
« C'était ça. »
C'est inattendu.
Sans rapport avec la force, la page 2 du statut.
Le statut de drop, quand tout est au rang minimum F, on appelle ça F Final.
Des humains qui, même en entrant dans un donjon, ne peuvent presque rien faire dropper. Une sorte de mépris.
« C'était ça. »
« Laisse tomber ça, entre et bois un coup. »
« Bo, boss…… »
« Hein ? »
Nicolas essayait de m'entraîner dans la maison en me tirant la main, mais il a été interpellé depuis l'ombre et a fait la grimace.
Il a plissé un seul œil avec adresse, en tordant la commissure des lèvres.
Un homme est sorti de l'ombre.
Un inconnu, mais l'ambiance est claire.
Même atmosphère que les types que je viens de corriger, c'est sûrement un subordonné de Nicolas.
Il s'est avancé timidement vers Nicolas.
« Quoi ? »
« En fait…… »
Il m'a jeté un coup d'œil, puis a chuchoté à l'oreille de Nicolas.
Au début, Nicolas fait la tête d'avoir été dérangé, mais son visage passe peu à peu à la surprise, pour finir par un ricanement, les commissures tordues.
« ——Parait qu'c'est ça. »
« Compris. Dis-leur que j'accepte. »
« C'est bon, boss ? Sans même demander la récompense ? »
« Aaahn !? »
« Pardon, j'ai compris, j'vais répondre ! »
Le type s'est raidi sous le regard, a salué, et s'est enfui.
Quoi ? Qu'est-ce qui se passe…… ?
« —— !! »
J'ai renversé le buste d'un coup. Quelque chose d'aigu, de glacial, a frôlé mon nez.
J'ai frappé le sol pour sauter en arrière. À l'atterrissage, j'ai saisi la situation.
Nicolas avait sorti un poignard on ne sait quand, et le fauchait horizontalement.
La lame émettait une aura pourpre, une arme clairement dangereuse, quoi qu'on en dise.
Ce qui a frôlé mon nez, c'était ça.
« Qu'est-ce que tu fais ! »
« J'viens d'accepter un job. »
« Un job ? »
« Ouais. Un client habituel avec qui je bosse toujours m'a demandé de faire disparaître un certain homme. »
Un certain homme…… inutile de dire que c'est moi.
« L'assassinat, j'en fais souvent, c'est du travail habituel. »
« Y'a pas de "travail habituel" pareil ! »
Je rétorque, mais Nicolas lèche la lame de son poignard, une expression d'extase sur le visage.
Yabai, il a les yeux tournés.
« Comme ça je peux me battre contre toi…… Puisque moi, c'est toujours le travail habituel, après tout !! »
« Kuh ! »
La silhouette de Nicolas a vacillé…… et il est apparu devant mes yeux.
Un pas d'entrée incroyable, une vitesse sans aucun doute de niveau A, une vitesse surhumaine.
Un coup de poignard, une taille horizontale, je me suis baissé pour l'esquiver.
Gogogogo…… dooon !
Un rugissement derrière moi. Le plus vieux bâtiment de la ville, celui qu'il m'avait proposé tout à l'heure, vient d'être coupé en deux net, et la partie tranchée s'est décalée.
La puissance est considérable aussi. Ou alors c'est la puissance de l'arme ?
Quoi qu'il en soit…… un ennemi redoutable.
« Aa…… c'bon, c'bon, c'bon, c'bon, c'bon, c'bon ! C'genre de combat contre un gars comme toi, c'que j'voulais, ouais ! »
Les yeux tournés, Nicolas fonce sur moi.
Je l'observe calmement, j'évite sa taille, je glisse sous sa garde et place un contre-direct dans le ventre.
Un direct profond dans l'abdomen, Nicolas qui s'était jeté est repoussé.
Son élan, c'est une superballe. Juste ce niveau de rebond.
Il a abattu plusieurs vieux bâtiments désertés avant de s'arrêter.
Un coup à fond, parfaitement rentré.
Avec ça, il ne devrait pas se relever…… .
« Itai, itai yo. Hehe. »
Nicolas s'est relevé, en gémissant de douleur, mais il souriait.
Nicolas a continué sa charge.
C'était incroyablement rapide. Son poignard aussi, bizarre, si je me faisais couper ça avait l'air dangereux au-delà du sens physique, mais je l'ai géré calmement, enchainant les contres.
Cinquième coup rentré, cinquième fois qu'il vole.
« S,さすがにもう立ち上がれないだろーー »
« Hiiiiiiiiii hyahhoooi ! »
« Mensonge !? »
Nicolas a foncé, et a jailli des décombres des maisons qu'il avait abattues.
Comme un vainqueur, en poussant un cri de joie.
Je me suis mis en garde, prêt pour la prochaine attaque.
Mais elle n'est pas venue.
Nicolas a atterri et n'a plus bougé.
« …… »
Prudemment, tout en gardant ma garde, je me suis approché pour voir.
Nicolas était étendu en grande étoile sur les décombres, inconscient.
Son beau costume était trempé de son propre sang craché, la zone du corps qui a pris mes contres est en lambeaux.
Dommages au-delà de la limite, renversé, inconscient…… normalement.
Mais son visage portait un air satisfait, il souriait.
« Fuu…… c'est bon, ça devrait aller. Mais…… »
J'ai regardé autour.
Probablement parce que Nicolas les a tous rachetés, personne dans ce coin où s'alignent de vieux bâtiments.
Plus que mes attaques, ce sont les tailles de Nicolas qui ont tout détruit, c'est déjà à l'état de ruines.
« J'ai gagné, mais si ne serait-ce qu'un coup m'avait touché…… »
En pensant ça, j'ai eu un frisson glacial.