Après avoir quitté la salle du président, je marchais dans le couloir aux côtés de Cell.
« J'ai une requête à te faire, Sato-sama. »
« Hein ? »
« Ne pourrais-tu pas rester quelques jours dans cette ville ? »
« Rester ? Ça ne me dérange pas, mais... pourquoi ? »
« Je vais le pousser dans ses derniers retranchements. »
Encore plus loin.
Je repense à l'expression terrifiée de Linus ; à ce stade, on commence presque à avoir pitié de lui.
« J'utiliserai tous les moyens à ma disposition. Je compte le presser de l'intérieur comme de l'extérieur. »
« Moi aussi, je peux aider à quelque chose ? »
« Non. »
Cell me fixe d'un air sérieux.
« Il suffit que tu sois là, Sato-sama. Ta simple présence exerce une pression sur l'adversaire. »
« Une pression rien qu'en étant là... n'exagères-tu pas un peu ? »
Cell relève les commissures de ses lèvres pour esquisser un sourire, sans dire ni oui ni non.
« Bref, ça m'arrangerait que tu restes. »
« D'accord... vaudrait mieux que je disparaisse de temps en temps ? »
« Comme on s'y attend de toi, Sato-sama. »
Il me le dit avec un regard plein de respect.
« Si tu fais ça, c'est encore mieux. L'autre camp sombrera de lui-même dans la paranoïa. »
« Compris. Si c'est comme ça, compte sur moi. »
J'accepte la demande de Cell et décide de rester quelques jours dans cette ville, Samechiren, jusqu'à ce que l'affaire soit réglée.
***
Samechiren, une ville prospère qui possède neuf donjons.
J'entre dans l'un d'entre eux, un donjon appelé Cobalt.
Au premier sous-sol de Cobalt, le donjon où je mets les pieds est d'une largeur surprenante, comme une forêt.
Les arbres poussent dru, et quand je lève les yeux, le ciel est caché par la canopée.
C'est amusant, ce contraste : on entre dans le donjon depuis la périphérie d'une ville prospère et on se retrouve en pleine jungle.
Il y a peu d'aventuriers dans le donjon.
À peine en voit-on quelques-uns çà et là.
Ce n'est pas un jour de tempête de mana, ni un jour de prolifération où les drops baissent.
Pourtant, il y a subtilement moins de monde.
Je me demande pourquoi... et c'est là que je tombe sur un monstre.
Sa taille est à peu près humaine, il est courbé en avant, avec des bras aussi longs que ses jambes qui pendent mollement.
Il a des ailes semblables à celles d'une chauve-souris dans le dos, et son corps entier est d'une teinte violacée.
En y regardant de plus près, il n'a pas d'yeux, et ses mouvements ressemblent à une déambulation aléatoire.
« Un démon, peut-être ? »
Je murmure ça à partir de son apparence.
En fait, je n'ai rien entendu à son sujet.
En ville, j'ai interrogé des aventuriers pour connaître le nombre et les noms des donjons, mais je n'ai pas demandé les détails.
C'est de l'improvisation totale.
C'est aussi une forme d'entraînement.
Entrer dans un donjon sans rien savoir et développer sur le terrain la capacité à m'adapter à l'imprévu.
Depuis peu, c'est ma ligne de conduite, et je l'applique ici aussi.
Je dégaine mon pistolet... ah.
« Au fait, il n'en reste plus qu'un. Je me demande si je peux m'en procurer un en ville. »
Tout en gardant en mémoire qu'il faut remplacer le pistolet perdu lors du combat contre le Grand Eater, je charge une balle normale et tire sur le monstre.
Avec la détonation, la balle normale perce la tête du démon sans yeux.
Un headshot, le démon s'effondre d'un seul coup et laisse tomber un objet.
« Faible... bon, c'est le premier étage, c'est normal. »
Je me dis que l'entraînement n'a rien à voir là-dedans, et je ramasse l'objet tombé.
C'est un bloc rectangulaire d'un gris terne.
« Cette texture et cet éclat... une lingot de fer ? Le poids... environ un kilo, je dirais. »
Je touche, caresse, et tape du deuxième joint de mon majeur sur ce que le démon a laissé tomber.
C'est sans doute du fer, sans erreur possible.
Dans le donjon d'Aurum, j'ai vaincu un petit démon qui a droppé de l'or en poudre.
Ici, le démon a droppé du fer.
Il y a manifestement une tendance entre le type de monstre et le type de drop.
D'après mon expérience, ce donjon appelé Cobalt fait apparaître des monstres de type démon qui droppent des minerais.
Je glisse la lingot de fer d'un kilo dans ma poche.
Comme je ne m'attendais pas à ça, je n'avais pas apporté de chariot magique, mais la poche du Grand Eater règle le problème.
Je marche un moment, et je croise un autre démon.
En y regardant bien, sa façon de déambuler rappelle vaguement les zombies de Nihonium. La couleur de peau aussi est proche.
Ce doit être un monstre du genre « zombie-démon » ou un nom dans ce genre.
Je lui tire une balle normale dans la tête, et encore une lingot de fer drop.
Toujours environ un kilo de fer.
Je la ramasse et la mets dans ma poche.
« ... La sensation n'est pas celle d'avoir deux kilos dans la poche. »
C'est une histoire que seuls les hommes comprennent.
Cette sensation subtile quand on fourre beaucoup de choses dans sa poche.
C'est lourd, ça balance bizarrement, ça cogne contre la cuisse et c'est horriblement gênant, cette sensation subtile.
Mais là, rien de tout ça, évidemment.
J'abats les zombie-démons les uns après les autres.
Headshot, ou j'arrête de tirer pour les battre à coups de poing, ou j'attrape leur mâchoire qui essaie de me mordre et je l'arrache.
Je parcours le premier sous-sol de Cobalt, abattant les monstres et ramassant les lingots de fer.
Je continue machinalement, et une chose devient claire.
Les aventuriers ici ne sont pas différents de ceux de Shikuro.
Ils tuent les monstres avec des mouvements efficaces basés sur le principe du farming, et mettent les lingots de fer dans leurs chariots magiques, mais ils remontent avant que le chariot ne soit plein.
Il semblerait encore y avoir de la place, mais le chariot qu'ils poussent vacille étrangement.
On dirait que la limite de poids du chariot magique est atteinte avant celle du volume.
Je vois, avec du fer, ça donne ça.
Bon, la densité est écrasante comparée aux légumes.
Dans cet état d'esprit, je continue d'abattre des monstres dans ce nouveau donjon tout en observant les aventuriers de cette ville.
***
« C'est ici l'acheteur ? »
Je sors du donjon Cobalt et me rends chez un acheteur qu'un habitant de la ville m'a indiqué.
L'enseigne porte « La Bataille des Mandarins ».
Mêlé aux aventuriers qui poussent leurs chariots magiques, j'entre dans la boutique les mains dans les poches.
Contrairement à « La Réciprocité de l'Hirondelle », l'intérieur est inutilement spacieux.
Pas de comptoir, mais une disposition qui rappelle les caisses d'un supermarché, étendue de façon excessive.
Je me dirige vers une caisse libre.
« Bienvenue, c'est votre première fois ? »
Le vendeur homme me demande avec un sourire commercial.
« Ouais. Même si c'est la première fois, vous rachetez ? »
« Bien sûr. On rachète n'importe quoi tant que c'est droppé dans un donjon de cette ville... mais vous n'avez rien sur vous, on dirait. »
« Pas si sûr. »
Je fourre la main dans ma poche, en sors une lingot de fer et la pose sur le comptoir de la caisse.
Au moment où je la pose, les chiffres sur la machine de la caisse bougent.
« Je vois, le poids est mesuré dès qu'on pose l'objet. »
« Exact. Mais monsieur, avec juste un jin de fer... »
« Y en a encore. »
Je sors une autre lingot de ma poche et la pose.
Les chiffres augmentent, j'en sors une autre.
Je sors, je pose. Je sors les unes après les autres et les pose sur la caisse.
« Eeeh !? »
Jusqu'à un certain moment, le vendeur faisait une tête à « y en a pas mal », mais à partir d'un certain seuil, sa bouche restée ouverte de stupeur ne se referme plus.
Vers la centième lingot — l'unité qu'ils utilisent, le jin — on me demande :
« Attends, attends, monsieur, combien t'en as apporté ? »
« Y en a encore plein. »
Je continue de les sortir et de les poser.
J'empile les blocs de fer sur le large comptoir.
À un moment, je me suis moi-même demandé combien il y en avait dans ma poche.
« Hé, c'est quoi ça ? »
« Une nouvelle technologie de chariot magique ? »
« Ou alors de la magie ? Non, une compétence unique ? »
Le vendeur est sidéré, les aventuriers s'amassent.
Sous leurs regards, je continue de les sortir, et finalement le nombre dépasse mille, soulevant des acclamations autour de moi.
Plus d'une tonne de lingots de fer étaient rentrée dans ma poche.