Xie Xiaoli s'était enfin offert une voiture de luxe. La société de crédit lui avait aimablement proposé un système de « location-vente », ce qui signifiait qu'elle n'avait qu'à payer quelques dizaines de yuans par jour pour la conduire. La voiture ne lui donnait pas seulement un sentiment de supériorité face à son associé, elle faisait aussi paraître son mari indigne d'elle.
Les publicités de Xing'an Loans ne cessaient d'apparaître sur son fil toutes les quelques jours — location-vente pour sacs, montres, même vacances. Xie Xiaoli était complètement happée par le fantasme. Vêtue de créateur, au volant de sa voiture de luxe, elle regarda son salon de manucure et songea : comment quelqu'un de mon standing peut-il encore être coincée ici ? C'était ridicule qu'elle continue à faire les ongles de « pauvres filles ». Elle devint de plus en plus convaincue que son associé n'était que jaloux. Finalement, elle confia le salon à cette amie.
« Fatiguée ? La vie ne devrait pas se résumer au travail. Il te faut de la poésie et de l'aventure — cours libre ! » La positivité toxique des slogans de Xing'an lui emplissait l'esprit, mais, hélas, la femme qui conduisait la voiture de sport ne revint jamais.
Xie Xiaoli était bien décidée à mener la grande vie. Elle se souvint avoir entendu cette femme mentionner une amie qui, rien qu'en étant à la mode et jolie, avait tapé dans l'œil d'un homme riche et gravi les échelons sociaux. Jettant un œil à son mari, absorbé par son téléphone, elle ressentit une nouvelle vague d'insatisfaction. Je veux le divorce !
Luo Chenghui avait lui aussi contracté un prêt en secret. Il avait fait ses calculs — ses revenus pouvaient l'absorber, et les taux n'étaient pas mauvais. Voyant la nouvelle voiture de Xie Xiaoli, il ne put résister et s'en offrit une lui aussi. Mais quand il apprit qu'elle avait quitté son travail, il se mit à calculer. Il ne voulait pas finir par payer ses dettes. Il était encore jeune, avait maintenant une belle voiture — peut-être que divorcer lui permettrait de trouver mieux.
Tous deux déposèrent une demande de divorce en même temps, mais la procédure bloqua sur les « biens » — bien que tout ce qu'ils avaient c'était de la dette, ils ne parvinrent pas à s'entendre sur le partage. Les deux entrèrent en guerre froide.
Fang Zhiyi entra dans le bureau, et tout le monde se leva pour l'accueillir. Ils admiraient leur jeune patron — en à peine quelques semaines, il avait démêlé les comptes chaotiques et même amélioré leurs salaires.
« Frère Fang, cet étudiant qu'on avait refusé avant est de retour. Peut-être qu'on devrait prendre le marché ? Si on ne le fait pas, une autre entreprise le fera », dit une fille au visage nu en lui tendant un dossier.
Fang Zhiyi le prit et le lança directement à la poubelle. « Non. Combien de fois faut-il que je le dise ? Pour rester conformes, il faut lâcher une partie du business. Vous voulez tous finir en prison ? »
La fille sourit difficilement. « Aussi… le dossier de ce couple — vous l'avez confié à Xing'an. Les supérieurs n'auront-ils pas un problème avec ça ? »
Fang Zhiyi leva un sourcil. « Si le ciel nous tombe sur la tête, je le soutiendra. Concentrez-vous sur votre travail. »
Elle hocha la tête. En t-shirt blanc uni et jean, personne n'aurait deviné qu'elle était celle qui arrivait en voiture de sport pour se faire faire les ongles.
« Petite Liu, ça doit être chouette d'être riche, hein ? » taquina un jeune homme.
Petite Liu secoua la tête. « Épuisant. Il faut jouer un rôle en permanence. Mes cheveux à eux seuls me prennent des heures. Non, je suis faite pour être pauvre. »
« Allez, t'as eu des primes, non ? »
« Colporte pas des rumeurs. Ça vient de la poche de frère Fang. »
Le jeune homme soupira, fixant le plafond. « Bizarrement, avant, faire du business donnait toujours l'impression qu'on nous surveillait. Maintenant, après les changements de frère Fang, je me sens vachement plus confiant. »
Un homme à lunettes jeta un coup d'œil à Fang Zhiyi, concentré sur son ordi, et ajouta : « Après qu'on a enfermé Dong, j'ai failli tout quitter. Ce boulot, c'est trop risqué. Mais là… peut-être que ça vaut le coup de rester. »
Fang Zhiyi ignora leurs bavardages. En ce moment même, il était en train de concocter une pub pour Xing'an Loans — en ciblant Xie Xiaoli et son mari. (Xing'an Loans : Merci pour le parrainage, brave inconnu !)
C'était la première fois que Fang Zhiyi assistait à une réunion de direction organisée par l'aîné. Dans la salle de conférence d'un palace, sept ou huit personnes siégeaient autour de la table, chacune avec la mine d'un vétéran endurci.
Quand Fang Zhiyi présenta ses chiffres, les autres directeurs ricannèrent.
L'aîné fronça les sourcils. « Zhiyi, ton prédécesseur, A Dong, rapportait le triple de ce que tu livres. Une explication ? »
Fang Zhiyi resta calme. « Gestion des risques. » Il exposa sa philosophie — le prêt n'était pas viable, surtout après l'arrestation d'A Dong. Il avait pivoté vers des opérations strictement légales.
« J'ai ouï-dire que tu envoies même du business à des boîtes rivales ? » railla un chauve.
Fang Zhiyi soutint son regard. « T'as déjà entendu parler de "tuer avec un couteau emprunté" ? »
Le visage du chauve s'assombrit, mais avant qu'il ne puisse rétorquer, l'aîné coupa court. « Bien. Très bien. » Il étudia Fang Zhiyi avec approbation. Qui aurait cru qu'A Dong avait un subordonné si affûté ? Le vrai problème, c'étaient les anciens qui résistaient au changement.
Fang Zhiyi garda le silence. Il savait exactement ce que l'aîné pensait — bien que le scénario à peine le mentionne, il était clair qu'il voulait blanchir ses opérations sous une façade légale. L'approche de Fang Zhiyi tombait pile dans ses vues.
Effectivement, quand la police fit une descente dans leur société de crédit, tous les dossiers étaient propres. Bien sûr, Fang Zhiyi avait été prévenu à l'avance.
À la réunion suivante, Fang Zhiyi frappa du poing sur la table, accusant quelqu'un d'avoir balancé. Tous les regards se tournèrent vers le chauve — le frère de sang d'A Dong.
Le chauve claqua la porte, ignorant jusqu'à l'aîné. En observant l'expression du patron, Fang Zhiyi comprit que le piège était refermé.
Mais avant qu'il ne puisse enfoncer le clou, Petit Hei le rappela d'urgence — Wang Xiaoqiang avait lorgné Li Tiantian avec de mauvaises intentions.
Fang Zhiyi rentra en catastrophe juste à temps pour tomber sur une scène horrifiée : Wang Xiaoqiang traînait à moitié, portait à moitié Tiantian vers la fenêtre du palier du sixième étage de leur vieil immeuble — une large ouverture sans vitre.
« Petit salaud ! Tu n'oses pas ! » rugit Fang Zhiyi, sortant son téléphone pour filmer.
Wang Xiaoqiang se figea au bruit. Quand il aperçut Fang Zhiyi, la peur l'inonda. Pour un type hyper-agressif, il n'aurait pas dû avoir peur — pourtant, ses membres devinrent de la gelée sous le regard de Fang Zhiyi.
Le vacarme attira les voisins, qui restèrent saisis en voyant Wang Xiaoqiang hésiter avec Tiantian au bord de la fenêtre.
« Qu'est-ce que tu fous ?! » hurla Fang Zhiyi, apercevant le père Li dévaler les escaliers.
Wang Xiaoqiang haletait. « C'est juste une fille qui ne vaut rien — c'est quoi le problème ? »
À peine ces mots prononcés, tout le monde fut stupéfait.
Fang Zhiyi vit les parents de Wang Xiaoqiang sortir à leur tour, mais ils se contentèrent de lever les yeux, terrifiés, sans bouger. Fou de rage, il s'avança et donna un coup de pied dans le creux du genou du père de Wang Xiaoqiang, l'envoyant s'écraser au sol.