Sima Cheng et Sima Jue commencèrent à s'affronter dès que Fang Zhiyi nomma Sima Jue chancelier. Bien que nul ne portât leur conflit sur la place publique, leurs manœuvres souterraines ne cessèrent jamais.
Pourtant, en matière de lutte politique, dix Sima Cheng ne faisaient pas le poids face à un seul Sima Jue. Sima Cheng se tourna donc vers sa cadette pour obtenir de l'aide. Il savait qu'elle était rusée et qu'elle lui avait toujours été plus proche. Sans surprise, Sima Ying lui prodigua quelques conseils.
La première étape consistait à écarter leur père Sima Ci et les fidèles de Sima Jue de l'armée. Muni de la liste fournie par sa sœur, Sima Cheng lança son épuration : il muta les généraux adjoints au sud, promut des officiers subalternes et remania toute la chaîne de commandement. Le bouleversement plongea l'armée dans le trouble.
Lorsque Sima Ci eut vent de l'affaire, il confronta Sima Cheng. Mais à ce moment-là, fort du soutien de son beau-frère l'Empereur et de sa sœur l'Impératrice, avec l'armée sous sa coupe et un stratège avisé à ses côtés, Sima Cheng tint bon, affirmant qu'il ne faisait que réorganiser les affaires militaires.
Sima Ci n'était pas dupe. Il ordonna une enquête et découvrit bientôt que ses deux fils étaient enfermés dans une lutte de pouvoir secrète, entraînant toute la famille Sima dans la tourmente. Le vieux renard recomposa vite le puzzle — que Fang Zhiyi en soit l'instigateur ou non, cet homme devait disparaître. Sa fille était déjà enceinte de l'Empereur. Même si c'était une fille, on pourrait toujours l'échanger plus tard contre un garçon de la famille.
Sima Ci prévoyait de convoquer un conseil de famille pour arbitrer cette querelle stérile et organiser l'élimination discrète de Fang Zhiyi. Mais cette nuit-là, il s'effondra soudain, paralysé et muet. Cloué au lit, impuissant, son esprit remonta au conge de graines de lotus que sa concubine lui avait servi la veille. Ses yeux s'écarquillèrent d'horreur — pouvait-ce être ?
La nouvelle de l'accident vasculaire de Sima Ci envoya une onde de choc à la cour. Sima Cheng en devint encore plus hardi, échangeant ouvertement des insultes avec Sima Jue en pleine séance. Sans l'intervention des autres, il en serait déjà venu aux mains, comptant sur sa force brute pour rosser son cadet.
« Qu'est-ce que tu lui as dit, au juste ? » demanda Fang Zhiyi à Fuhai après avoir assisté au spectacle.
Fuhai sourit. « Votre Majesté, je me suis contenté de mentionner que Sima Jue courtisait en privé des officiels, en excluant délibérément Sima Cheng. »
« C'est tout ? »
« Et que la courtisane qu'il convoitait au Pavillon Cramoisi a été enlevée par Sima Jue. » En réalité, Fuhai avait orchestré le cadeau, arrangeant habilement pour qu'un officiel ambitieux mais mineur la lui offre. À l'époque, Sima Jue s'apprêtait à assumre la chancellerie ; les présents et les belles affluaient de toutes parts. Il n'y avait pas prêté grande attention, laissant aux eunuques tout loisir de propager la rumeur. D'ailleurs, la famille Sima savait que nombre de eunuques du palais étaient à sa solde. Sima Cheng ne mit guère en doute l'histoire.
Surtout lorsqu'il vit son cadet baigner dans la gloire de sa nouvelle charge — ce qui attisa son ressentiment.
Cet après-midi-là, Sima Cheng fut pris en embuscade sur le chemin d'une taverne. Bien qu'indemne, il accusa immédiatement Sima Jue, liant l'attentat à leur altercation matinale à la cour.
Pendant ce temps, Fang Zhiyi quitta le palais pour la première fois, se rendant directement à la résidence des Sima. À la vue de Sima Ci alité, des larmes montèrent à ses yeux.
« Mon mentor ! Mon beau-père ! Comment cela a-t-il pu arriver si soudainement ? » Les membres de la famille Sima présents restèrent stupéfaits — l'Empereur tenait donc véritablement à Sima Ci ? Ils n'en avaient entendu que des rumeurs, mais maintenant ils le voyaient de leurs propres yeux !
Après cette comédie larmoyante, Sima Jue parvint enfin à le faire repartir.
Sima Jue ne s'en tirait pas mieux. Entre parer les provocations de son aîné et traiter les affaires de gouvernement sans fin, l'homme d'État d'ordinaire si lucide sentit le poids du monde sur ses épaules. Il surveillait l'Empereur de près, mais Fang Zhiyi semblait se complaire à flâner dans le harem.
Avec son père paralysé, incapable de parler ou de bouger, Sima Jue ne pouvait plus demander son avis.
Heureusement, l'Empereur resta fermement du côté des Sima. Le lendemain en cour, Fang Zhiyi couvrit une nouvelle fournée de parents Sima de titres et de récompenses, hissant le prestige de la famille à des sommets sans précédent. La seule épine dans le pied de Sima Jue restait les provocations incessantes de son aîné — mais celui-ci ne durerait pas. La cour était déjà sous le contrôle de Sima Jue. À quoi bon le pouvoir militaire si ses troupes ne pouvaient être nourries ?
Pendant ce temps, dans les appartements de sa sœur, Sima Cheng siègeait, le visage fermé, face à Sima Ying. Il n'avait jamais réalisé à quel point sa cadette était politiquement avertie.
« Frère aîné, les tactiques militaires ne marchent pas dans la politique de cour. Il y a des règles ici. Si tu continues d'agir à la légère, on te mettra en accusation. »
Sima Cheng grinca des dents. « Mettre en accusation ? Je suis le Grand Général ! Je commande un million de soldats ! Comment Sima Jue ose-t-il s'en prendre à moi ? » Il arpenta la pièce de long en large. « S'il me pousse à bout, je retournerai au nord-ouest et lèverai une armée ! »
« Frère aîné ! » Sima Ying pâlit, jetant un regard nerveux vers Fang Zhiyi qui se tenait à proximité.
Sima Cheng daigna à peine jeter un coup d'œil à l'Empereur. Pour lui, Fang Zhiyi n'était qu'une marionnette — aucune menace. « Ne t'inquiète pas. Le moment venu, ton mari l'Empereur restera ton mari, tu resteras Impératrice, et je garderai mon titre de Grand Général ! »
« Vous devez donc vous battre à mort, toi et ton second frère ? » insista Sima Ying.
Sima Cheng la balaya d'un geste. « Tu es une femme — tu ne comprendrais pas. »
« Si c'est le cas, j'ai une idée. Mais… » Elle se tourna vers Fang Zhiyi. « Il nous faudra l'aide de l'Empereur. »
Le lendemain matin, dès que Fang Zhiyi prit place en cour, il sentit la tension. Sima Cheng se tenait au premier rang, isolé, tandis que Sima Jue affichait une aisance parfaite.
« Un manque de jugeote mène à la ruine », songea Fang Zhiyi en silence avant de prendre la parole. « Comme vous le savez tous, mon mentor, mon beau-père Sima Ci, qui a peiné toute sa vie, a été frappé d'apoplexie ! »
« J'ai décidé de conférer à Sima Ci le titre de Prince d'un Autre Nom ! » L'annonce fit l'effet d'une bombe dans l'assemblée. Le premier à s'avancer pour protester fut Sima Jue.
« Votre Majesté, cela ne se peut pas ! » Il savait pertinemment — les Sima visaient le trône, non quelque titre princier. Accepter ceci couperait leur prétention à l'empire !
« Hein ? » Fang Zhiyi feignit l'incompréhension.
« Hypocrite. » Sima Cheng saisit l'occasion et s'avança. « Votre Majesté daigne accorder un titre princier — sans précédent dans cette dynastie — et vous refusez ? Quelles sont vos véritables intentions ? »
Sima Jue bouillonnait. Il avait toujours su son aîné impulsif, mais il réalisait maintenant que l'homme n'était pas seulement sans réflexion — c'était un idiot pur et simple.
Serre les dents, Sima Jue répondit : « Votre Majesté, la famille Sima ne souhaite que servir le trône, non chercher des titres. Une telle nomination attirerait les critiques publiques. Je suis certain que mon père ne l'accepterait jamais. »
Ton père est paralysé ! Et tu t'en sers pour me menacer ? hurla Fang Zhiyi intérieurement, tandis que son visage ne montrait qu'une hésitation. Après une pause, il se tourna vers Sima Cheng, qui acquiesça imperceptiblement.
« Ah ! Le général Sima Cheng vient de revenir victorieux de la bataille. Je le promeus par la présente Grand Maréchal de la dynastie, siégeant parmi les Trois Excellences ! »