Sourire ?
Quel genre de demande ridicule était-ce là.
Dans une situation qui n'avait rien d'amusante et était d'une gravité absolue, lui demander soudain de sourire.
Odelia fronça les sourcils un instant.
Elle crut qu'il avait trouvé un nouveau prétexte pour la taquiner.
…… Mais.
Ludville était étrangement sérieux.
« Pourquoi ton sourire est-il si avare seulement envers moi ? »
À cette question inattendue, Odelia resta un moment sans voix.
« Tu souris si librement aux serviteurs. »
Est-ce que je… faisais ça ?
Elle n'en avait jamais eu conscience elle-même.
Mais en y repensant, c'était vrai.
Elle avait souri chaleureusement à Léona dès leur première rencontre, et devant Théodore ou les autres serviteurs, elle souriait sans hésiter chaque fois que l'occasion se présentait.
Elle n'était pas du genre à retenir ses sourires à la base.
À moins qu'il ne s'agisse d'une situation exigeant un jeu d'acteur délibéré.
Mais…….
Devant Ludville.
Avait-elle jamais… souri comme ça ?
Il semblait qu'elle ait toujours été tendue en sa présence sans s'en rendre compte.
Craignant que sa véritable identité ne soit dévoilée, ou que les émotions qu'elle refoulait depuis si longtemps ne finissent par transparaître.
« J'ai pu laisser échapper un léger rire par accident, de temps en temps. »
Mais elle n'avait aucun souvenir d'avoir assez souri pour qu'il s'étonne de ne pas le faire.
Elle avait toujours essayé de tracer une limite avec lui.
« Hum. »
Bon, bouger un peu ses muscles faciaux n'était pas la mer à boire…….
Ce n'était rien de bien grand au fond.
« …… »
Odelia dessina lentement un sourire peint.
Pas aussi exécrable que Gawain, mais Odelia n'était pas mauvaise actrice non plus.
D'ailleurs, feindre la joie était bien plus facile que feindre la tristesse.
Mais il semblait que ce ne soit pas l'image que Ludville voulait.
D'un air mécontent, il la pressa à nouveau.
« Souris-moi. Vraiment, comme si tu étais heureuse. »
C'était un peu trop demander.
Comment pouvait-elle sourire comme si elle était heureuse alors qu'elle ne l'était pas ?
« Il me faut une raison de sourire… pour réellement sourire. »
Odelia effaça son sourire et dit avec hésitation.
Alors Ludville poussa un petit « Ah » de soupir et demanda calmement.
« Veux-tu que je déchire de la soie pour toi ? »
« …… »
« Ou que j'appelle un bouffon ? Tu veux assister à un cirque ? Ou… »
Non, correction.
Sa voix était calme, mais ses yeux brillaient d'une intensité féroce.
On y sentait une obstination quasi maniaque à lui arracher ce sourire, coûte que coûte.
« Non. »
C'était si pesant qu'elle ne pouvait pas sourire même si elle l'avait voulu.
Elle l'avait fouetté pour qu'il se mette enfin au travail, alors pourquoi s'obstinait-il sur un truc bizarre et faisait-il le tyran ?
Les chevaliers qui suivaient ses ordres et regardaient Ludville avec respect quelques instants plus tôt évitaient maintenant son regard.
« Je… crois que je sourirais en voyant quelqu'un faire son travail sérieusement. »
« …… »
Alors qu'Odelia tentait d'envoyer Ludville en enfer à coups de paperasse, il plissa les yeux.
« Révise les plans de distribution alimentaire du territoire, répare les entrepôts en prévision du rude hiver, resserre la discipline pour que les vassaux ne puissent pas exiger des tributs excessifs, examine et signe les rapports d'impôts dans les délais, gère les finances des compagnies commerciales directes avec transparence pour éviter les pertes inconsidérées, et……. »
« …… »
À chaque point qu'elle égrenait calmement, le regard de Ludville vacillait subtilement.
Odelia reprit son souffle à la fin, les ayant tous débités, et continua.
« …… Si tu traites tout ça sincèrement. Alors je sourirai pour de bon. »
Ludville resta silencieux un moment, puis hocha la tête lentement.
« D'accord. »
« …… »
« Je finirai toute la paperasse du château dans une semaine, je mettrai les vassaux au pas, et j'achèverai l'entretien du territoire aussi. »
« …… »
Dans une semaine ?
Comme si c'était possible.
Odelia pensa à la montagne de documents empilés sur le bureau.
Elle n'avait aucune idée que Ludville finirait vraiment tout en six jours.
* * *
D'interminables piles de documents à valider affluaient chaque jour dans le bureau de Ludville.
L'ancien lui les aurait purement et simplement ignorés, les laissant pourrir comme des déchets.
Mais le Ludville actuel était différent.
« Signe celui-ci. »
« Rejette celui-là. »
« Signale-moi celui-ci directement. »
Son regard acéré parcourant les documents à vive allure évoquait ses jours d'Archiduc de Fer.
…… Mais ce n'était pas exactement pareil.
Ses gestes étaient semblables, mais son expression et son attitude étaient nettement plus douces.
Leur seigneur s'était fait un nom par une prouesse martiale inégalée.
En échange, comme lié par la loi de l'échange équivalent, il était dépourvu de toute humanité.
Il n'avait jamais hésité à être impitoyable pour la victoire au combat, traitait les gens comme des consommables, et ne voyait son entourage que comme un décor.
Isoler immédiatement les zones touchées par la peste en avait fait partie.
Mais maintenant, il ne pouvait plus faire ça.
« …… Elle irait seule dans la zone contaminée, encore. »
Ludville fronça légèrement les sourcils en regardant les documents.
Son épouse ne s'épargnait pas pour aider les autres.
Maintenant qu'il savait qu'elle vomissait le sang quand elle s'épuisait, il ne pouvait pas créer de travail inutile.
D'ailleurs, il y avait la récompense qu'on lui avait promise.
« Son Altesse regarde les documents de son plein gré……. La paperasse……. »
« Il ne s'enfuit plus seul pour massacrer……. »
Édwin, comme les autres serviteurs, était aux larmes.
Personne ne remarqua que cette peine n'était pas un dévouement désintéressé.
Les serviteurs et domestiques rassemblés dans le couloir bourdonnaient, les yeux écarquillés.
« Il vient de dire d'apporter plus de travail. »
Un silence tomba un instant.
« …… »
« …… »
Ils échangèrent des regards incrédules, puis éclatèrent d'admiration tous ensemble.
« Waaaaah…… ! »
« Vive la Grande-Duchesse ! »
Ce jour-là, des acclamations résonnèrent dans les longs couloirs du château du Grand-Duc.
Sentant le soulagement que le quotidien tourmenté du château retrouvait enfin sa normalité, les gens s'embrassaient et riaient ensemble.
Tous sauf un.
Ludville, au bout du couloir, pensait en entendant les murmures à travers l'entrebâillement de la porte.
Qu'est-ce que je fous là, moi…….
Pourtant, il ne s'arrêta pas de signer.
Et ainsi, le sixième jour,
Bang— !
Il enfonça la porte d'Odelia et lui saisit les épaules, le visage hagard de quelqu'un qui n'avait pas dormi depuis des jours.
« Souris-moi. »
« …… »
Après une brève pause, Odelia dit.
« Tu sais, Ludville. »
« Quoi. »
« T'as vraiment l'air d'un fou. »
Tu t'en rends compte seulement maintenant ?
« Tu aurais dû le savoir dès notre première rencontre. »
Alors que Ludville rétorquait, Odelia éclata enfin d'un « Ahaha » franc.