Une voix familière, pourtant violemment tremblante.
Odelia parvint à peine à relever la tête.
Le visage de Ludville était pâle, sa respiration saccagée.
Sans reprendre son souffle, il s'agenouilla devant Odelia.
Puis il sortit un fin tissu de sa ceinture et se hâta de lui couvrir la bouche et le nez.
« En plein cœur de l'épicentre de l'épidémie, sans même protéger vos voies respiratoires... ! »
« ...... »
C'était la voix la plus tranchante qu'elle ait jamais entendue.
Au point qu'elle en ressentait une intention meurtrière...
Il extériorisait des émotions brutes à chaque souffle.
Mais ses gestes allaient la protéger, familiers et naturels.
Comme une habitude inscrite dans son corps.
« Ne refais jamais ça. Si tu le refais... »
« Si je le refais ? »
« Si tu le fais, je... »
Ses mots furent coupés net.
Ludville ne put achever sa phrase.
Alors il ferma les yeux très fort et inspira profondément.
Un geste pour réprimer tant bien que mal ses émotions.
« ... Si tu veux savoir ce que je te ferai, essaie encore. »
Il serra Odelia contre lui comme pour l'emprisonner dans ses bras et marmonna d'un ton menaçant.
Ses mots, exhalés comme un soupir, mêlaient inquiétude, colère et une possessivité quelque part sombrement obsessionnelle.
'Ah.'
Je suis foutue.
Ce fut la première pensée qui lui traversa l'esprit.
Au vu de sa réaction...
« A-t-il vu la Femme aux Yeux Bleus se superposer à mon apparence actuelle ? »
Sentant l'impasse, elle rassembla toutes ses forces mentales restantes et s'accrocha de force à sa conscience qui s'effilochait.
« ... Vous saviez déjà que je pouvais accomplir la Purification. »
Et comme si de rien n'était, elle parla calmement.
« Je pensais que vous auriez deviné que l'épidémie ne m'affecterait pas. »
À ces mots, les yeux de Ludville devinrent aussi froids que la glace.
Ses lèvres se tordirent, son froncement de sourcil se fit farouche, creusant des rides.
« C'est... ce que vous avez à dire maintenant ? »
Sa voix était basse, mais une colère incontrôlable y perçait.
Et il déversa ses mots en un instant.
« Pourquoi avez-vous fait quelque chose qu'on ne vous demandait même pas au départ ! »
Odelia n'avait rien à répondre.
Elle ne s'attendait pas à ce qu'il la poursuive jusqu'ici.
Non, même si la malchance l'avait fait surprendre sur le fait, elle ne s'attendait pas à une telle colère.
Au contraire, elle escomptait une réaction d'admiration, puisqu'elle avait parfaitement prévenu l'épidémie.
« N'est-ce pas un prix dérisoire à payer ? »
Lorsqu'on l'obligeait à répéter le travail de Purification chez les Cardel, aller et retour entre la vie et la mort était chose courante.
Par comparaison, cracher du sang et s'évanouir n'était qu'un effet secondaire très mineur.
Mais visiblement, il ne le voyait pas ainsi.
« ... Est-ce que j'ai l'air de souffrir tant que ça ? »
Mon apparence actuelle a-t-elle l'air si malade qu'elle lui rappelle l'illusion de cette Femme aux Yeux Bleus restée dans sa tête ?
Ou peut-être.
« Est-ce le fait que je sois sortie en cachette pour sauver des gens sans lui dire ? »
À cet instant, une scène très ancienne lui revint en mémoire.
Lors de l'une des milliers de régressions, l'époque où Ludville déclencha une rébellion et accéda au trône d'Empereur.
À ce moment-là, il tenait Odelia, qui avait craché du sang et s'était effondrée, et dit :
« Ton corps ne supporte pas. »
« Arrête, s'il te plaît. Ce n'est pas à toi de le faire. »
« Il suffit que ce ne soit pas toi... »
Tels étaient les mots qu'il avait crachés avec un visage si douloureux qu'on aurait cru que c'était Ludville qui avait craché du sang.
Sa voix tremblait violemment.
Son geste de s'accrocher à elle désespérément, comme un noyé.
Sa volonté de la sauver à tout prix lui fut transmise.
... Mais pas maintenant.
Le lui d'aujourd'hui ne se souvient de rien.
Il ignore que la Purification ronge son corps, et qu'elle s'affaiblit davantage chaque fois qu'elle répète ce travail.
Odelia baissa la tête.
Sans un mot, elle réprima de force son souffle tremblant.
Cet homme maintenant n'est pas le Ludville d'autrefois.
Et... il le fallait.
« Il ne doit pas se souvenir. »
Elle se le répétait en elle-même.
Il ne doit pas se souvenir de quelqu'un comme moi.
S'il se souvient qu'il m'a aimée, il risque de s'abandonner à nouveau pour retrouver cet amour.
Sa vie, son cœur, son existence même.
N'y aurait-il pas une fin trop cruelle ?
Alors, elle espérait plutôt qu'il continue de vivre tel qu'il est, sans se souvenir d'elle.
Qu'il vive, ayant oublié qui elle était, ce qu'elle avait enduré, tout.
Qu'il comble cet espace par des choses plus chaudes, plus aimantes, plus affectueuses.
Seulement alors pourrait-il vivre.
Odelia s'enveloppa dans sa cape et tenta de se relever.
Cependant...
« ... ! »
« Ne bouge pas. »
D'un seul mot craché, son corps fut soulevé dans les airs.
Pour être exact, Ludville l'avait emportée dans ses bras comme un paquet.
« Votre Altesse ? »
Odelia protesta doucement, embarrassée.
Mais Ludville avança sans répondre.
« Votre Altesse... »
« Taisez-vous. Savez-vous seulement quelle mine vous avez en ce moment, Princesse ? Blême comme un cadavre... »
La voix de Ludville était basse et ferme, mais sa respiration tremblait étrangement.
Il ne parvenait pas à identifier la source de ces émotions tourbillonnantes.
Ce n'était pas de la colère, ni de la tristesse.
'Inquiétude ?'
Non, c'est...
'... Peur.'
C'est bien cela.
Autant que Ludville puisse s'en souvenir, il n'avait jamais ressenti l'émotion de peur de sa vie.
Mais maintenant, il ressentait clairement la peur.
Juste parce qu'Odelia avait disparu un instant.
Juste parce qu'elle avait chancelé sous ses yeux.
Lui qui n'avait pas sourcillé sur le champ de bataille où alliés et ennemis étaient mêlés et mouraient, s'effondrait à ce point à cause d'une seule Princesse.
Face à cette émotion qu'il ne s'expliquait pas lui-même, il serra Odelia encore plus fort.
Et la déposa dans la voiture qui l'avait suivi.
L'air à l'intérieur de la voiture était lourd d'un silence maladroit.
Odelia regarda Ludville le cœur lourd.
Elle savait pourquoi il avait accouru, pourquoi il était en colère, et pourquoi il la mettait dans la voiture, mais...
« Cela ne devrait pas se passer ainsi... »
Avec cette pensée, elle plongea dans ses réflexions.
Le surveiller de près pour l'empêcher d'attenter à sa vie, tout en maintenant la distance pour qu'il ne recouvre pas ses souvenirs d'elle.
Y a-t-il plus grande contradiction ?
Ce fut alors.
« ... Merdre. »
Odelia entendit Ludville, qui regardait par la fenêtre, marmonner d'une voix basse et cassée.
Il fixa le vide un instant, puis porta enfin son regard sur elle.
D'un air de résignation, comme si quelque chose avait cédé.
« ... Je reconnais les capacités de la Princesse. »
Et ces mots sortirent.
« Mariens-nous tout de suite. »
Odelia cligna des yeux.
« ... Pardon ? »
« Avez-vous ce contrat dont vous parliez, Princesse ? »
Odelia le regarda hébétée, puis plongea la main sous sa capuche.
En sortant le contrat de ses vêtements, le collier autour de son cou ressortit de sa robe.
Le regard de Ludville alla brièvement vers le collier, mais sa vue fut bloquée lorsqu'elle lui tendit le contrat soigneusement plié.
« Le voici. »
Ludville baissa les yeux sur le document un instant, puis leva les yeux vers Odelia.
« Ajoutons une nouvelle clause. »
« Quoi... »
Il sortit un stylo-plume de sa poche et rédigea une nouvelle clause sur le champ.
Article 8. En cas de sortie seule, l'itinéraire et le temps estimé nécessaire doivent être signalés à l'avance, et un message de confirmation doit être laissé au retour.
Toutefois, si la destination ou la situation de la sortie est jugée dangereuse ou présente des facteurs d'anxiété psychologique ou physique, l'autre partie a le droit d'accompagner, et aucune objection ne peut être élevée.
En cas de violation, la partie concernée assumera toutes les conséquences et responsabilités qui en découlent.
« ...... »