La ville de la prière, Érendil.
À environ une heure et demie de train magique de la capitale impériale, c'est une ville tranquille.
Érendil est appelée la ville de la prière en lien avec l'ancêtre de l'Empire Léomel, le Roi Lion. On dit qu'avant de partir en guerre, il venait toujours prier sur cette terre.
En somme, c'est une ville au passé ancien et aux origines prestigieuses.
Sa taille n'atteint pas celle d'une grande métropole, mais elle était plus grande que Clauzel.
La ville est ceinte de murailles surélevées, entourée de plaines verdoyantes. À l'intérieur, des dalles grises couvrent les rues, on y trouve de grandes fontaines, une tour d'horloge, des parcs verdoyants çà et là, un environnement calme et agréable à vivre.
Bien sûr, outre la Guilde du Commerce, la Guilde des Aventuriers borde aussi la grande avenue.
Le baron Clauzel, qui avait reçu cette terre de l'Empereur il y a quelques années, n'avait pas l'intention de quitter Clauzel avant que sa fille, la Sainte, ne grandisse.
C'était donc une histoire connue qu'il ait établi un intendant.
Un jour, dans un tel Érendil.
La bande de voleurs qui semait le trouble sur les routes environnantes depuis peu a été capturée jusqu'au dernier.
La plupart étaient des rebuts d'aventuriers, mais tous gisaient inconscients, menottés, devant les portes de la ville. Les chevaliers étaient en train de les emmener au poste de garde.
Au milieu de cela, au coin d'une ruelle dans la ville.
Deux garçons échangeaient des paroles sans connaître le visage de l'autre.
« On n'aurait cru qu'ils trouveraient leur repaire plus vite que les chevaliers et qu'un seul homme les anéantirait tous. »
C'est ce qu'avait dit le garçon vêtu d'habits somptueux,
« Haa... Toi qui m'as provoqué toi-même, tu croyais que je ne m'en apercevrais pas ? »
C'est Ren qui répondit d'un air mécontent.
« Si je t'ai offensé, pardon. Je suis simplement surpris par ton intelligence. Oublie les détails. Moi non plus, je n'ai jamais eu l'expérience de parler ainsi avec quelqu'un dont j'ignore le visage. »
« Moi non plus. Mais bon... c'est pas grave, maintenant. De mon côté non plus, c'était pas un mauvais boulot. »
Tous deux continuèrent à converser sans se montrer le visage.
En fait, ils ne s'étaient jamais rencontrés jusqu'à aujourd'hui, et tout ce qu'ils savaient l'un de l'autre se limitait à leur personnalité et leur voix.
« Comment je dois payer la récompense promise ? »
Le garçon aux habits somptueux demanda, et Ren, en s'en allant,’ouvrit la bouche.
« Fais un don au seigneur de cette ville. Moi ça m'est égal, utilise-le pour la ville. »
Laissant ces mots, Ren s'éloigna en faisant résonner ses pas dans la ruelle.
...Peu à peu, le garçon resté là esquissa un sourire satisfait.
Lorsqu'il se mit à marcher dans la direction opposée à Ren, une femme aux oreilles de chat apparut de nulle part et commença à marcher à ses côtés.
« Miley, j'ai trouvé un homme intéressant. »
« Miaou ? Un poète qui lit des poèmes amusants, miaou ? »
« Ne dis pas n'importe quoi. Toi aussi, tu observais la scène. »
On devinait à son profil qu'il était de bonne humeur. Face à lui, la femme appelée Miley demanda comme si elle voyait quelque chose de rare.
« Altesse, est-ce que ce garçon vous plaît tant que ça, miaou ? »
Comme on l'appelait Altesse, ce garçon était de la famille impériale.
Il s'appelait Radius, le troisième prince de Léomel.
« On pourrait dire que j'en suis tombé amoureux. Une intelligence et une vivacité d'esprit qu'on devine rien qu'en parlant. Une épée féroce qui les surpasse. Et par-dessus tout, un courage qui a embrasé mon cœur d'une chaleur que je n'avais jamais connue. »
« Miaou miaou miaou !? Altesse !? Qu'est-ce que vous dites, miaou !? »
« Rassure-toi. Ce n'est pas de l'amour romantique, mais pour sa personnalité. — En plus, c'est une première. Jusqu'à maintenant, personne ne m'avait jamais parlé avec une telle franchise. »
La voix qui se fondit dans le silence de la ruelle contenait une joie certaine.
Tiens... fit Radius comme s'il se souvenait.
« Cet homme était un maniement d'épée lourde impressionnant. »
Dit-il.
***
Le temps remonte d'environ un an.
C'était après avril, quand Clauzel était enveloppé dans la douceur printanière.
En y repensant, l'hiver dernier aussi, il s'était passé pas mal de choses.
Il y avait une jeune fille dont la vie avait été sauvée grâce aux matériaux du Wolfen voleur que Ren avait exterminé. Dans La Légende des Sept Héros I, elle devient la boss de fin et se retourne contre Léomel, le marquis Ignart — sa fille unique, Fiona Ignart.
Ren la rencontra par hasard dans les Monts Baldr et finit par la protéger en combattant.
Mais comme les Monts Baldr accueillaient l'examen final de la classe d'excellence dont s'enorgueillit l'Académie militaire impériale, l'affaire où tous ses membres furent piégés par des adeptes du Culte du Roi Démon est encore fraîche dans les mémoires.
...Après cet événement, Ren se consacra à se reposer, mais il ne put pas non plus couper les contacts avec le marquis Ignart, et ils échangèrent quelques lettres.
Cela dit, on lui posa peu de questions sur cet événement.
Ren mentit en rapportant que le Culte du Roi Démon n'était qu'une rumeur qu'il avait entendue à la guilde, mais le marquis Ignart ne creusa pas davantage. Le marquis craignait probablement que le questionner ne lui fasse éprouver de l'aversion. Il jugea sans doute qu'entretenir de bons rapports avec Ren serait préférable pour l'avenir.
Cela dit, en réalité, même si on lui en demandait plus, Ren n'aurait pas su répondre. N'ayant joué qu'à La Légende des Sept Héros II, il ne connaissait pas plus d'informations sur le Culte du Roi Démon.
Il se souvenait où ils apparaissaient, mais à ce stade, le communiquer était délicat.
C'est en pensant à tout cela que Ren se trouvait dans l'ancien manoir des Ashton.
Chargé de la gestion de l'ancien manoir, il s'apprêtait à s'y atteler au balayage.
Tout en recevant la lumière du soleil de l'après-midi qui traversait la fenêtre, Ren pensa.
La flamme de ce type lui avait semblé plus éblouissante que cette lumière du jour.
Lors de l'incident de l'hiver, le dragon de feu Asvar avait accompli une résurrection imparfaite grâce au pouvoir de Fiona.
Ce pouvoir était celui de la Prêtresse Noire.
Selon Fiona, la Prêtresse Noire est l'équivalent pour les monstres de la Sainte.
À l'origine, ce n'est pas un pouvoir qui ressuscite les morts en morts-vivants, mais c'est peut-être parce qu'Asvar possédait une puissance isolée des autres monstres qu'il put renaître. La « puissance magique qui donne de la force aux monstres » que possède la Prêtresse Noire a peut-être miraculeusement eu une influence...
En échange, Asvar accomplit une résurrection imparfaite.
Mais ce dragon qui laisse des légendes depuis l'époque des Sept Héros était, même incomplet, d'une puissance considérable. S'il avait ressuscité avec sa pleine puissance, Ren n'aurait pas pu gagner.
Le pouvoir de Fiona-sama m'a renforcé, moi aussi.
Ren repensa encore.
Au sang noir qui avait coulé du corps de Fiona et qui lui avait conféré une certaine puissance.
Au fond, qu'est-ce que c'était ?
Le monde où il s'était égaré après avoir perdu connaissance, et l'épée démoniaque noire qu'il y avait trouvée.
Et le fait que l'épée démoniaque de flamme obtenue de la pierre magique d'Asvar ait changé de nom pour devenir l'Épée de Feu Asvar restait un mystère.
Pour Ren, il était impossible de ne pas penser que tout cela avait été influencé par le pouvoir de la Prêtresse Noire.
La puissance magique qui donne de la force aux monstres, une facette du pouvoir de la Prêtresse Noire — couplée au fait qu'elle avait disparu après cet incident, cela ne semblait pas sans lien.
...Quoi qu'il en soit, réfléchir n'apporterait pas de réponse.
Après avoir repassé l'hiver en revue, Ren porta son attention sur le nettoyage du manoir. Il déplaça un à un les vieux meubles, s'efforçant de ne laisser aucune poussière dans les moindres recoins.
Vers l'heure où la lumière pourpre entrait par la fenêtre, Ren s'assit sur une chaise placée dans le couloir du deuxième étage de l'ancien manoir.
Pendant qu'il s'activait au nettoyage, la lumière du soleil couchant se refléta sur son brassard.
Ren regarda alors son brassard et vit les caractères projetés dans son cristal.
[Ren Ashton]
[Classe : Fils aîné de la Maison Ashton]
[Compétences : · Invocation d'Épée Démoniaque (Niveau 1 : 0/0)]
[· Technique d'Invocation d'Épée Démoniaque (Niveau 4 : 2549/3500)]
[Niveau 1 : Peut invoquer une Épée Démoniaque.]
[Niveau 2 : Octroie « Amélioration physique (faible) » pendant l'invocation.]
[Niveau 3 : Peut invoquer deux Épées Démoniaques.]
[Niveau 4 : Octroie « Amélioration physique (moyenne) » pendant l'invocation.]
[Niveau 5 : Libère l'évolution des Épées Démoniaques.]
[Niveau 6 : ****************]
[Épées Démoniaques acquises :]
[· Épée Démoniaque de Bois (Niveau 2 : 1000/1000)]
[Permet des attaques équivalentes à de la Magie de la Nature (mineure).]
[La portée des effets offensifs s'élargit avec le niveau.]
[· Épée Démoniaque de Fer (Niveau 3 : 2390/4500)]
[Le tranchant augmente avec le niveau.]
[· Épée Démoniaque du Voleur (Niveau 1 : 0/3)]
[Vol aléatoire d'un objet sur la cible avec une probabilité fixe.]
[· Épée Démoniaque du Bouclier (Niveau 2 : 0/5)]
[Érige une barrière magique. Son efficacité augmente avec le niveau,]
[et sa portée peut être étendue.]
[· Épée Démoniaque de Flamme (Niveau 1 : 1/1)]
[Ses flammes infernales sont la colère du dragon, l'incarnation de la puissance.]
La puissance de Ren a connu une évolution marquée par rapport à avant l'hiver.
Dans les Monts Baldr, il avait gagné de la maîtrise non seulement contre Asvar, mais aussi contre les Gargouilles Mangeuses d'Acier, et l'expérience d'autres chasses s'était accumulée.
Après le combat contre Asvar qui avait vu le niveau de sa Technique d'Invocation d'Épée Démoniaque augmenter, il avait obtenu une information intrigante.
Niveau 5 : Libère l'évolution des Épées Démoniaques.
Cette information ne cessait de titiller la curiosité de Ren.
L'Épée Démoniaque de Bois avait accumulé de la maîtrise sans que son niveau n'augmente. Si c'était pour l'évolution, pour franchir les étapes, alors tout s'emboîtait.
Obtenir l'Amélioration physique (moyenne) était réjouissant, mais plus encore, il attendait le résultat de l'évolution.
...Cela dit, il était peu probable que l'Épée Démoniaque de Flamme évolue.
L'Épée de Feu Asvar semblait être une tout autre histoire.
Contrairement aux autres épées démoniaques, l'Épée Démoniaque de Flamme ne pouvait plus gagner de maîtrise. Car Asvar n'existait plus, et sa pierre magique avait été brisée par Ren. C'est pourquoi il ne pouvait s'empêcher de penser que le pouvoir de Fiona ou l'épée démoniaque noire étaient liés à la transformation de l'Épée Démoniaque de Flamme.
Quoi qu'il en soit, l'Épée Démoniaque de Bois était prometteuse.
« Allez, encore un petit effort. »
Ainsi murmurait Ren quand, soudain.
« REN— ! »
Une voix lui parvint de la fenêtre, depuis l'extérieur.
En l'ouvrant, il vit Rishia qui levait la main vers lui depuis le bas.
« Papa t'appelle, si t'as le temps, tu peux venir au manoir principal ? Il a dit qu'il serait content qu'on dîne ensemble ! »
« Compris ! J'irai après m'être lavé ! »
Quand Ren répondit ainsi, Rishia afficha un sourire charmant et se réjouit.
***
Ce soir-là, la conversation porta sur la fête d'anniversaire de Ren qui s'était tenue quelques jours plus tôt.
L'an dernier, Rishia regretta de n'avoir pas pu fêter l'anniversaire de Ren. C'est pour cela qu'elle prit les devants cette année pour organiser la fête.
Alors que le repas avançait entrecoupé de ce récit, le baron Clauzel, Rezard, prit la parole : « Bon. »
« Ren, à partir de la semaine prochaine, tu peux te reposer du travail un moment. »
« ————Hein ? »
Ren resta bouche bée face à cette parole abrupte.
C'était... ce qu'on appelle... un congé forcé, ce genre de chose...
En d'autres termes, un licenciement.
Mais c'était impossible. Rezard n'aurait jamais dit ça, et même s'il le faisait, Rishia ne le permettrait pas.
Ren non plus ne le pensait pas sérieusement.
Il était simplement surpris par la brutalité des mots.
« Désolé de t'avoir surpris. ————C'est au sujet de ce dont on a parlé l'hiver dernier. »
« L'hiver dernier... Ah ! C'est l'histoire de mon retour au village natal, non ? »
Rezard acquiesça d'un « Hum. »
« Comme on en a parlé, plusieurs travaux progressent autour du village de la maison Ashton. La route, les murs qui entourent le village, etc. »
« Du coup, je peux aller aider au village ? Et j'étais censé rentrer secrètement à cause de l'affaire du vicomte Given... enfin, c'était le discours, non ? »
« Dans ce cas, n'en fais pas cas. Nous sommes devenus plus intimes avec le marquis Ignart. Actuellement, il est improbable que le village Ashton soit attaqué. Profite de ton retour sans te soucier de rien. »
Rezard dit cela en repensant à l'hiver.
Selon lui, il voulait en réalité renvoyer Ren au village plus tôt, mais l'affaire des Monts Baldr avait retardé les plans.
De plus, à cause de cette décision soudaine, il n'avait pas pu contacter les parents de Ren à l'avance.
« Pendant ce temps, nous non plus ne serons pas à Clauzel, alors profite pour te reposer tranquillement. »
Au moment où Ren allait poser une question, intrigué par ces mots, Rishia prit les devants.
« Papa ? Quand tu dis "nous"... »
« Bien sûr, Rishia aussi. »
« ...Hein ? Nous aussi, on a un projet de voyage loin d'ici ? »
Apparemment, Rishia n'était pas au courant non plus, et elle pencha la tête avec un air adorable.
Ren réfléchissait à Érendil en écoutant.
Érendil est une ville près de la capitale. C'est la ville où Ren, dès qu'il est devenu Ren, a été saisi par l'idée fixe que le territoire de la maison Clauzel s'y trouvait.
Cela voulait dire qu'on passerait par un navire magique depuis quelque part dans le sud, non ?
Comme Ren l'avait prévu, Rezard en fit mention.
Ils se rendraient vers le sud, à dix jours de cheval d'une ville, puis prendraient un navire magique pour Érendil. La capitale bien sûr, mais Érendil aussi dispose d'un port pour navires magiques.
« Hé, hé, Ren. »
« Oui ? Quoi ? »
« Tu veux pas aller voir Érendil, toi aussi ? »
Interpellé, Ren croisa les bras et leva les yeux au plafond.
Érendil, hein...
Pour le dire franchement, c'est presque comme la capitale.
Pour Ren qui évitait l'Académie militaire impériale, c'était un lieu qui suscitait autant de répulsion que les Monts Baldr.
Mais est-ce qu'on pourra l'éviter à l'avenir...
C'était peine perdue.
Tant que Ren restera sous la garde de la maison Clauzel, il lui sembla difficile d'ignorer Érendil. Surtout maintenant qu'il y a des liens avec le marquis Ignart. Comme il a fait une rencontre dramatique avec Fiona lors du dernier incident, d'autant plus.
« ————Dire que je n'ai pas d'intérêt serait mentir. »
« Vraiment ? Alors, la prochaine fois, on y ira ensemble ! »
S'il y a une occasion pour Rishia d'y aller, au final, c'est inévitable.
En considérant que la menace du Culte du Roi Démon vient de frapper, mieux vaut être près d'elle pour la protéger.
Abandonner Rishia maintenant, c'était impensable.
« Réjouis-toi. Érendil est une ville superbe. »
« Rishia, vu que Ren est travailleur, il doit connaître Érendil, non ? »
« Mais papa ! J'allais lui expliquer moi-même... ! »
« Hah, c'est Ren, après tout. »
Rishia fixa Ren pour savoir la vérité.
Alors qu'elle avait envie de lui apprendre, répondre qu'il connaissait tout par cœur serait maladroit. Après avoir hésité, Ren choisit ses mots.
« ...J-j'ai entendu dire qu'il y a des terrains de chasse efficaces. »
À ses mots, Rishia et Rezard affichèrent une expression ahurie.